Salut tout le monde ! Je suis affreusement désolée pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre, mais ces derniers temps, la classe prépa m'absorbe totalement, je n'ai même plus le temps d'écrire mon roman ^^'. Vivement que ça se termine, j'aurais plus de temps à consacrer au reste.

J'espère qu'il me restera quand même quelques lectrices…

Pour ce chapitre, on passe au point de vue de Faith. Niveau temporel, vous ne devriez pas être trop gênées, ça suit précisément les événements du chapitre précédent. Bonne lecture !


Mon cœur avait commencé à battre à vive allure en voyant sa silhouette se profiler devant moi et la décision de ne pas rester plus longtemps avec Ambre découla de cette vue à la fois si douce et si cruelle…Désireuse qu'il ne me remarque pas, je m'enfuis, m'efforçant toutefois qu'Ambre ne comprenne rien de ce qui me tourmentait. Je n'y étais sans doute pas parvenu…Elle était décidément plus douée pour comprendre les autres que pour s'analyser elle-même.

Je rentrai dans la voiture de fonction que j'avais emprunté pour venir ici, sous couverture d'une visite officielle au pilote Highwind, et poussai un long soupir, tentant de faire disparaître l'émoi qui s'était emparé de mes sens et de mon être.

J'allumai le moteur d'un coup sec, espérant que la conduite parviendrait suffisamment à mobiliser ma concentration pour que j'en vienne à oublier momentanément cette vision.

Cid Highwind…Dieu qu'il était sexy ! Les années n'avaient fait que l'embellir, comme ces vins que nous prenions parfois plaisir à déguster ensemble, alors qu'il n'était qu'aspirant soldat et moi-même instructrice.

Les années n'ont pas été tendres avec moi…Songeai-je avec un triste sourire.

Je jetais un coup d'œil au rétroviseur. Certes, retrouver le cours du temps et une vie à peu près normale, tout cela était bien plus que ce que je parvenais encore à espérer il y a peu, mais il n'empêchait que la Faith d'aujourd'hui n'avait ni le charisme ni la beauté ni même la force de l'ancienne Faith. Devais-je m'étonner que Cid me préfère Shera ? Jolie, gentille, facile à vivre…bien loin de l'extraterrestre que je devais être à ses yeux. Et que j'étais, somme toute, en y réfléchissant bien…

Je secouais la tête, tentant de me concentrer de nouveau sur la route, sans véritable succès. Je me décidai alors à laisser dériver mes pensées, m'efforçant toutefois de les orienter vers un sujet fort préoccupant qui m'éloignerait de mes propres soucis : Ambre.

Pour le coup, ce n'était pas cela qui allait me remonter le moral, mais cela me permettrait de me focaliser sur autre chose, de plus important. Parce que, il fallait l'avouer, ce qui lui arrivait me rendait de plus en plus inquiète…

D'abord cette histoire avec cet abruti de Corneo, et maintenant cette Ryoku.

Mes sourcils se froncèrent à cette pensée, à ce nom qui résonnait en mon âme sans que je ne parvienne à lui trouver une quelconque signification. Visiblement, elle partageait le corps d'Ambre…Comme si celle-ci n'avait pas suffisamment partagé ce dernier avec d'autres âmes.

Cependant, contrairement à la cohabitation forcée qu'avaient partagé Ambre et Sephiroth, elle et Ryoku semblaient être, en quelque sorte, séparées. Ambre ne pouvait saisir ni ressentir ce que vivait Ryoku quand celle-ci prenait sa place, mais je ne pouvais déterminer si l'inverse était vraie ou non. Quelque part, cela me rassurait…Ryoku m'ayant quelque peu forcé la main pour que je découvre la vérité sur son identité, je préférais pouvoir préserver Ambre si la réalité venait à être trop cruelle pour elle. Elle n'avait vraiment pas besoin de ça, en plus du reste…Se préoccuper de se relever de ce désastre et reconquérir Kadaj étaient suffisamment prenants et bouleversants pour elle pour qu'elle n'ait pas à s'inquiéter d'autre chose.

Une voiture manqua de me foncer dessus en voulant doubler un autre véhicule et je freinai brusquement, poussant un juron. La voiture qui était derrière moi me percuta et le choc fut des plus violents. La ceinture de sécurité m'étrangla presque, me serrant suffisamment pour laisser une marque rouge peu esthétique sur ma pauvre peau.

Il me fallut un certain temps pour retrouver mon calme, tant cet accident si brusque m'avait tendu. Cependant, j'avais déjà traversé pire épreuve et, après un regard noir et une insulte peu justifiée au conducteur qui me précédait et qui était venu s'enquérir de mon état, je repartis, observant avec un amusement mêlé de curiosité le tremblement qui s'était emparé de mes mains et de la grande majorité de mes membres. C'était donc ça, frôler la mort…La regarder en face et se dire que, comme les autres, on aurait pu l'affronter ce jour même si le destin en avait décidé ainsi. Voilà qui était bien étrange...et pourtant tellement vivifiant ! Cette pensée fut celle qui parvint à me détourner de mes soucis, m'emplissant d'une joie ô combien régénératrice. Je suis en vie...Pas parce que je ne peux pas mourir, mais parce que telle est ma destinée !

Ne pouvant résister plus longtemps, je baissai les vitres de la voiture et, faisant fi des spasmes qui peinaient à quitter mon corps, je hurlai à qui voudrait bien l'entendre :

« Je suis vivante ! »

Le vent me fouettait le visage, amplifiant cette extraordinaire et jouissive sensation que je n'avais jusqu'ici jamais connu. Ni maladie, ni monstruosité, ni route dont je ne verrais jamais la fin...Juste la sensation que cette vie ne tient plus qu'à un fil. Savoir qu'on pourrait mourir à tout moment...C'est une richesse que nul n'est en mesure d'imaginer et pourtant si réjouissante quand on en réalise toutes les facettes.

Une vibration dans ma poche me ramena toutefois à la réalité. J'abandonnai temporairement mon délire et, laissant de côté les questions de lois à ce sujet, décrochai mon téléphone. Le numéro que j'avais vu inscrit dessus m'avait persuadée qu'il était hors de question d'attendre plus longtemps.

« Kaika ? Tout va bien ? »

Une voix entrecoupée de sanglots me parvint et l'inquiétude s'empara de nouveau de mes sens :

« Kaika ?

-Soledad a fait une crise.

-Hein ? »

Mon cœur rata un battement. Pourquoi ? Pourquoi tous ces malheurs devaient-ils se précipiter les uns après les autres ? Quelle sorte de mauvais génie s'était donc penché sur notre petit monde ?

Difficilement, je m'efforçai de calmer Kaika, tentant d'obtenir plus amples explications à ce sujet. Elle finit par tout me déballer, entre deux sanglots :

« Ces derniers temps, il restait souvent enfermé dans sa chambre. Il mangeait de moins en moins et était facilement irritable, très tendu. Tout à l'heure, il s'est subitement effondré, sa respiration était si faible que je sentais à peine sa poitrine se soulever.

-Merde. Qu'est-ce qui lui arrive ?

-C'est Ambre...Ambre et ce qui m'est arrivé. Tout cela le bouffe, Faith. Il est persuadé que c'est de sa faute, qu'il aurait pu empêcher tout ça, d'une façon ou d'une autre. Tu sais comme il est fragile...Cette culpabilité l'a rongé petit à petit et là, elle est en train de le tuer !

-Kaika, du calme. Soledad a eu de nombreuses crises et il a réchappé à toutes. Malgré les apparences, il reste quelqu'un de solide. A-t-il craché du sang ? L'écume lui est-elle montée aux lèvres ?

-Non, rien de tout cela. »

Je poussai un soupir de soulagement. Ça n'était pas aussi grave que je le pensais...

« Écoute, Kaika. D'après ce que tu me dis, il est épuisé et son corps l'a lâché. Ce n'est pas vraiment une crise, il a juste besoin de repos et de calme. Il va vite se réveiller.

-Tu en es sûre ? »

Je hochai la tête, puis, consciente qu'elle ne pouvait nullement me voir, je me décidai à approfondir ma réponse :

« Je le suis. J'ai été auprès de toi pour chacune de ses crises et elle ne ressemble en aucun cas à ce qu'il vit actuellement. Et j'ai suffisamment enseigné à des postulants forcenés au SOLDAT pour savoir ce que l'épuisement signifie, tu sais.

-Faith...Tu ne sais pas à quel point tu me rassures. Je pensais que...J'avais peur qu'il puisse mourir...

-Kaika, il n'est pas en porcelaine. Le considérer comme tel ne lui fera aucun bien.

-Mais...il tient profondément à Ambre et tu sais à quel point il est sensible ! Et je...je ne sais pas quoi faire pour le soulager...

-Tu ne peux pas l'aider. Il culpabilise également à ton sujet et t'entendre lui répéter que ce n'est pas sa faute ou quoi que ce soit d'autre du même genre ne fera qu'accentuer son sentiment.

-Minerva nous vienne en aide... »

Cette dernière phrase, plus que toutes les autres, m'inquiéta particulièrement. Kaika n'avait jamais eu la fibre religieuse. Pour qu'elle en vienne à appeler à la Déesse de cette manière, elle devait vraiment être désespérée.

« Je te rejoins tout de suite. Avec un peu de chance, Soledad se sera réveillé dans cette intervalle. Je pense être la mieux placée pour lui parler.

-Pourquoi ?

-Parce que je suis extérieure au problème et que je le connais suffisamment pour savoir comment le prendre. Fais-moi confiance. »

Je l'entendis renifler et je poussai moi-même un long soupir. N'avait-elle déjà pas suffisamment de soucis comme ça ? Entre son handicap auquel elle devait s'adapter, ces connards de l'Académie Eterna Garden qui avaient décidé qu'elle n'avait plus sa place en tant que prof et ses habituels soucis, elle avait déjà fort à faire et tellement à gérer...

« Vous êtes à l'hôpital où je suis venue te voir ?

-Oui. Rude est là aussi. »

Rude...Évidemment. L'amoureux transi et pourtant silencieux...Peut-être sera-t-il à même de la réconforter et de la calmer...Je l'espérais, tout du moins.

« Attends-moi alors, je débarque dès que possible.

-S'il te plaît...Viens vite. »

Elle raccrocha sur ces mots. Je ne lui en tins pas rigueur. Telle que je me l'imaginais, elle ne devait pas vraiment être d'humeur à délivrer des politesses.

Je rangeai mon portable dans ma poche avant de prendre une grande inspiration. Toutes ces sensations si agréables qui m'avaient envahi tout à l'heure avaient entièrement disparu. Ne subsistait que l'inquiétude, déjà bien présente et qui ne cessait de croître.

La conduite pour se vider la tête ? Une arnaque. Songeai-je dans un élan d'humour désespéré.

Alors que les soucis qui se présentaient à moi étaient déjà bien trop nombreux, d'autres ne cessaient de se profiler. Cette vie-là non plus ne m'offrirait donc aucun répit...

AAAAAAA

Je finis par arriver à l'hôpital, garant la voiture de fonction quelque peu défoncée à la première place trouvée. Je me précipitai à l'accueil, trouvant rapidement Kaika, tristement assise dans son fauteuil, dont la main était tenue avec douceur par un Rude quelque peu embarrassé. Je sus que mon arrivée le soulageait à l'instant même où je croisais son regard, découvert de ses habituelles lunettes. Il n'avait jamais été très doué pour réconforter qui que ce soit, encore moins la femme qu'il aimait...

« Faith...murmura Kaika, les larmes aux yeux. »

Je m'agenouillai, me mettant à sa hauteur, et pris son autre main dans la mienne.

« Je suis là...Je suis à tes côtés. »

Ne tenant plus, elle éclata en sanglots, repoussant la main de Rude pour me serrer convulsivement dans ses bras. Je lui rendis son étreinte, adressant un regard d'excuse à Rude qui ne paraissait pas prendre la chose d'une mauvaise manière. Apparemment, il comprenait les liens d'amitié qui nous unissaient toutes deux, ce dont je lui étais gré.

« Pourquoi je ne me suis rendue compte de rien ? J'ai...J'ai essayé d'être là pour lui, de faire en sorte qu'il se sente mieux, mais...mais je ne savais pas comment m'y prendre. Mes examens médicaux me prenaient un temps fou et...

-Kaika...Ce n'est pas de ta faute. Si quelqu'un est à blâmer, c'est ce crétin de Cornéo, de même qu'Edelweiss. Tu n'y peux rien.

-Je suis sa grande sœur, j'aurais dû être là pour lui ! Toujours, je suis toujours absente quand il a besoin de moi. Quand il a été brûlé...Je n'étais pas là. Je n'étais pas là non plus quand il s'est débrouillé pour survivre jusqu'à ce que Reeve l'adopte. Et maintenant, j'ai beau être présente, je suis incapable de l'aider.

-Kaika, tu es une bonne grande sœur. Tu as admirablement protégé ton petit frère durant la bataille dans laquelle nous avons dû nous jeter, tu es allé jusqu'à sacrifier tes deux jambes pour qu'aucun mal ne lui soit fait. Et tu sais pertinemment que, si tu n'as pas été à ses côtés comme tu le déclares, c'était également pour lui, afin de lui assurer un meilleur avenir.

-Pour ce que ça lui a été utile...Grogna-t-elle dans un triste ricanement. »

Avant que je ne puisse à nouveau essayer de la réconforter, un docteur se dirigea vers nous. Je me levai alors promptement, tandis que Rude reportait son attention sur lui et que Kaika lui adressait un regard empli d'espoirs :

« Votre frère s'est réveillé, Mademoiselle. »

Kaika poussa un soupir de soulagement, laissant des larmes de délivrance rouler sur ses joues pâles. Moi-même, j'étais emplie d'un grand sentiment de réconfort. Contrairement à ce que j'avais affirmé à Kaika pour la rassurer, je n'étais pas aussi sûre de moi lorsque, tout à l'heure, je déclarais que cela restait quelque chose de bénin.

« Il a eu de la chance. Ses carences, en soi, ne sont pas considérables, quoiqu'elles méritent tout de même une certaine attention, mais son état physique ne lui permet pas de supporter durablement ce genre de privations. Nous lui avons branché une perfusion afin de donner à son corps des armes supplémentaires pour se défendre.

-Comment va-t-il ? Demanda Kaika, rendue inquiète par les paroles du médecin.

-Il est affaibli mais il est conscient de ce qui l'entoure. Il pourra vous parler sans problèmes particuliers. Vous pouvez lui rendre visite. »

Le docteur nous fit signe de le suivre, ce que nous fîmes immédiatement. Avec une certaine appréhension, nous rentrâmes dans la chambre.
Le spectacle qui nous y attendait était triste à voir. Soledad, allongé dans son lit d'hôpital, le teint aussi pâle que celui d'un fantôme, les membres tremblants...Et cette perfusion qui me donnait des frissons à sa simple vue...Elle me rappelait des souvenirs dont je n'aimais pas me rappeler...Mon propre séjour à l'hôpital...Un traumatisme dont je peinais, aujourd'hui encore, à me relever.

Je regardais Kaika se précipiter aussi vite qu'elle le pouvait vers son frère, ses bras forçant sur les roues de son fauteuil, une vue qui me serrait profondément le cœur. Rude, tout comme moi, restait à l'écart. Kaika refusait qu'il l'aide à se déplacer, par fierté, et il ne connaissait sans doute pas assez Soledad pour savoir comment se comporter avec lui. Pour ma part, j'attendais que ces deux-là aient terminé de se retrouver et de se rassurer mutuellement pour me décider à intervenir, ce que je pus finalement faire après quelques minutes :

« Soledad, il faut que je te parle. Seule à seul. »

Comprenant qu'il aurait sans doute droit à une leçon de morale, il fit une grimace, mais ne dit rien. Kaika, après un dernier baiser, se décida à quitter la chambre en compagnie de Rude, non sans avoir promis à son petit frère de revenir rapidement. Le médecin lui-même, après une petite discussion, se décida à partir, nous laissant tranquille. La porte fermée, je m'assis sur le bord du lit, cherchant comment commencer cette conversation. Ce fut Soledad qui m'apporta cette réponse :

« T'es là pour me remonter les bretelles ? »

Sa voix était rauque, faible. Il continua sur sa lancée :

« Tu n'es pas ma mère...

-Je n'ai pas cette prétention. Si je te parle, c'est en tant qu'amie de ta sœur...et aussi en tant que Tata Faith, comme tu m'appelais quand tu étais jeune. »

Nouvelle grimace, qui me fit doucement rire.

« Ne me rappelle pas ce passé honteux. J'étais un petit garçon bien naïf et surtout stupide.

-Naïf, oui. Stupide, tu ne l'as jamais été, petit génie. »

Il poussa un soupir à cette appellation :

« Si j'étais vraiment un génie, comme tu le dis, certaines choses ne seraient pas arrivées... »

Je le coupai, peu décidée à le laisser s'apitoyer sur lui-même :

« Je suis contente que tu arrives à ce sujet parce que j'ai deux-trois trucs à te dire là-dessus.

-Quoi ? Que ce n'est pas ma faute, que je n'y peux rien, que je ne suis qu'un fragile garçon qu'il faut protéger de tout, en particulier de lui-même ?

-Pas exactement. J'avais plutôt songé à te traiter de crétin irresponsable. »

Ma réponse sembla le surprendre, au vu de l'expression ébahie qui s'affichait sur son visage mutilé. Je poursuivis donc sur ma lancée avant qu'il ne songe à intervenir :

« Oui, un crétin irresponsable qui a mis en danger toute une opération pour jouer les héros, au mépris de sa santé et des problèmes que cela engendrait ! Tu te rends compte que tu aurais pu tout faire foirer ? On a eu une chance incroyable que cela ne tourne pas aussi mal que ça aurait pu l'être... »

Pendant que je me déchargeais, déclarant tout cela d'une voix égale, comme si je parlais simplement de la pluie et du beau temps, il me regardait. Un regard qui semblait exprimer tellement de choses...

Tristesse, colère, peur, honte...Toutes ces émotions s'entremêlaient dans ce regard si beau que nul ou presque ne prenait la peine de remarquer, arrêtés par les traits de son visage.

Je savais que j'étais dure avec lui. Je l'avais été en le forçant à raconter Ambre le pourquoi de sa brûlure, en le confrontant face à ses démons...Mais il en avait besoin. Il ne devait pas être réconforté. Il devait être guidé.

« Cependant, cela ne te donne pas le droit de te poser en victime et de t'accuser de tous les maux du monde, bien au contraire ! Tu ne fais qu'inquiéter Kaika et ceux qui tiennent à toi de cette façon. »

Il ne dit rien, contrairement à ce que j'avais espéré. Je continuai alors :

« Que dirait Ambre si elle savait ? Comment se sentirait-elle si elle venait à se douter que tu as négligé ta santé à cause de ce qui lui est arrivé ?

-Ce n'est pas sa faute ! Explosa-t-il soudainement. »

La brusquerie de la chose me surprit, mais pas sa réaction. Il devait y arriver, à un moment ou un autre. Cet éclat dut lui brûler la gorge puisqu'il se mit à tousser et ne put reprendre qu'au bout de quelques instants :

« Ce n'est pas de sa faute. C'est...de la mienne. Je l'ai vue partir en courant après une danse avec Kadaj. Elle avait l'air triste mais je ne suis pas allé la voir. Si je l'avais fait, peut-être que...

-Pourquoi n'y es-tu pas allé, Soledad ? »

Il hésitait, visiblement, et ce ne fut qu'après un long moment qu'il se décida à déclarer :

« Parce que je l'aime. »

Cette fois-ci, sa réponse me surprit. Je ne m'y attendais vraiment pas.

« Mais...Tu lui avais dit que...

-Bien sûr que je lui ai dit le contraire. Elle était tellement attachée à Kadaj, je n'allais pas m'interposer. Alors, j'ai fait semblant, pour qu'elle n'ait pas à se soucier de moi. »

Un silence lourd pesa sur la chambre. Difficilement, Soledad le brisa :

« Un vrai dissimulateur, hein ? Toute ma vie, je n'ai cessé de mentir...et je continue à le faire. Parce que c'est plus simple, pour moi comme pour les autres.

-Ça ne veut pas dire que cela est bien pour autant, Soledad.

-Ouais, je connais le truc. Mentir, c'est pas bien et tout le reste...N'empêche qu'on peut épargner à des gens bien des souffrances en mentant.

-Des souffrances qu'ils mériteraient de connaître. Objectais-je alors fermement. »

Soledad m'adressa alors un regard lourd de significations, avant de murmurer d'une voix déçue :

« Visiblement, on t'a rendu la raison, mais le cœur a été oublié. »

Je serrai les poings, sentant la colère monter en flèche dans mon être.

Il est malade, Faith. Malade, faible et aigri. Tu ne peux pas le frapper. Tu ne dois pas le frapper.

Je pris quelques inspirations, songeant que, quelques temps auparavant, je n'aurais pas hésité à lui en mettre une, qu'il fût malade ou non. Je devais me maîtriser ou je lui donnerais raison sur cette question à laquelle je n'entendais aucune opposition.

« Tu sais, si tu avais dit à Ambre que tu l'aimais quand même, elle serait peut-être venue te retrouver, après que Kadaj l'ait repoussé... »

Mes paroles le laissèrent bouche bée. Seulement, ce n'était pas pour la raison à laquelle je m'attendais :

« Kadaj l'a repoussé ?

-Eh bien, oui. Je croyais que tu le savais.

-Non. Je pensais qu'il lui avait demandé un peu de temps, peut-être pas de la plus délicate des façons, mais de là à songer qu'il ait pu la rejeter...Ça me paraît tellement invraisemblable.

-Il l'a repoussé. Complètement. Il refuse même de la considérer comme une sœur. Je ne sais pas ce qu'il se passe dans son cerveau de gamin pré-pubère, mais il n'est pas en mesure de venir en aide à Ambre. Alors que toi...

-Je ne peux pas l'aider. Me coupa-t-il d'une voix tranchante. »

Il détourna alors le regard, pour la première fois depuis notre conversation. Je n'allais pas le laisser s'en tirer comme ça ! Je devais lui prouver, tout comme à Kaika, qu'il n'était pas en porcelaine et que je n'avais nulle raison de le ménager !

« Toutes mes félicitations, tu es officiellement un lâche et un salaud de la pire espèce. Tu te poses en victime et tu t'apitoies sur toi-même au travers d'une culpabilisation grotesque, tout cela pour qu'on te plaigne et tente de te prouver le contraire, mais la vérité, c'est que tu ne fais rien pour remédier à tout cela. Tu fuis. Tu refuses d'affronter tes problèmes, d'avancer, mais cela ne t'empêche pas de continuer à te plaindre. Ça me dégoûte. »

Il ne put rien répondre à cela. Je vis ses poings se serrer convulsivement et une frustration envahit mon cœur. Mais qu'il réagisse ! Qu'il crie, dise quelque chose ! N'importe quoi ! Allait-il définitivement se cacher derrière un masque ? Quand réussira-t-il enfin à l'ôter et à exprimer ce que son cœur portait ?

Je décidai d'aborder la question sous un autre angle :

« Tu lui ressembles, tu sais.

-A qui ? Marmonna-t-il d'un ton peiné.

-A Ambre. »

Son regard revint alors vers moi. Je l'intriguai. Exactement ce que je cherchais à faire.

« Après ce qui lui est arrivé, elle a fui. Elle s'acharnait à déclarer le contraire, mais elle a visiblement fui. Trop de pression par rapport à ce qu'elle était en mesure de supporter. Elle se cachait derrière une façade. Elle criait fort qu'elle désirait devenir plus forte pour se débrouiller seule, sans avoir à dépendre de qui que ce soit. En vérité, ce qu'elle voulait, c'était qu'on la comprenne, qu'on l'aide à aller au-devant de ses problèmes. Elle était plus frêle que ce qu'elle essayait de nous faire croire. Mais elle s'acharnait à se cacher et elle continue à le faire. En essayant de la voir aussi souvent que possible, tous les jours si je le peux, je veux qu'elle s'ouvre à moi. Petit à petit. Et je compte bien en faire de même avec toi, Soledad. Ne serait-ce que pour voir un sourire fleurir à nouveau sur les lèvres de Kaika... »

Je me tus, me contentant de l'observer. Il se mordait les lèvres, indécis. Comme s'il voulait déclarer une chose, sans pour autant parvenir à le faire :

« Si tu veux, je ne dirais rien à Kaika ni à qui que ce soit d'autre. Fais-moi confiance. »

Ses yeux prirent une teinte désespérée. Puis ce fut un murmure qui s'échappa de ses lèvres, si faible que j'eus du mal à le comprendre :

« Je ne veux pas être un poids pour elle. »

Face à cette réponse, je ne pus que rester silencieuse. Il avait besoin de se confier. Si je parlais, je risquais de briser ce climat qui avait commencé à s'instaurer entre nous deux.

« Je sais bien que je suis faible. Mes dernières expériences me l'ont prouvé de la façon la plus amère. Mon corps ne me permet pas d'agir comme le ferait n'importe quel jeune homme de mon âge. Si je le faisais, je pourrais facilement en crever. Ma vie ne tient qu'à un fil. »

Son regard devint alors déterminé, alors qu'il le plantait dans le mien d'une façon que je jugeais violente :

« Je refuse d'imposer cette charge à Ambre. Elle mérite un homme fort, quelqu'un qui saura à la fois la protéger et la valoriser, lui faire mener une vie exaltante, où chaque jour est plus excitant que l'autre. Moi... »

Un rire triste s'échappa de ses lèvres :

« Qu'ai-je à lui proposer ? Une vie à ballotter entre différents hôpitaux, une angoisse de tout instant quant aux crises qui pourraient aléatoirement me prendre ? Des jours semblables et mornes, uniquement rythmés par mes prises habituelles de médicaments et mes crises qui pourront alors paraître comme un rebondissement presque soulageant, des jours sans aventures ni lendemains inattendus ou glorieux...Elle ne mérite pas une telle chose. Pas plus qu'elle ne mérite de se lever, tous les matins, et d'avoir pour première vision Ça. Termina-t-il en pointant son index sur son visage. »

Son bras retomba ensuite sur le lit, comme celui d'une poupée de chiffon. Au vu de l'expression attristée de son visage, ce n'était sans doute pas ce qu'il désirait faire.

« Alors, je ne lui dirais pas. Je vais me taire, continuer à sourire, et attendre qu'elle se remette. M'éloigner peu à peu, jusqu'à ce qu'elle finisse par m'oublier, me délaisser. A trop rester près d'elle, je finirais par me déclarer. Et je ne veux pas que ça arrive. Je ne veux pas qu'elle en vienne à dire « oui » par pitié ou par dépit, je ne veux pas lui imposer une vie à mes côtés. Pas une vie où le lendemain peut être à tout moment entaché d'une mort à laquelle on ne peut rien... »

Il reprit alors son souffle et je compris qu'il avait terminé sa plaidoirie. Lâcher ainsi ce qu'il avait sur le cœur avait dû l'épuiser, mais il n'était pas encore temps de se relâcher. Il me restait quelques petites choses à lui dire avant de m'en aller.

« Tu sais, je m'efforce de retourner le problème dans tous les sens. J'en comprends l'essentiel, mais il y a une chose que je ne peux pas saisir : ta peur de mourir.

-Facile pour toi de dire ça : t'as vécu plus de cent années, c'est normal que...

-Tous les matins, j'ouvre les yeux et je me précipite vers le miroir pour être sûre de voir mon visage intact. Pour être certaine que tout cela n'est pas seulement un doux rêve. Chaque jour, j'ai peur de voir cette marque apparaître à nouveau et de perdre cette vie fragile que je m'efforce de construire. Elle est loin d'être parfaite, elle s'emplit de tristesse et d'un amour déçu que je ne pourrais jamais nourrir...Mais je tiens à la vivre. Ajoutai-je, empêchant Soledad de réagir face à mes dernières paroles. Je tiens à la vivre aussi fort que possible, à en goûter tous les aspects, de quelque nature qu'ils soient. Vieillir, jour après jour, savoir que l'on va mourir...C'est une chose merveilleuse. C'est ce qui rend l'homme cent fois supérieur aux dieux. Ce temps défini qui régit notre vie. Un temps court, intense. Et toi, tu voudrais tout rejeter sous prétexte d'une maladie ? »

Pas de réponse. Je devais me montrer plus insistante :

« Peut-être y a-t-il une solution...

-Hein ? »

Ma supposition paraissait l'interloquer et ses yeux se remplirent d'espoir. Un espoir que je m'efforçai de briser immédiatement :

« Passe un pacte avec Edelweiss. »

Soledad parut à la fois surpris et effaré par ma proposition :

« Comment ?

-Deviens un sacrifié. Tu seras guéri de ta maladie. Tu pourras vivre aux côtés d'Ambre, être l'homme fort et puissant que tu désires qu'elle puisse rencontrer. »

Je le vis clairement hésiter sur cette question. Mauvais, ça.

« Comme ça, tu pourras la voir tomber en décrépitude et mourir, tandis que tu seras condamné à une éternité de deuil. Tu verras mourir ta sœur, ton père adoptif, Ambre, moi-même, tu nous enterreras tous, sans autre alternative que de nous pleurer. C'est ce que tu désires ?

-Je...

-Bon sang, comment faudrait-il que je te le dise pour que tu le comprennes ? Lève la tête, souris, vis ! Dis ce que tu as sur le cœur, sois à ses côtés ! Je ne sais pas, moi...Arrête de t'apitoyer ! Tu peux être autre chose que le pauvre Soledad en sucre, mais seulement si tu te donnes les moyens de le devenir !

-Mais...Je ne veux pas qu'Ambre...

-Ambre n'est pas la seule fille de cette foutue planète ! Tu es quelqu'un de génial, avec un grand cœur et des tas de qualités. Tu finiras forcément par trouver celle qui t'est destinée, qui adorera la vie passée à tes côtés. Mais si tu n'ouvres pas les portes de ton cœur, personne ne pourra le faire pour toi ! »

Je m'interrompis, reprenant ce souffle qui venait à me manquer. Une vibration dans ma poche m'indiqua que mon portable sonnait mais je décidai de l'ignorer. Ce qui se passait ici était pour moi bien plus important que n'importe quoi d'autre.

« Faith...Je...Je ne peux rien te promettre...Mais... »

Des larmes roulèrent sur ses joues. Son expression si démunie me fit finalement craquer et je le serrais dans mes bras, aussi délicatement que possible, comme le ferait une mère :

« Je veux...essayer...Essayer de vivre...

-C'est bien. C'est le premier pas. Tu en feras d'autres, je le sais. »

Je me détachai de lui, fixant ce garçon que la vie avait plus écorché que ce que mon autre moi pensait avant :

« Je vais te laisser réfléchir sur tout ça. Prendre le temps...Parce que tu l'as, le temps, Soledad. Tu peux en profiter pour y songer, tu as le droit. C'est précieux, tu sais, de prendre le temps pour réfléchir. C'est une notion qu'on ne peut appréhender que quand notre vie est limitée. Elle revêt alors une autre saveur, ô combien délectable.

-Faith... »

Je décidai alors qu'il était temps de partir. Je lui adressai un signe de la main avant de partir, laissant la place à Rude et Kaika qui avaient visiblement tout écouté, pensée qui me fit sourire.

Je me rappelais alors du coup de fil que j'avais reçu et pris mon PHS. Le nom qui s'inscrivit assombrit mon humeur qui promettait pourtant de s'améliorer. J'appuyai sur le bouton de rappel, attendant que sa voix me réponde :

« Faith ?

-Salut, Rufus. Qu'est-ce que tu veux ?

-Eh bien, eh bien, ce n'est pas l'amabilité qui t'étouffe aujourd'hui, mon cher Joker. »

En entendant ce surnom, je laissai échapper un grognement. Trop de mauvais souvenirs y étaient attachés.

« J'imagine que mes états d'âme ne t'intéressent pas, alors ne fais pas semblant de t'inquiéter et dis-moi plutôt ce qui se passe. »

Son ricanement me donna des frissons. Et sa voix annonça, comme une sentence implacable :

« Il s'est réveillé... »


Fin du chapitre ! Je sens que je vais recevoir un certain nombre de messages de haine pour cette fin ^^. Dites-vous que je sacrifie mon temps de révision de concours blanc pour écrire ce chapitre (enfin, ce n'est pas comme si je passais tellement de temps à réviser, comme je change complètement d'orientation l'année prochaine, ça ne sert à rien). J'ai l'impression d'être à Eterna Garden, cette année, coups de règle en moins. ^^. Vivement l'an prochain !

Enfin bref, pour la petite anecdote, j'ai écrit ce chapitre deux fois, la première étant bloquée par une incohérence énorme (j'avais écrit que Soledad venait de s'éveiller de son coma depuis la bataille d'Epidemia et qu'il ne savait donc rien de ce qui est arrivé à Ambre...Alors que je l'avais mis en scène durant le bal pour fêter la fin d'Epidemia, au dernier chapitre de ce deuxième tome. Un peu fatiguée, moi...^^'). Et pour ceux qui se demandent, l'histoire de l'accident de Faith et ce truc de la ceinture étaient influencés par mon RDV pédagogique dont je sortais au moment où je l'ai écrit. On avait étudié la ceinture et les effets qu'elle pouvait avoir sur les corps...Faut croire que ça m'a influencé...

Bon, passons aux réponses aux reviews :

Melior : Je suis contente que tu aies passé le cap du premier chapitre alors ^^. Je ne pense pas que tu vas apprécier Kadaj pour les chapitres à venir, mais il va finir par regagner des points...Enfin, j'espère ^^. Yazoo et Shera sont des persos que j'adore et je voulais montrer leur façon de réconforter, assez différentes. Pour le mensonge de Ryoku, tu en as vu la réponse : elle craignait que Faith lui cache quelque chose par égard pour Ambre. A très vite !

Kurotsuki Soma : Que dire sinon que j'ai beaucoup de plaisir à lire tes reviews ? J'espère que tu publieras d'autres fics sur des thèmes que je connais mieux ^^. A très vite !

Harukasa : Ouais, une nouvelle revieweuse ! Ne t'inquiète pas de ne laisser qu'une review, cela me fait très plaisir ^^. Merci pour tous tes compliments. Il est vrai que le thème que j'aborde est finalement très banal, mais je suis contente qu'il te plaise tout de même. Pour les chapitres avec Ambre, c'est peut-être parce qu'ils sont proches de ma propre personnalité, je les écris beaucoup plus facilement. Je suis très flattée que tu te montres autant en verve par rapport à mon histoire et j'espère te compter parmi mes fidèles lectrices ! A très vite !

Au prochain chapitre, Lucile revient et avec elle, un paquet de nouveaux problèmes en perspective...Apocalypse, nous voilà ^^. J'espère pouvoir l'écrire assez vite, c'est difficile à déterminer. A plus tard !