Traduction de la fic Behind Blue Eyes de Mesteria
Cette fic a été traduite pour l'anniversaire de l'auteure originale (sort le gâteau). Toutes les reviews seront traduites et lui seront envoyées, alors soyez généreux! Si réponse il y a, elle viendra de l'auteure (traduite par mes soins bien sûr^^), sauf si elle porte sur la traduction. N'hésitez pas à me donner du travail!
L'auteure tient à remercier Makani (sur acciobrain et DeviantArt) qui a causé son obsession pour Lucissa :D et personnellement je la remercie aussi ;)
La version originale a été corrigée par riss313.
Ce n'était pas toujours facile, d'être la petite fille parfaite, la princesse, le bébé. Cependant, il me fallait me montrer digne de mon nom et de ma famille, et je prenais cette responsabilité très au sérieux. J'étais parfois prise d'une envie irrésistible de déchirer mes robes, d'enfiler des vêtements moldus et de piquer des crises, comme mes soeurs. Je n'étais qu'un être humain; moi aussi, je pouvais faire des erreurs.
Ma soeur aînée, Bellatrix, fréquentait des durs, des garçons pour la plupart. Elle sortait souvent très tard; elle rentrait souvent à la maison complètement ivre, et insistait pour me raconter ses expériences sexuelles dans le détail, malgré la maladresse et l'état d'ébriété qui les caractérisait. En général, elle partageait plutôt ces récits avec notre soeur cadette, Andromeda, mais Andy avait été plus absente que d'habitude ces derniers temps. Elle était aussi plus secrète et passait beaucoup de temps seule dans sa chambre, hors du monde. Si elle était à la maison quand je me couchais, elle était souvent déjà partie à mon réveil.
Bien sûr, mes soeurs n'avaient pas toujours été comme ça. Autrefois, nous étions toutes très proches les unes des autres, nous passions nos nuits d'été ensemble, à regarder les étoiles. C'était avant que Bella ne se perde, qu'Andy ne perde sa famille, et que je ne les perde. Ces jours bénis avaient été réduits à un souvenir deux ans auparavant. Cela ferait deux ans la semaine prochaine, plus exactement mercredi. Le 5 juillet 1967: la date anniversaire du meurtre de ma mère. Ce jour-là serait toujours pour moi un jour de remords et de culpabilité, à jamais; ce serait le jour où je me punirais, à jamais.
Après le meurtre de ma mère, ma famille et ma vie entière étaient tombées en ruine. J'étais encore jeune, je n'avais que treize ans (presque quatorze). Bella en avait dix-huit et Andy seize. Mes deux soeurs avaient passé cette nuit-là blotties l'une contre l'autre dans le grand lit de Bella. Je m'étais enfermée dans ma salle de bains, recroquevillée dans la baignoire. Je m'étais interdit de pleurer, parce que c'était de ma faute si ma mère était morte. Et pas simplement morte...assassinée, par des Moldus.
Je n'avais pleuré que quand Bella avait utilisé un sortilège pour déverrouiller la porte afin de venir essayer de me consoler. Je n'avais pleuré que parce que je ne méritais pas d'être consolée. Je m'étais battue avec elle cette nuit-là (quelque chose que personne n'avait encore osé faire), la repoussant violemment, lui tirant les cheveux, lui griffant le visage, enfonçant mes ongles dans la peau de ses bras. Je lui avais hurlé de me laisser tranquille, mais elle avait fini par gagner la partie; comme toujours. Alors que je m'apprêtais à la repousser une dernière fois, elle m'avait saisie par les poignets et avait tordu mes bras jusqu'à ce que je tombe à genoux dans la baignoire. Puis elle m'avait relâchée, rejointe dans la baignoire, et elle m'avait serrée dans ses bras, ne me lâchant pas même après que je me sois endormie.
Pendant environ une semaine, nous avions été plus proches que jamais. Nous me faisions pas grand chose de nos journées. Nous n'avions ni énergie, ni volonté; nous prenions même nos repas au lit, le plus souvent celui de Bella, puisque c'était le plus grand. En général, je me glissais entre elles (bien qu'elles soient les meilleures amies du monde) et je me blottissais contre Bella. Andy s'allongeait derrière moi, sa tête appuyée contre la mienne et un bras enroulé autour de ma taille. Parfois, pendant la nuit, je me dégageais de leur étreinte pour aller arpenter les couloirs, avec l'espoir vain que tout cela n'avait été qu'un cauchemar. Cela ne me servait jamais à rien.
L'enterrement eut lieu trois jours après la «mort» (ou plutôt l'assassinat) de ma mère. Elle fut enterrée dans le cimetière de famille des Black. Mes soeurs et moi, nous portions des voiles noirs pour cacher nos visages, comme les convenances l'exigeaient. Je me tenais au premier rang de la foule qui assistait à l'enterrement, mes soeurs et mon père à mes côtés. Bella pouvait s'appuyer sur son petit ami, Augustus Rookwood. Andy s'appuyait sur moi, et moi je n'avais personne. Ce jour-là, je m'enfermai complètement en moi-même. Je n'avais pas versé une larme, que ce soit avant, pendant ou après l'enterrement. Je ne méritais pas de pleurer ma mère.
Après cette semaine passée ensemble, mes soeurs commencèrent à s'éloigner de moi. Bella devint encore plus vulgaire qu'auparavant; elle était rebelle, incontrôlable. Elle était violente et enflammée; sa passion fanatique pour la purification du monde magique ne faisait que s'accentuer. Elle haïssait les Moldus, les Sang-de-Bourbe et les sang-mêlé, juste parce qu'ils avaient du sang moldu dans les veines. Elle avait juré de retrouver les Moldus qui avaient assassiné notre mère. Elle avait juré de les tuer.
Pour Andy, c'était une autre histoire. Elle passait son temps enfermée dans sa chambre, ou encore à lire dans la bibliothèque. Partout où elle allait, ses livres la suivaient; je pensais que c'était un moyen de fuir la réalité. Si elle pouvait se plonger dans un livre, dans un monde imaginaire, alors elle parvenait à tenir le coup. Des amis d'écoles commencèrent à venir la voir quelques semaines après l'enterrement, et elle sortit de nouveau un peu plus de la maison.
Comme toujours, j'étais la laissée-pour-compte. Je me fondais dans le décor, et on m'oubliait, on me laissait me défendre seule contre ce monde cruel, auquel je ne pouvais échapper qu'en restant cloîtrée dans ma chambre. Il n'y avait plus de repas de famille, et manger seule me donnait une drôle d'impression; je finis par arrêter de manger. Personne ne me remarquait jamais quand je rôdais autour de la maison et dans les jardins. Chacun gérait sa douleur et son deuil comme il le pouvait. J'avais choisi de tout ravaler, de faire abstraction de ma peine. Je disais à tout le monde que tout allait bien... Que j'allais bien.
Mon père avait choisi la bouteille. Il vidait toutes celles de la maison. C'était d'ailleurs un ivrogne discret. Il s'enfermait à clé dans son bureau. Parfois, la nuit, en traînant dans les couloirs, toute seule et frigorifiée, je l'entendais pleurer. Papounet ne pleurait jamais devant nous; Bella non plus, ou du moins plus maintenant. Je ne pensais pas qu'il quitte jamais la maison. Peut-être pour aller acheter de l'alcool...mais de toute façon, je ne le vis que très peu de tout l'été. A l'automne, quand il fut temps pour nous de retourner à l'école, il nous donna à chacune un baiser sur la joue, puis il retourna à son bureau d'un pas lourd... retrouvant sa chère bouteille.
Deux ans plus tard, rien n'avait changé.
- Salut, papounet, dis-je doucement, jetant un coup d'oeil dans son bureau.
Il leva la tête avec une grimace. Mais en voyant qui se tenait là, son visage s'éclaira.
- Cissy! s'exclama-t-il, rayonnant. Comment s'est passée ta promenade?
Chaque soir avant de me coucher, je faisais le tour des jardins, si le temps le permettait. Je ne pouvais plus traîner dans les couloirs la nuit; cela me rendait anxieuse et mal à l'aise. J'acquiesçai et entrai dans son bureau. Je n'aurais pas su dire s'il était ivre ou pas; il avait développé une forte tolérance à l'alcool.
- Très agréable, comme toujours, dis-je.
Tous les soirs, je lui donnais la même réponse. Je m'assis sur la chaise en face de son bureau.
Il acquiesça et jeta un coup d'oeil à son bureau. Il se hâta de cacher ce qu'il était en train de regarder avant que je n'entre, puis leva de nouveau la tête vers moi.
- Dis-moi, dit-il avec un petit sourire, qu'est-ce qu'une jeune fille de quinze ans, presque seize, pourrait bien vouloir pour son anniversaire?
Je fus légèrement surprise. En vérité, je ne m'attendais plus à recevoir quoi que ce soit pour mon anniversaire. C'était le 8 août. La première année, tout le monde l'avait oublié. Même moi, je n'y avais pensé qu'à midi, en regardant le calendrier pour voir la date exacte (je comptais les jours avant la rentrée). J'avais passé la journée toute seule, cachée dans mon dressing, une photo de ma mère serrée dans la main. L'année dernière aurait été identique, mais Andy s'était souvenue à la dernière minute et m'avait fait un petit dîner à la hâte. Bella était sortie, et papounet était dans son bureau. Andy et moi n'avions mangé qu'une partie du repas, puis je m'étais endormie dans son lit, bien serrée dans ses bras.
Mon père me posait la question bien tôt. Il serait probablement trop soûl pour s'en souvenir le jour même.
Gênée par le sujet, je me levai et m'éloignai de son bureau. Je me campai derrière la chaise que je venais de quitter.
- Euh, je ne sais pas vraiment, lui dis-je, mal à l'aise. Rien, en fait. Ca va. J'ai tout ce que je pourrais vouloir.
En vérité, il était incapable de me donner ce que je voulais. Je voulais qu'il arrête de boire. Je voulais que Bella arrête de coucher avec n'importe qui et de faire de la magie noire. Je voulais qu'Andy revienne à la maison et se remette à me parler. Je voulais des dîners de famille. Je voulais aller de nouveau à des bals. Je voulais danser avec mon père. Je voulais ne pas me sentir aussi vide. Je voulais ne plus me sentir obligée de me cacher. Je voulais cesser de me sentir coupable. Je voulais cesser de penser que tout était de ma faute. Je voulais pouvoir pleurer. Je voulais que les vacances soient pleines de joie et de bonheur, comme avant.
Mais plus que tout au monde, je voulais que ma mère soit à mes côtés.