Salut à tous !
Cette fois j'ai vraiment galéré à l'écriture de ce chapitre (d'autant plus que j'ai tellement d'études en dehors que j'ai du mal à trouver du temps pour moi).
Ce chapitre est bien, même s'il me laisse insatisfaite. Mais il annonce certains détails pour la fin de l'histoire (même si je ne sais pas trop quand celle-ci aura lieu).Sinon j'ai vu les derniers scans postés pour la fin de Naruto, et j'ai été un petit peu déçue par le côté happy end, et très surprise par le bond technologique qu'ils ont fait en 10 ans (des buildings et des ordinateurs portables !). Et puis honnêtement le couple Choji/Karui, sérieusement WTF, d'où il sort ?
dididu58 : voilà la suite tant attendue ^^
Kana-chan01 : Oui c'est Sasuke qui a fracassé la bouteille de vin sur la porte de Naruto. La petite histoire c'est qu'une fois qu'elle est partie avec Shikamaru, toutes ses amies sont rentrées chez elle; Un peu après Sasuke s'est pointé la bouche en cœur pour ne trouver personne. Et du coup quand il a vu à quel point Naruto et Shikamaru s'aimaient il n'a pas pu le supporter. Il avait pensé que l'un des deux le poursuivrait après avoir jeté la bouteille mais ça n'est pas arrivé. Le temps qu'il fasse demi tour, Shisui l'a trouvé et s'est dit que c'était mieux de le ramener à la maison.
Keiko : Jiraya... TT_TT Mais je ne pouvais pas le laisser en vie, désolée
Les mains de Shikamaru se posèrent avec fermeté sur mes épaules. Je les sentais trembler, la colère contenue dans son corps bouillonnant à travers ses muscles. Pourquoi était-il si en colère. Sasuke était un précieux membre de Konoha, et un de ses camarades de graduation. Je pouvais comprendre que leur rivalité à mon propos ne lui donne un mauvais avis sur mon coéquipier. Mais je connaissais son détachement professionnel, et j'espérais qu'il puisse estimer l'Uchiha à sa juste valeur. Après tout il était l'un des derniers membres vivants de ce clan.
Et nous ignorions tout de ce qui était advenu de lui après qu'il soit entré en contact avec l'Akatsuki. Etait-il mort ? Etait-il prisonnier ? Quoi que fut la réponse il était vital de la connaître. Et c'était l'une des raisons qui m'avaient permis de me relever. Je ne pouvais pas me laisser au désespoir. Ce n'était pas le temps de pleurer mes morts.
J'avais une promesse à tenir.
Ne pouvait-il pas comprendre ? Shikamaru malgré ses centaines de points de QI ne pouvait pas comprendre cela ?
Mes yeux affrontèrent deux flaques d'ambre où pour une fois je ne me laissai pas engloutir. Il ne m'aurait pas. Je devais sauver Sasuke. Et ce n'était pas pour moi. Pas que. Le village avait besoin de Sasuke.
Je le répétai à Shikamaru qui eut une expression choquée comme si je venais de lui cracher au visage.
_ Depuis quand prends-tu tant à cœur les besoins du village ? me demanda-t-il.
_ Parce que je suis un soldat de Konoha, répondis-je simplement.
C'était la réponse la plus simple qui existât. Ne m'avait-il pas lui-même questionné un jour sur ma fidélité ? Cette fameuse fois où j'avais causé un incident diplomatique au pays des Vagues ? Mes croyances avaient vacillé ce jour là. Il n'y avait pas si longtemps que j'avais appris mon rôle dans cette fichue prophétie et j'essayais de ne pas être accusée de trahison pour être entrée en contact avec un déserteur. Mais maintenant je savais où était ma vraie place. Après tout j'étais en train de me former pour devenir le Rokudaime Hokage, n'est-ce pas ?
_ Tu as mis tout en œuvre pour sauver un imbécile qui ne le méritait pas et qui t'a brisé à chaque fois. Tu t'es relevée lorsqu'ils avaient fait de toi un soldat sans cervelle ? Pour devenir un simple fou au lieu d'un pion sur l'échiquier ? gronda Shikamaru.
_ Que... Qu'est-ce que tu racontes, Shikamaru ?
_ Tu dis que tu veux sauver Sasuke, très bien. Mais quelle est ta part de décision là-dedans ? Ne crois pas que j'ignore les pressions qu'ont mis le Conseil sur toi. Une fois épuisée ils ont fait ce qu'ils voulaient de toi.
_ Ce n'est pas vrai, j'ai fait des tas de choses derrière leur dos ! C'est moi qui ait permis d'assembler aussi vite une équipe de soutien pour la tienne ! rappelai-je.
_ Pour lutter contre l'Akatsuki. Mais quand est-ce que tu as fait quelque chose vraiment pour toi ? Que tu t'es laissée aller à un petit plaisir, un moment de paix égoïste à ne pas penser à toutes ces histoires politiques ou guerrières ?
Je voulus lui répondre, mais les mots restèrent coincés dans ma poitrine. J'effectuais des missions pour vivre et gagner de l'argent, puisque je n'avais guère pu sortir du Village depuis récemment. Quand ça n'avait plus été mon temps de punition, c'étaient les responsabilités qui me retenaient. Où était passé les rêves héroïques que j'avais quelques année avant ? J'étais soldate, j'étais conseillère, j'étais Jinchuuriki, j'étais héritière et chef de clan... Tant de titres ronflants, tant de rôles, tant de responsabilités...
_ Quelle est la dernière fois que tu as pris du temps pour être juste Naruto ?
_ A Noël, murmurai-je malgré moi.
Ses doigts durs desserrèrent leur prise et il caressa ma peau avec tendresse.
_ Te rappelles-tu comment tu t'es sentie ? Je l'ai lu le bonheur, la paix de ne plus penser à rien de galère.
Je contemplai avec une nostalgie envieuse ces évènements. Bien sûr que j'aurais aimé arrêter tout ça ! Bien sûr que j'étais fatiguée ! Mais je n'avais pas le temps. Il y avait trop à faire pour qu'on se permette de se reposer. Il dut lire la résolution enfermer tous sentiments superflus dans mon cœur. Je savais ignorer ces émotions, je l'avais si bien fait. Et je le ferai cent fois si ça permettait de ramener Sasuke plus vite. Et de rétablir la paix.
Il serra les dents avant de me fixer une nouvelle fois dans les yeux. Il ne me ferait pas changer d'avis. Que savait-il de toutes ces responsabilités, lui qui passait son temps à les repousser par paresse. Ce que je devais faire ne devait pas être repoussé. Qu'en savait-il du poids que j'avais à porter ? Je faisais l'objet d'une prophétie, et je faisais partie des seuls neuf individus à porter un monstre fait de Bijuu sur cette fichue planète !
_ Eh bien, même si tu ne parviens pas à réfléchir par toi-même sans t'appuyer sur Sasuke ou sur le Conseil du village, même si ta volonté du feu semble s'éteindre toute seule, au moins sembles-tu vouloir vivre pour le moment, lança-t-il sarcastiquement.
Le ton de sa voix me blessa, mais je ne laissai pas transparaître. Il ne remporterait pas cette bataille de volonté.
_ Tu n'arrives même plus à vivre sans penser à Sasuke ou à une responsabilité du Conseil. Ce n'est pas une vie ! Cela n'a pas de sens si tu es aussi dépendante de lui. Tu deviens pathétique à force de te briser au moindre choc.
_ Je croyais que tu serais toujours là pour m'aider. N'est-ce pas ce que tu m'as dit lorsque tu m'as déclaré ta flamme.
_ Je ne retire pas ce que j'ai dit. Mais ça c'est devenir dépendant de moi, et ce n'est pas comme ça que je te veux. La fille que j'aime est indépendante, courageuse, et elle a la tête bien faite. Mais toi tu n'as presque plus rien en commun avec elle. Tu doutes tout le temps et tu te tortures l'esprit à en pleurer. Tu poursuis un imbécile qui ne t'a jamais rien apporté de bon. Franchement si tu veux mon avis il est probablement mort à l'heure qu'il est.
Sasuke... Mort ? Non, impossible. Quel sens aurait ma vie sinon ? Je devais le sauver, je l'avais promis ! Une rage sourde montait en moi, difficilement gérable, pendant qu'une autre partie de moi fixait mes actes avec détachement. Une partie toute petite, faite d'idéaux que j'avais recluse derrière cette cage de glace que j'appelais mon cœur. Et ce fut cette part de mon esprit qui m'empêcha de faire quelque chose de stupide : frapper Shikamaru.
Parce qu'il posait exactement la question de l'après. Que faire une fois que je n'aurais plus à sauver Sasuke ? Par quoi combler ce vide ? Je refusais d'y penser. Parce qu'une fois de plus je n'avais absolument pas prévu d'avenir. J'avais bien quelques bribes de rêve, mais c'était tout que c'était : des rêves. Et je n'avais guère le temps de rêver en ce moment.
_ Tu vois à quel point tu es en colère ? A quel point tu te frustres et pourtant ne peux me répondre ? C'est ça que tu as perdu plus que toute chose lorsqu'ils t'ont lavé le cerveau dans les services spéciaux, qu'ils ont fait de toi une machine à tuer. Tu as perdu tout ton répondant, tout ce qui faisait de toi Naruto. Et maintenant, tu n'es juste qu'une arme sur laquelle on décharge des responsabilités histoire de la laisser tranquille. Tu t'es laisser piéger de façon minable quand on t'a fait croire que tu pourrais devenir Hokage.
_ Ferme-la ! lui ordonnai-je.
_ N'as-tu pas vu à quel point il était aisé de jouer avec toi ? cria-t-il. Tout le monde te manipule et toi tu ne fais rien !
Je ne répondis pas, me contentant de le fixer, dents serrées. Il finit par abandonner. Pour le moment. Toujours en colère, il sortit de sa poche une photographie. J'y reconnus la photographie du dos de Fukasaku-Sama. Que voulait-il qu'il que je fasse de cela ?
_ Ce sont les derniers mots de Jiraya-Sama. Ni Kakashi-Sensei, ni Tsunade-Sama n'ont été capables de m'éclairer sur la signification de ces numéros. Il n'y a guère que toi à qui ce message ait pu être adressé.
Je soupirai avant de fixer plus attentivement la photographie. Le code n'était pas mon fort. Ce qui me chiffonnait, c'était que Shikamaru ait fait allusion à des numéros. Or de toute évidence le premier élément du message n'était pas un 9 mais un タ, Jiraya ayant une fâcheuse tendance à en arrondir les traits pour aller plus vite. Mais qu'est ce que ce katakana avait à faire avec ces numéros ?
_ Je ne sais pas si ça va t'aider beaucoup, mais ça c'est un タ, lui désignai-je.
_ Comment ça ? s'étonna-t-elle en fronçant les sourcils.
_ Oui, au lieu de faire les trois premiers traits normalement (je les traçai de mon doigt sur la photo), il les fait dans l'autre sens comme ça il n'en a qu'un à faire. Et il raccourcit le dernier.
Je lui montrai de nouveau et ses yeux s'ouvrirent en grand.
_ Ce qui veut dire que ce kanji désigne une référence qui vous est commune ! Oui, bien sûr ! Naruto, qu'est-ce qui vous rapproche et qui commence par "ta" ?
_ Euh... fis-je prise au dépourvu. Des takoyaki ?
_ Sois sérieuse ! Quelque chose qui puisse contenir les nombres qui se trouvent ici !
_ Mais j'en sais rien !
_ Ce n'est pas grave, peut-être que quelqu'un d'autre le sait. Merci quand même.
Je me dis qu'il allait partir comme ça, en plein milieu de notre dispute dont il avait changé de sujet. Je ne me laisserai pas faire ! Mais il n'avait pas l'air de vouloir continuer à m'affronter. Mais je sentais qu'il n'avait toujours pas compris ni accepté ma version des faits. Je le regardai s'éloigner. Il fallait que je lui annonce que la mort de Jiraya et son action face à l'Akatsuki me menaçait directement. Que c'était une des raisons pour lesquelles je ne serais plus dans le village avant ce soir.
_ Shikamaru, l'appelai-je.
Il se retourna.
_ Je vais partir pour le mont Myôboku. Quelqu'un doit reprendre la place de Jiraya.
Quelque chose de douloureux passa entre nous. Des non dits, des émotions volatiles, des regards... Je manquai de trembler sous l'intensité des sensations qui passaient entre-nous.
_ Quand pars-tu ?
_ Cet après-midi.
Il ne demanda pas pourquoi je ne lui avais rien dit. Il hocha simplement la tête en signe d'acquiescement. Puis il me tourna de nouveau le dos; levant la man en l'air pour me souhaiter bon vent. Pas d'étreinte, pas d'embrassades, juste un signe de main et sa silhouette voutée qui s'éloignait. Je me retournai également. J'avais envie de pleurer. A un moment je crus sentir son regard dans mon dos. Je jetai un coup d'œil en arrière. Il devenait de plus en plus petit.
Et ça faisait mal.
Une fois rentrée dans l'appartement je sortis mon sac de voyage. Je sellai différentes tenues dans un rouleau de parchemin que je glissai au fond. Vinrent le tour de mes armes que j'affutai avant de rager également au fond de mon sac. Les rejoignirent bandages et antiseptiques au cas où. Tout en m'affairant, mes doigts tombèrent sur un bloc de feuilles clipsées. L'écriture de Jiraya me sauta au visage, et le souvenir de le voir écrire en toutes situations me prit à la gorge.
Je le feuilletai machinalement, notant que c'était celui qu'il m'avait incité à corriger. La Tactique du Batifolage, bien qu'écrite d'une plume de maître, avait contenu quelques lourdeurs et répétitions qui ne tenaient qu'à un certain tarissement des anecdotes "intéressantes" de la vie de mon mentor. Du coup certaines pages étaient couvertes de corrections de ma part. Notamment celles où je trouvais que les femmes étaient franchement déconsidérées et ridicules.
Toujours était-il que je remarquai quelque chose de curieux : les nombres du code correspondaient aux pages sur lesquelles j'avais effectué des corrections. Je recoupai mes notes sur une feuille à part. Les premiers mots de chaque correction amenaient une nouvelle phrase que je ne comprenais pas : Il ne vit pas réellement. A qui cela faisait-il référence, et que voulait dire Jiraya par là ? Evoquait-il son adversaire ou bien quelqu'un d'autre ?
Je regardai le soleil sur la neige au dehors. L'heure où je devais me rendre à l'entrée du village approchait. Mais sans le manuscrit, Shikamaru aurait beau chercher parmi les livres de Jiraya, il ne parviendrait à rien. Et je savais que ces mots étaient les derniers que l'homme que j'avas considéré comme mon grand-père m'adressaient. Même si j'étais en colère contre mon petit ami, je n'avais aucun intérêt à lui mettre des bâtons dans les roues.
Je me retrouvai brusquement à courir avec tout mon équipement dans les rues de la ville, dérapant sur les pavés verglacés, une pile de feuilles et la réponse que j'avais dans les mains. Mon sac battait contre mon flanc. J'ouvris la porte du bâtiment administratif à toute volée, prenant à peine le temps de décliner mon identité à l'homme à l'entrée. Essoufflée, j'ouvris la porte du bureau au rez-de-chaussée avec le même empressement.
Les yeux de Shikamaru brillèrent d'une certaine joie. Peut-être espérait-il que je m'excuse auprès de lui. Je posai brutalement le manuscrit sur la table.
_ Vous n'arriverez pas à la réponse de ce message sans ceci. La réponse que j'ai trouvée est : il ne vit pas réellement, haletai-je.
_ D'accord, répondit Shikamaru froidement.
Je me tus un instant, sentant le poids de sa colère à mon égard. Il ne pourrait pas comprendre ce besoin que j'avais de tout contrôler, cette impossibilité de lâcher prise pour prévenir une catastrophe plus grande encore. Il ne savait pas le rôle que je jouais dans tout cela. Pourquoi je cherchais si profondément à comprendre ce qu'était Uchiha Madara. Et ce qu'il voulait.
_ Nous parlerons une autre fois, lui dis-je. Je n'ai pas le temps pour l'instant.
_ Tu ne l'auras jamais si tu ne le prends pas. Qu'est-ce qui est plus important que ton bien-être à toi ? Quels soucis te pèsent tant que tu ne peux ni me les avouer, ni les faire attendre ? Qu'est ce que je suis pour toi ? me lança-t-il.
_ Je ne veux pas te mettre en danger. Je ne veux mettre personne en danger.
_ Me crois-tu incapable de faire face avec toi ? Je me fiche de savoir ce que j'affronte si c'est pour toi. Pourquoi me rejettes-tu encore pour prendre plus de responsabilités ?
Je ne pouvais pas tout lui expliquer. Je ne savais pas ce qui serait pire : Shikamaru s'éloigner de moi lorsqu'il constaterai ce que j'étais vraiment, ou le voir mourir pour me permettre de continuer ma mission. Son rejet ou sa mort, quelle perte de lui supporterai-je le mieux ? Je ne voulais pas me torturer de la sorte. J'éloignai ces noires pensées.
Si Shikamaru méprisait l'image de soumission et d'écrasement par les responsabilités que je lui renvoyais, que penserait-il de l'envers du miroir ? L'envie de lui avouer ce que j'avais sur le cœur me prit et j'ouvris la bouche.
Au même moment les sages grenouilles m'invoquèrent sur mon lieu d'entrainement.
_ Shikamaru ! m'écriai-je avant d'aviser le crapaud qui avait utilisé le sceau. Ramenez-moi là-bas !
_ Impossible, Naruto-Chan, me dit Fukasaku qui se trouva alors à mes côtés. Il est temps pour toi de reprendre l'héritage qui t'attends.
_ Le message d'Ero Sennin se trouve déjà à Konoha. Je pourrais trouver le temps de reprendre son rôle d'ermite une fois qu'on aura arrangé la situation avec l'Akatsuki. Il suffirait de les vaincre, non ? Laissez-moi rentrer à Konoha. Je n'ai pas fini ce que j'avais à y faire...
_ Cet héritage n'est pas celui de Jiraya, et t'apprendre l'utilisation du Senjutsu est bien plus primordial que tu ne le crois. Si tu espères vaincre l'entité qui fut jadis Uchiha Madara il te faudra comprendre ce que les hommes ont fait du monde. Il faut que tu entres en contact avec l'esprit de la Nature.
_ De quoi est-ce que vous parlez ?
_ Comment les hommes sont-ils devenus capables de manipuler le chakra et les éléments de la Nature, quand seuls quelques élus en étaient capables ? Qu'as-tu lu sur la pierre des Uchiha sur l'origine des clans ? Et pourquoi crois-tu qu'ils sont les gardiens de cette connaissance ?
Alors que mon esprit restait fixé sur ce que je voulais dire à Shikamaru, le vieux sage prononça alors les mots que je voulais entendre :
_ Je peux même t'expliquer pourquoi tu es si impliquée avec le clan Uchiha, et pourquoi vous êtes liés par une même obsession.
Soufflée, je le suivis jusqu'à un escalier de pierre tortueux. Malgré sa largeur qui laissait présager que le boss des grenouilles pouvait y passer, les immenses statues de pierre qui bordaient le chemin semblaient sur le point de m'écraser. Le vieux batracien me conduisit jusqu'à l'entrée d'un vieux temple. Je m'inclinai à son entrée avec respect avant d'y pénétrer à mon tour. Dans la pénombre, je ne parvenais guère à distinguer les riches mosaïques sur les murs de la caverne. Au fond, sur un grand trône se tenait la grenouille la plus blême que j'eus jamais vue.
Je compris au regard qu'elle me jetait qu'elle était aveugle. Et pourtant ses yeux semblaient voir à travers moi avec une grande acuité.
_ Ainsi tu es là, Enfant de la Prophétie, croassa l'invocation d'une voix rauque. Il y a bien longtemps que j'avais parlé de ta venue au Sage des Six Chemins. L'avènement d'un nouveau monde est à portée de main.
Il toussa quelques instants. Mue par un instinct que je ne compris pas, je m'avançai vers lui, presque en état de transe. Sa patte froide se posa sur mon visage et je frémis. Je sentis son chakra passer à l'intérieur de moi, comme si elle cherchait... quelque chose... Quelque part au fond de moi, je sentis NARUTO remuer. Puis il rétracta sa main, laissant en moi un sentiment d'intrusion et de malaise, comme si pour la première fois je remarquais une partie de moi qui ne l'était pas vraiment. Comme une aspérité que j'aurais acceptée depuis longtemps et que je redécouvrirais sous un regard extérieur.
_ Tu es là sans être là, mon enfant. Incomplète, ignorante, mais en quêtes de réponses. Je connais certaines de tes questions. Je les lis dans ton cœur que tu as cent fois brisé et dans ton esprit que les ténèbres rongent.
_ Que... commençai-je.
_ Tu te noies dans des soucis que tu n'appréhendes pas, multiples et pourtant uniques.
_ Dites-moi, l'enjoignis-je, l'appréhension au ventre.
_ C'est une histoire vielle comme le monde, pourrait-on dire. Vieille comme votre monde, celui que vous avez façonné. L'homme a toujours eu besoin de s'affranchir de ses liens pour devenir tellement plus qu'il ne l'est. Il rejette ce qu'il n'aime pas en lui pour renvoyer une image de perfection aux alentours. C'est ce qu'ils font tous. C'est ce que tu fais, enfant. Et c'est ainsi que l'espace est né pour que la graine se sème.
_ Je ne comprends pas.
_ Assieds-toi et instruits-toi alors.
Mes genoux se dérobèrent sous moi et mes fesses heurtèrent le sol dur de la caverne. L'esprit vide, je fixai les yeux aveugle du batracien où dansaient le reflet des flammes qui éclairaient la pièce. Et tout à coup je fus ailleurs.
Je vis alors une terre immense couverte de verdure, de rivières qui courraient et d'animaux qui s'ébattaient. La nature semblait vivante à sa propre manière, comme dotée d'une conscience. Je la sentais, pleine d'énergie, et je vis des animaux de taille gigantesque en pleine communion avec cette entité. Les invocations. Elles étaient vieilles comme le monde, et pourtant différentes de la nature.
Et puis vinrent les hommes. Primitifs, frustres, incapables d'entendre les voix de la Nature. Ils construisaient et détruisaient, asservissant ce qu'ils pouvaient. Cependant ils parvenaient tant bien que mal à vivre de ce qu'ils avaient, jusqu'à ce qu'un d'entre eux décide qu'il avait besoin de plus, e ils s'élargissaient. Je vis les arbres abattus pour leur construire des maisons et les réchauffer. Je vis les pierres arrachées au ventre de la terre pour construire leurs routes. La Nature souffrait, mais elle ne disait rien. Car malgré tout elle était admirative de ces êtres qu'elle avait créé et qui se prenaient pour les maîtres du monde.
Quelques contacts furent établis entre les hommes et la Nature, et ceux qui y parvenaient devenaient des sages, emplis de connaissances qui terrifiaient autant qu'elles fascinaient les autres hommes. Et avec l'envie vinrent les guerres, nombreuses, houleuses. Et le sang des hommes revint à la terre. Jusqu'à ce qu'une reine décide de faire abattre l'arbre de la vie où fleurissait l'énergie de la nature la plus pure. Elle qui avait pourtant été choisie pour sa capacité à discuter avec l'entité, décida de partager son savoir avec tous. Et la fleur fut arrachée, et l'arbre fut détruit, dispersant sève et pollens dans les airs.
Alors la Nature décida de cacher ses graines à l'endroit où seuls les plus méritants pourraient l'atteindre : le cœur des hommes. Tous ceux qui assistèrent à la chute de l'Arbre et leurs descendants étaient à présent capable de malaxer l'énergie spirituelle et l'énergie corporelle de leurs corps. Ainsi naquirent les ninjas.
Mais la soif de pouvoir des hommes ne s'arrêta pas là. L'énergie brute qui sortait encore du tronc et des Racines de l'arbre fut forcée à l'intérieur des corps de quelques volontaires qui ne purent contenir l'énergie et se changèrent en monstres faits entièrement de chakra. Jadis des hommes et maintenant des Bijuu, ils devenaient les nouvelles armes que les hommes voulaient pour eux et souhaitaient contrôler.
Cependant cette énergie qu'ils tiraient tous et qu'ils pouvaient produire venait de quelque part et se dispersait bien quelque part. Et le monde commença à se déséquilibrer. Les forêts dépérissaient ou devenaient trop sauvages, les déserts progressaient, les montagnes s'érodaient, la terre s'ouvrait. Les hommes aux vies si courtes étaient incapables de voir cela, et la Nature n'arrivait pas à rétablir l'équilibre. Les Bijuu étaient l'énergie qui lui manquait pour rétablir l'équilibre. Et nous, futiles vies, nous dansions sur le fil des limites, trop concentrés sur nos propres guerres pour nous rendre compte de la décadence du monde où nous vivions.
Quelques-uns s'en rendirent compte. Ceux-là mêmes qui avaient déjà une connexion avec la Nature avant qu'elle ne s'immisce dans les corps et les cœurs, formant ce qu'on appelait injustement chakra spirituel. L'un d'eux devint le Sage des Six Chemins qui inventa le Ninjutsu et parvint grâce à ses talents à rassembler les Bijuu une nouvelle fois en son sein. Malheureusement il n'était pus possible de reformer un Arbre de la Vie avec les créatures que les hommes avaient créé par soif de pouvoir. Alors l'homme chercha toute sa vie les réponses pour comprendre comment rétablir l'équilibre mais n'y parvint pas. A sa mort il confia à ses trois enfants un héritage particulier.
L'ainé qui deviendrait le patriarche des Uchiha reçut son corps en héritage, ainsi que ses yeux avec lesquels il pouvait regarder le présent pour attester de la décadence du monde. L'autre fils qui formerait le clan Senju, reçut son esprit pacifiste et aimant avec lequel il guiderait les hommes vers un avenir radieux. Quant à la cadette, la fille, digne ancêtre des Uzumaki, elle reçut ses connaissances avec lesquelles elle pourrait apprendre des erreurs du passé.
L'ainé se sentait insatisfait de son héritage, persuadé que son père avait fait une préférence sur son frère. Bien que devant être celui qui voit, ainsi que le deviendraient tous ses descendants, il se convainquit que la manière douce prônée par son frère était mauvaise et s'opposa à lui en tous points jusqu'à ce que leurs deux clans s'opposent en une guerre sans fin. Et ainsi continua le cycle de décadence pour une guerre fratricide que ne pouvait arrêter le troisième parti qui se voulait neutre.
Et a chaque génération des enfants naissaient à la même période : un Uchiha, un Senju, un Uzumaki. Comme s'ils étaient nés pour ce but précis, ils tentaient de renverser le cours des choses, ils prenaient contact avec la part de Nature en eux et devenaient des sages. Et chacune de leurs tentatives s'étaient soldée par un échec, car ils ne pouvaient travailler ensemble dans un climat aussi terrible.
L'avènement de Konoha aurait dû offrir un moyen de stopper le cycle. Uchiha Madara et Hashirama Senju étaient amis à l'époque. Et Uzumaki Mito était arrivée. Et elle avait épousé le chef du clan Senju. Personne ne sut ce qui poussa Madara sur le chemin de rejet et de destruction envers Konoha. Mais il fit quelque chose de terrible que je ne compris pas car des évènements aussi précis n'étaient qu'un instant pour la Nature qui se mourrait.
Je mis du temps à émerger dans la pénombre de la caverne. C'est comme si je n'arrivais plus à savoir où mon corps s'arrêtait. Ce qui était Naruto, ce qui était sol, ce qui était air, tout se confondait en une masse indistincte. Mais un sentiment incroyable se dégageait. Une plénitude telle que je n'avais jamais ressentie auparavant.
Un sentiment de paix.
Mais peu à peu je sentis revenir en moi les soucis et les douleurs de ma vie d'homme, de cette vie si courte que je vivais. Cette vie qui devait sembler à peine un clin d'œil pour ces êtres qui vivaient pour des siècles et des siècles. Je comprenais des choses que je n'avais jamais comprises avant. Je comprenais que Sasuke et moi soyons liés l'un à l'autre. Mais quelque chose me chiffonnait.
_ Si Sasuke et moi sommes les élus de cette génération, pourquoi ne sommes-nous que deux ? Assurément il existe encore des héritages Senju et Uzumaki de part le monde.
La vieille grenouille rumina quelques temps mes paroles.
_ Bien qu'incomplète, tu es sage enfant de la prophétie. Malheureusement tu n'as vu que ce que tu voulais voir. Fukasaku t'a amené en ce lieu avec une question. Quelle réponse lui as-tu apportée ?
Si j'avais voulu revenir à Konoha pour achever ma conversation avec Shikamaru, c'était ma soif de réponses par rapport à l'obsession que Sasuke avait à mon égard. Et moi envers lui. Un lien bien plus profond et bien plus ancien que nos sentiments respectifs nous unissait. Le reflet de la guerre fratricide qui régnait entre les héritiers du Sage des Six Chemins. Le sage dut comprendre le cheminement de mes pensées, car sa large bouche s'étira en un sourire.
_ Pourquoi crois-tu que ce sentiment est né dans l'aîné des trois enfants ? Pourquoi est-il passé si facilement dans les générations suivantes ? Pourquoi ce sentiment a-t-il submergé la volonté d'unité des précédents élus ? Tu n'es pas la première à venir à nous, dotée de sang mêlé.
_ Quand vous dites que je suis incomplète, c'est parce que je n'ai pas de sang Uchiha dans les veines, n'est-ce pas ?
Il ne répondit pas, mais je sentis que ma réponse était juste. Du moins presque juste. Comment étais-je supposée obtenir du sang Uchiha ? Cela signifiait-il que je n'étai que la matrice dans lequel naîtrait le véritable enfant de la prophétie ? Un enfant de moi et de Sasuke ? L'idée était plus que dérangeante, d'autant plus que cette idée n'était pas nouvelle. Orochimaru avait insinué qu'une telle union lui donnerait un réceptacle des plus puissants. Etait-il au courant de cette prophétie ? Qu'en était-il de Sasori ?
Mais ça ne prenait aucun sens. Pourquoi avais-je été choisie comme élue en ce cas ?
_ Suis-je vraiment l'enfant de la prophétie ? Répondez-moi.
_ Tu l'es, et tu ne l'es pas vraiment. Pas assez. Pas encore. Dans une autre vie peut-être.
_ Etes-vous en train de me dire qu'une entité supérieure aurait dirigé ma vie de bout en bout pour aboutir à l'enfant qu'il lui fallait ? Pas seulement la mienne, mais la vie de milliers et de milliers de personnes ?
Ma voix filait dans les aigus, tordue par le dégoût et la colère qui m'emplissaient. N'avais-je pas fini d'être une marionnette ? Shikamaru avait raison : je n'étais pas libre de mes choix. Mais si je m'étais laissée manipulée par certains, parce que je considérais cela comme une bonne décision, je refusais de croire qu'on m'avait créée pour ce but unique.
Devant moi se dévoilait enfin ce que signifiait vraiment le rôle d'élu. Je n'étais qu'une graine dans la multitude qui était jetée dans le vent. Une simple graine qui poussait au bon endroit et au bon moment. Une simple vie passagère dans le cours des choses. Pas de choix ou de décision à prendre. Pas de moyen de s'opposer contre son destin. Quand me jetterait-on aux ordures ? Lorsque j'aurais fait mon office ?
J'avais passé mon existence à accepter de me sacrifier pour autrui. Je le pensais toujours. Mais était-ce vraiment mon choix ? Est-ce que cela ne dépendait pas d'une disposition de "naissance", une faculté innée induite en moi par la Nature ?
_ Je n'ai pas choisi cette vie. Je comprends que je fasse partie d'un plus grand évènement qui me dépasse, mais je n'ai pas le choix de pouvoir renoncer.
_ Tu voudrais renoncer, enfant ? Peut-être que la Nature se trompait. Peut-être que tu n'es pas de taille. C'est arrivé par le passé. Les hommes sont trop incontrôlables. Certains de tes ancêtres ont abandonné eux aussi. Tu as encore le choix.
Alors je songeai de nouveau aux images et aux sensations qu'il m'avait données. Repousser la tâche ne résoudrait pas le problème. La Nature se mourrait et les hommes vivaient sur ses terres et l'abimaient sans comprendre, sans savoir. Je ne pouvais pas abandonner. Et je n'étais pas femme à abandonner aussi facilement.
_ Je voudrais savoir quoi faire. Vous m'avez dit que je n'étais pas complète. Qu'est-ce que cela signifie ? Et comment puis-je me compléter ?
_ Les réponses à tes questions ne nous sont pas acquises, enfant. En revanche nous pouvons t'enseigner le Senjutsu pour entrer réellement en contact avec la Nature et ne faire qu'un avec elle. Le veux-tu ?
Et ma réponse scella mon destin à jamais. Sitôt que j'eus répondu, Fukasaku m'entraina hors du temple où il commença à m'expliquer ce que je n'avais pas vraiment compris. En réalité l'énergie spirituelle et l'énergie physique étaient réellement fournies par le corps humain, elles correspondaient à la capacité d'effectuer un travail mental et un travail manuel. La Nature n'avait permis aux hommes en contact avec elle que de la malaxer. Et c'était cette même action que sa présence dans le corps des hommes présents lors de la chute de l'Arbre permettait.
L'exercice consistait à présent à utiliser ce lien ténu pour entrer réellement en contact avec elle et tirer l'énergie qu'elle me donnait. En soit ce n'était guère différent que de se faire accorder du chakra par Kurama. Mais ce n'était que la théorie. De ce que j'avais cru comprendre, ceux qui étaient capables d'entrer réellement en contact avec la Nature en payaient le prix. Certains se figeaient en pierre sous l'action de l'huile des crapauds, utilisée comme vecteurs de connexion. D'autres refusaient cette présence comme quelque chose d'autre et la considéraient réellement comme une part d'eux mêmes jusqu'à ce que leur esprit se dissolve dans le courant d'énergie et qu'ils se perdent.
Apparemment la manière dont je ressentais NARUTO en moi n'étaient qu'un des symptômes de ce dernier effet secondaire. Les conflits de personnalité, de désirs et de devoirs en moi avaient créé cette "personnalité alternative". Peut-être que cela avait été accentué par la présence de Kurama en moi qui lui avait totalement été englouti par l'énergie et ne se rappelait plus de sa vie d'homme.
Fukasaku m'expliqua qu'il était difficile et rare d'arriver à une communion complète sans subir d'effets secondaires. Jiraya pâtissait d'une transformation physique lorsqu'il tentait d'utiliser le Senjutsu.
_ Assieds-toi et médite, Naruto-chan, me dit le batracien. Tu dois rester immobile et te concentrer sur la sensation que tu éprouves lorsque tu malaxes le chakra. Cherche les liens qui t'unissent par ce biais à la Nature...
Les yeux fermés, je me laissai bercer par la voix croassante tout en cherchant le chemin au sein de mon esprit. Doucement je sombrai dans une transe et sentis s'ouvrir une porte vers mon arbre intérieur...
Je jetai un coup d'œil à la multitude de portes qui cliquetaient dans la brise, pendues au bout des banches comme les milliers de possibilités qu'elles étaient. La première fois où j'avais réellement rencontré NARUTO, ça n'avait pas été des plus facile : nous nous étions battures, jusqu'à ce que l'image de ma mère apparaisse et qu'elle me donne mon héritage Uzumaki. ELLE m'avait reproché de nous tuer et de ne penser qu'à sauver les autres alors que j'étais tellement perdue moi-même. Elle m'avait fait les mêmes reproches que Shikamaru. J'avais abandonné ce que j'étais précédemment comme de vulgaires peaux mortes, sans penser à ce que je pouvais perdre au change pour devenir le soldat "parfait".
Un pion des plus manipulables.
_ Hey ! appelai-je à la cantonade, ne sachant pas trop vers où aller.
Si NARUTO était un reflet de la Nature mêlée à ce que j'avais refoulé, où pouvait-elle se cacher ? De ce que j'avais compris de mon esprit grâce à une discussion avec Yamanaka Inoichi, les portes visibles étaient celles de mon conscient. Plus je m'enfonçais dans les zones d'ombres, plus c'étaient des choses inconscientes. Dans quelle partie pouvait se trouver ce que je refoulais, et dont NARUTO semblait s'en être fait l'incarnation ou le gardien ?
_ J'ai besoin qu'on parle, NARUTO ! tentai-je de nouveau sans obtenir de réponse.
Je marchai le long des épaisses racines qui formaient un chemin assez facile à suivre, bien loin au dessus de l'eau. Pourquoi mon esprit prenait-il la forme d'un arbre immense planté dans l'eau et agité par la brise ? Je comprenais que l'eau et le vent étaient mes natures de chakra qui venaient naturellement. Mais cet arbre géant et l'aspect figé du ciel, je ne me l'expliquais pas. J'avais cru comprendre grâce au chef de la section Torture et Information qu'il s'agissait de parties de moi importantes, suffisamment pour avoir une manifestation physique. Il avait estimé que ce ciel immobile reflétait peut-être mon désir de rester ce que j'étais à présent.
Shikamaru, la tête toujours plongée dans les nuages aurait sans doute attribué l'adjectif "ennuyant" à cette vision céleste. Et il aurait eu raison. J'avais voulu être acceptée et rester comme tout le monde, gardant en moi toutes les pulsions infantiles et joyeuses qui me poussaient à agir lorsque j'étais plus jeune. Peut-être n'avait-ce pas été pour le mieux.
Mais ces réflexions sur moi-même, quoi que fertiles, étaient hors de propos pour le moment. Peut-être que plus tard j'aurais le temps de me concentrer sur le fait qu'être ninja n'était que mon métier et non pas ce que j'étais réellement.
Le bruit de l'eau qui coulait me sortit de ma réflexion. Je n'avais remarqué un quelconque courant dans l'eau. Si le vent agitait les branches, semblant indiquer un léger mouvement dans mes pensées les plus en surface (peut-être mes doutes quant-à ma mission prophétique et mon attitude générale ces derniers temps). Mais ce mouvement dans l'eau qui s'enfonçait à l'intérieur de l'eau semblait bien plus intérieur. Etais-je en train de changer plus profondément, ou du moins d'essayer ?
Cela m'attira néanmoins suffisamment pour que je cherche le courant à l'oreille. Cela me mena à croire qu'il se trouvait profondément au dessous des racines sur lesquelles je me tenais. Je marchai précautionneusement, me concentrant sur le bruit de ruissellement pour me diriger, jusqu'à arriver jusqu'à une enceinte assez haute. Trop haute pour que je puisse voir par dessus même en sautant, trop lisse pour que je puisse y grimper. J'entendais des voix parvenant de l'autre côté, mais impossible de déterminer de qui il pouvait s'agir, ni même de quoi elles pouvaient parler. Quels souvenirs pouvaient bien se cacher là ? Je ne trouvai aucune porte, quand bien même je fus persuadée d'avoir fait par trois fois le tour de l'endroit.
_ ON ESSAYE D'ENTRER NONCHALAMMENT, Naruto-CHAN ?
Je sursautai en entendant la voix de la personne dont je cherchai la présence depuis un bon bout de temps. Combien d'heures s'étaient écoulées ? Une, deux, plus que cela ? Je l'ignorai. JE fixai de nouveau la jeune femme que je n'avais pas vu depuis longtemps, et ne pus m'empêcher de la trouver belle. Les cheveux courts et en bataille, vêtue de feuilles et de branchages, il émanât d'elle une sensualité que je n'expliquais pas. Pas de forme, pas de muscles et pourtant une impression de force et de savoir infini. Ton son être semblait vibrer d'une énergie blanc-vert, comme un halo pâlissant ses traits, lui donnant un air éthéré. Comme si elle pouvait se briser au moindre souffle de vent. Et pourtant il y avait une telle puissance dans sa présence, un tel impact que j'en avais des picotements partout dans le corps.
_ CELA FAISAIT LONGTEMPS QUE TU N'ETAIS PAS VENUE ME VISITER. NI MÊME QUE NOUS AVIONS PRIS CONTACT.
_ Tu n'es pas moi. Et pourtant tu l'es.
_ JE SUIS CHACUN DES IMBECILES QUI SE SONT BATTUS CONTRE MOI IL Y A DES SIECLES. JE SUIS L'ESPRIT DE LA NATURE, ET POURTANT JE SUIS VOUS.
_ Je ne comprends pas vraiment ce que cela implique.
_ MAIS MOI JE VOUS COMPRENDS. MAINTENANT JE VOUS CONNAIS. JE VOUS COMPRENDS, MES PETITS HOMMES. ET JE VOUS AIME QUAND VOUS ME BLESSEZ, ET JE VOUS OBSERVE ME DETRUIRE.
_ Et je suis supposée rétablir l'équilibre. Mais comment ? Je ne sais même pas ce qui a été tenté avant par les autres élus. Je ne sais même pas comment faire. Je n'ai compris que très récemment quel rôle j'avais à jouer. Si j'étais prédestinée, pourquoi n'ais-je senti la Nature se réveiller en moi qu'après tout ce temps.
_ SEULS CEUX QUI REUSSISSENT A RENTRER EN CONTACT AVEC MOI PEUVENT PRETENDRE A COMPRENDRE MES ACTES, A ÊTRE UN AVEC LA PRESENCE QUE JE SUIS EN EUX. JE ME MEURS, ET MA CHUTE ENTRAINERA LA VÔTRE. VOUS AVEZ DEJA COMMENCE A SOMBRER ET SI PEU D'ENTRE VOUS LE VOIENT. VOUS AGISSEZ SI EGOISTEMENT.
_ Les adeptes du Senjutsu le savent. Les crapauds m'ont dit que je pourrais obtenir des réponses en entrant en communion avec vous. Ils ont dit que je n'étais pas complète pour être l'enfant de la prophétie. Parce que je n'ai pas de sang Uchiha en moi.
_ JE NE PEUX TE DONNER DES REPONSES QUE TU N'ES PAS PRÊTE A LES RECEVOIR. TU N'ES PAS COMPLETE EN TANT QU'ENFANT DE LA PROPHECIE. TU N'ES PAS APTE POUR GUIDER MES ENFANTS SUR LE CHEMIN.
_ Mais je suis déjà sur ce chemin et j'entraîne d'autres inconsciemment dans mon sillage, si j'ai bien compris. Est-ce pour cela que tan de gens m'apprécient si rapidement sans raison logique ? Et que j'ai l'impression de pouvoir faire bouger les choses ?
Elle me considéra un instant, semblant hésiter sur la réponse à adopter. Derrière le mur les voir qui discutaient s'étaient tues, et j'eus l'impression que plusieurs paires d'yeux m'observaient à mon insu, sans pouvoir déterminer où elles étaient.
_ PEUT-ÊTRE QUE TES HERITAGES S'EXPRIMENT DE CETTE MANIERE EN TOI. MAIS JE SAIS QUE TU ES PLEINE DE LACUNES, CAR JE SAIS CE QUE TU AS REJETTE DE TOI.
Elle se rapprocha de moi, et je fis un pas en arrière, soudain intimidée par sa présence.
_ LES GENS T'APPRECIENT POUR CE QUE TU ES, MAIS L'IMAGE QUE TU LEUR RENVOIE N'EST GUERE FLATTEUSE. ET LES AIMES-TU COMME ILS T'AIMENT ? TU CRAINS LEURS SENTIMENTS CAR TU NE T'APPRECIE PAS TOI-MÊME. QUEL IMAGE DE CELLE QUI AIME !
Je tremblai. Toute ma peau se hérissait à cette pensée. Elle avait parfaitement raison. J'avais peur de me faire aimer par eux. J'avais tellement désiré leur présence, et d'un seul coup tous les garçons s'étaient jetés sur moi comme sur un morceau de viande fraiche lorsque je m'étais révélée au grand jour. Tout le monde avait fait preuve de possession, et chacun avait tenté de me plaire quand la veille j'étais rejetée par la population pour mon apparence de monstre. Si cela me touchait, j'étais totalement effrayée. Peut-être que cette rivalité entre Sasuke et Neji, puis entre Hinata et Shikamaru n'avait fait qu'amplifier les choses. Les gens étaient incompréhensibles dans leur adoration de ma personne. Oui, 'avais longtemps souhaité qu'on m'apprécie à ma juste valeur, mais pas comme ça !
_ ET TU CROIS MARCHER SUR LE CHEMIN QUE JE T'AI TRACE... PEUT-ETRE L'EMPRUNTAIS-TU PAR LE PASSE. MAIS TU T'AFFAIBLIS, TU TE LAISSES GUIDER PAR D'AUTRES VOIX QUE TON INSTINCT. N'EST-CE PAS LA RAISON POUR LAQUELLE TU ES EFFRAYEE PAR TES ACTES ET QUE TU BALANCES D'UN COTE ET DE L'AUTRE ? JUSTE UN JOUR, EGOÏSTE LE SECOND. TU N'OSES PAS PAYER LE PRIX QUI TE FAIS ALLER SUR CE CHEMIN, CAR TU AS PEUR DE PERDRE CE QUI T'ES CHER. TON EXISTENCE T'IMPORTE PLUS QUE CELLE DES AUTRES HOMMES, OU LA MIENNE.
Elle avait raison. Dans toute ma carrière j'avais fait des choix, pas forcément mauvais, mes des choix qui me protégeaient. Ou qui protégeaient mes intérêts. Qui protégeaient Sasuke. J'avais refusé ses sentiments pour mieux le piéger dans un village qu'il méprisait et où on lui mentait chaque jour pour le garder du côté de Konoha. Et je lui avais menti pour le garder de mon côté. Et j'avais créé un monstre. J'avais préféré laisser deux scientifiques fous mêler leurs esprits pour devenir quelque chose de bien plus dangereux, et dont l'homme de main semblait obsédé par ma dissection. Sasorochimaru était un autre monstre que j'avais créé pour protéger Sasuke. Et puis il y avait Shisui que j'avais rejeté de mon corps car sa présence m'indisposait, j'avais refusé les pouvoirs d'Itachi pour les mettre dans une entité autre sur laquelle je n'avais aucun contrôle. Pour encore une fois tenter de sauver Sasuke. Un troisième monstre que j'avais créé.
Pour sauver mes intérêts j'avais détruit plus de choses que je n'avais résolu de problèmes. Par mon égoïsme et mon refus de payer le prix moi-même. Vraiment, quelle prophète étais-je pour agir le la sorte ?
_ TU COMMENCES A COMPRENDRE A QUEL POINT TON RÔLE EST SI IMPORTANT DANS VOTRE MONDE ? ET A QUEL POINT TU AS AGIS COMME UNE IDIOTE ? JE CONNAIS TOUT DE TOI, CAR JE SUIS AUSSI TOI. LES DOUTES ET LES ERREURS TE SONT PERMISES, MAIS IL TE FAUT MAINTENANT LES ASSUMER ET GRANDIR A TRAVERS CES EPREUVRES AU LIEU DE T'APITOYER DANS TA CULPABILITE.
_ Comment puis-je être le sujet de la prophétie si je manque de tout ce qui fait de moi un sage ?
_ C'EST POUR CELA QUE TU ES ICI, NARUTO. POUR T'ACCEPTER TOI-MÊME. ET POUR QUE JE TE DONNE ACCES AUX VRAIES REPONSES QUE TU CHERCHES.
_ Vous ne me donniez pas de réponses maintenant ?
_ TU ES VENUE AVEC LA QUESTION DU "COMMENT DEVENIR L'ENFANT DE LA PROPHECIE". JE T'AI SIMPLEMENT DONNE LES REPONSES A LA QUESTION QUI TE FERAIT REFLECHIR ET GRANDIR.
Oui, les réponses qu'elles m'avaient données étaient celles que je n'avais pas posées. A savoir pourquoi j'étais, ou plutôt n'étais-je pas, l'enfant de la prophétie. Elle m'avait fait réfléchir sur mes erreurs, et maintenant que je les voyais sous cet angle, elles ne me semblaient pas moins insignifiantes. Juste... plus acceptables. Car on apprenait souvent plus des erreurs que des réussites. Car lorsque j'avais accomplis des choses, je n'étais pas forcément certaine de comment j'avais accomplis tous ces exploits. En revanche, je pouvais me reconstruire et comprendre pourquoi je n'avais pas réussi, et comment parvenir à mon but la prochaine fois.
NARUTO avait raison, avant de tenter de d'obtenir la vision du chemin sur lequel je devais guider l'humanité, il me fallait d'abord m'accepter moi-même en tant qu'héritière Senju, et héritière Uzumaki.
_ JE VOIS QUE TU AS COMPRIS LA PROCHAINE ETAPE. CE QUE TU CHERCHES SE TROUVE DERRIERE CETTE PORTE.
Elle fit un geste vers l'enceinte qui resta vierge de tout accès. Je penchai la tête sur le côté, nageant en pleine confusion. Je fus sur le point d'ouvrir la bouche pour demander de quoi elle parlait lorsqu'un bruit de gonds se fit entendre. Et je tombai. Dans le noir. loin au dessus de moi venait de s'ouvrir un accès direct vers le courant où je tombai.
Je bandai mes muscles pour rester à la surface, mais c'était impossible. Car le courant était trop fort, bien plus fort que le laissait présager le son de cette rivière souterraine depuis la surface de mon esprit. Je tentai de nager, mais ce n'étais pas de l'eau. Je m'y enfonçais de plus en plus profondément, impossible de résister à la traction que ce pouvoir exerçait. N'étant qu'une image mentale de mon conscient, je n'avais pas besoin de respirer.
C'est alors que je compris ce que c'était. Du chakra. Pur. A l'état naturel. Pas raffiné par les énergies qui bougeaient à travers mon corps. Et il dissolvait mon esprit. Je sentais mes pensées devenir de moins en moins cohérentes, comme si elles se distendaient et se brouillaient. Il ne restait qu'un vague sentiment de moi-même, et des émotions résiduelles. Même la pensée que je me dispersais disparaissais, et je ne parvenais pas à récupérer ce que j'avais perdu. Je ne savais même pas ce que je perdais !
Une dernière pensée émergea en moi. Ainsi étaient nés les Bijuu dans cette énergie, des humains qui avaient perdu leur identité et qui n'avaient été sauvés que trop tard, totalement oublieux qu'ils avaient été un jour un de ces bipèdes qui tentaient de les capturer. Je ne pouvais pas me laisser avoir par cela. Je sentais les différentes parties de mon esprit attirées en divers endroits vers la surface. Que restait-il lorsque qu'on avait ôté tout ce qui faisait de moi un tout. Que restait-il lorsque les noms et les capacités n'avaient plus aucun sens.
Je fus brutalement torée du flot. Totalement vierge de pensées. Devant moi se tenait un crapaud barbu qui portait une cape mauve. Et un bâton dans les mains. Cela pouvait expliquer pourquoi mon visage pulsait atrocement. Et pourtant la sensation de douleur semblait lointaine, comme hors de moi. Je portai ma main à mon visage et fus surprise de la précision que mon toucher avait. Je me rendis compte quel point tous mes sens étaient aiguisés. A quel point je ressentais ce qui étais autour de moi. Comme quelque chose qui englobait tout et sublimait mes sensations.
J'étais consciente du moindre brin d'herbe tout autour de moi. De la sève qui coulait lentement dans les arbres si près de moi. De la lente pousse des champignons dans la pénombre. De la chaleur et de la brillance du moindre grain de soleil.
Quelque chose de mouillé. Je passai mes mains sur mon visage. Je pleurais. Je n'étais pourtant pas triste. Ni heureuse.
Le crapaud me frappa une nouvelle-fois, et ce fut comme si l'énergie que je ressentais s'échappait de moi pour rentrer dans l'arme qu'il tenait en moi. Je pris une inspiration profonde et déglutis. J'étais revenue. Pas encore complètement, mais j'étais revenue. Je me rappelais à présent où j'étais : sur le mont Myôboku. Et que le sage en face de moi était lié à moi par un contrat d'invocation. C'était Fukasaku-Sama.
_ Te rappelles-tu qui tu es ? me demanda-t-il.
La question me prit au dépourvu. Bien sur que je le savais. J'étais... Je n'avais pas de mot pour décrire qui j'étais. Etrange. Mais quelque chose émergea bien vite de moi. Et j'eus une réponse sur ma langue. Une réponse qui expliquait tout et rien à la fois.
_ Je suis Naruto, dis-je simplement.
_ Pas de nom de famille, hein, sembla-t-il réfléchir. Je vois. Cela aurait pu être pire. Tu t'es moins perdue que je ne le craignais. Maintenant il va falloir tout te réapprendre. Pour te reconstruire.
Il fit quelques bonds vers les escaliers qui spiralaient au loin. Il m'enjoignit de le suivre, et j'eus quelques difficultés à retrouver totalement les limites de mon corps. Communier avec la Nature n'était pas chose aisée. J'avais voulu le pouvoir, j'avais été forcée de donner quelque chose en échange. Maintenant il fallait rétablir l'équilibre. Et puis, je ne pouvais pas rester dans cet état, quand bien même j'étais totalement libre et légère.
L'ancien batracien sautilla jusqu'à une mare où se déversait un liquide jeune clair plus épais que l'eau. La vasque semblait assez profonde pour qu'un homme puisse s'y tenir bras tendus sans crever la surface. Une odeur que j'attribuais au renfermé se dégageait de celui-ci. Je fronçai le nez, mes sens étant toujours aiguisés par la communion ratée avec la Nature.
_ Comme tu l'as certainement compris par toi-même, communier avec la Nature constitue à "demander" de l'énergie. Le danger le plus évident reste la dispersion, dont tu es à l'évidence victime. Ce n'est pas dangereux si d'autres personnes capables d'utiliser le Senjutsu peuvent te guider pour récupérer ce que tu as perdu. Tout se récupérera par le même biais dont tu l'as perdu.
_ Plonger dans le flux ?
_ Précisément. Mais cette fois je ne serai pas là pour te récupérer, car si tu te perds, ce sera pour de bon et tu pourras faire corps pour toujours avec le paysage qui t'entoure.
Je regardai le calme de la mare alimentée par la cascade, la cour dallée de mosaïques colorées représentant des grenouilles, les herbes hautes secouées par le vent. Quelque part ce n'était pas la plus angoissante des fins.
_ Donc vous allez me demander de faire preuve de prudence et de réitérer un acte qui va manquer de me tuer.
_ Non, cette fois au lieu d'y aller par la méditation, je vais te demander d'y aller grâce à un certain biais.
Il me désigna le liquide qui glougloutait. Mon estomac fit un bond dans mon ventre. Il m'expliqua qu'il s'agissait d'huile de crapaud, trouvée naturellement dans l'estomac des batraciens. Je préférai ne pas demander comment ils avaient réussi à stocker une quantité telle qu'elle alimentait une cascade et une mare.
_ Bien sûr cette étape sert seulement à te reconstruire. L'étape suivante de ta formation consistera à t'empêcher de te disperser pour une prochaine utilisation du Senjutsu. Bien maintenant je vais mettre de l'huile sur le dos de ta main et...
_ Pas question de mettre un produit qui sent la mort sur ma peau, grondai-je.
_ Mais enfin, qu'est-ce que vous avez vous les humains ? Je tiens par ailleurs à préciser que notre huile est excellente pour le soin des ongles et la croissance des cheveux.
_ Euh, je m'en fiche. Ce truc pue. Je refuse de m'en approcher à moins d'un mètre !
_ Bon tu veux sauver le monde ou pas...
Je fixai le liquide jaune. L'arbitrage était difficile.
Je sentis quelque chose d'étrange. Comme si mon attitude actuelle n'était pas celle que j'avais adoptée récemment. Comme si j'allais à l'encontre de ma nature profonde. Pour être avec les autres, j'avais peut-être considéré qu'il fallait être comme les autres. Je n'en savais rien. Actuellement je n'avais accès à aucun de mes souvenirs, sans pour autant ressentir de manque. C'était très étrange. J'étais donc quelqu'un qui avait été très impacté par les relations sociales au point d'oublier que ce qui comptait à la base c'était ce qui comptait pour moi. D'accord, dans les limites du possible.
Je tendis la main à contrecœur. S'il fallait contrevenir à mon hygiène cutanée pour sauver le monde... J'arrêtai mon geste avant qui ne soit trop tard. Et si je finissais avec des pustules, hein ? Moi je dis : les dégâts irréversibles, j'étais contre. En même temps c'était la vie de milliers de gens de l'autre côté sur la balance...
Le batracien ferma les yeux et soupira. Au moins je n'avais plus son regard agacé qui me fixait. C'était ça de moins à ajouter au poids de mes remords. Fukasaku-Sama prit une grande inspiration.
_ Il n'y a pas un autre moyen de sauver le... Beuargl ! Mais c'est dégueu !
Le batracien venait de me cracher de l'huile au visage. Je sentis immédiatement mes poils se hérisser sur ma peau et l'ensemble de mon corps me picoter alors que je tentai d'essuyer mon visage et ma bouche de l'huile. Je tombai à genoux en sentant le courant d'énergie qui m'emportait de nouveau au loin, dissolvant ce qui me restait de personnalité. Je bandai mon esprit, tentant de rattacher ce que j'avais perdu. C'était comme tirer sur une corde glissante. La moindre poignée ramenée à soi, une quantité équivalente filait entre les doigts.
Lentement, petit à petit, je campai sur mes positions. Je commençai à comprendre qu'il ne fallait pas résister au flot, le principe était de faire bloc en restant flexible, d'être à la fois la pierre qui résiste à la rivière et la vague qui danse depuis le fond. Je continuai à amasser ce qui était moi, et ce qui l'avait été. C'était comme trier de vieilles affaires, et savoir ce qu'on décidait de jeter. Lentement, je commençai à comprendre cette étrangère qui avait porté les noms de clan prestigieux comme Uzumaki et Namikaze.
Il faisait nuit lorsque Fukasaku considéra que le temps de communion avait suffisamment duré et me sortit de nouveau de force de ma transe.
_ Vous étiez obligé de me frapper pour ça ? me plaignis-je en frottant l'arrière de mon crâne.
_ En même temps je n'ai pas trente-six manières de te faire rejoindre la réalité... fit le vieux crapaud en tentant de dissimuler son bâton derrière son dos.
_ Par la maltraitance ? relevai-je.
_ Parce qu'on t'a appris le Taijutsu avec des câlins et des bonbons ? Trêve de plaisanterie, tu ne le sens peut-être pas, mais ton corps est épuisé. L'énergie de la Nature a beau régénérer tes cellules, ça n'a d'effet que sur les blessures physiques.
Même s'il me disait cela, je pouvais regarder le passé avec un meilleur œil qu'avant. J'avais cru comprendre que l'action de se rappeler d'un souvenir provoquait des changements dans celui-ci selon l'état actuel dont on se trouvait mentalement. J'avais souvent été déprimée par ma situation, stressée par tout le travail à accomplir, et effrayée par ce que je pouvais devenir. Ce que j'avais fait, pas seulement sous les ordres de la Racine, mais également livrée à moi-même lorsque j'avais confronté l'Akatsuki m'avait poussé loin dans un gouffre de folie furieuse qu'il me faudrait un jour explorer et affronter.
Mais en ce moment, j'étais en parfaite unité avec ce que j'avais déjà accepté consciemment. J'étais le Jinchuuriki de Konoha. J'avais été soldat sans âme. J'avais été un enfant maltraitée. Et je vivais avec mon meilleur ami une relation tumultueuse à laquelle je devais mettre fin, bien que cela me blesse horriblement.
Il n'y avait gère d'espoir de guérison pour l'esprit malade de Sasuke, pollué qu'il était par des années de traumatisme et la marque maudite qu'il portait sur le cou. Ou il guérissait de lui-même, ou il faudrait l'empêcher de faire du mal.
En me couchant dans le lit taille batracien énorme qui m'avait été donné pour la nuit, je constatai à quel point je me sentais seule dans ce lit. Ma main chercha dans l'obscurité la chaleur d'un corps qui n'y était pas. J'aurais tellement aimé que Shikamaru se trouve près de moi, son corps chaud pressé contre le mien dans une étreinte solide, ses lèvres contres mes épaules nues qui me déconcentraient, mon bassin contre le sien... J'étais tellement désolée de tout ce que je lui faisais subir...
Je glissais vers mon esprit en rêve, comme invitée à l'intérieur. Quelque chose me disait qu'il n'était guère aisé de parvenir à une telle tâche, ni même très conseillé. D'habitude c'étaient des professionnels qui pouvaient avoir accès à l'ensemble du cerveau de quelqu'un. Je n'étais plus restreinte à accéder à la cage de Kurama ni à modifier le sceau. Quelque part cette situation m'inquiétait. Elle avait commencé lorsque j'avais commencé à me concentrer malgré moi trop sur l'esprit de la Nature qui résidait en moi. Il y avait également les invasions de Shisui puis de Danzô qui avaient un peu chamboulé mon esprit, sans parler des batailles contre l'entité qui semblait liée à Madara.
Cette nuit, je me trouvai devant une porte qui s'ouvrit devant moi. Derrière tout était blanc. Et je me rendis compte que c'était là où ce qui restait de ma mère m'avait remis mon héritage Uzumaki. Tout ce qui concernait la lecture des sceaux et des anciens langages. Je savais maintenant que c'était également là l'héritage de la fille du Sage des Six Chemins. Je m'aventurai dans le paysage blanc. La porte resta ouverte et je lâchai une respiration que j'ignorais tenir. C'était bon signe.
Je me rendis compte que la pièce n'était pas d'une taille infinie comme je l'avais cru au premier abord, mais qu'elle était bordée par plusieurs miroirs. Qui ne me reflétaient pas exactement. Comme je rêvais, l'avatar que j'avais en tête portait une chemise de nuit, longue et blanche qui e donnait l'impression de venir d'un autre temps ou d'être une apparition fantomatique. La jeune femme que je voyais en face de moi était de même stature que moi, quoi qu'elle semblait avoir plus de formes. Elle avait sans doute eu de meilleurs jours pour manger et bien moins de dépression que moi. J'eus envie de lui ressembler, surtout qu'elle portait une tenue qui la mettait joliment en valeur. Mais quelque part elle semblait bien trop superficielle. Elle me causa une grande frayeur lorsqu'elle se mit tout à coup à bouger pour me saluer de ses doigts parfaitement manucurées et son grand sourire.
_ Naruto ! C'est moi, Naru, tu te souviens ? Ou du moins essayes-tu de m'ignorer...
Si je me souvenais ? C'était l'alter ego que je m'étais forgé lorsque Tsunade-Sama m'avait ordonné d'espionner par le biais du Daily Shinobi, un journal sans grand intérêt littéraire mais dont le lectorat était suffisamment large et les contacts suffisamment nombreux pour me mettre au parfum de mille et une rumeurs utiles pour Konoha. Pour la période actuelle, je devais avouer que ce travail m'avait rapidement soulé, et que j'avais préféré m'en aller avant de perdre définitivement mes neurones. Mais une chose m'intriguait...
_ Comment peux-tu constituer une partie de moi-même que j'ai refoulée, lorsque tu n'as jamais existé pour commencer ?
_ Oh mais j'ai toujours existé, ce n'est pas parce que tu pense que tu me feras disparaître. Mais peut-être préfères-tu cette forme ?
La jeune femme perdit une dizaine de centimètres et ses longs cheveux d'or semblèrent se rétracter à l'intérieur de son crâne. En lieu et place d'une princesse au faîte de la mode, je trouvai dans mon reflet une fillette au sourire immense dont le corps était couverte de légères griffures qui venaient à peine de se refermer. Elle portait une robe courte orange que je reconnus du premier coup d'œil, c'était ce que je portais lors de la troisième épreuve de l'examen Chuunin de Konoha : celle où j'aurais dû assister mais dont une erreur d'arbitrage m'avait privée.
_ Je vois à tes yeux que tu me reconnais. Cette "gamine" qui faisait tourner en bourrique les deux plus gros glaçons de Konoha en un simple geste. C'était toi. C'est moi. Sais-tu comment Hyuuga Hinata a convaincu son cousin de te laisser filer ? Et comment Uchiha Itachi a convaincu cette dernière de la même façon d'abandonner ?
Je secouai la tête face à ce personnage haut en couleurs. Non, je ne savais pas pourquoi mes prétendants m'avaient abandonnés. Je n'en savais rien. Au fond, cela m'arrangeait.
_ Tu penses que c'est mieux ainsi. Que tu n'es pas digne de l'amour que tu reçois des gens.
Elle me tournait autour au travers des miroirs, insaisissable présence que j'avais du mal à suivre des yeux. Tout à coup elle disparut.
_ Tu mérites encore moins l'amour que te portent ceux qui restent, murmura une voix à mon oreille.
Je battis des bras avec surprise. Je ne l'avais même pas entendu traverser le miroir. Sa présence à mon côté n'avait aucune odeur, aucune chaleur, rien du tout.
_ Tu as raison, lançai-je au vide. Je ne devrais pas les laisser m'aimer comme ils le font, murmurai-je au vide qu'elle habitait. Je l'ai compris maintenant. Je n'ai aucun droit de les entrainer dans mes propres ténèbres. Je ne dois pas les faire sombrer avec moi.
_ C'est cela que tu ne comprends pas, m'aiguillonna-t-elle encore et je me retournai de nouveau sur du vide. S'ils sont capables de supporter tes ténèbres et de vouloir t'en délivrer, c'est exactement ce qui rend digne de toi des personnes comme Shikamaru, Itachi, voire même Deidara. Ils ne veulent que te sauver. Hinata était trop faible, la pauvre elle n'a pas supporté de te voir déployer ta force face à Kisame. Et Neji ne cherchait qu'à se libérer de sa propre condition.
_ Non, je veux dire, je ne suis pas digne d'eux, car je ne les protège pas de moi-même. Un jour une dispute avec Shikamaru ou Itachi pourrait bien déclencher quelque chose de... définitif.
Je détournai les yeux vers la porte. J'avais encore le moyen de reculer plutôt que d'affronter la vérité sur moi-même. Mais il fallait que je pose la question.
_ Dis, Naru, est-ce que je suis en train de devenir...
_ Cinglée, maboule, tarée ? C'est ce monde qui ne tourne pas rond, tu t'es juste mis en position de soumission et personne n'a eu à te soumettre. Nous étions si avides de plaire...
Je sentis la fêlure dans sa voix. Je sentis la même douleur qui pulsait dans mon cœur.
_ J'ai jamais eu envie de sauver le monde. Je voulais juste que tout le monde soit heureux, soupirai-je en tombant à genoux.
_ Je veux bien être une héroïne, mais cette histoire d'élu...
_ Ça nous dépasse !
_ Je n'avais pas envie de grandir, pas si vite. C'est de ta faute. Tu passe ton temps à marcher sur des œufs avec tout le monde.
_ Oui mais... Il y a Sasuke, dis-je.
_ Lui ? Il est le plus indigne de tous ceux qui ont des sentiments à ton égard. Tout ce qu'il aime en toi c'est le pouvoir que tu représentes. Si tu n'avais été une femme, il t'aurait déjà éliminé sans pitié. Tu n'as la vie sauve que grâce à notre persuasion naturelle.
Je détournai le regard, elle avait parfaitement raison. Sasuke se perdait lentement dans la folie. Et moi aussi dans son sillage de malheur. Même si elle ne prenait pas la même forme. La sienne prenait naissance dans ses émotions et était exacerbée par le sceau maudit qui le condamnait. La mienne, en revanche, était en moi depuis longtemps. J'avais déjà eu partiellement accès à mon esprit par le biais de Kyuubi et le chakra de ma mère stocké dans le sceau. J'utilisais le sceau et j'étais limitée aux zones de ce qui était externe à mon esprit. Kurama, ma mère, Shisui, rien que des aspects extérieurs. Jusqu'à ce que cet homme corbeau réveille en moi la possibilité de feuilleter mon esprit comme un livre. Et ce n'était pas naturel.
Qu'elle ait commencé par mon désir de sauver Sasuke ou par l'action de Shisui, le début de ma chute aura été causée par un Uchiha. Quelle ironie ! Nous nous poursuivions et nous nous fuyons les uns les autres dans cette fascination induite par la Nature. Il n'y avait aucun réel sentiment entre nous.
_ Tu as raison, dis-je à Naru. Les clans Uchiha, Uzumaki et Senju sont liés les uns aux autres depuis trop longtemps pour que cette attirance mutuelle ne soit qu'une simple coïncidence. Je ne sais pas pour Shisui, mais je devine que Sasuke et Itachi ont été influencés dans leurs sentiments à mon égard par mes tentatives de manipulation.
_ Tu voulais les garder à tes côtés, n'est-ce pas ?
Naru avança vers moi sur la pointe des pieds.
_ On voulait que Sasuke continue d'être notre ami car il ne nous a pas rejeté en apprenant qui nous étions. Et on voulait qu'Itachi se repose enfin quelque part après toute sa vie à être hanté par ce qu'il avait fait pour Konoha.
Ses doigts firent tourner une ou deux mèches de cheveux blonds avant de les recoiffer en arrière.
_ Tu voulais protéger Itachi, comme il t'avait toujours protégé. Il ne le fait pas pour te rendre ce que tu as donné pour sauver son frère. Il le fait pour te soulager du poids que tu portes sur tes épaules. Il le fait parce qu'il sait que tu ne peux pas réussir toute seule. C'est pourquoi il t'avait confié Shisui, pour partager un peu de son propre poids avec toi et te protéger.
Je me rendis compte alors de la profondeur de Naru. Elle n'était pas uniquement les sentiments enfantins que je refoulais. Elle était beaucoup plus que cela. Je n'avais pas ignoré que mon propre bonheur pour devenir un soldat. Qu'avais-je dit à Sasuke déjà : que j'apportais à l'équipe de la diplomatie. Et je ne leur avais quasiment confié que ma force de frappe. Naru était l'espionne que j'avais tenté d'incarner pour l'ANBU, mais que j'avas laissé tomber pour les propositions alléchantes de la Racine. Elle conservait en elle l'idéal que j'avais eu de la kunoïchi, ce même idéal qui était né une fois que j'eus tué mon premier bandit de mes propres mains.
_ Il n'est pas trop tard pour atteindre tes rêves, chuchota sa voix
Elle résonnait à mon oreille. Mais pas seulement. Sa voix était en moi. Elle était en moi.
Non.
Elle était moi.
J'étais elle.
Namikaze Naruto.
Je me réveillai un grand sourire aux lèvres. Je m'étirai sur ma couche immense, sentant mes épaules craquer. Je me sentais bien. Je sentais en moi cette joie calme qui illumina mon début de journée. Et il fallut bien ça avec toute la patience que me demanda mon entrainement à venir.
D'après Fukasaku-Sama, mon esprit était encore trop faible pour supporter d'être plongé dans le flot de Senjutsu qui courrait dans tout ce qui vit sans me disperser. D'autant plus qu'il estimait que j'en faisais déjà largement assez si je me reconstruisais mentalement durant mon sommeil. Je voyais dans ses yeux jaunes l'inquiétude qu'il ressentais vis-à vis de mes immersions dans mon esprit. Quelque chose le dérangeait dans cette action, le fait que je sois capable de réconcilier l'ensemble des "morceaux" qui faisaient de moi l'élue. Cela le perturbait d'autant plus que je n'étais absolument pas Uchiha. Qu'est-ce que ça signifiait être Uzumaki, Uchiha ou Senjuu ?
Donc, plutôt que de me laisser pénétrer de moi-même le flot, nous utilisions encore l'huile de crapaud. Il me suffisait d'en appliquer un peu sur ma main et d'étendre la sensation que le produit me procurait à l'ensemble de mon corps. Ce fut dur, car j'avais tendance à me transformer en batracien assez rapidement, et le crapaud était obligé de me frapper de son bêton magique pour me sortir de cet état. Je compris bien vite que je ne parvenais pas à une transformation parfaite parce que je n'acceptais pas de faire circuler le Senjutsu en moi. Je n'arrivais pas à refaire un équilibre avec mes énergies, celle de Kurama et celle de la Nature. Il me fallut apprendre à me détendre et à rester parfaitement immobile durant le processus.
Ce qui fut extrêmement long et compliqué, impliquant une plaque de pierre en équilibre sur un pic et un certain nombre de coups de bâtons. Mais à force de persévérance, je parvins à l'état où je pouvais concentrer le Senjutsu dans mon corps et utiliser l'énergie accumulée pour combattre. Car a partir du moment où j'étais en mouvement, il m'était impossible de recourir au Senjutsu, huile ou pas huile. Bientôt, je n'en eus plus besoin comme biais pour récupérer de l'énergie. Cependant cela exigeait une grande concentration et je savais que je n'usais qu'une partie infime de l'énergie à ma disposition. Fukasaku-Sama m'expliqua que j'y parviendrai seulement lorsque je serais capable d'entrer en communion totale avec la Nature et de m'en sortir indemne.
J'avais plutôt tendance à perdre des morceaux de moi-même dans le processus si je manquais de concentration, et perdre un souvenir laissait une sensation d'engourdissement mental qui m'épuisait au plus haut point. En théorie je pouvais garder mon esprit intact (du moins ce à quoi j'avais accès, je n'avas toujours pas repris contact avec les autres parties de moi-même que je continuais d'ignorer), mais je ne pouvais empêcher certaines pensées d'échapper à mon contrôle et de se faire happer par le flot. Je préférais rester sur la rive, et je me contentais des éclaboussures comme source d'énergie.
Cela me suffisait pour le mouvement.
L'étape suivante consista à apprendre l'art martial que les crapauds usaient durant leur communion avec la Nature. J'avais quelques notions qui me restaient du combat contre Zetsu où elle avait pris le contrôle de mon corps. Malgré cela, j'avais du mal à l'utiliser. Le principe consistait à améliorer mes performances physiques, augmenter ma régénération cellulaire et utiliser le Senjutsu présent dans l'espace autour de moi pour affecter mon environnement. Je peinais à faire toutes ces choses. Visiblement l'usage du Senjutsu semblait irriter Kyuubi au plus haut point, quand bien même il était fait de la même énergie.
Ce matin là, Shima-san décida d'aller se ravitailler du côté de Konoha pour nous concocter encore un de ses "délicieux" plats. Je pouvais comprendre que le régime alimentaire leur soit adapté, mais pour moi c'était totalement infect. Heureusement qu'il restait des fruits et des céréales, mais après une semaine j'avais cruellement envie de viande. Je voulais des ramens avec les nouilles dégoulinantes de soupe salée...
_ Arrêtes de baver gamine et écoute moi. A part le premier jour, tu n'es plus rentrée en contact avec les autres parties de toi-même.
_ Je ne sais pas quoi faire pour ça, et en plus c'est vous qui m'avez dit que ma méthode était dangereuse.
_ Toujours est-il que tu ne peux pas malaxer le Senjutsu en combat, vu le temps qu'il te faut pour récupérer suffisamment d'énergie dans ton état de pseudo communion. C'est pourquoi nous allons fusionner afin que tu n'aies pas à t'éloigner du champ de bataille pour te recharger.
L'image de mon corps moitié humain, moitié grenouille en train de combattre l'Akatsuki me donna vaguement la nausée. Il compris à mon glapissement horrifié qu'il y avait un quiproquo. Il parlait juste de se cramponner à mon épaule, d'y rester immobile et de me transmettre régulièrement le Senjutsu qu'il aurait accumulé. Une technique qui fonctionnait parfaitement avec Jiraya... mais qui semblait ne pas aboutir à cause de la présence de Kyuubi.
"Oh, c'est mignon, tu m'aimes tellement que tu ne veux pas me partager avec un crapaud" me moquai-je mentalement.
"C'est parce que le Senjutsu a tendance à me retransformer en énergie Naturelle et je n'ai absolument pas envie de me dissoudre parce que tu ne sais pas l'utiliser !"grommela-t-il. "Et ça na aucun rapport avec une quelconque 'amitié' entre toi et moi, Kit !"
"Comme si tu donnerais un surnom aussi sympathique à quelqu'un que tu n'apprécie-pas."
La matinée se passa donc à des tentatives infructueuses de fusion et à l'alternative que je trouvai d'utiliser des clones qui méditeraient et formeraient du Senjutsu à ma place. Il me suffisait de les invoquer sur le terrain et le tour était joué. Alors que je pensais justement me reposer après un entrainement intensif, nous fûmes informés de la disparition de la grenouille messager restée en poste à Konoha. Son nom avait disparu du parchemin des crapauds. Il se passait quelque chose de grave là-bas, et Shima-san s'y trouvait !
A peine eussé-je le temps de préparer mes affaires pour partir que je fus invoquée avec Gamabunta, Gamakichi et deux autres grenouilles géantes en plein milieu d'un champ de ruines. Un nuage de poussière de terre volait autour de nous en un brouillard compact. Je sautai au bas de mon promontoire de batraciens pour partir à la rencontre de Shima-San qui venait d'achever le jutsu.
_ Où sommes-nous ? Il y a du grabuge à Konoha ! m'écriai-je.
_ Mais Naruto-chan, c'est Konoha !
Le vent balaya l'écran de poussière qui me bouchait la vue. Nous nous trouvions au milieu d'un cratère bordé de débris de maisons, de tuyauteries diverses et de cadavres. Je sentais la présence de mes amis au loin grâce au Senjutsu qui coulait dans mes méridiens. A dessus du champ de débris que les murailles de la ville avaient stoppés se trouvait la falaise où cinq visages étaient gravés. Je sentais une masse confuse de civils et de jeunes ninjas dans les refuges qui y étaient installés.
_ Qui a fait ça... grondai-je.
_ Je crois reconnaître la même signature de chakra que ceux qui s'en sont pris à Jiraya-san.
Et à Sasuke. Ainsi les réponses étaient venues à moi. A une centaine de mètres, six silhouettes vêtues de capes noires ornées de nuages rouges avançaient dans ma direction. Ils étaient tous roux, avaient le corps transpercés de piercings, et leurs yeux étaient ornés de cercles concentriques.
_ Bien tu m'épargnes un temps précieux, déclara froidement celui qui semblait être le leader.
Une silhouette prostrée au sol que je n'avais pas vue se releva avec difficulté. Deux ANBU la suivirent. C'était Tsunade-Sama. Le sceau sur son front était brisé, et je ressentais la présence de ses invocations qui avaient protégées l'ensemble des citoyens encore présents entre les murs de Konoha. Du moins ceux qui étaient encore en vie... Le corps de l'Hokage tremblait, et ses cheveux étaient gris et non plus blonds. Sa peau ridée reflétait l'âge qu'elle avait réellement.
_ Je suis la Godaime Hokage ! Vous avez ravagé les trésors et les rêves de nos ancêtres ! Je ne vous le pardonnerait jamais ! Je vais vous régler votre compte !
_ Apparemment tu sembles être arrivée à une certaine cognition de la souffrance. Mais je n'ai que faire de toi, répliqua le chef du sextuor.
L'un des hommes bondit, il était chauve et portait un bandeau d'Ame rayé. Je compris bien vite qu'il était plus machine qu'humain en voyant sourdre les lames dentelées d'en dessous ses manches. Il était rapide, et Tsunade était trop faible pour réagir. Et ses gardes étaient trop loin et mal placés. Je bondis en l'air.
_ Celle qui m'intéresse... commença le cyborg.
_ C'est moi ! criai-je en atterrissant sur lui.
Mon poing entouré de Senjutsu détruisit totalement l'androïde qui partit en morceaux. Le sol en dessous s'étais fissuré et des morceaux de terre dure volèrent autour. Il n'y avait plus que cinq ennemis. Je me relevai.
_ Tu n'es pas en état de combattre, Baa-Chan. Et vous, faites votre travail et protégez votre Hokage correctement !
_ Naruto...
_ Allez vous reposer, et laissez-moi protéger le village. C'est la moindre des choses pour une future Hokage comme moi, non ? Gamakichi, amène-la en lieu sûr.
_ Compris ! fit le plus jeune des batraciens présents.
Tsunade me confia une de ses invocations pour qu'elle me renseigne. Je la glissai dans mon col.
_ C'était galant de votre part d'attendre la fin de cette conversation. J'ai bien peur que je ne puisse vous rendre une telle politesse après ce que vous avez fait à mon village !
_ Namikaze Naruto... Tu comprends la douleur. Et c'est l'unique chemin qui mènera à la paix. Tu marcheras sur le chemin que la lune éclaire.
_ Comme si j'allais vous rejoindre ! Nous sommes dans des camps opposés !
_ Peut-être ne le feras-tu pas par croyance, mais tu nous seras acquise.
_ Aucune chance ! Je préfère mourir !
_ Tu viendras à nous pour Uchiha Sasuke.
Sasuke était vivant ! Ils l'avaient gardé en vie.
_ Vous lui avez lavé le cerveau, comme aux autres Jinchuuriki, pas vrai ?
_ Nous n'avons pas eu besoin d'aller à ces exterminés. Ce genre de chose n'est bon que pour des esprits aussi rétifs que le tien. Uchiha Sasuke est venu de son plein gré.
C'était faux. Je refusais de croire pareille chose. Sasuke n'aurait pas fait une chose pareille. Il était trop attaché à moi pour agir ainsi, pas vrai ? Mais je savais que cet homme disait la vérité. Quoi qu'il soit arrivé lors du combat de Jiraya, Sasuke avait sans doute laissé sa soif de pouvoir prendre possession de lui. Il savait qu'il ne pourrait jamais m'avoir dans la lumière, car j'étais trop attachée à Shikamaru et aux autres habitants de Konoha. Mais dans les ténèbres... il n'y avait que lui que je suivais...
_ Peut-être que vous dites la vérité et que Sasuke est passé dans votre camp. Peut-être que vous mentez pour m'embrouiller l'esprit. Ça n'arrêtera pas le fait que vous venez de détruire mon village et que c'est mon devoir de le protéger.
_ Quel amour pour ton village. Jiraya-Sensei avait le même.
_ Jiraya... Sensei ?
_ Oui, Jiraya-Sensei m'a enseigné l'art d'être ninja.
_ Et vous l'avez-tué ! Espèce d'enfoiré !
Je n'avais plus qu'une seule envie : le tuer. Afin qu'il se taise à jamais ! Et pour sauver l'honneur de Jiraya-Sensei. Deux kunais tombèrent dans mes mains et je fonçai sur l'ennemi.
