Disclaimer : aux dernières nouvelles, je ne suis pas blonde. J. K. Rowling, elle, l'est.
Note de l'auteur : Le chapitre suivant n'est pas écrit (je ne sais même pas si je l'ai commencé, ma vie va beaucoup trop rapidement pour moi), mais je ferai un effort pour ne pas vous faire attendre trop longtemps. Je ne sais pas encore si le prochain est le dernier, mais ça sent la fin, fortement. Et j'ai mal au cœur à l'idée de les laisser, je ne veux pas. C'est presque le syndrome de l'auteur qui quitte ses personnages, sauf que ce ne sont pas vraiment les miens.
Bonne lecture !
Cette journée était un bel automne. Les feuilles jaunissaient de plus en plus, cela créait un joli camaïeu d'oranges dans la rue. Le soleil brillait encore et réchauffa un peu le cœur de Harry, juste un peu. Il pressa un peu le pas, longeant les rues, croisant quelques voitures, souriant aux rares passants.
La matinée au travail fut horrible, sa décision de fermer le centre d'apprentissage pour les Aurors fut finalement acceptée, mais il devait faire face à toutes ces sollicitations politiques... La situation était tendue ces jours-ci au Bureau, il traversait une crise. Bien sûr, certains le soutenaient, mais les inimitiés éclataient. Il n'avait jamais, jamais voulu entrer dans ce jeu-là. Il n'était pas fait pour la politique, mais étant l'une des figures les plus médiatisées de la lutte contre le mal, le jeu faisait qu'il était pressenti comme futur Ministre de la Magie.
Très peu pour lui.
Il ne savait même plus comment réparer son couple qui s'étiolait petit à petit, même depuis qu'il avait cessé de fréquenter Malfoy, même depuis qu'il avait tenté d'oublier son existence. Difficile quand leurs fils étaient amis... Rien d'impossible pour autant. Malfoy était parti de l'autre côté de l'hémisphère et son divorce n'était pas encore officiel. Il n'avait pas à s'en faire.
Il survivait sans son ancien amant. Il vivotait sans l'étincelle de joie.
Peut-être que c'était cela qui l'empêchait d'avoir une relation saine avec sa propre femme. Parce qu'il savait que ce n'était pas elle qu'il aimait. Parce que l'Autre lui manquait et qu'il faisait comme si. Sa famille avant tout. Lily, Albus, James, ses amours. C'était pour Lily qu'il avait attendu, au risque de gâcher tout espoir avec Draco. Attendu qu'elle grandisse, qu'elle trouve un nouveau foyer à Poudlard, qu'elle s'éloigne de la maison et des parents.
Il avait affirmé à Ginny qu'il l'aimait, quelques mois plus tôt, quelques minutes après avoir lu la lettre de Draco. Cette lettre qu'il avait oubliée au milieu des papiers administratifs, qu'il avait retrouvée hier en rangeant son bureau à l'approche de la fin de l'année. Cette lettre qui avait déchiré son cœur et à laquelle il n'avait jamais répondu.
L'ingrat.
La relire lui avait rappelé tout ce qu'il manquait depuis des mois parce qu'il avait choisi d'être raisonnable au moment où il pouvait ne plus l'être. Il avait déprimé toute la soirée de la veille, refusant de parler à Ginny, échangeant quelques mots à peine avec sa fille, laissant sa femme coucher leur enfant, s'enfermant dans son bureau. Il y avait dormi, assez mal, mais longtemps.
Il avait pris une décision dont il devait informer sa femme, le plus vite possible, dans cette urgence typique de celui qui repousse les choix graves. Son pas se faisait plus rapide tandis que le vent fouettait doucement son visage, relevant la frange de sa jolie écharpe bleue. Il percevait des éclats de voix, des rires de passants, des regards d'amoureux. Il jalousait le bonheur des autres, leur insouciance apparente, leur légèreté d'esprit.
S'il avait pu remonter dans le temps, il aurait fait autre chose. « Ne me quitte pas », aurait-il dit à Draco. Harry aurait voulu crier, crier encore et encore, mais c'était de sa faute, c'était lui qui avait choisi de tourner le dos à Draco, c'était lui qui n'avait pas souhaité divorcer de Ginny, c'était lui. Cette douleur qu'il avait éteinte pendant si longtemps, cette chaleur qu'il avait enterrée au fond de tout, ces sentiments qu'il avait honte de ressentir, tout se mélangeait dans sa tête, il ne savait plus ce qu'il voulait, ce qu'il avait voulu, ce qu'il aurait voulu.
Il avait passé sa matinée à écrire une réponse à Draco — juste après avoir rencontré les journalistes pour une conférence de presse, — mais il n'avait pas son talent littéraire, pas sa patience pour manier les mots. Il avait fini avec un parchemin, concis et précis, comme ses rapports pour le travail. Il n'était pas excusable. Toutes les erreurs qu'il avait faites, ces « Je t'aime » non prononcés, ce divorce qu'il n'avait pas fait à temps, tout semblait impardonnable. Pour autant, il sentait que leur histoire ne touchait pas encore à sa fin. Il ne voulait pas mourir sans avoir essayé, une fois de plus, une dernière fois.
Il avait mis tout ce temps pour être prêt à faire face au regard des autres. À ce monde qui commençait tout juste à voir les homosexuels comme des personnes, et non comme des malades à soigner. À accepter d'être jugé pour les choix émotionnels et personnels qu'il avait faits. Mais il l'était, il était lent, il l'avait toujours été dans leur relation.
C'était comme ça qu'ils fonctionnaient, étonnamment. Draco faisait souvent un premier pas et Harry suivait. Draco était celui qui était le plus à l'aise avec ses sentiments. Harry était celui qui avait appris à cacher et ignorer ses sentiments. Draco était celui qui n'avait pas perdu ses parents. Harry était celui qui avait perdu ses figures paternelles. Ils ne changeraient pas de sitôt.
Leur maison se dessinait au bout de la rue, il ralentit son pas. Il franchit le portail de leur maison et appela Lily, il voulait se faire pardonner de son comportement de la veille. Ginny apparut sur le seuil, un grand sourire aux lèvres, il ne résista pas et lui piqua un baiser sur la joue, avant de recevoir une Lily courant le plus vite possible et atterrissant sur son dos. Sa petite famille.
« Tu veux aller voir George cet après-midi, avant d'aller chez Granny ?
- Oui, super ! J'espère qu'Oncle Georgie a de nouveaux jouets ! »
Des jouets. Ginny leva les yeux au ciel, mais ne pipa mot. Elle était rassurée de voir que sa petite dispute avec Harry de la veille n'avait pas laissé de traces trop profondes chez leur fille. Ils pensaient avoir insonorisé leur chambre et avaient ainsi donné libre cours à leur agacement, mais Lily était venue frapper à leur porte. Ils n'avaient plus reparlé de cette conversation désagréable, mais le nom de Malfoy était revenu plusieurs fois...
Elle venait de finir de préparer le déjeuner et ils mangèrent tous les trois, Lily planifiant tout ce qu'elle voulait voir de Pré-au-Lard, Ginny demandant à Harry d'envoyer pour elle un colis pour Charlie, Harry songeant à la lettre qui était glissée dans la poche intérieure de sa cape. Le soleil filtrait à travers la fenêtre du salon, le tableau qu'ils offraient était presque parfait.
Nul n'aurait pu penser qu'ils allaient divorcer.
C'était ce que Harry venait d'annoncer à Ginny. Il acceptait le divorce. Le soir même, ils dîneraient avec Ron et Hermione. Il avait pris la liberté de leur envoyer un hibou la veille au soir, et Hermione n'avait pu décliner l'invitation.
Lorsque la sonnette retentit, Ginny se leva promptement, embrassa sa fille et son mari, puis partit retrouver son collègue à la porte, qui avait l'obligeance de passer la chercher pour qu'ils aillent au travail par les transports moldus. Elle avait retrouvé un travail quelques mois auparavant, elle sévissait en tant que journaliste à la Gazette du Sorcier. Elle qui avait totalement arrêté de travailler pour élever ses enfants, lorsqu'ils avaient regagné Londres et que Harry n'était plus constamment à la maison, cela lui faisait du bien de retrouver le monde du Quidditch.
Souvent, elle se disait que c'était ce que Harry aurait dû faire. Même Krum lui avait dit qu'il était un excellent joueur. Il aurait dû passer des sélections pour une équipe de Quidditch, puis entrer en équipe nationale. Il n'aurait pas dû risquer à nouveau sa vie pour des missions sans fin et des angoisses éternelles. Elle n'avait pas été prête à le perdre, après la guerre, et voilà qu'il s'était déjà engagé.
Elle aurait dû se rendre compte, dès ce moment, que leur vision de la vie ne serait pas similaire. Pas totalement. Elle voulait un apaisement après tous ces efforts, auprès de ses proches, mais lui avait voulu se retirer de la vie anglaise, gardant son métier comme seule ancre d'attache. Elle l'avait suivi, bien entendu. Par amour. Et au fond, elle le savait bien, ils s'aimaient encore. Simplement, ce n'était plus le même amour. Leur affaire était devenue secondaire, comme une habitude qu'ils traînaient tous les deux faute de mieux. C'était le sentiment fraternel qui avait pris le dessus, avec le temps.
Le divorce qui s'engageait lui enlevait le poids de la culpabilité. Elle avait senti la présence d'une autre personne, et lorsque ses soupçons furent confirmés par Astoria Malfoy, femme de Draco, elle n'hésita plus. Elle prit la décision que Harry n'aurait jamais eu le courage de prendre seul. Cela dit, il avait choisi de privilégier sa famille. Famille qui avait grandi. Ils sauraient faire face à ce cataclysme.
Harry la regarda s'éloigner sur le seuil, inexplicablement mélancolique. Il sentait toutes ces années passées avec elle peser sur son cœur, il revivait tous leurs souvenirs maintenant qu'il savait que la fin approchait, il savourait les instants de faux couple un peu plus longtemps. Faux couple. Quelle étrangeté.
Après toutes ces années, il s'était habitué à aimer Ginny et à adorer Draco. Il s'était habitué à ces gestes de tendresse et les autres démonstrations de ferveur. Il s'était habitué à la tranquillité de sa vie et au rythme effréné de son autre vie. Et maintenant, il devait accepter la disparition de Ginny. Ginny s'estompait au loin, elle partait comme elle aurait dû le faire des années plus tôt.
« Papa, pourquoi tu pleures ?
- Je suis heureux. Regarde maman, elle a l'air heureuse.
- D'accord. Tu veux un bisou quand même ? »
Oh, Lily Luna Potter Weasley. Leur petite fille innocente, bien plus pâle qu'il ne l'était, bien plus rousse qu'il ne le serait jamais. Il reçut le bisou tout mouillé avec gratitude, ses larmes coulaient encore sans qu'il ne s'en rende compte. Il n'avait même pas senti qu'il pleurait vraiment, avant que sa fille ne le lui dise. Il devenait stupide.
Ils prirent la Poudre de Cheminette car elle n'aimait pas le transplanage d'escorte. Il ne pouvait la blâmer pour cela, d'autant plus que voyager par cheminée était plus pratique. Avec le temps, il avait appris, lui... L'habitude émoussait toutes ses craintes et étouffait ses envies. Il aurait probablement pu transformer n'importe quel objet en Portoloin, mais le courage lui manquait, ce jour-là. Le souvenir de Dumbledore le faisant lui piquait l'esprit et les yeux, beaucoup plus que d'ordinaire.
Il avait tous ses regrets, toutes ses haines, toutes ses peines qui remontaient. Et Draco par-dessus le tout, comme l'ingrédient qui relevait tous ses souvenirs. Celui qui épiçait le mélange douteux de ses sentiments.
Pré-au-Lard lui avait également manqué. De loin, il perçut les tours du château, de Poudlard, là où il donnerait une conférence la semaine suivante. Sa célébrité et ses talents en Défense contre les Forces du Mal, sans compter son statut de Chef des Aurors et son amitié avec la Directrice, lui permettaient de fouler régulièrement les sols de sa première maison. Il aurait tant donné pour se retrouver dans ces dortoirs agités, ces lits à rideaux rouges, ces couloirs froids, ces salles de cours ennuyantes.
Même revivre la première rencontre avec Voldemort. Même revivre la peur de perdre Ginny face à Jedusor Junior. Même revivre la renaissance de Voldemort, dans ce cimetière sinistre. Même revivre les rumeurs sur lui, différentes chaque année. Même revivre la première déception amoureuse, le refus de Cho qui lui avait préféré Cedric. Même revivre « Sirius » et « Dumbledore ».
C'étaient ces expériences qui avaient fait l'homme qu'il était actuellement. Il ne savait pas ce qu'il aurait été sans elles. Aurait-il assumé son amour pour Draco ? Aurait-il été un Auror ? Il ne voulait pas savoir, parfois savoir était un poids. Ce n'étaient que des questions douloureuses.
Cette impression de rater sa vie de fond en comble lui serrait le cœur comme jamais. Il n'avait jamais la bonne réaction avec Draco, jamais au bon moment. Il n'était pas le meilleur Chef des Aurors en ce moment, trop préoccupé. Il était loin d'être le meilleur mari possible, mais il ne l'avait jamais été. Il se débrouillait en tant que père, cependant.
En témoignait le sourire de sa fille et la manière dont elle prenait sa main. Fort. Il sentait sa petite main dans la sienne, calleuse de toutes ces années à jouer au Quidditch. Il n'avait jamais vraiment pu se résigner à abandonner son sport préféré, même si Ginny aurait voulu qu'il en fasse plus.
Ils passèrent devant chaque boutique, jusqu'à s'arrêter devant la devanture Weasley. Lily lâcha la main de son père et entra en criant « Oncle Georgie ! », s'attirant les regards amusés des quelques clients de la boutique. Harry reconnut quelques habitués, qui lui sourirent lorsqu'il passa derrière le comptoir. Il embrassa Verity sur la joue et s'assit derrière la caisse. Lily fit son chemin dans la boutique, testant ses endroits préférés, puis Verity lui montra les nouveautés. George resta avec Harry, derrière le comptoir. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus.
« Harry ? Tu as l'air ailleurs.
- Je vais te poser une question étrange, mais... Comment tu fais, sans lui ? »
George eut l'air de comprendre immédiatement la requête de Harry. Il soupira doucement, comme sonné par la question.
« Tu sais, j'ai toujours l'impression qu'il est avec moi. Je fais mes blagues à haute voix parce que je sais qu'il est là pour m'écouter. Je le vois quand je jette un œil dans le miroir. Mon cœur bat pour lui. Je ne suis jamais vraiment seul. Et puis j'ai Angelina, j'ai les enfants.
- C'est tellement injuste.
- Je sais. C'est Sirius qui te rend triste comme ça ? »
C'était puéril, il le savait. Mais il avait eu un parrain, le mélange parfait de l'ami et de l'idée qu'il se faisait d'un père. Il avait eu ce quelqu'un, et il l'avait perdu parce qu'il avait fait une erreur. Il lui semblait que de toutes ses erreurs résultait une mort... Il aurait eu besoin de quelqu'un pour lui confirmer que son futur divorce était une bonne idée.
Lui n'en doutait pas. Ce n'était pas suffisant. Plus il avançait vers la Poste, la lettre fatidique en poche, sa réponse tardive pour Malfoy, moins il en doutait. Lorsqu'il avait quitté le magasin pour la Poste sorcière, Lily jouait avec une baguette ensorcelée. Rien de dangereux. Alors que lui, il s'avançait vers le bord du précipice, et il risquait de tomber à tout instant. De briser son cœur. D'oublier ses vœux.
Cette adrénaline lui donnait la légèreté qui lui manquait.
Celle qui lui faudrait pour le dîner à venir. Ginny, lui. Hermione, Ron. Divorce. Annonce. Avocat. Paperasse. Amant. Ennemi. Mariage. Apparences. Enfants. Tous ces mots se confondaient dans sa tête. Il les avait préparés, comme on préparerait un procès. Il les avait répétés, comme on répéterait une prestation. Il les avait envisagés, comme on envisagerait une frivolité.
Mais il savait que rien ne pourrait prévoir le déroulement de la soirée à venir. Ils avaient rendez-vous le soir, dans un restaurant local du Londres moldu, à 19 heures 30. Et c'était bien la seule chose dont Harry était sûr. Il devinait que Hermione viendrait dès sa sortie du Ministère comme elle travaillait sur une affaire en ce moment, elle vivait presque dans son bureau. Ron s'en plaignait, d'autant plus qu'il était actuellement en congés. Sa dernière mission d'infiltration avait été particulièrement éprouvante, alors Harry lui avait donné quelques jours. La Colombie n'était pas une partie de plaisir.
Son hibou, un très grand et magnifique grand-duc, s'envola au loin, et Harry le regarda s'éloigner, devenir un petit point dans le ciel, tandis que son cœur devenait lourd et que son ventre se serrait. Il eut envie de s'allonger dans l'herbe fraîche, de goûter les sensations de l'eau et l'odeur de la verdure, de se détendre. Il aurait voulu rappeler le hibou, lui dire de ne pas délivrer cette lettre. Mais il était trop tard.
Harry avait toujours été en retard.
Il prépara le colis pour Charlie, et s'apprêtait à retourner à la boutique lorsqu'il fut interrompu.
« Harry ? » Son cœur rata un battement, au son de cette voix connue et qu'il avait tant chérie. Qu'il avait presque oublié depuis toutes ces années. Il se retourna. C'était bien elle, son premier amour, elle, son sourire maladroit, elle, sa beauté intacte quoique plus âgée.
Il l'avait aperçue, lors de la célébration des 10 ans. Mais ils n'avaient pas discuté. Elle était trop occupée avec ses amis et il semblait si loin qu'elle n'avait pas osé. Il ne l'avait même pas regardée, à vrai dire. Il avait détesté cette soirée, et surtout sa fin. Le début de la fin...
Cependant, à cet instant précis, il ressentait de la gratitude envers elle. Cho Chang. Elle venait de réveiller cette nostalgie positive, la teinte gênante de sa jeunesse, l'exaltation de ses premières croyances. Il se souvenait de leurs discussions après les réunions de l'AD, des baisers qu'ils se retenaient de voler dans les couloirs, de ceux qu'ils s'autorisaient dans un recoin rapidement avant de repartir. Il revivait les débats fiévreux qu'ils avaient eus sur le Quidditch, les séances pratiques sur le terrain vide certains soirs, les autres séances pratiques.
Plus il avançait dans ses souvenirs, leurs deux mains liées en signe d'affection, plus il se rendait compte qu'il l'avait négligée. Il ne savait rien de sa vie actuelle, si ce n'est qu'elle s'était mariée à un Moldu.
Le soleil brillait encore, George n'allait pas fermer sa boutique si tôt, alors Harry offrit un café à Cho. Il ne lui apprit rien de plus sur sa vie, puisque les journaux s'en chargeaient. Il les exécrait de temps à autre, lorsqu'il rencontrait ses amis, lorsqu'ils n'avaient rien d'autre à faire que de le suivre. Il les acceptait parfois, en toute connaissance de cause, pour éviter des photos volées, des diffamations, des insultes.
Écouter Cho parler, c'était aussi chaud que réécouter une chanson adorée mais oubliée depuis longtemps.
« Papa, pourquoi tu souris comme ça ?
- J'ai croisé une ancienne amie. Cho Chang.
- C'est ta nouvelle amoureuse ?
- Non, Lily, non ! C'est mon ancienne amoureuse, mon amoureuse d'avant maman. »
Lily ne comprenait pas. Elle ne pouvait pas comprendre, pas encore. Mais George, lui, avec son sourire en coin, savait. Il pouvait percevoir tout ce que Harry ressentait, le passé qui arrivait en pleine face sans crier gare, la nostalgie qui surgissait avec fureur.
C'était une de ces journées.
Ils prirent le réseau de Cheminette jusqu'au Terrier, où Molly les attendait. Harry avait sollicité les talents de grand-mère de Molly pour surveiller sa petite. Hugo était déjà là, Ron avait dû le déposer juste après le travail. Arthur lisait avec lui, mais dès qu'il aperçut Harry, il se leva de son fauteuil. Harry le suivit jusque dans son garage, au milieu des babioles moldues que son beau-père conservait par plaisir. Il renversa un moteur à essence, il essuya les dégâts d'un coup de baguette. Il valait mieux qu'il reste debout, finalement...
Arthur revissait quelques boulons sur une sorte de ressort, Harry ne voyait pas bien.
« Tout va bien en ce moment, Harry ?
- Oui, bien sûr, pourquoi ?
- J'ai cru comprendre que ce n'était pas la joie au Ministère. Et je me doute bien que vous ne dînez pas avec Ron et Hermione juste pour passer du temps ensemble.
- Comment as-tu deviné ? Molly ne sait rien ?
- Non, je ne lui ai encore rien dit, je ne voulais pas l'inquiéter pour rien. Et je connais mes enfants, Harry, Ron avait l'air de vouloir me cacher quelque chose lorsqu'il a déposé Hugo. Tu ne demandes pas souvent à tes meilleurs amis un dîner pour le lendemain, surtout dans un restaurant moldu chic. Ils se doutent de quelque chose, et moi aussi.
- Je resterai le père de tes petits-enfants, Arthur. Quoi que l'on ait pu te dire. »
La confirmation de ce qu'il redoutait sembla plonger Arthur dans une réelle tristesse. Mais il se disait que Harry avait eu une vie trop trépidante pour avoir un mariage réussi... Toute cette pression qui pesait sur lui pour qu'il réussisse, fasse quelque chose de sa vie, ait un poids significatif sur le monde sorcier. Son septième fils.
L'adolescent qui sommeillait en Harry n'avait pas pu s'exprimer correctement. Il était peut-être un peu tard.
Harry avait toujours été en retard.
Avec un dernier baiser pour Molly, Harry transplana sur le Chemin de Traverse. Il était légèrement en avance, il s'autorisa donc un moment de détente par le magasin de Quidditch. Sur l'une des affiches, Olivier Dubois lui faisait un clin d'œil. Il était à présent Gardien titulaire de l'équipe d'Angleterre. Sa vie semblait exempte de nuages... mais Harry savait mieux que quiconque que ce n'était pas forcément le cas.
Tout le monde possède ses secrets, certains peuvent le garder mieux que d'autres. Olivier avait réussi à avancer au-delà de Luna, alors que d'une certaine façon, ils sont liés pour toujours. Par leurs passions, par la manière dont ils la ressentent, par ce lien étrange du premier regard. Il avait accepté qu'elle parte avec un autre homme... comme Ginny avait accepté.
Est-ce que le véritable amour, c'était savoir s'effacer pour que l'autre soit heureux, peu importe le prix ? Harry avait l'impression qu'il en était capable. Il avait avancé, il avait accepté de ne plus mentir à ses amis, à sa famille, à sa famille d'adoption. Au monde entier.
Il était prêt.
Depuis le Chemin de Traverse où il avait transplané, il marcha jusqu'au restaurant où il avait réservé une table. Il était encore seul, et il espérait secrètement que Ginny arrive avant Ron et Hermione, pour s'épargner des explications futiles et fausses sur leur arrivée disjointe. Elle arriva à l'instant qui suivit, et le serveur s'empressa de leur servir à boire.
C'était futile également, mais elle l'embrassa lorsqu'elle arriva. Réflexe conditionné ou réelle envie, Harry n'en savait rien, Harry ne voulait rien savoir. Il était venu pour que ses meilleurs amis apprennent qu'il allait divorcer de Ginny, pour que Ginny puisse leur dire qu'il avait eu une liaison avec Malfoy, pour qu'ils sachent que c'était lui le fautif.
Autour de leur verre d'eau, ils discutèrent avec passion de la journée de travail de Ginny et de la visite de Harry et Lily au Chemin de Traverse. Ils n'avaient pas perdu leur amitié, jamais, juste l'étincelle qui faisait d'eux un couple solide. Ils étaient en train de se disputer sur les performances de l'équipe de Quidditch anglaise lorsque Ron et Hermione firent leur apparition. Derrière eux, la porte se ferma : ils n'étaient plus à portée d'oreille de quiconque.
C'était l'un des avantages à être riche, Harry pouvait inviter ses amis dans les restaurants les plus cotés et chers de la capitale, demander des menus sans prix sans que personne ne se doute de quelque chose, et bénéficier d'une discrétion suffisante pour qu'il se sente tranquille.
Ce ne fut qu'arrivés au dessert que Ginny décida de lâcher la bombe. Harry et elle prirent la parole chacun leur tour, hésitants et nerveux, mais persuadés du bien-fondé de leur décision.
« Vous vous doutez bien que Harry et moi avons une nouvelle à vous annoncer... Je ne vais pas vous faire languir longtemps. Nous divorçons.
- C'est une décision mûrement réfléchie, et c'est la plus honnête des choses à faire dans notre... dans ma situation. J'aime toujours Ginny, mais plus de la même manière.
- Il voit quelqu'un d'autre, et moi... j'ai rencontré un homme qui me plaît beaucoup.
- Ne vous en faites pas pour les enfants, nous ne divorcerons que lorsque Lily sera à Poudlard. Et rien ne changera vraiment.
- Pourquoi ai-je l'impression que cela ne vous étonne pas ? »
Hermione lança un regard en biais, furtif et gêné, à Harry. Ron ne remarqua rien, trop occupé à finir la dernière bouchée de sa crème glacée, mais Ginny fronça les sourcils. Et renchérit.
« Harry t'en a parlé, Hermione ?
- En quelque sorte. Il avait eu l'air un peu déboussolé il y a quelques mois et nous avions déjeuné ensemble... mais je ne pensais pas à cela. Je n'avais pas voulu t'inquiéter pour rien.
- Mais je suis ta meilleure amie !
- Et il est mon meilleur ami. »
La déclaration d'Hermione jeta un froid à la table. Ginny sembla comprendre que la femme de son frère prenait parti, ouvertement. Mais il n'y avait pas vraiment de parti à prendre... C'était un couple qui se brisait, des illusions, deux cœurs. Hermione se rendit rapidement compte de sa maladresse. Elle comprenait entièrement pourquoi Harry restait avec Ginny alors qu'il aimait Draco, mais Ginny n'avait pas besoin de l'entendre.
« Ce que je voulais dire par là, c'est que vous êtes tous les deux importants pour nous. C'est difficile de vous voir vous séparer, parce que tout ce que je souhaite c'est votre bonheur.
- Harry serait probablement plus heureux célibataire...
- Ginny, ce n'est pas parce que je suis celui qui a trompé que je serai forcément plus heureux. Nous en avons déjà parlé... et tu sais que c'est compliqué.
- Harry, tu sais que tu es mon meilleur ami, mais tromper, c'est la chose la plus stupide que tu aies jamais faite. »
Ron avait à moitié raison. Se faire prendre était la chose la plus stupide qu'il avait faite. C'était étrange comme Harry avait pu vivre autant d'années avec ce secret, sans que personne ne s'en rende jamais compte, sans qu'il ne se sente coupable de mentir et trahir, sans que la situation ne lui pèse.
S'il avait été lui-même, réellement, il ne se serait jamais marié avec Ginny. Malgré la pression sociale et familiale. S'il avait respecté Ginny comme il pensait le faire, il ne se serait jamais marié avec elle. Malgré l'amour qu'elle lui portait.
Mais il n'avait pas été lui-même pendant longtemps. Ce n'était pas Malfoy qui avait besoin d'une thérapie, c'était Harry Potter. Le Héros du monde sorcier. Le Survivant.
Il aurait dû exorciser toute sa peine au lieu de la laisser mûrir et de la transformer en adultère. Il s'était inconsciemment persuadé qu'après toutes les douleurs, il méritait de vivre un peu selon ses envies et son cœur. Cela l'avait mené à Draco.
Il n'avait pas compris cela avant ce matin, ce moment où il rédigea au calme sa réponse. Mais pourquoi en dire plus ? Ses amis savaient qu'il était désolé, mais cela ne changeait rien, il avait agi et assumé. C'était simple mais compliqué.
Harry régla la note et après avoir salué ses meilleurs amis et sa femme, il transplana au stade. Il savait qu'un match s'y terminait et il avait besoin d'un peu de paix aujourd'hui. Il obtint une place dans une des loges officielles — et aussi bête que cela puisse paraître, dans ces moments-là il aimait sa notoriété — et par chance, ne fut dérangé par personne avant la fin du match.
C'était un match amical entre l'équipe d'Angleterre et l'équipe de France. Olivier arrêta plus de buts que l'autre gardien et leur attrapeur était meilleur, la victoire leur fut donc accordée. Mû par une subite inspiration, Harry se posta à la sortie des vestiaires. Il comptait parler de son divorce. Mais après avoir attendu 5 minutes, il se rendit compte qu'il était stupide, encore une fois, et ses pas le menèrent vers la porte de sortie. Il ne fut pas assez rapide ou trop lent, Olivier l'interpella, il ne pouvait décemment pas l'ignorer.
N'ayant aucune obligation légale ou informelle, ils burent quelques pintes de bière. Habitude que le joueur avait prise après chaque victoire de l'équipe ! Le gardien lui raconta comment il avait cessé de voir Luna car il pensait l'importuner, comment il avait été brisé de voir qu'elle lui avait échappé, comment il avait compris qu'il aurait dû avancer avant qu'il ne soit trop tard.
Il était rare qu'Olivier parle de sentiments : il n'aimait réellement que le Quidditch, il avait donné sa vie et son cœur pour son sport, son métier. Et pourtant, Luna avait réussi à le percer un peu. Bien plus que sa petite amie actuelle... Harry l'avait rencontrée, elle était très belle, gracieuse, séduisante, élégante, tous ces adjectifs et d'autres encore, mais pas passionnée. Et Olivier avait besoin d'une femme qui avait une passion, qui pouvait comprendre la sienne, qui partageait ce grain de folie.
Le soleil pointait déjà le bout de son nez lorsque Harry poussa la porte de chez lui. Le silence l'enveloppait, Ginny avait dû s'endormir sans l'attendre, Lily était restée dormir chez sa grand-mère. Jour de congés pour Harry, il décida donc que la nuit blanche serait poursuivie. Il avala une potion pour supporter le coup, et décida d'aller courir quelques kilomètres pour la forme.
Le café était déjà prêt lorsqu'il revint de sa séance de torture. Il prit une douche et embrassa sa femme, avant de prendre son petit-déjeuner chaud. Le hibou déposa le courrier habituel, et une revue qu'il n'avait pas l'habitude de lire.
En couverture, une photographie de lui. En gros titre, « Harry Potter et Draco Malfoy, une histoire qui dure ? ». En article, une calomnie sur le fait qu'il lui aurait envoyé une longue lettre d'excuses.
Le pire, c'était la vérité exposée au grand jour, à la lumière des médias, sans possibilité de se cacher. Comme d'habitude, il ignorerait la débâcle qui suivrait. Il avait l'habitude. Après tout, on lui avait même prêté une liaison avec une ancienne collègue de Ginny. Il savait à quoi faire face. Il fallait qu'il continue à vivre.
Ginny irait récupérer Lily avant d'aller au travail, et sa fille avait l'habitude de rester seule à la maison. Il savait aussi que sa femme tenterait d'éviter au maximum les débordements de presse, d'ailleurs il n'y avait presque jamais de journaux à la maison. Lily savait qu'elle était indirectement célèbre, Harry ne voulait pas nourrir involontairement ce feu.
Il n'hésita plus, il prit un Portoloin au Ministère, direction l'Argentine. Il faisait nuit, une nuit douce de printemps, un air mélancolique d'antan. Harry s'allongea sur le sol meuble devant la grille d'entrée. Il ne savait pas quoi faire, son corps lui semblait de trop, stupide, gauche et inconscient. Il n'aurait pas dû transplaner, il n'aurait pas dû franchir la grille, il n'aurait pas dû frapper à la lourde porte de bois...
Harry ne s'attendait pas à ce que le maître de maison lui-même lui ouvre.
« Potter ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Tu as reçu ma lettre ?
- Pas encore. Quelle lettre ?
- Ma réponse à ta lettre.
- Ma lettre n'est plus d'actualité. Cela fait trop longtemps.
- Mais je veux te répondre, Draco, je veux...
- Tu ne veux rien, Potter, rien du tout. Pendant des mois, des années, j'ai cru que tu ne m'avais jamais aimé. Et là, tu reviens la bouche en cœur ? Que crois-tu, que je vais te retomber dans les bras comme si c'était hier ? Je t'ai oublié, Potter. C'est fini. Fini.
- Moi je t'aime encore. Toujours. Tu seras le seul. Je t'aime comme jamais je n'ai imaginé aimer quelqu'un. Et si tu es plus heureux sans moi, tant pis, je m'en vais. »
Harry s'efforça de ne pas penser à la chaleur des baisers de Draco, à la fraîcheur de son corps quand ils faisaient l'amour, au brasier qui s'allumait en lui alors qu'il s'éloignait un peu de Draco. Se retrouver face à lui, même quelques secondes, avait réveillé son appétit vorace, ses instincts les plus primaires. Il se souvenait pourquoi il l'aimait, pourquoi il avait toujours été incapable de le lui dire. Il avait mal, mais il s'en moquait. À quoi bon s'en inquiéter ?
Harry avait dit ce qu'il avait à dire. Il n'ajouterait rien de son propre chef. Il espérait que Draco le retienne. Quelques minutes encore. Ou toute une vie.
« C'est tout ?
- Pardon ?
- Tu ne m'apportes rien de plus. Je sais que tu m'aimes. J'ai toujours su que tu m'aimais, j'ai toujours vu cette étincelle. J'ai juste cru que je m'étais trompé. Si c'est ta réponse, alors oui, tu fais mieux de partir.
- Je divorce. Pour de vrai. »
Draco fronça les sourcils, intrigué. Ce que Harry pouvait être lent à la détente... Des mois de retard. Il annonçait la nouvelle qui aurait tout changé, mais avec des mois de retard. Qu'était-il censé faire avec cela ?
« Tu es en retard.
- Je sais, mais je ne fais pas cela que pour toi. J'ai une femme à épargner.
- Tu ne l'as pas beaucoup épargnée, pour ce que j'en sais.
- Ah, parce que depuis que nos fils se fréquentent tu sais tout sur ma femme ?
- J'en sais peut-être plus sur la mienne que toi sur la tienne, puisque je discute avec elle. Et je sais que c'est de sa faute.
- Je ne blâme pas ta femme. Il fallait bien que la mienne l'apprenne un jour ou l'autre. »
Harry soutint le regard de Draco. Ils étaient tous les deux fatigués, l'un par sa nuit blanche, l'autre par sa nuit à peine entamée. Ils savaient qu'ils se rappelaient « avant », d'autres matins où ils avaient eu l'air hagard, d'autres soirs où ils étaient impatients de s'endormir.
« Tu n'aurais jamais divorcé si Astoria n'avait pas dit la vérité à Ginny.
- Je ne sais pas.
- Tu ne sais jamais rien, de toute façon. »
Draco ferma sa porte au nez de Harry, qui n'eut d'autre choix que de se laisser tomber au sol, de s'allonger sur l'herbe fraîchement coupée. Il lança un sort pour se protéger de la température, il invoqua un matelas pour son mal de dos, et il s'endormit sans même en avoir conscience.
Ce fut le soleil qui le réveilla. Et Draco qui le secouait, aussi.
« Mais qu'est-ce que tu fais encore là ? Tu as passé la nuit à dormir ici ?
- Apparemment oui.
- Mais pourquoi ? Harry, pourquoi ?
- Je ne sais... Je ne voulais pas te quitter.
- Et je ne vais pas me remettre avec toi. »
Draco resta debout, Harry resta allongé. Ils se regardaient droit dans les yeux, sans ciller, sans bouger. Soudain, Draco tendit sa main, Harry la prit et se releva. Ils furent plus proches à cet instant qu'ils ne l'avaient été depuis des mois, de trop longs mois. Harry sentait le parfum de Draco, Draco sentait l'eau coiffante de Harry.
Ils ne surent pas, jamais, qui avait cédé. Mais c'était inévitable.
Quelques instants plus tard, Harry détachait ses lèvres de Draco. Juste un peu.
« Je t'aime parce que je ne sais pas faire autrement. C'est tout Draco, c'est comme ça. Je suis désolé que ce soit comme ça.
- Et l'homme que j'ai osé aimer durant des années et des années se révèle encore mystérieux.
- Pardon ?
- Ne me dis pas que tu ne comprends pas, ne fais pas l'idiot. Tu l'as suffisamment fait. »
Ils s'étaient avoué.
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Posté le 27/09/2012.
