Chapitre 13
Kanda n'arrêtait pas de se retourner dans tous les sens. Il ne parvenait pas à trouver le sommeil, quel que soit le nombre de tentatives. Le visage de Akeno lui revenait en mémoire sans cesse, sans parler de ses souvenirs qui remontaient à la surface pour anéantir toute tentative de repos. De plus, il faisait très froid dans le dortoir, et les couvertures fines qu'on lui avait attribuées ne suffisaient pas à chasser les courants d'air. Il avait fini par s'habituer à la chaleur du petit garçon.
Il entendait les pas des adultes de garde. Depuis l'enlèvement, la sécurité avait été doublée pour éviter qu'un intrus n'entre par effraction pour kidnapper un autre enfant. Ou lui, depuis qu'il avait été mis en évidence qu'il était le patient 2 du virus AKUMA. L'hôpital gouvernemental ne tarderait pas à vouloir mettre la main sur lui.
Un rai de lumière pénétra dans son box et il comprit qu'on venait d'écarter le rideau qui séparait son espace personnel du reste du dortoir. Il vit la lumière des torches se refléter sur une chevelure blanche et il se rallongea, rassuré.
Allen vint s'allonger à côté de lui. Kanda sentit sa chaleur se diffuser lentement sous les couvertures et ferma les yeux pour tenter de s'endormir une nouvelle fois. Il pouvait sentir l'odeur de l'albinos lui chatouiller les narines. C'était une odeur chaude et masculine très agréable.
Kanda se tourna soudainement vers le plus jeune et fourra sans ménagement son nez au creux de son cou. Allen sursauta et passa ses deux bras autour de sa nuque pour approfondir l'étreinte. Les derniers jours avaient été intenses et ils n'avaient pas pu discuter ou avoir de moments à eux. Ils n'avaient même pas pu dormir à vrai dire, occupés qu'ils étaient à lire les dossiers ramenés par Komui, partir au ravitaillement et chercher un nouvel endroit où s'installer. Kanda leva la tête et l'embrassa lentement et avec passion, sans chercher à aller plus loin. Il voulait juste profiter de la présence de Allen qui répondit hardiment au baiser.
-J'ai l'impression que ça fait des lustres qu'on s'était pas embrassé… chuchota Allen, une fois le baiser rompu.
-Sûrement parce que ça fait des lustres qu'on s'est pas embrassé, renchérit Kanda en entamant un nouveau baiser, plus bestial cette fois.
Il glissa ses mains sous le pull de Allen, qui l'avait passé à même la peau, et se délecta de la chair douce et duveteuse sous ses doigts. Sans cesser de l'embrasser, il commença à titiller les tétons de son partenaire qui grogna entre leurs lèvres jointes. Il avait soudain très envie de Allen, sans trop savoir pourtant si il voulait le prendre ou s'il souhaitait se faire pénétrer de nouveau. Il savait qu'il aimait être pris, mais il ignorait si les sensations étaient aussi intenses quand on était au dessus.
Il n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps à la question que Allen rompit le baiser, à bout de souffle.
-At.. attends… haleta l'albinos. Y'a du monde autour…
Kanda attrapa les mains du jeune homme qui essayait de le repousser et les plaqua contre le matelas, au dessus de leurs têtes.
-Je m'en tape ! Dit-il à voix basse. On fera juste le moins de bruit possible…
-Parce que tu crois sincèrement que tu arriveras à ne pas crier ? Demanda Allen. Moi pas en tout cas !
Kanda lâcha d'une main les poignets de son amant et descendit sa main libre jusqu'à son entrejambe, déjà tendue. Allen émit un hoquet quand il commença à la masser à travers son pantalon.
-Au besoin, je te ferais taire… souffla le japonais en lui mordillant le lobe de l'oreille au passage.
Allen respirait à une vitesse affolante et ondulait des hanches contre son bassin pour montrer qu'il était d'accord avec sa méthode. Kanda lâcha alors ses poignets pour se concentrer sur le reste. Le sang battait à ses tempes quand il arracha le haut du plus jeune avant de dévorer son torse de baisers. Il marqua chaque centimètres de peau avec ses lèvres, savourant au passage les soupirs de Allen qui se retenait de ne pas gémir ou crier.
-K..kanda… souffla Allen. Si tu ne me prends pas dans les 5 minutes, je sais pas ce que je vais faire…
Le brun eut un sourire et entreprit de déshabiller Allen qui se chargea de ses propres vêtements. Son corps était si brûlant de désir qu'il ne sentit même pas la morsure du froid sur sa peau. Il ne sentait que le corps de Allen tout contre le sien, et son excitation contre sa cuisse. C'était tout ce dont il avait besoin pour le moment.
Il écarta les jambes de Allen et il allait commencer à le préparer quand une main fébrile l'en empêcha. Allen le fit se redresser en partie et prit son membre dans sa bouche pour le lubrifier avec sa salive. Kanda se mordit la lèvre pour ne pas crier de plaisir sous les caresses. Et si c'était si bon juste avec la bouche, il se demandait quelle intensité le plaisir prendrait quand il serait en lui.
Puis les caresses cessèrent et une poigne ferme l'attrapa par la nuque. Il chuta lourdement contre Allen qui en profita pour lui voter un baiser bref. Il sentit un goût étranger sur ses lèvres, mais peut-être était-ce celui de son sexe.
-Pas besoin de préparation… haleta Allen. Dépêches toi maintenant, ou je vais mourir !
Kanda plaqua durement ses lèvres contre les siennes et le pénétra d'un seul coup. Une décharge d'électricité parcourut son corps entier tandis que Allen se cambrait contre lui avec une violence inouïe. Il faillit hurler de plaisir tant la pression sur son sexe était délicieuse et ne lâcha pas la bouche de son amant pour ne pas ameuter le dortoir entier quand à la nature de leurs activités nocturnes. Puis, une fois qu'il fut certain qu'il ne crierait plus et que Allen ne ruait plus sous lui, il put rompre le baiser.
-T'as pas mal ? S'enquit-il.
Allen répondit par la négative quelques secondes plus tard. Tout allait bien, apparemment, et l'albinos noua ses jambes autour de sa taille pour approfondir la pénétration. Kanda attrapa les hanches fines du jeune homme et put enfin se déhancher en lui, répondant aux vagues d'électricité qui envahissaient son bas-ventre.
Il serrait les dents si fort à chaque fois qu'il s'enfonçait en Allen qu'il avait peur de se rompre la mâchoire. Les cris qu'il s'empêchait de pousser renforçait encore l'intensité des sensations qu'il éprouvait et sans plus se soucier des personnes autour, il commença à pénétrer violemment son partenaire, se délectant des bruits lascifs qu'émettaient leurs corps en s'emboîtant l'un dans l'autre.
Allen enfonça son poing dans sa bouche pour s'empêcher de hurler de plaisir. De sa main libre, passée dans le dos du japonais, il lui labourait le dos de ses ongles. Chaque coup de rein de Kanda le rapprochait davantage de l'orgasme, et sa prostate semblait être sur le point d'imploser sous les coups de butoir qu'elle subissait. Mais c'était si bon ! Qu'Allen aurait voulu rester comme ça pour toujours.
Kanda l'attrapa soudain par la taille pour le plaquer contre le mur près duquel était posé le matelas, sans cesser de se déhancher en lui avec violence. Mais c'en fut trop pour Allen qui, après quelques coups de reins supplémentaires, jouit avec force et se vida entre eux. Les contractions de son intimité amenèrent Kanda à l'orgasme sans tarder et il finit par jouir lui aussi.
Ils restèrent plusieurs minutes dans cette position, Allen toujours collé au mur et Kanda à l'intérieur de lui, avant que celui-ci ne se retire, arrachant un soupir au plus jeune qui s'effondra dans ses bras. Kanda se laissa aller en arrière et tomba sur le matelas mou, Allen allongé contre lui.
-Tu vois… haleta Kanda. On a pas fait trop de bruit…
Allen chercha ses lèvres fébrilement et l'embrassa.
-T'avais raison… chuchota t-il.
Puis il ramena la couverture sur eux et se blottit dans les bras de Kanda qui le serra contre lui. Le japonais s'endormit presque instantanément, la tête nichée contre le torse de Allen.
…
-Je pense qu'ils savent qu'il y a une taupe dans l'hôpital, déclara Komui pendant la réunion.
Lenalee acquiesça en se rappelant la visite du collègue de son frère et raconta le tout aux autres.
-Mais comment on va faire alors ? Demanda Miranda, anxieuse. Si ils se doutent de quelque chose…
Elle frissonna rien qu'en pensant au sort que l'hôpital leur réserveraient si ils étaient pris.
-Ça va aller, la rassura Komui. Je pense qu'ils m'ont innocenté. J'ai vu Tyki barrer mon nom d'une liste, ça signifie sans doute qu'il ne croit pas que je suis l'espion.
-Ou alors c'est pour te le faire croire pour que tu baisses ta garde ! Insista t-elle, manquant de peu de renverser son thé.
-Miranda, intervint Allen. Fais un peu confiance à Komui, même si c'est dur, je te l'accorde.
Le chinois protesta sous l'insulte.
-Grand frère, dis leur la suite s'il te plaît. Nous n'avons pas de temps à perdre avec des bêtises.
Komui redevint sérieux et fixa Kanda qui n'avait toujours pas ouvert la bouche depuis le début de la réunion.
-Le patient 0 est sous ma responsabilité à l'hôpital, Kanda, dit-il.
-Je sais, tu me l'a déjà dit la dernière fois, soupira le japonais. Ceci étant, même si vous dites qu'il est vivant, ça ne peut pas être le vrai.
-Qu'est-ce qui te fais dire ça ? Demanda Komui, alerté par les dernières paroles du brun. Tu penses que c'est un imposteur ?
-J'en suis même sûr, répondit Kanda. À l'époque, nous étions amis. Mais, à cause d'un expérience, il est devenu fou et… je l'ai tué.
Lenalee écarquilla les yeux, horrifiée. Comment était-ce seulement possible de faire ça à son meilleur ami ? Et Kanda n'était qu'un enfant à l'époque qui plus était. Un enfant traumatisé par les expériences, mais un enfant tout de même.
-ALMA avait déjà massacré une vingtaine de scientifiques et il m'a supplié de mettre fin à tout ça. Il n'était plus capable de se maîtriser. Après ça, j'ai essayé de m'enfuir, mais on m'a rattrapé. Finalement, on m'a effacé la mémoire et j'ai été placé dans une famille. Mais ALMA est mort, Komui. Pas de doute la-dessus.
Kanda se racla la gorge pour déloger la boule qui s'y était installé pendant son récit. Se rappeler de détails aussi douloureux ne le laissait pas indemne.
Komui rajusta ses lunettes sur son nez fin et scruta le japonais. Kanda semblait certain de ce qu'il avançait. Mais l'homme qu'il voyait à l'hôpital semblait bien réel, lui aussi… Il glissa la main dans sa poche et en sortit un papier. C'était une photo du dossier médical du patient 0 : nom de code ALMA. À vrai dire, il hésitait à la montrer au japonais, de peur de réveiller d'autres horreurs qui sommeilleraient encore dans son subconscient, puis se décida à le faire quand même. C'était la seule solution pour être fixé.
La main légèrement tremblante, il tendit le bout de papier à Kanda qui l'attrapa d'un air nonchalant.
-C'est sa photo…
-Si je te dis que… commença Kanda, avant de s'interrompre.
Il écarquilla les yeux. La personne qu'il avait sous les yeux… non, ce n'était pas possible ! Ça ne pouvait pas être…
-Alma… murmura t-il. Mon coéquipier, Alma…
Allen jeta un coup d'œil par dessus son épaule et vit la photo d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, au physique relativement banal. À vrai dire, il n'aurait pas pu dire s'il s'agissait vraiment du coéquipier de Kanda dans la police, étant donné qu'il n'avait jamais vu son visage, mais la réaction du brun semblait bien confirmer son identité.
-Ainsi, c'est ton coéquipier de police… dit Komui. Ils n'ont même pas pris la peine de changer son prénom, c'est un comble…
Kanda déglutit difficilement. Il ne savait plus quoi penser. Il avait passé des mois entiers à patrouiller avec lui, et il ne s'était même pas souvenu de lui, même après avoir recouvré la mémoire !
-Je pense que tu n'as pas fait le rapprochement parce que le ALMA du virus était mort pour toi, et le Alma de la police était différent, tenta Allen. Il était ton ami, mais Alma n'était pas ALMA.
Kanda ne répondit pas. Ses yeux semblaient vides de toute émotion et Allen commença à s'inquiéter franchement de son absence de réaction. Il aurait presque préféré que le brun l'insulte, voire même le frappe, mais qu'il fasse quelque chose ! Et pas rester inerte comme une poupée sans âme !
Puis, en une seconde, Kanda fut debout, Mugen à la main, prêt à quitter la pièce.
-Où vas-tu, Kanda ?! S'exclama Komui en voyant le regard devenu fou du japonais.
Aucune réponse ne lui parvint. Allen s'élança et barra la route, les bras tendus.
-Je sais ce que tu veux faire ! Mais tu vas te faire tuer sans y parvenir à ce train là !
-Pousse toi ! Hurla enfin Kanda en dégainant. Ou je te coupes en deux !
Il semblait réellement prêt à le faire, et Allen était convaincu que s'il ne s'écartait pas, il serait mort avant même d'avoir eu le temps de dire « dango ».
-Kanda ! Appela t-il. S'il te plaît !
La lame siffla près de ses côtes et il esquiva de justesse le coup qui fendit l'air à une vitesse affolante. Ses reins lui rappelèrent qu'il n'était pas au mieux de sa forme physique et il dut ralentir un peu le rythme. Heureusement pour lui, des années à se battre dans les rues lui avaient donné de très bon réflexes et il estimait être assez doué à la baston. En général, aucun de ses adversaires ne s'en sortaient. Mais à la réflexion, aucun d'eux ne maniait le sabre à la perfection tout en étant assez furieux pour vouloir l'empaler avec.
Emporté par son élan, Kanda mit quelques secondes à rétablir sa garde. Secondes qui furent cruciales pour Allen qui en profita pour prendre appui sur ses mains et le frappa à la mâchoire avec son pied droit. Le japonais reçut le coup de plein fouet et s'écroula lourdement au sol, sonné.
Allen se redressa et se massa les hanches en faisant une grimace. Lavi ouvrit la bouche quand il comprit de quoi il s'agissait.
-T'as jamais voulu avec moi ! Protesta le rouquin en pointant d'un doigt accusateur l'albinos.
Allen haussa les épaules et entreprit de redresser Kanda.
-Il y a plus important pour le moment il me semble, soupira t-il. Viens m'aider plutôt…
Lavi rouspéta pour la forme et s'exécuta de mauvaise grâce. À deux, ils parvinrent à asseoir le japonais sur un des grands fauteuils et lui attachèrent les mains, pour plus de sécurité. Ils n'avaient pas envie de le voir s'attaquer à quelqu'un d'autre et au cas où, ils cachèrent Mugen. À choisir, mieux valait l'affronter à mains nues.
…
Kanda grogna avant d'ouvrir les yeux difficilement. Il avait atrocement mal à la tête et surtout à la mâchoire. Il se souvint s'être bagarré avec Allen, et visiblement, il avait perdu. En remontant le fil de ses souvenirs de la journée, il se rappela pourquoi ils en étaient venus aux mains. Aux armes pour lui, et il espéra sincèrement que Allen n'ait pas été blessé. Il s'en serait voulu.
Alma était ALMA. Sa colère reprit le dessus assez vite, et il voulut se lever, mais il ne le put. Des liens étroitement serrés lui fixaient les poignets, les chevilles et le torse au fauteuil où il était assis. Il força tant qu'il put, mais les cordes tinrent bon.
-N'essaie pas, dit une voix douce. C'est du solide.
Il tourna la tête vers Allen qui venait d'entrer dans la pièce.
-Tu m'observes depuis longtemps ? Grogna t-il.
-Depuis que tu es réveillé, répondit l'albinos en s'asseyant en face de lui. En fait, je ne suis jamais parti depuis que je t'ai assommé.
Kanda tiqua.
-J'aurais jamais cru que tu puisses me battre, toi, un Moyashi pareil…
Le sourire de Allen s'élargit malgré la moquerie du japonais.
-Je sais me battre, même si je n'en fais pas étalage, et tu étais tellement en colère que ta garde était pleine de failles. Mais c'est normal d'être en colère à ce point Kanda, je comprends. Je serais dans le même état à ta place, crois moi.
Son ton était des plus calmes. Incroyablement calme même. Kanda ne put s'empêcher de se sentir apaisé par la voix grave du plus jeune. Sa colère semblait se rendormir au fond de lui.
-Détache moi, dit-il.
Allen le jaugea du regard, pour savoir si lui bondirait dessus à nouveau ou pas. Bon, visiblement, le japonais était calmé, aussi défit-il lentement les liens. Kanda se massa les articulations qui avaient été malmenées par les fibres des cordes. Mais il resta assis, signe que Allen avait eu raison de lui faire confiance.
-On s'occupera de l'hôpital gouvernemental, promit Allen. Et on sauvera Alma et Tokusa. Mais on le fera…
-… en temps et en heure, c'est ça ? Le coupa Kanda.
Il avait entendu cette rengaine des centaines de fois au moins de la part de ses camarades. Allen acquiesça en silence.
-Et c'est quoi, la prochaine étape ?
-On déménage, déclara l'albinos.
