Attention! Même si cette fic est avant tout centrée sur l'intrigue vécue par les héros, elle mentionne du yaoi (relation homme-homme) avec notamment deux ou trois scènes explicites. Si ce n'est pas votre tasse de thé, autant passer votre chemin.
Si malgré tout, vous décidez de lire la fic, libre à vous, je ne m'en plaindrai pas. Mais dans ce cas-là, par pitié, prière de ne pas venir me casser les burnes sous prétexte que les rares scènes de romance ou lemon yaoi vous débectent ! Non seulement vous aurez été prévenus dès le début mais rien ne vous empêche en plus de zapper les passages en question, je ne vous le reprocherai en aucun cas.
Disclaimer: Évidemment, les persos et l'univers ne m'appartiennent pas...
Les notes sont en bas de page
Juché au sommet des falaises bordant le sud-est du lac Astoria, un homme solitaire admirait la vue paradisiaque offerte à ses yeux d'améthyste. Après avoir tardé à venir, l'été avait apparemment décidé de jouer les prolongations, si bien que nul n'aurait imaginé en voyant la météo que le mois d'Octobre venait de commencer. Le soleil brillait intensément au milieu d'un splendide ciel céruléen, ses rayons se reflétant sur les calmes eaux d'azur et illuminant le paysage alentour, mettant plus en valeur encore la beauté du site et de ses environs.
Voilà déjà plus d'un siècle qu'il s'était installé dans la région. Pourtant, contempler ce panorama quasi-paradisiaque était toujours aussi efficace pour apaiser son éternel sale caractère. On pourrait croire qu'après une vie aussi longue, il aurait enfin appris à bien se contrôler… mais non. Hidan faisait partie de ces choses qui ne changeaient jamais.
Non, rectification : il avait changé. Et pas qu'un peu !
Pas au niveau du physique, bien au contraire. Il n'avait pas pris une ride depuis qu'il était devenu immortel. Ce n'était d'ailleurs pas le seul avantage lié à sa nature si particulière. Ainsi, il avait découvert au fil des années que ses capacités de guérison s'étaient améliorées par la même occasion, permettant notamment à ses membres tranchés puis recousus de se ressouder au reste du corps au bout d'un certain temps comme si rien ne lui était jamais arrivé tandis que toutes ses cicatrices disparaissaient peu à peu pour ne laisser derrière elles qu'une peau comme neuve sans le moindre défaut. En conséquence, il avait encore aujourd'hui à peu de choses près la même allure qu'à l'époque de l'Akatsuki.
Non, c'était son comportement qui avait évolué, et ce à un point qui laisserait coi toute personne l'ayant connu autrefois. Il avait énormément travaillé sur son tempérament afin d'acquérir un minimum de self-control. Et croyez-le bien, dire que ce fut un long et terrible combat contre lui-même serait un doux euphémisme mais le résultat était là. Il était désormais moins grossier, moins vulgaire et il essayait tant bien que mal de réfléchir un tant soit peu avant d'agir. Du moins, c'était le cas quand tout allait bien. Il ne fallait pas le pousser beaucoup pour le faire sortir de ses gonds et voir alors resurgir sa bonne vieille personnalité.
Cependant, tous ces changements n'étaient pas arrivés comme ça sans raison. Ils n'étaient en réalité que les conséquences d'un grave traumatisme qui avait littéralement réduit à néant le fondement même de sa vie passée.
Hidan ne croyait plus en Jashin.
Tourner le dos à ce fanatisme religieux, à ces massacres sanglants et à tous ces sacrifices humains abjects avait été le véritable tournant de son existence. Et bien qu'il lui ait fallu du temps pour se trouver à nouveau une place dans le monde, tout ce qu'il avait vécu depuis lors ne lui avait jamais amené le moindre regret. Aussi dément que cela puisse paraître, il était même aujourd'hui reconnaissant envers le garçon qui l'avait vaincu si longtemps auparavant. Son nom s'était perdu dans les abîmes de sa mémoire mais pas son visage qui y était gravé pour l'éternité. C'était à lui et à lui seul qu'il devait sa rédemption.
Comprenez-le bien; cela avait été une expérience effroyable, et là encore, ce n'est qu'un doux euphémisme. N'importe qui serait évidemment écoeuré à l'idée que son corps sans vie et démembré soit enterré au milieu de nulle part et oublié de tous. Ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils auraient. Au moins, eux seraient morts; ils n'auraient à vivre cela pour de vrai !
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Au départ, sa situation pour le moins délicate ne l'avait pas dérangé le moins du monde. À quoi bon s'inquiéter, après tout ? Jamais l'illustre Jashin-sama ne laisserait son plus fidèle serviteur pourrir dans ce trou à rat alors qu'un damné blasphémateur restait impuni !
C'est ainsi qu'il avait passé son temps en son for intérieur, à insulter et à maudire l'hérétique qui l'avait humilié de la sorte, cherchant tous les supplices possibles et imaginables qu'il lui ferait subir pour avoir osé commettre un tel sacrilège. Le temps s'écoulait, les jours devenant des semaines, puis des mois, puis des années… mais hélas, toujours aucun signe de sa sainteté Jashin-sama. Et bien qu'il lui fut impossible d'estimer combien de temps il s'était écoulé depuis sa défaite, l'horrible réalité se faisait toujours de plus en plus oppressante.
Bien évidemment, il y avait d'abord la douleur physique. Même littéralement explosé en plusieurs morceaux répartis ça et là, il pouvait en permanence sentir le poids écrasant des rochers et gravats sur chaque partie de son corps sans exception. Et alors même qu'il souffrait le martyre à l'extérieur, la faim et la soif étaient présentes elles aussi, le torturant de l'intérieur. Si cet abruti de prêtre qui avait affirmé que même lui pouvait encore mourir d'inanition était encore en vie, il aurait eu deux mots à lui dire.
La nature elle-même semblait prendre un plaisir sadique à l'emmerder. Il ne pouvait certes pas la voir changer mais il pouvait constamment en sentir les effets. La forte pluie s'infiltrait dans le sol, transformant la terre en boue sale et humide; à l'inverse, le soleil la réchauffait et l'asséchait, favorisant la présence de la poussière qui lui rentrait constamment dans les narines; la neige la refroidissait, transformant sa prison en un véritable glacier qui le faisait grelotter et claquer des dents sans interruption pendant des durées parfois interminables… Par trois fois, il lui avait même fallu faire face à des tremblements de terre !
Cependant, le pire restait sans conteste l'ambiance; ou pour être précis, l'absence total d'ambiance. À l'époque où il arpentait librement la surface, il s'en prenait à tout ce qui l'ennuyait un tant soit peu, c'est-à-dire strictement tout sauf le vénérable Jashin-sama. Il n'avait jamais imaginé une seule seconde que toutes ces futilités viendraient à lui manquer mais la situation actuelle lui avait pourtant prouvé le contraire. Il voulait revoir le soleil qui brillait trop intensément dans ses yeux d'albinos. Il souhaitait entendre à nouveau le chant des oiseaux qui le réveillait sans arrêt durant ses siestes. Il mourrait d'envie de retrouver Kakuzu et tous ces abrutis de l'Akatsuki, même s'ils n'étaient qu'une bande de chieurs écervelés !
Coincé six pieds sous terre, le silence et l'obscurité étaient ses seuls et uniques compagnons. Enfin, ils l'étaient avant que les hallucinations ne commencent…
La tête du ninja manipulateur d'ombre était soudainement apparue au milieu des ténèbres, le regardant de haut avec la même expression dégoutée qu'il arborait le jour de son emprisonnement ici bas. Il pouvait entendre cette ordure rire de lui, tourner sa vie en dérision et insulter ses croyances. Puis, les fantômes de chacune de ses victimes s'étaient mis à flotter autour de lui, leurs cris sinistres instillant inexorablement la peur au plus profond de son être. Fermer les yeux était inutile; ils étaient toujours là à le tourmenter et rien ne les faisait taire ni partir.
Son esprit déjà assez dérangé au départ avait sombré peu à peu vers la folie la plus totale. C'en était trop, même pour lui. La douleur, la faim, la soif, la boue, la poussière, le froid, les ténèbres, les fantômes, les voix… Il était seul face à toute cette souffrance. Jashin-sama ne venait toujours pas le sauver et la mort elle-même ne voulait pas de lui. La grande faucheuse n'avait plus le moindre droit sur son âme et il était condamné à endurer ce supplice pour l'éternité.
Arriva alors cet instant critique où le peu de santé mentale qui lui restait avait fini par céder.
Il cria…
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Combien de temps ce traumatisme émotionnel avait duré, nul ne le saura jamais. Ses hurlement de terreur avaient résonné dans l'espace exigu jusqu'à ce qu'il ne sombre dans l'inconscience. Quand enfin il s'était réveillé, les hallucinations avaient disparu, le laissant à nouveau affreusement seul au milieu du silence et des ténèbres. En revanche, sa santé mentale n'était pas revenue toute seule. Un invité inattendu l'accompagnait.
Le doute.
Sa foi n'était plus aussi inébranlable qu'il l'avait longtemps cru, les enseignements jashinistes lui semblant à présent totalement vides de sens. Ce dieu censé être tout puissant et bienveillant envers ses serviteurs n'était jamais venu lui porter le moindre secours. 'Lui' en l'honneur de qui il avait pourtant effectué tant de sacrifices. 'Lui' au nom duquel il avait pourchassé les hérétiques à travers le monde. 'Lui' qui avait dirigé le moindre aspect de sa vie pendant tant d'années…
Il n'y avait pas de 'Lui'. Jashin-sama n'était rien de plus qu'un mythe.
Enfermé dans cette prison naturelle, il s'était alors essayé à quelque chose de totalement nouveau : réfléchir. À d'innombrables reprises, il avait revisité chaque souvenir de son passé, analysant sa vie sous un jour nouveau. Il avait peu à peu senti naître en lui remords et regrets, deux sentiments qu'il avait tant méprisé chez les autres autrefois. Aussi futile que cela pouvait paraître, ce corps démembré et enterré au milieu de nulle part depuis une durée indéterminée s'était lentement transformé jusqu'à donner naissance à une nouvelle personne.
Au final, le jeune hérétique avait eu raison : il avait à sa manière tué un immortel.
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Il s'était résigné depuis bien longtemps à son éternel supplice souterrain lorsqu'il avait soudainement senti quelqu'un saisir sa main droite et la reposer sur l'herbe. Dans les minutes qui suivirent, il avait sentit sa jambe droite, son pied gauche et une partie de son torse être déterrés à leur tour. Puis, après un malencontreux coup de pelle au sommet du crâne, la découverte de sa tête avait été accompagnée de plusieurs cris de joie par ses sauveurs.
Ses yeux s'étaient progressivement réajustés à la lumière, dévoilant ce qu'il n'osait plus espérer depuis belle lurette. Un groupe de quatre personnes était en train de creuser dans une vaste forêt, cherchant activement les diverses parties de son corps au beau milieu de la nuit. Leurs visages étaient dissimulés sous les capuches de leurs longues capes noires ressemblant énormément à l'équipement de voyage des académies ninja.
Moins d'une heure plus tard, le dernier morceau manquant avait enfin été découvert. Même sa faux avait été retrouvée, sale mais étonnamment bien préservée. Cependant, au lieu des présentations auxquelles il s'était attendu, un des membres de l'équipe lui avait administré une dose de gaz soporifique avant de le mettre dans un sac.
Il s'était réveillé avec un horrible mal de tête, allongé sur une table en bois dans une salle à l'allure décrépie. À sa grande surprise, son corps avait été intégralement recousu et il pouvait à nouveau bouger comme autrefois. L'un de ses libérateurs présent dans la pièce avait alors appelé ses compagnons, tous portant toujours leur équipement de voyage. Tandis qu'il engloutissait son premier repas depuis une éternité, il avait écouté leurs explications sur ce qui s'était passé depuis sa défaite.
Son emprisonnement souterrain avait duré approximativement cinq siècles. Peu après sa disparition, l'Akatsuki avait était vaincu par une alliance de villages cachés. La crise que l'organisation avait causée avait eu comme principale conséquence de resserrer les liens d'amitié entre les différentes nations, marquant l'aube d'une ère de paix. Hélas, celle-ci n'avait duré que plusieurs décennies, des tensions réapparaissant peu à peu avec le temps jusqu'à provoquer de nouveaux affrontements.
Environ 250 ans plus tôt, un important conflit avait éclaté entre les cinq villages majeurs, les plus modestes étant inexorablement aspirés et forcés de choisir leur camp. La guerre faisait encore rage 150 ans après le début des hostilités quand les gens normaux avaient commencé à protester partout dans le monde contre l'influence des académies de ninja et les ravages qu'elles causaient. L'opposition populaire avait gagné en intensité jusqu'à l'éclatement de révoltes qui avaient forcé les Kages à accepter une mise sous tutelle par les citoyens normaux pour éviter des bains de sangs supplémentaires.
Depuis, le ninjutsu avait été de plus en plus perçu uniquement comme une dangereuse source de conflits, menant à la mise en place de sévères restrictions, puis plus tard jusqu'à son interdiction pure et simple. La haine des gens normaux envers eux avait forcé les derniers ninjas restants à cacher leurs pouvoirs ou à se battre pour leur survie contre des armées régulières et des unités de chasseurs de ninjas. La puissance largement inférieure des ces derniers était compensée par un important avantage numérique et des stratégies impitoyables mais efficaces. Nombre d'entre eux mourraient pour chaque ninja qui tombait mais la mort ne les effrayait pas, pas après tant d'années de guerre et de souffrance.
Le groupe qui l'avait sorti de terre faisait partie de Yamigakure, le dernier bastion ninja résistant ouvertement. Cependant, leur nombre diminuait à chaque bataille et leur destruction ne semblait plus qu'une question de temps. Dans un dernier élan d'espoir, certains d'entre eux avaient décidé de partir à la recherche du légendaire membre immortel de l'Akatsuki. Infiltrer Konoha et fouiller ce qu'il restait des archives de l'ancienne famille Nara avait été extrêmement risqué mais leur avait permis de découvrir l'emplacement approximatif où il avait été enseveli.
Ils espéraient à présent qu'il devienne leur arme ultime. Aussi longtemps que son secret n'était pas découvert, leurs ennemis n'auraient aucune chance. Un génie ninja était à peine parvenu à le vaincre après une préparation minutieuse; des combattants normaux et totalement ignorants ne feraient jamais le poids face à lui et à sa faux. Avec lui à leur côté, non seulement ils seraient sauvés mais à long terme, ils pouvaient même reprendre la place qui leur était due.
Trois jours plus tard, après moult repas et exercices de remise en forme, il avait enfin récupéré assez de force pour se mettre en route vers Yamigakure. La première journée de voyage s'était déroulée sans incident, les cinq figures encapées fonçant silencieusement sur les pistes de montagnes et les vieilles routes marchandes avant de pénétrer dans une luxuriante forêt. À la nuit tombée, ils s'étaient installés dans une petite cave dont l'entrée avait été camouflée. Peu de gens s'aventuraient aussi loin dans ces bois mais la prudence n'est jamais de trop dans un tel contexte.
À leur réveil le lendemain matin, Hidan était déjà loin…
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Fuir n'était pas vraiment dans ses habitudes mais la situation était pour le moins particulière. Il était infiniment reconnaissant à ses sauveurs pour sa liberté retrouvée et les aider à survivre n'aurait pas été mauvais en soi. Le problème, c'est que ces tarés ne voulaient pas juste survivre; ils voulaient le pouvoir. L'ancien Hidan se serait énormément réjoui à l'idée d'un tel bain de sang, surtout après le supplice qu'il avait connu. Pas le nouveau. Il n'avait pas abandonné sa foi en Jashin pour se retrouver à massacrer des milliers de personnes qui ne sont même pas des ninjas.
S'éclipser en douce pendant que les autres dormaient avait été le seul moyen pour lui d'échapper à cette ignominie sans avoir à éliminer ses compagnons de voyage. Jamais ils ne l'auraient laissé partir comme ça, pas après tout ce qu'ils avaient entrepris pour le retrouver et le soigner, et les tuer n'aurait pas vraiment été le meilleur moyen de les remercier pour ce qu'ils avaient fait pour lui. Être reconnaissant envers des gens et s'évertuer à leur épargner la vie étaient des choses nouvelles pour lui mais il n'aurait pu nier qu'il en éprouvait une certaine satisfaction, un plaisir encore inconnu jusqu'alors.
Yamigakure était tombé quatre mois plus tard. Que ses bienfaiteurs soient morts au combat ou qu'ils se soient réfugiés dans une région reculée, il n'en a jamais rien su.
Se retrouvant quant à lui sans aucun but dans la vie ni personne vers qui se tourner, Hidan s'était alors embarqué dans un long périple à travers le monde. Il se moquait éperdument de ce qu'il trouverait ou verrait. Il n'avait simplement rien de mieux à faire. Régulièrement, après de longues périodes d'exploration et de voyage, il s'était installé à un endroit pendant quelques années, alternant entre les grandes villes et les villages isolés.
Ses problèmes d'argent lui avaient souvent rappelé Kakuzu, son ancien partenaire. Au départ, escorter des marchands et travailler comme chasseur de primes lui avaient permis de gagner facilement sa vie. Avec le temps, il avait également appris quelques métiers et développé certaines compétences, que ce soit à usage personnel ou purement financier. Quand la société avait commencé à s'intéresser à l'histoire, il avait amassé une véritable petite fortune en redécouvrant les ruines aperçues durant ses voyages et en revendant les reliques qu'il ramenait avec lui.
Pendant près de trois millénaires, il avait erré ainsi de par le monde, observant l'humanité évoluer avec son propre recul. Les ninjas avaient totalement disparu jusqu'à ne devenir plus que des histoires racontées aux enfants pour les distraire. Les guerres qui leurs étaient reprochées ne s'étaient pas arrêtées pour autant; elles avaient simplement été remplacées par des conflits sanglants entre armées de gens normaux qui résultaient en des centaines voire des milliers de fois plus de victimes qu'avant… Deux continents inconnus avaient également été découverts. Le comportement des gens se modifiait avec l'arrivée de nouvelles technologies. De nouveaux pays naissaient sur les cendres encore fumantes de leurs prédécesseurs. La même chose avait lieu par ailleurs avec les religions. Étant donné à quel point les religions 'stables' menaient souvent à de soi-disantes 'Guerres Saintes', Hidan était heureux que le Jashinisme n'ait pas survécu à l'ère des ninjas…
Il y a environ 120 ans, alors que le monde était en proie à des changements drastiques et que sa vie comme explorateur devenait de moins en moins possible, Hidan avait commencé à chercher un endroit calme où s'installer définitivement. Ainsi, lorsque les propriétaires de l'Alba Madonna étaient décédés sans héritier, il s'était porté immédiatement acquéreur. Ce domaine de près de 300 ans était connu à travers tout le pays pour ses truffes blanches de haute qualité. Aussi longtemps qu'il parviendrait à maintenir cette réputation, l'argent ne serait pas un problème.
Situé sur un petit cap sur la rive sud-est du lac Astoria, non loin au sud du petit village de pêcheurs de Mintos, et loin des grandes cités surpeuplées, les gens ne venaient pas l'y déranger. L'avantage, c'est que personne ne venait fouiner en se demandant pourquoi les héritiers successifs de la 'famille' se ressemblaient tous tellement, ni pourquoi il n'y avait jamais d'épouse présente sur le domaine…
Au départ, il lui avait fallu engager des ouvriers compétents pour l'aider mais cela n'avait été qu'une question de temps d'ici à ce qu'il puisse tout gérer lui-même. Dès qu'il avait eu les connaissances et l'expérience nécessaires, la main d'œuvre était devenue inutile. Et si sa seule présence ne suffisait pas, un peu de ninjutsu lui fournirait des clones pour l'épauler, gratuitement et sans poser de questions. Personne ne remarquait qui travaille, bien caché derrière les imposantes haies entourant la propriété.
Avec le temps, ce lieu avait le potentiel pour devenir la demeure parfaite.
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C'était il y a plus d'un siècle et il habitait toujours là.
Malgré son expansion, Mintos n'avait rien perdu de son charme et de sa tranquillité. Ce qui n'était autrefois qu'un petit village était devenu une ville qui malgré sa taille modeste pouvait s'enorgueillir d'une réputation internationale grandissante due au développement fulgurant de son ancien lycée régional transformé il y a une vingtaine d'années en un campus universitaire parmi les plus respectés du monde entier. Une partie de ce succès s'expliquait par les nombreux partenariats industriels mis en place pour assurer ces projets de développement et permettant notamment d'offrir de faibles frais de scolarité le rendant ainsi accessible même aux classes sociales les plus modestes.
De nombreux habitants de la région craignaient qu'Edenia, complexe touristique récemment bâti sur le front nord-est du lac ne dégrade l'environnement et s'avère une dangereuse source de pollution et de nuisances sonores. Néanmoins, tout avait été minutieusement planifié afin d'éviter un quelconque désastre de ce genre et même les plus réticents étaient forcés d'admettre que ni la beauté naturelle du site ni l'atmosphère paisible du lac n'avaient souffert de ce projet.
Quant à Delnir, il restait encore et toujours le minuscule hameau au sud-est du lac, tellement silencieux et désert qu'on en viendrait presque à se demander si quelqu'un habitait encore là-bas…
Avec l'avènement des hautes technologies, la notoriété de l'Alba Madonna s'était elle aussi étendue au reste du monde, faisant de ses truffes une denrée d'autant plus appréciée et luxueuse et assurant ainsi un bénéfice annuel impressionnant. L'immortel propriétaire avait de ce fait pu investir beaucoup d'argent dans le domaine ces cinq dernières années, notamment afin de moderniser l'équipement, restaurer la demeure et bâtir une annexe.
Marchant actuellement le long des falaises du sud tout en admirant le lac et ses environs, Hidan était heureux d'être ici chez lui…
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La journée touchait à sa fin quand il se mit en route vers sa demeure. Il avait passé tout l'après-midi à s'entraîner dans le bois s'étendant le long de la rive sud. Encore à ce jour, il mettait un point d'honneur à se maintenir au meilleur de sa forme et à ne rien perdre de ses aptitudes datant de l'ère ninja, entre autre parce que ces dernières faisaient partie intégrante de sa personnalité et qu'il n'avait nullement l'intention de se transformer en une larve oisive comme tant de gens de cette époque. Mais surtout, il savait par expérience à quel point l'avenir était incertain et que se reposer sur ses lauriers en se croyant invincible pouvait avoir de terribles conséquences.
Comme à son habitude, il rejoignit le vieux sentier situé juste à la lisière de la forêt et longeant les falaises entre l'Alba Madonna et Delnir. Très peu emprunté depuis la création des routes automobiles, il offrait pourtant une vue magnifique sur l'ensemble du lac qui ne manquait jamais de lui ramener son calme intérieur tellement instable.
Il fut néanmoins rapidement surpris d'apercevoir un large groupe profitant de la plage située juste en contrebas de son domaine. Non pas que leur présence le dérangeait, il n'avait absolument rien à redire au fait en lui-même. Simplement, tout le monde presque sans exception présumait à tort qu'elle faisait partie intégrante de sa propriété et qu'il était de ce fait là interdit d'y accéder.
La mémoire lui revint quelques secondes plus tard. Deux jeunes garçons qu'il supposait être des étudiants du campus lui avaient rendu visite pas plus tard qu'hier, souhaitant savoir si "sa" plage était bel et bien ouverte au public comme l'absence de barrière semblait le suggérer. Suite à sa confirmation, ils lui avaient demandé s'il ne voyait pas d'inconvénient à ce qu'ils viennent y faire la fête le lendemain avec leurs amis. Il n'avait aucune raison de leur refuser ce plaisir; ce genre d'évènement se produisait moins d'une fois par an, et de toute manière il serait absent la majeure partie de la journée.
Ceci dit, il devait bien avouer qu'il ne s'était pas attendu à ce qu'ils soient si nombreux. Pas moins de quinze garçons et filles s'amusaient gaiement dans l'eau ça et là, avec en prime un chien nageant à leur côté. Cinq autres se relaxaient tranquillement sur la plage, discutant tout en mangeant et buvant. Pour finir, deux autres garçons étaient en train de se battre un peu plus loin sous le regard attentif des deux derniers membres du groupe. Néanmoins, à en juger par l'attitude on ne peut plus calme et détendu de ces spectateurs, il devait plus s'agir d'un combat amical et non d'une véritable bagarre, même si les deux adversaires n'y allaient pas de main morte.
Lorsque le sentier qu'il suivait commença à s'éloigner des falaises pour se diriger vers la ville universitaire, Hidan emprunta une rampe taillée à même la roche et descendant jusqu'à la plage en question qu'il pouvait alors longer jusqu'à atteindre sa résidence. Retirant ses tongs dès que la terre battue céda enfin la place au sable fin sous ses pieds, il continua sa route, se rapprochant par la même occasion des inconnus présents sur les lieux. Il les observa distraitement, repensant avec un étrange mélange de regrets, d'amertume mais aussi un peu de mélancolie à ce que sa propre jeunesse lui avait réservé comparé à ce que vivaient tous ces jeunes insouciants.
Son attention fut attirée par la sortie de l'eau de deux filles blondes qui bizarrement semblaient vouloir s'approcher en silence du groupe de cinq, tentative pourtant totalement inutile puisqu'elles étaient en plein dans leur champ de vision. Il comprit leur intention quand elles eurent pris position à la tête et aux pieds de l'un d'eux en train à première vue de piquer un roupillon, les yeux protégés du soleil par un livre entrouvert. Se saisissant de leur victime au signal donné, elles le portèrent bien vite vers le rivage et, en dépit des protestations émises par celui-ci, le jetèrent à l'eau sans la moindre hésitation.
Malgré le côté puéril de la blague, Hidan ne put retenir un sourire en coin. Sourire qui disparut un en dixième de seconde, remplacé par la plus grande des stupeurs dès qu'il aperçut le visage du garçon émergeant à la surface.
C'était lui…
Ce visage qui hantait sa mémoire depuis si longtemps. Les cheveux, les sourcils, les yeux, le nez, la bouche… tout correspondait. Même les petites boucles d'oreilles étaient identiques ! Aucun doute n'était possible, il avait sous les yeux la copie conforme de celui qui l'avait vaincu.
Reprenant difficilement ses esprits, il tendit l'oreille alors que l'objet de son attention invectivait ses tortionnaires.
— Putain, vous faites chier, les filles ! Vous pouvez pas me foutre la paix pendant que je pionce ?
Cette voix, il ne la connaissait que trop bien. Aujourd'hui encore, elle résonnait dans sa tête, prononçant les dernières paroles échangées avant son emprisonnement souterrain.
— Oh, ferme-la et profite de l'eau chaude, Shikamaru !
Un déclic eut lieu dans la tête de l'albinos alors qu'un souvenir enfoui pendant des millénaires rejaillissait subitement. Ce nom qu'il avait maintes fois recherché et jamais retrouvé…
Shikamaru…
Notes de l'auteur:
Voilà, le décor principal est planté. Pas grand chose d'autre à dire sur cette fic, l'histoire ne commencera à proprement parler qu'avec le chapitre 2.
Pour ceux qui se poseraient la question, Hidan sera évidemment quelque peu OoC du fait qu'il ne croit plus en Jashin mais soyez sans crainte, je vais pas non plus en faire un hippie poli et non-violent. ^^
Le titre de cette fic est une référence à une superbe musique du cultissime RPG 'Chrono Trigger'. Le titre du chapitre est quant à lui une référence à une belle musique du RPG 'Breath of Fire IV'
Merci d'avoir lu et de laisser des commentaires. N'hésitez pas à signaler toute incohérence, faute ou quoi que ce soit. Les retours et critiques utiles sont toujours appréciées.