J'ai commencé une petite série de modern AU avec ces deux grands dadais d'Obi-Wan et d'Anakin et je dois dire que j'aime trop ça, écrire des AU, et en particulier sur eux.
L'avantage d'écrire des one-shot c'est que je pourrais me permettre de publier assez aléatoirement, donc je ne fais pas de promesse quand à la sortie du prochain.
Si vous avez des suggestions d'AU je suis plus que preneuse !
Bonne lecture
Où des toilettes de bar deviennent l'antre du Diable
Obi-Wan poussa un long soupir de soulagement en rassemblant les feuilles éparpillées sur son bureau en un lourd paquet. Corriger des copies n'était pas la partie la plus amusante de son boulot, surtout lorsque cela occupait tout son samedi soir. Il avait dû rater une bonne soirée en plus de ça. Plusieurs de ses collègues lui avaient proposé de sortir avec eux boire un verre ou deux. Il avait longtemps hésité, mais le souvenir d'un énorme paquet de copies posé sur son bureau depuis un mois lui était revenu en tête.
Il fit tourner sa chaise pour voir l'heure sur son réveil. Presque deux heure du matin. Trop tard pour rejoindre ses collègues, d'autant plus que la plupart devaient être rentrés chez eux. Il éteignit la lampe posée sur son bureau et se leva en poussant un grognement. Ses fesses et son dos étaient en miettes. Il avait dû rester assis sans bouger trop longtemps.
Le jeune professeur fit quelques pas dans son minuscule appartements pour se dégourdir les jambes. Il sortit sur le balcon. Il faisait encore bon malgré l'heure tardive. On était presque en juin et une douce chaleur avait enveloppé Coruscant depuis quelques semaines. Obi-Wan s'appuya sur la rambarde en s'allumant une cigarette.
La ville s'étendait sous ses yeux, brillante, vibrante et pleinement éveillée. Il y avait des rires de jeunes au pied de son immeuble. Le bar au coin de la rue était bondé et les notes endiablée d'un morceau de rock en sortaient. Les phares de voitures changeaient sans interruption le tableau de couleurs et de lumières dans lequel le regard d'Obi-Wan s'était perdu.
Son téléphone, qu'il avait laissé sur la table de chevet se mit soudain à sonner. Obi-Wan écrasa sa cigarette et rentra dans l'appartement. Un coup d'œil sur le réveil lui indiqua qu'il était maintenant deux heure du matin bien passé. « Numéro inconnu » l'informa le téléphone. Obi-Wan fronça les sourcils et décrocha finalement.
- Allô ? S'entendit-il dire de sa voix la plus endormie.
- Allô ? C'est Ke-no-bite ? Demanda une voix masculine au bout de la ligne.
- Pardon ?
- C'est Monsieur Ke-no-bite ? J'appelle des toilettes.
« J'appelle des toilettes » …
Obi-Wan n'aimait pas être appelé au beau milieu de la nuit. Mais il aimait encore moins être appelé pour des conneries.
- Non, je suis- Attendez, vous avez dit Ke-no-bite …
- Yep, répondit la voix avant de rire stupidement.
Obi-Wan était presque sûr d'avoir déjà entendu ce rire, mais il n'y prêta pas attention.
« Ke-no-bite »
Des souvenirs datant d'au moins sept ans auparavant lui revinrent en mémoire. Lorsqu'il était lui même étudiant. Lorsqu'il avait pour habitude de sortir tous les soirs, flânant de bars en bars, entouré de ses amis. Cette manie incessante qu'avaient ses soit-disant amis de le surnommer Ke-no-bite. D'écrire son numéro dans les toilettes de chaque bar où ils mettaient les pieds.
- Je sais pas, il dit plus rien, entendit-il la voix murmurer.
- Qu'est-ce que tu veux ? demanda brusquement Obi-Wan, décidant qu'il pouvait bien abandonner le vouvoiement.
- Ah, t'es encore là ! - ouais, c'est bon il répond – je me suis juste dit qu'avec un nom aussi racoleur, ça valait le coup de tenter ma chance.
- Tenter ta chance à propos de quoi ?
- De te voir en vrai Monsieur Ke-no-bite, susurra la voix.
Obi-Wan ne répondit pas, abasourdit par la tournure que prenait la conversation. Et cette voix, il la connaissait. A présent il en était sûr. Seulement, il ne parvenait pas à se rappeler où il l'avait entendu.
- Il y a écrit « cherche un mâle pour partager mon pieu » sous ton numéro Monsieur Ke-no-bite, reprit la voix en riant, et il se trouve que je suis un mâle et que j'aime aussi partager mon pieu.
Bien qu'il n'ait plus de nouvelles d'eux depuis plusieurs années, Obi-Wan se jura de retrouver ses amis de la faculté afin d'avoir le plaisir de les étrangler en personne. Il se racla la gorge et réfléchit quelques instants à ce qu'il allait dire ensuite.
- Je ne sais pas qui tu es, mais tu es soûl mon ami, finit-il par dire, la voix moins assurée qu'il ne l'aurait souhaité.
- Peut-être bien … mais j'ai encore les idées assez claires pour savoir ce que je veux, répondit suavement son interlocuteur.
Il y eut un nouveau silence durant lequel Obi-Wan sentit ses joues commencer à brûler. Aussi loin que puisse remonter sa mémoire, il n'avait jamais eut une conversation comme celle-là avec qui que ce soit. C'était bien pour cette raison que ses amis avaient inscrit son numéro partout, parce qu'il était Obi-Wan Kenobi, l'éternel célibataire du groupe.
- Alors … ? demanda la voix.
- Je … hm …
Il sentit la chaleur de ses joues s'étendre à ses oreilles. Le spectacle devait être amusant à voir. Lui, debout au milieu de son appartement, le téléphone vissé à l'oreille, le visage en feu, balbutiant comme un adolescent sans expérience. Obi-Wan entendit un rire féminin, puis une suite de sons étouffés, comme si quelqu'un parlait à son interlocuteur.
- La ferme Ahsoka, j'entends pas ce qu'il dit, lança la voix dans un murmure agacé.
Ahsoka … ? Tout devenait clair à présent. Il n'y avait probablement pas trente mille Ahsoka à Coruscant et la seule qu'Obi-Wan connaissait était une de ses élèves. Ahsoka Tano, en troisième année du cursus d'ingénierie spatiale. Une petite brune aux grands yeux bleus, très bavarde et énergique, toujours accompagnée de …
Ce rire stupide.
Celui d'Anakin Skywalker. Un grand dadais au sourire charmeur. L'un des meilleurs et pires élèves de sa promotion. Ce gamin – non, pas gamin se rappela Obi-Wan, il a 23 ans – était un génie. Un génie qui gâchait tout son potentiel en séchant la plupart des cours théoriques et en répondant avec arrogance aux professeurs.
Obi-Wan ne l'avait que quelques heures par semaine, mais ça avait suffit à graver le son de son rire stupide dans sa mémoire. Ou la couleur changeante de son regard suffisant. Ou la forme parfaite de la courbe de ses fe-
- Alors Monsieur Ke-no-bite ? Répéta Anakin, tirant Obi-Wan de ses pensées.
- Il est tard.
- C'est pas un problème.
- Je ne peux pas.
- C'est pourtant toi qui as mis cette petite annonce dans les toilettes de ce bar.
- Pas vraiment, je-
- Ne me force pas à te supplier.
- Ne te donne pas cette peine.
Silence. Le cœur d'Obi-Wan tambourinait dans sa poitrine. Il sentait le sang battre avec force contre ses tympans. La main qui tenait le téléphone était moite.
- Une prochaine fois peut-être, s'entendit-il dire sans même y réfléchir.
Obi-Wan se gifla mentalement. C'était mal. Aussi jeune soit-il, un professeur ne filtrait pas avec ses élèves. Même à l'université. Il entendit Anakin rire doucement. Ça n'avait plus rien du rire stupide de tout à l'heure. C'était léger, chaud et plaisant à entendre.
- Très bien Monsieur Ke-no-bite … J'attends cette prochaine fois avec impatiente alors. Tu permets que je garde ton numéro.
- Évidemment.
Sa propre voix l'étonnait. Elle était rauque, grave, séductrice. C'était mal. Mais très excitant en même temps.
- C'est marrant, ton nom me fait penser à quelqu'un, repris Anakin après quelques secondes, c'est bizarre, parce que- Oh !
Il y eut un très long silence à nouveau. Obi-Wan n'osait plus rien dire, parce qu'il était persuadé qu'Anakin avait enfin compris qui il avait au bout du fil.
Parce que le mystérieux Monsieur Ke-no-bite, cherchant désespérément un « mâle pour partager son pieu » était devenu Monsieur Kenobi, son sérieux et sévère professeur d'Histoire.
- Oh, putain ! Oh, putain de merde …
Obi-Wan entendit le rire d'Ahsoka s'évanouir petit à petit, puis sa voix étouffée demandant à Anakin ce qu'il se passait.
- Je vais me tuer, murmura Anakin probablement pour lui-même.
- Ne te donne pas cette peine, répéta Obi-Wan, plus amusé par la situation qu'il ne le pensait.
Anakin ne répondit rien. Ahsoka posait toujours des questions dans le fond, sa voix de plus en plus inquiète. Il y eut une succession de « Oh non, oh non, oh non » soufflée rapidement par Anakin.
- Bonne nuit Anakin, lança Obi-Wan avant de raccrocher.
Son cœur battait toujours la chamade lorsqu'il s'approcha de son bureau. Il s'empara de son emploi du temps. Évidemment. Sa journée du lundi commençait par deux heures avec les troisième année du cursus d'ingénierie spatiale.
Il repensa à l'intégralité de la conversation. Il repensa à la gêne d'Anakin, à l'accent paniqué dans sa voix. Il repensa à ses propres mots, « une prochaine fois peut-être ». Et étrangement, il eut soudain hâte d'être lundi matin.