Partie 2, chapitre 13 – Il est temps

Durant quelques semaines, ils avancèrent lentement le long d'une ligne brisée. Avec l'aide de Wilma, ils trouvèrent la force de passer à autre chose, de vivre avec la douleur et de contrôler leurs émotions.

En juin, Daphné réussit enfin tous ses examens et devint officiellement médecin. Brian invita tout le monde au restaurant pour célébrer l'occasion. Pendant le diner, ils parlèrent de la possibilité d'une autre grossesse, mais Daphné n'était pas prête et Justin n'arrivait pas à en parler. Finalement, ils choisirent d'attendre et de laisser au temps de cicatriser les blessures.

La maladie que Mélanie avait eue n'était pas aussi grave qu'ils le pensaient, c'était juste un rhume qui ne voulait pas s'en aller.

Gus vivait maintenant à Britin et avait à nouveau de bonnes notes. Il avait même terminé l'année scolaire premier de sa classe. La directrice de l'école informa Brian que Gus pouvait sauter une classe. Brian voulait s'assurer que les notes de Gus n'allaient pas rebaisser, alors il répondit à la directrice qu'ils décideraient après que Gus eut terminé le prochain trimestre.

En juillet, Lindsay appela plus souvent. Elle préparait son retour. Sidney l'avait appelée quelques semaines auparavant, lui disant que son ex-femme était malade et qu'il devait prendre soin d'elle mais qu'il ne laisserait pas la galerie entre de mauvaises mains. Il l'avait appelé et lui avait offert le poste de directeur de la Bloom Gallery. Si elle acceptait, la galerie serait renommée la Bloom-Peterson Gallery.

La nouvelle du retour probable de Lindsay stressait Gus et Mel plus que prévu. Mel était inquiète de ce qui allait se passer si elle voulait Gus. À chaque fois qu'elle en parlait, Brian ou Justin essayaient de la rassurer en lui disant qu'importe ce qu'il se passait, ils protégeraient Gus, et ils n'agiraient pas comme ils l'avaient fait avec JR. Elle ne pouvait qu'accepter.


Octobre 2009

Leur anniversaire approchait mais Brian et Justin furent pris par le travail et leur vie, et n'avaient pas envie de célébrer cette année-là ; trop de choses leur étant arrivés.

Daphné, Matt, Mrs. Stevenson, Gus, Mel et Corinne avaient planifié pour eux un petit dîner dans un très bon restaurant. Cette nuit-là, ils décidèrent de garder les bagues à leurs doigts, et de répondre à toutes les questions.

Le dîner se passa bien. Quand Corinne leur demanda pourquoi ils avaient attendu si longtemps avant de le dire, Mel lui dit : « C'était une pute. »

Au choc sur le visage de sa partenaire, elle regarda Brian.

« Désolée, les vieilles habitudes.

– Pas d'inquiétude, t'as raison, je l'étais.

– Tu veux lui dire ?

– Justin ? demanda Brian.

– Non, vas-y, répondit Justin avec un sourire.

– Tu connais la majorité de l'histoire. Je l'ai rencontré la nuit de la naissance de Gus. Il avait menti à ses parents, et il est resté avec moi jusqu'au matin. Il m'a suivi et j'ai l'ai souvent ramené au loft. Il m'a fallu cinq ans pour comprendre mes sentiments. La nuit où le Babylon a explosé, je savais que je devais faire quelque chose pour le garder dans ma vie. »

Brian regarda Justin.

« Quelques jours plus tard, je l'ai demandé en mariage, il m'a dit non. J'ai acheté Britin, je lui ai redemandé et il a finalement accepté. »

Corinne s'appuya sur son coude.

« Et ?

– Et, commença Mélanie, ma stupide ex a parlé à Brian de l'article dans Art Forum, et lui a dit que c'était la plus belle opportunité de Justin. Elle savait ce qu'elle faisait, que Brian ne sacrifierait jamais la chance de quelqu'un pour la sienne. Alors le jour du dîner de la répétition, ils ont annoncé qu'ils annulaient leur mariage.

– Quelques jours plus tard, tu déménageais au Canada avec elle, fit Corinne.

– Oui, et Justin est parti à New York après ça.

– À en parler, tu as dû souffrir, Brian, demanda Matt.

– Non… c'était la vie.

– Oui, t'as raison, sourit Daphné, il était bouleversé.

– Michael est venu quelques jours après le départ de Justin. Il a dit qu'on devait réouvrir le Babylon, que ça me représentait.

– C'est pour ça que tu l'as fait ? demanda Matt.

– Non, j'ai réouvert parce que Justin m'a donné une raison de le faire.

– Qui était ? demanda Daphné.

– A la réouverture, le Babylon avait autant de succès qu'avant. Alors Justin a suggéré d'utiliser la moitié des bénéfices pour aider la communauté. »

Il sourit à Justin qui haussa un sourcil, lui disant silencieusement de continuer.

« La moitié des bénéfices est utilisée pour le Babylon : l'infrastructure, les employés, tout. L'autre moitié est donnée à des ONG qui contribuent dans quatre domaines différents. »

Il prit son verre de vin et regarda Mélanie.

« T'as toujours dit que je ne me battais pas pour ma communauté mais je l'ai fait, et je le fais. »

Il prit une gorgée et garda son verre dans la main.

« La première partie paie le loyer de la Vic Grassi House. La deuxième partie est utilisée par les familles et les victimes de l'attaque terroriste, et ça paie même les avocats quand ils en ont besoin.

– Les enfants de Dusty, murmura Mel. »

Brian hocha la tête.

« La troisième partie est utilisée pour fournir des conseillers au GLC. Et la dernière partie a été utilisée pour la construction d'un centre médical et l'ouverture d'une crèche à Liberty Avenue il y a trois ans. C'est aussi utilisé pour la maintenance et la gestion.

– C'est pour ça que tu as ouvert le Babylon ? demanda Matt.

– Oui, je ne voulais pas réouvrir pour que des homos dansent sur les souvenirs de personnes mortes… je l'ai réouvert parce que je pouvais aider.

– Tu as toujours aidé ? demanda Corinne.

– Oui, mais personne ne le voyait, à part moi, bien sûr, répondit Justin en voyant que Brian était mal à l'aise.

– Tu as aidé Mary à garder les enfants de Dusty, dit Mel.

– Non, l'ONG du Babylon l'a aidée.

– Tu as eu l'idée.

– Non, c'était l'idée de Justin.

– Très bien, tout le monde, on a compris. Arrête d'être modeste Brian, c'était une idée commune, répondit Corinne avec un sourire, sauvant Brian du malaise.

– Merci, dit Brian silencieusement.

– J'ai toujours su que tu étais un ours en peluche, » dit Daphné avec un grand sourire sur son visage. Sa déclaration fit rire tout le monde.

Le reste du dîner continua tranquillement et personne ne dit quoique ce soit sur l'occasion réelle. Mel regarda Brian et lui sourit quand il leva les yeux après que Gus eut terminé de lui parler. Elle n'arrivait pas à croire qu'ils étaient maintenant amis, après tout ce qu'il s'était passé entre eux.

La première fois qu'elle avait rencontré Brian Kinney, ça faisait trois semaines qu'elle sortait avec Lindsay, et elle ne l'avait pas du tout apprécié. Elle l'avait vu comme une menace sur sa relation amoureuse.

En fait, ce qui l'avait le plus gênée, c'était plutôt que Brian et Lindsay avaient couché ensemble. Elle n'avait jamais compris pourquoi elle avait couché avec lui.

Depuis, Lindsay avait démontré qu'elle avait besoin d'un homme de temps en temps. Quand elles s'étaient quittées lorsqu'elles se battaient au sujet de JR, elle fut contente que Brian ne se soit pas immiscé. Il avait bien sûr aidé en payant l'avocat de Lindsay, mais il ne les avait jamais jugées, il n'avait jamais pris parti.

Quelques temps plus tôt, elle avait décidé de lui dire. Il lui répondit alors qu'elle était dure parce qu'elle avait oublié qu'elle avait aussi trompé Lindsay peu après la naissance de Gus, et que Lindsay lui avait pardonné. Quand elle lui expliqua que c'était avec une femme, Brian hocha la tête et lui dit : « Tu l'as quand même trompé, comme Lindsay l'a fait avec Sam. »

Mel avait hoché la tête mais n'avait pas pu s'empêcher de dire que pour elle c'était qu'un coup d'un soir, sans sentiments, mais pour Lindsay, c'était autre chose. Elle avait des sentiments pour Sam et elle en aurait toujours.

Brian expliqua ce que Sam avait réveillé en Lindsay – que c'était à propos de l'art. Qu'ils avaient une passion commune qui les inspirait tous les deux. Elle n'aurait pas dû se sentir menacer parce que Lindsay ne l'aurait pas quittée pour Sam.

Elle avait soupiré et, après quelques secondes de silence, avait ajouté : « Elle a choisi de partir et de vivre sa vie comme elle le voulait. Elle a fait ses choix, elle doit les assumer maintenant. »

Le dîner n'était pas un grand évènement pour eux. À la fin, ils mangèrent une part de gâteau, le préféré de Brian : un gâteau au chocolat avec des pépites de chocolat.

Brian partagea sa part avec Justin, et Corinne fit la même avec Mélanie. Gus mangea la sienne sans partager bien sûr. Ils emportèrent le reste du gâteau chez eux.

Après le diner, ils allèrent tous à Britin, comme le restaurant était plus près de la maison que du loft.

Matt, Daphné et Mrs Stevenson rentrèrent chez eux. Mel et Corinne s'installèrent dans la chambre d'amis. Gus alla dans sa chambre.

Après avoir vérifié que tout le monde était bien installé et endormi, Brian rentra discrètement dans la chambre parentale où de la musique était jouée.

Justin avait mis une playlist. Brian sourit ; il avait choisi des balades. Il entra dans le dressing et vit que Justin se changeait dans des vêtements plus confortables.

Quand Justin repartit dans la pièce principale, Brian enleva ses vêtements et mit un jogging noir.

Quand il revint dans la chambre, on pouvait entendre la chanson de Bon Jovi, « (You want to) Make A Memory ».

Hello again, it's you and me
Salut encore, c'est toi et moi
Kinda always like it used to be
Comme ça l'a toujours un peu été
Sippin' wine, killing time
Sirotant du vin, tuant le temps
Trying to solve life's mysteries
En essayant de résoudre les mystères de la vie

How's your life, it's been awhile?
Comment est ta vie, ça fait longtemps ?
God it's good to see you smile
Dieu que c'est bon de te voir sourire
I see you reaching for your keys
Je vois que tu cherches tes clés
Looking for a reason not to leave
Cherchant une raison de ne pas partir

Justin avait allumé la cheminée. Il était assis sur le sofa ottoman en face du foyer, le scrapbook de Daphné dans la main. Depuis quelques années, il avait ajouté des dessins du bal de promo, d'anniversaires et d'occasions spéciales.

Brian le regarda et sourit en voyant Justin tourner lentement les pages.

If you don't know if you should stay
Si tu ne sais pas si tu dois rester
If you don't say what's on your mind
Si tu ne dis pas ce que tu as à l'esprit
Baby just breathe
Alors, bébé, respire
There's nowhere else tonight we should be
Il n'y a pas d'autres endroits où on devrait être ce soir
You wanna make a memory
Tu veux faire un souvenir

Brian alla vers lui, prit le scrapbook pour le poser par terre et aida Justin à se lever. Il mit ses bras autour de Justin et commença à bouger au rythme de la musique.

I dug up this old photograph

J'ai trouvé cette vieille photo

Look at all that hair we had

Regarde tous les cheveux qu'on avait

It's bittersweet to hear you laugh

C'est doux-amer de t'entendre rire

Your phone is ringing, I don't wanna ask.

Ton téléphone sonne, je ne veux pas savoir

Justin sourit et posa sa tête sur l'épaule de Brian. Ils continuèrent à se balancer, bougeant lentement ensemble quand Justin entendit Brian.

« Je veux que toi aussi tu crées un souvenir aujourd'hui, et pour toutes les fois où on dansera dans le futur. »

Justin leva les yeux et fit oui de la tête.

If you go now, I'll understand

Si tu pars maintenant, je comprendrais

If you stay, hey, I got a plan

Si tu restes, hey j'ai une idée

You wanna make a memory

Tu veux faire un souvenir

You wanna steal a piece of time

Tu veux voler un morceau du temps

You could sing a melody to me

Tu pourrais me chanter une mélodie

And I could write a couple lines

Et je pourrais écrire quelques lignes

You wanna make a memory.

Tu veux faire un souvenir

Brian se pencha vers lui et l'embrassa profondément, lentement, sa langue effleurant celle de Justin. Justin ouvrit ses lèvres pour lui donner un meilleur accès. Ils continuèrent à danser sur la musique tout en s'embrassant.

If you don't know if you should stay

Si tu ne sais pas si tu devrais rester

And you don't say what's on your mind

Si tu ne dis pas ce que tu as à l'esprit

Baby just, breathe there's nowhere else tonight we should be-

Alors, bébé, respire, il n'y a pas d'autres endroits où on devrait être ce soir

You wanna make a memory

Tu veux faire un souvenir

You wanna steal a piece of time

Tu veux voler un morceau du temps

You could sing a melody to me

Tu pourrais me chanter une mélodie

And I could write a couple lines

Et je pourrais écrire quelques lignes

You wanna make a memory.

Tu veux faire un souvenir

Ils écoutèrent la chanson jusqu'à la fin. Quand elle se termina, ils continuèrent à danser sur la chanson d'après. Alors qu'ils dansaient, ils avaient commencé à parler doucement de leur engagement et quand ils l'annonceraient.

« On pourrait organiser une réunion de famille ? » demanda Justin.

Brian secoua la tête.

« Une lettre à tout le monde ?

– Non, ce n'est pas un évènement, c'est une annonce, fit Brian.

– Quoi alors ?

– Vendredi. Chez Deb. Un dîner, ils seront tous là, la moitié le savent déjà et l'autre moitié le saura à ce moment-là.

– Peut-être qu'on devrait le dire à ma mère avant vendredi.

– Tu veux que je sois là ?

– Je crois que je le ferais quand tu iras chercher Gus mercredi. Je lui demanderais de venir au bureau et je lui dirai à ce moment-là. »

Brian hocha la tête, il resserra son étreinte sur la taille de Justin et chuchota : « J'irai chercher Gus chez Mel, je viendrai te chercher et on reviendra à la maison. Ça te va ?

– Oui, chuchota Justin.

– Fatigué ?

– Ouais.

– Allez. »

Brian éteignit rapidement la musique, les emmenèrent au lit, les déshabillèrent et mit la couverture autour d'eux. Seul le feu qui brûlait toujours dans la cheminée illuminait encore la chambre.

Justin se blottit contre Brian, la tête sur sa poitrine. Sa respiration se calma. Brian embrassa son front.

« Joyeux anniversaire, Justin. »

Justin bougea un peu, et embrassa la poitrine de Brian.

« À toi aussi. »

Justin sentit Brian se tendre, puis se détendre. Brian resserra son étreinte encore un peu et l'embrassa une nouvelle fois.


Vendredi 28 Octobre 2009

Alors que Brian s'approchait de la maison de Mélanie, il entendit des éclats de voix venant du salon.

Il regarda par la fenêtre et vit que Mélanie se disputait avec Lindsay.

« Purée. » marmonna-t-il dans sa barbe. Il prit une longue inspiration et ouvrit la porte. Il entra dans le salon au moment où Lindsay dit : « Je n'arrive pas à croire que t'es de son côté.

– Je ne suis pas de son côté, j'essaie de t'expliquer que tu ne peux pas rentrer chez moi et prendre mes enfants sans mon approbation.

– Gus est aussi mon fils.

– Non, c'est le mien ! fut la réplique froide qui venait de la porte.

– Salut Brian, chuchota Mel.

– Salut Mel, les enfants vont bien ?

– Oui, ils sont à l'étage avec Corinne. »

Brian fit oui de la tête. Il se tourna vers Lindsay : « Depuis quand t'es de retour ? Et est-ce qu'on peut m'expliquer pourquoi on vous entend hurler jusque dans la rue ?

– Je suis venue prendre mon fils.

– Ça n'arrivera pas. Mais je veux quand même savoir ce que tu fais là.

– Il y a quelques mois, Sydney m'a appelée et m'a demandée de gérer sa galerie parce que son ex-femme est malade et qu'il veut prendre soin d'elle. »

Brian hocha la tête.

Lindsay continua : « Je suis revenue il y a trois semaines, j'ai trouvé un appartement, et j'ai commencé à travailler à la galerie. Je suis maintenant venue pour prendre mon fils avec moi, sa mère, là où il devrait être.

– Quand est-ce que tu le ramèneras ?

– Elle ne fera pas, » fit une voix douce derrière Brian.

Brian se tourna vers son fils alors qu'il continuait : « Elle est entrée dans la maison sans attendre d'être invité et a commencé à crier sur Corinne et Maman. Dès qu'elle m'a vu, elle m'a dit de préparer mes affaires parce que j'allais vivre avec elle. »

Gus se frotta les yeux et renifla à la fin de la phrase. Brian soupira. Lindsay fit un pas vers lui.

« Chéri, je t'ai dit quand je t'ai envoyé ici que je reviendrai un jour et qu'on vivrait ensemble à nouveau. »

Gus s'éloigna d'elle et chuchota : « Oui mais c'était il y a longtemps et tu n'es pas revenue depuis. »

Alors que Lindsay faisait un autre pas vers son fils, Gus se mit à côté de son père.

Brian regarda son fils, puis Mel, et dit : « Gus, va dans ta chambre, prends tes affaires, on rentre à la maison. »

Gus regarda son père, puis sa mère.

« Non.

– Non ? demanda Brian.

– Non, je veux lui dire.

– Qu'est-ce que tu veux me dire, mon amour ? demanda Lindsay.

– Je veux pas venir avec toi, je veux rester avec Papa, Pounet, Maman et Corinne. Je veux que tu nous laisses. Tu n'as pas le droit de dire ces choses-là à Maman quand tu es venue ici.

– Gus, c'était les affaires des grands, tu n'aurais pas dû nous écouter. Tu es trop jeune pour t'impliquer dans nos problèmes.

« Non, j'ai 9 ans. J'ai compris de quoi vous parliez.

– Mon chéri, commença Lindsay.

– Arrête de m'appeler chéri. J'ai sauté une classe et je suis avec les garçons de plus de 10 ans. Je choisis mes vêtements seul et je choisi même ce que je mange au petit-déjeuner.

– Gus, ne sois pas insolent.

– Je ne suis plus un enfant.

– Je sais ça, mais je suis inquiète. Tu sais… »

Brian pouffa. Lindsay le regarda.

« Je m'inquiète pour lui.

– Pourquoi est-ce que tu nous as fait déménager en France ? Quand je t'ai dit que je ne voulais pas partir ? Je t'ai demandé, supplié, et tu m'as dit que c'était une opportunité.

– C'était une opportunité, Gus, une superbe opportunité.

– Pour toi, pas pour moi. J'étais si seul. Je t'ai demandé de me laisser vivre avec Maman, mais tu as dit non. Je devais venir avec toi. »

Gus renifla mais continua : « J'ai pris ton téléphone et j'ai appelé à la maison à chaque fois que je pouvais le faire.

– C'est pour ça que tu savais qu'il n'allait pas bien, » chuchota Lindsay.

Brian et Mélanie hocha la tête. Gus regarda sa mère.

« Pourquoi est-ce que tu n'es pas revenue à Noël ou à mon anniversaire ?

– Chéri, je t'ai écrit une lettre.

– Tu as écrit beaucoup de lettres, maman. Mais tu ne m'as jamais dit pourquoi tu n'étais pas revenue.

– Je, commença Lindsay, j'ai juste… tu sais, j'avais beaucoup de travail et je ne pouvais pas vraiment venir… eh bien, tu sais, je te l'ai expliqué. »

Gus eut l'air triste et Lindsay s'arrêta.

« Chéri ?

– Je ne veux pas aller avec toi. Je veux rentrer à la maison, chuchota Gus.

– Alors, c'est décidé, rentrons à la maison, dit Brian.

– On y va ?

– Ouais.

– D'accord. »

Gus lui sourit et courut dans les escaliers.

« Merci Brian, chuchota Lindsay. D'une certaine manière, je savais que tu comprendrais qu'il m'appartient. »

Brian regarda Lindsay qui n'avait manifestement pas compris sa phrase.

« Il ne va pas avec toi, Linds. Il vient avec moi.

– Mais tu viens de dire qu'il rentrait à la maison.

– Oui, la maison, c'est à dire la mienne.

– Toi ? Une maison ? C'est une blague ?

– Non, j'ai un foyer, et Gus vient avec moi.

– Très bien, je viendrai le chercher demain.

– Non, Lindsay, tu ne viendras pas le prendre. Peut-être qu'il est temps que tu te souviennes que tu as signé un document quand tu as déménagé en France. Mélanie t'a dit de le lire, n'est-ce pas ? »

Lindsay secoua la tête. Brian continua : « C'était avec les documents du divorce.

– J'ai tout signé.

– Est-ce que tu les as lus ? demanda Mélanie.

– Non, pourquoi ?

– Je t'ai dit de lire chaque document, répliqua Mélanie.

– Je n'avais pas le temps, je devais toujours courir. J'ai signé les papiers et je les ai renvoyés comme vous l'avez demandé.

– Tu as signé un document qui donne tous les droits parentaux à Brian, qui a maintenant la garde. Le document disait que toutes les décisions concernant Gus devait passer par lui avant tout le monde.

– Non…

– Je t'ai dit de lire les papiers.

– Non.

– Lindsay, je t'ai dit au téléphone et dans la lettre ce qu'il y avait dans les papiers.

– J'ai jeté la lettre dans la poubelle, je ne l'ai jamais lue. Brian, Lindsay le regarda, je veux mon fils.

– Non, tu ne peux pas l'avoir. Tu es partie il y a deux ans, sans te retourner. Tu n'as jamais pris le temps de revenir à son anniversaire, à Noël ou tous les autres évènements importants de sa vie, même quand je t'envoyais les billets. Tu as dit qu'on devait prendre soin de lui, et on l'a fait. J'ai la garde, pas Mel, donc tu vas devoir passer par moi. Tu as signé les papiers, pas moi. Tu veux Gus, prends un avocat, » finit Brian en entendant Gus qui revenait, Corinne et JR derrière lui.

Lindsay voulut dire quelque chose mais Brian leva la main.

« Je ne veux rien entendre, ne dis rien. »

Il se tourna vers Mel et lui demanda : « ça va ?

– Oui, merci. »

Lindsay regarda à nouveau son ancienne amante et le père de son fils et pensa qu'aller en France n'avait peut-être pas été sa meilleure idée. Elle avait renvoyé son fils, perdu sa femme, ses amis et, même en partie, ses droits par rapport à Gus. Comment était-ce arrivé ? Quand elle passa à côté de Gus, il sursauta et fit un pas en arrière dans les bras de Corinne. Lindsay vit la douleur dans les yeux de son fils et secoua la tête. Qu'avait-elle fait ?

Elle partit de la maison, et Brian ferma la porte derrière elle. Dans le salon, Mélanie était dans les bras de Corinne en train de pleurer silencieusement. Elle regarda Brian et lui dit : « Elle est venue en plein après-midi, et a demandé si on pouvait parler. J'ai pensé, pourquoi pas. Quand Corinne est revenue avec les enfants après l'école, elle est devenue folle et a dit qu'elle prendrait Gus et JR avec elle et que si je ne voulais pas, elle se battrait avec moi. »

Brian fit oui de la tête, regarda Gus et dit « On a parlé avec Gus du fait qu'elle reviendrait probablement et essaierait de le prendre. J'ai décidé que je ne paierai pas un avocat pour défendre mes intérêts, mais je vais toujours payer un avocat pour défendre ses intérêts. On discuterait de sa vie et je ne veux pas qu'il soit au milieu comme l'a été JR quand tu t'es séparé de Lindsay.

– Merci, Brian, chuchota Mélanie.

– Je n'ai rien fait.

– Tu penses à Gus avant toi.

– Je te l'ai dit il y longtemps que tu ne l'aimais pas parce que vous étiez trop similaire, dit Corinne avec un sourire de connivence.

– Oui, eh bien, tu ne peux pas me changer.

– Non, mais je peux te rendre meilleure, chuchota Corinne.

– Bon, les filles, je rentre. Gus ? »

Gus se leva du coin des escaliers où il était et dit au revoir à sa mère et Corinne.

Comme à chaque fois que Brian allait chercher Gus chez Mélanie, Justin l'attendait à Kinnetik pour qu'il le ramène à la maison. Il ferma le dossier en face de lui, regarda l'heure et sourit quand il entendit la porte s'ouvrir. Il avait demandé à sa mère de venir, comme il avait quelque chose à lui dire.

« Salut mon chéri,

– Maman.

– Tu voulais que je vienne ? sourit Jennifer.

– Oui, je … on … je

– Quelque chose ne va pas à la maison ? demanda Jennifer. Tu as des problèmes avec Brian ? Daphné ? Ou peut-être Gus ? C'est quelque chose d'autre ?

– Maman, arrête. »

Jennifer s'assit et attendit.

« Tout va bien, Daphné va bien et tout se passe bien. »

Il prit une inspiration.

« Je… merde. »

Il déplaça le fichier devant lui et le poussa vers sa mère.

« Je crois que ça serait plus simple pour toi si tu le lisais, parce qu'on dirait que je n'arrive pas à te le dire. »

Jennifer tendit le bras pour prendre le dossier, l'ouvrit et commença à lire. Elle s'arrêta et regarda son fils.

« Quand ? Pourquoi vous ne m'avez rien dit ? Pourquoi n'avez-vous rien dit ? Pourquoi ? »

Justin reprit le dossier et tourna les pages jusqu'à la dernière.

« Là. »

Jennifer s'appuya contre le dossier de sa chaise, regardant son fils, les larmes aux yeux.

« Pourquoi est-ce que tu ne m'as rien dit ?

— Parce que…, il regarda sa mère. C'était plus simple comme ça. Pas besoin de répondre à des questions, pas besoin de gérer tout ça, c'était juste en nous et c'était magnifique.

– J'aurais aimé être dans la confidence, murmura Jennifer.

– Et t'aurais accouru chez Debbie qui aurait dit à tout le monde, et il y aurait eu une fête et tous les trucs d'hétéros que je hais, fut la réponse de Brian qui se trouvait à la porte.

– Hé, sourit Justin en levant les yeux.

– Hé, tu lui as dit ? »

Justin acquiesça.

Brian s'assit sur le canapé avec Gus, qui sortit immédiatement un livre de son cartable et commença à lire.

« Maman, demanda Justin. Tu n'es pas en colère, hein ? »

Jennifer fit non de la tête.

« Non mon chéri, je suis juste un peu déçue et peut-être blessée que tu ne m'aies rien dit, que tu n'aies rien dit à personne.

– Je le savais, fit Gus de là où il était assis.

– Tu lui as dit et pas à moi, fit Jennifer en se tournant vers l'enfant.

– Je l'ai vu il y a longtemps.

– Tu l'as vu, chuchota Jennifer »

Comme si un puzzle se complétait, elle comprit.

« Le collier. »

Brian et Justin la regardèrent en fronçant les sourcils.

« Je l'ai vu cette nuit-là, la nuit où vous êtes revenus de l'hôpital. »

Brian sourit et Jennifer continua : « Je n'aurais jamais pensé que tu t'engagerais à mon fils. Je n'aurais jamais pensé que ça, que ça, eh bien, que ça soit ça. » Elle s'arrêta. « Je savais que tu étais sérieux quand tu me l'as dit, quand tu l'as demandé en mariage. Je savais que tu l'aimais, en fait, je le savais depuis longtemps. J'avais juste du mal à l'accepter. »

Brian hocha la tête. Il savait que Jennifer avait fait la paix avec ses sentiments cette nuit-là au loft, quand il lui annonça qu'il avait demandé Justin en mariage. Il le savait aussi parce qu'il l'avait vu dans ses yeux.

Elle se tourna vers Brian.

« Malgré tout, je ne comprends pas pourquoi vous ne nous avez pas dit la vérité, pourquoi vous avez menti ?

– Comme je l'ai dit, on n'a jamais menti, on a juste décidé de le garder pour nous et certains de nos amis.

– Et ils n'ont rien dit ?

On est en train de te le dire, Maman, répondit Justin.

– Qui d'autre savait ?

– Hm, voyons, Daphné le savait depuis que Brian est revenu de l'expo. Puis, Mrs. Stevenson et son petit-fils, Mel et Corinne, puis Emmett et Drew.

– Cynthia parce qu'on portait les bagues aux doigts. Ted et Blake.

– Tant de personnes et personne ne me l'a dit. Comment c'est possible ?

– Parce qu'ils ont appris qu'on voulait parfois s'occuper seuls de notre vie, sans interférence, répondit Justin.

– Vous avez prévu de le dire à Debbie ou Michael ?

– Oui, c'est dans l'agenda de vendredi prochain. Puis, on le dira à Lindsay aussi, et on n'est pas trop sûr comment elle réagira quand on le fera.

– Mel m'a dit qu'elle est revenue.

– Oui, elle a fait une crise aujourd'hui chez Mel parce qu'elle voulait reprendre Gus, mais elle avait oublié qu'elle avait signé des papiers avant de partir qui transféraient ses droits parentaux à moi.

– Oh non, elle n'a quand même pas fait ça ?

– Si, Mamie Jen, elle a même dit que Maman avait aucun droit de vivre avec Corinne.

– Gus.

– Pardon, papa, tu dis toujours que je dois être honnête.

– J'ai dit ça ? »

Gus sourit et regarda son père.

« Oui, tu le dis tout le temps.

– T'as raison oui, je le dis tout le temps. »

Et il embrassa son fils sur la tête.

Gus recommença à lire son livre, assis dans l'étreinte de son père. Jennifer sourit à cette vision.

« C'est ce que tu vois tous les jours ? demanda-t-elle à son fils.

– Ouaip.

– Maintenant je comprends pourquoi tu l'aimes depuis cette première nuit. »

Elle se leva et alla vers son fils.

« Je suis contente de voir que t'as eu ton souhait, chéri, je suis heureuse, vraiment heureuse.

– Merci, Maman » chuchota Justin.

Brian se leva et poussa son fils à faire de même. Jennifer marcha vers lui et le prit dans ses bras. Quelques secondes plus tard, il retourna le câlin.

« Je suis contente d'être ta belle-mère. »

Elle lui sourit et il sourit à son tour.

« Tu étais une belle-mère bien avant que je demande Justin en mariage.

– Je sais. Bon, je crois que je vais y aller, pour digérer la nouvelle, et essayer de garder le silence jusqu'à ce que tu le dises à Debbie. »

Les garçons allèrent à la voiture de Brian. Ils avaient rendez-vous avec Wilma dans une heure et c'était de l'autre côté de la ville.

Vendredi soir arriva trop vite au goût de Brian et Justin. Ils avaient décidé de faire les choses simplement. Quand Justin sortit de la douche, Brian le mena au lit, s'assit à côté de lui et prit le collier. Il l'enleva, prit la bague et la passa au doigt de Justin.

« A partir de maintenant, et aussi longtemps qu'on est ensemble, chuchota Brian.

– Même si c'est pour toujours ? coupa Justin.

– Même pour ça, et ça, dit Brian en embrassant la bague, restera ici, d'accord ? »

Justin fit non de la tête et Brian fronça les sourcils.

Justin l'imita et mit la bague au doigt de Brian. Une fois que la bague était en sécurité sur le doigt, il leva les yeux et sourit

« Oui, je suis d'accord.

– Tu ne vas pas me laisser tranquille ? secoua la tête Brian.

– Non, j'aime te taquiner. »

Brian se pencha vers Justin et commença à l'embrasser, le poussant sur le lit. Justin gémit à cause du baiser, Brian se baissa vers la gorge de Justin et s'arrêta quand il l'entendit dire : « Si tu continues, on sera très, très en retard.

– Hm, quand avons-nous été raisonnablement en retard pour la dernière fois ?

– C'est… arrête ça… ça fait longtemps.

– On pourra l'être aujourd'hui.

– Et quelle excuse tu donnerais à Gus ?

– Merde ! »

Justin passa la main dans les cheveux de Brian.

« Aie patience, tout ira mieux après le diner quand on sera à la maison et que Gus sera endormi.

— Ouais, ça le sera parce que je vais prendre le temps de te lécher et je te baiserai toute la nuit. »

Justin frissonna quand il entendit la voix rauque de Brian, le faisant rire.

« Peut-être que je te baiserai.

– Peut-être, répondit Brian en prenant la main de Justin et le soulevant du lit. Allez, on y va, on doit aller diner.

Justin secoua la tête.

« T'es pas croyable.

– Oui, je sais. »

Quand Justin entra dans le dressing, Brian lui dit : « Jeans noirs, t-shirt bleu, celui qu'on a acheté à New York.

– Ok, fut la réponse.

– Tu peux choisir ma tenue.

– Vraiment ?

– Ouais. »

Quand il sortit du dressing, Brian sortait de la salle de bain. Il lui montra la tenue qu'il avait choisi et Brian leva un sourcil.

« Eh bien, tu es dangereux ce soir. Tu sais que je suis canon dans cette tenue, et… »

– Oui, je sais, je sais aussi que t'es à l'aise dedans et que tu l'adores. »

Brian hocha la tête.

45 minutes plus tard, ils se tenaient devant la maison de Debbie. Ils jouaient tous les deux nerveusement avec leurs bagues.

« Tu vas bien ? » chuchota Justin.

Brian fit non de la tête, et sourit.

« Mais je le serai. »

Avant qu'ils ne puissent dire autre chose, Carl ouvrit la porte. Ils n'étaient pas les derniers arrivés. Lindsay devait encore venir.

Ils suspendirent leur manteau et entrèrent dans la cuisine. Jennifer les suivit du regard. Ils disaient bonjour à tout le monde quand Lindsay arriva finalement. Debbie n'attendit pas une minute et leur demanda de prendre leur place.

Toute la famille était là : Drew et Emmett, Ted et Blake, Michael et Ben, Corinne, Mel et JR qui était assise à côté de son père, Jennifer et Tucker, Carl et Debbie, Brian, Justin et Gus, et enfin, Lindsay, seule.

Mel mit JR entre elle et Michael, et Gus s'assit à côté de Corinne. Il demanda à Justin de venir s'asseoir à côté de lui. Brian s'assit à ses côtés. Jennifer prit le siège à gauche de Brian et le reste des personnes s'assit.

Debbie et Carl étaient au bout de l'autre côté de la table. La table s'étendait de la cuisine jusqu'à la moitié du salon.

Debbie observa tout le monde et murmura : « Il était temps que toute la famille soit à nouveau réunie. »

Elle s'assit et dit : « Bon appétit, c'était le plat préféré de Vic quand on avait une grande réunion à la maison. »

Elle fronça les sourcils. Carl la regarda et sourit. Elle lui rendit son sourire.

Si quelqu'un avait remarqué les bagues, personne ne dit mot. Le diner était presque terminé quand Ben passa un plat à Brian. Ce fut à ce moment-là que Lindsay remarqua la bague au doigt de Brian.

« Mon dieu, vous l'avez fait ? » s'exclama-t-elle soudainement, et Brian posa le plat sur la table et regarda Justin.

« Notre compte à rebours est terminé, blondie.

– J'ai entendu.

– Qu'est-ce qu'ils ont fait ? demanda Debbie.

– Brian s'est marié avec Justin, cria Lindsay, tu n'as pas pu, tu ne peux pas, c'est, c'est…

– Quoi ? demanda Brian.

– Pourquoi ? Quand ? Et New York, quand est-ce que tu repars ?

– Je ne repars pas.

– Mais ton… et Michael, et … continua Lindsay.

– Hé, pourquoi tu parles de moi ? demanda Michael du fond de la table, où Ben venait juste de lui raconter ce que Lindsay venait de dire. »

Lindsay regarda Justin et reprit : « Justin, tu ne devrais pas être ici, tu devrais être à New York, à travailler sur ton art, à devenir célèbre.

– Linds, commença Brian.

– Je n'ai pas besoin d'y retourner, répondit Justin en serrant la main de Brian.

– Mais qu'en-t-il des expos ? De ta réputation ? Tu ne peux juste pas …

– Linds, essaya Brian une nouvelle fois.

– Ce n'est pas bon pour ta carrière de ne pas être à New York, tu devrais… »

Elle s'arrêta et regarda Brian.

« C'est toi, n'est-ce pas, toi qui lui as demandé qu'il revienne parce que tu savais que je reviendrais un jour et que je prendrais Gus. »

Brian regarda Lindsay abasourdi, trop choqué pour dire quelque chose.

Michael et Ben s'étaient avancés et essayaient d'interrompre Lindsay, mais comme avec Brian, elle s'attaqua à eux sans se retenir.

Ils parlaient tous en même temps. Justin se leva, fit le tour de la table, prit Lindsay par le coude et la tourna vers lui. Il dit un mot : « Arrête. »

L'action de Justin amena le silence sur la table. Lindsay regarda Justin puis Brian.

« Ce n'est pas le moment ou l'endroit de parler de ça."

Il jeta un regard vers Gus.

« Je ne comprends pourquoi tu es revenu, dit Lindsay.

– Purée, Lindsay, tu peux pas laisser tomber, non ? demanda Mélanie à l'autre bout de la table. Pendant presque un an, je t'ai entendue lui dire tous les jours qu'il devrait rester à New York, que si Brian venait lui rendre visite souvent, ça le perturberait et que c'était mieux pour lui s'il se concentrait sur son art. J'avais des problèmes de confiance, surtout concernant tes sentiments envers Brian, mais toi, tu ne les supportais pas ensemble, Linds, tu as joué l'amie parfaite.

– Hé, de quoi elle parle ? demanda Debbie. »

Lindsay avait pali quand elle entendit la phrase de Mélanie. Mais maintenant ses yeux lançaient des regards noirs. Si un regard pouvait tuer, Mélanie serait morte.

Justin regarda autour de lui et vit que Corinne, Tucker, Gus et JR n'étaient plus là. Jennifer dit qu'ils étaient partis à l'étage et Justin acquiesça.

Brian regarda l'échange, puis Justin. Il se leva et se mit à côté de son amant.

« Elle parlait de l'article publié dans Art Forum après la première exposition de Justin. L'article que Justin ne m'a jamais mentionné, mais Lindsay oui. Elle a joué sur le fait que dès que j'étais au courant, je mettrais notre mariage en pause parce qu'elle savait que je ne laisserai pas Justin sacrifier sa vie pour moi.

– Ce n'est pas vrai, et tu le sais, dit Lindsay.

– En es-tu sûre ? demanda Brian. Je me souviens clairement de la fois où je suis venu à Toronto et tu m'as dit que tu étais allée à l'expo d'ouverture de Justin, et que les tableaux étaient géniaux et qu'il allait bien. Je me souviens aussi que moins de trois mois après, Justin avait une autre expo, et il n'était pas bien. Il allait tellement bien qu'il n'arrivait pas à peindre, qu'il avait littéralement arrêté de manger, et qu'il ne dormait pas bien. Il allait tellement bien que son agent lui a dit que son art était vide et qu'il devait trouver une autre source d'inspiration. Il allait tellement bien qu'il était complétement déprimé. Ouais, t'as raison, il allait bien. Tu voulais que je vienne toutes les semaines mais j'ai choisi de venir que toutes les deux semaines parce que les autres week-ends, je les passais avec Justin. »

Lindsay avait l'air mal à l'aise.

« Tu te souviens de ce que tu as dit ? Il est jeune, il passera à autre chose, je dois être fort parce que je ne peux pas me mettre entre lui et sa célébrité.

– Elle a fait quoi ? demanda Justin.

– Calme-toi mon ange, c'était il y a longtemps. Depuis, on a tout réglé, n'est-ce pas ? »

Justin hocha la tête, se passant une main sur le visage, montrant la bague.

Michael sortit de l'étreinte de Ben et alla vers Justin. Il lui prit la main et se tourna vers Brian.

« Il était temps, purée, » sourit-il.

Justin et Brian avaient tous les deux l'air surpris et Michael s'éclaircit la gorge.

« J'ai remarqué un changement quand tu es revenu de vacances après sa deuxième expo, je ne pouvais pas dire ce que c'était. Et avec l'aide de Ben et mon… mon médecin, j'ai finalement compris il y a deux mois. J'ai dit à Ben que vous étiez engagés et Ben me l'a confirmé quand il a dit « bien plus que j'imaginais ». C'est quand je me suis rappelé toutes les fois où tu passais ta main sur ta poitrine quand Justin appelait. J'aurais dû le savoir longtemps avant. Je suis content que tu l'aies finalement fait. Je n'aurais jamais dû douter de vous. Je…

– C'est pas grave, Mickey,

– Si, ça l'est. Merde. »

Ben vint vers lui et posa une main sur l'épaule de Michael.

« Je suis désolé si j'ai toujours essayé de te retenir. Tu avais raison dans ta lettre Justin, je ne le laissais pas partir parce que je pensais qu'on faisait qu'un, comme le yin et le yang. Je suis content que tu aies envoyé cette lettre quand tu as déménagé à New York. Je n'aurais jamais dû dire toutes ces méchancetés à ce moment-là. Je voulais être honnête et vous dire à tous les deux à quel point je suis désolé pour ne pas avoir vu qu'on avait grandi. »

Brian hocha la tête et Justin sourit de son sourire d'ange. Michael pouffa et se tourna vers Ben. Quand il se retourna pour regarder Brian, Debbie le frappa sur la tête avec un torchon.

« Petit enfoiré, chuchota-t-elle. »

Elle l'enlaça.

« Et vous deux. Eh bien, je pense, je pense qu'on va enfin faire cette cérémonie d'engagement.

– Non, Deb.

– Non ?

– Non, Deb, pas de fête, pas de diner, rien. C'était notre décision. On le voulait comme ça, et on ne veut pas d'une fête ou d'un truc qui ressemblerait à une fête.

– Mais, commença Debbie.

– Debbie, chérie, peut-être que tu devrais laisser les garçons décider pour eux, commença Carl.

– Eh bien, Carl, les garçons auraient dû nous dire qu'ils s'étaient mariés.

– On n'est pas marié, fit Brian.

– Si, vous l'êtes. Vous portez des bagues.

– On est, on est… qu'est-ce qu'on est ? demanda-t-il à Justin.

– Partenaire ? Engagé à l'autre ?

– Ouais, quelque chose comme ça."

Brian et Justin se regardèrent, souriant, oubliant presque les autres personnes présentes. Ce fut Lindsay qui brisa le moment.

« Quand est-ce que… demanda Lindsay en faisant un geste entre eux deux.

– Octobre 2005, répondit Justin.

– Quoi ? fut la question offensée de Debbie. Pourquoi vous ne nous l'avez pas dit avant ?

– On vous le dire maintenant.

– Ouais comme je l'ai dit avant, on doit organiser quelque chose.

– Non, » fut la réponse en chœur de Brian, Justin, Jennifer, Mel et Ben.

Debbie regarda autour de la table, un peu choquée que non seulement Brian et Justin lui disent non, mais aussi Jennifer, Mel et Ben.

« Quoi ? Pourquoi ? commença Debbie.

– Comme on l'a dit avant, on a choisi de le faire entre nous, sans interférence. Et ça a fonctionné parce que ça fait trois ans maintenant, et on est toujours, eh bien, on est, bon, …

– Toujours ensemble, finit Justin pour Brian. »

Brian hocha la tête.

Debbie refit le tour de la salle et s'arrêta sur Mel.

« Tu savais ? »

Mel fit oui de la tête et dit : « Je ne suis pas la seule.

– Qui d'autre savait ? demanda Debbie, le ton blessé.

– Je le savais, dit Ted. Je l'ai découvert quand Justin est revenu de New York, et je l'ai dit à Blake. »

Il regarda Brian et finit rapidement : « On s'est juré de garder votre secret. »

Brian hocha la tête.

« Justin me l'a dit hier, je le savais en quelque sorte depuis un moment aussi. Je n'ai pas insisté, » dit Jennifer.

Debbie fit oui de la tête et regarda Mel.

« Je crois que je le sais depuis le premier jour. J'ai entendu une conversation entre Justin et Daphné, et quand j'étais malade, j'ai vu les petites différences entre eux, quelque chose qui n'était pas là avant, plus de confiance, plus de partage. Je ne sais pas. »

Elle haussa les épaules. « Je crois que j'ai dû l'imaginer mais en quelque sorte, je le savais et Corinne me l'a confirmé. Elle est vraiment douée pour ça.

– Entre autres, apparemment, » finit Lindsay, amère.

À ce moment-là, Corinne et Ben revinrent en bas. Corinne entoura Mel de ses bras.

« On parle de moi ?

– Un jour, tu me diras comment tu fais, chuchota Mélanie.

– Quoi ? Deviner de quoi vous parler sans être là ? »

Mélanie fit oui de la tête.

« C'est un don. »

Elle se tourna vers Brian.

« Gus dort, JR aussi.

– Merci. »

Mélanie se pencha vers Corinne et tourna la tête quand Corinne se déplaça pour l'embrasser.

« Bon sang, allez autre part, murmura Lindsay.

– Lindsay, chérie, commença Mélanie, va voir ailleurs si j'y suis. »

Choquée, Lindsay regarda son ex-amante.

Corinne sourit doucement et se leva pour aller dans le salon.

Enfin, Deb dit ; « Je suis heureuse que vous ayez décidé de sauter le pas mais on va organiser un petit quelque chose parce que j'ai décidé qu'on allait le faire. T'as compris Mr. Kinney, on célébrera ça, parce que même si t'en as pas besoin, on en a besoin. »

Brian grogna intérieurement et regarda Justin qui haussa les épaules et dit : « Elle a raison, tu sais. Juste parce qu'on n'a pas besoin d'une fête ne veut pas dire que nos proches n'en veulent pas.

– Pas à la maison. »

Justin hocha la tête. Brian avait accepté la fête mais ils allaient la faire autre part qu'à Britin.

« Au loft, la semaine prochaine ?

– Ok. »

Justin se tourna vers Debbie.

« La semaine prochaine, samedi, au loft, à 19h, pas de cadeaux. »

Brian regarda Justin avec fierté. Il venait juste d'utiliser la tactique de Debbie quand elle essayait de lui faire faire un truc qu'il ne voulait pas faire.

Debbie sourit.

« Très bien. Samedi prochain, 19h, pas de cadeaux. Carl, t'as noté ça ? »

Carl sourit et fit oui de la tête.

Emmett applaudit, et Drew vint féliciter Justin et Brian.

Le reste des invités vinrent aussi, seule Lindsay resta dans sa chaise, ayant l'air assez choquée par toutes ces révélations.

Brian alla vers elle et s'assit.

« Tu es aussi invitée. »

Lindsay hocha la tête mais ne dit pas un mot. Brian continua : « C'est sa décision, pas la tienne, pas la mienne, la sienne. C'est sa vie. Il a eu pas mal de succès avec les dernières expos. Il n'est pas le « Grand Prodige » comme Simon, ou je ne sais plus comment l'autre abruti s'appelait, avait écrit. Mais il s'en sort bien. Il est exposé régulièrement dans deux galeries qui passent des commandes de son travail et il a eu une expo à lui tout seul. »

Lindsay hocha la tête à nouveau et ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Mais elle resta silencieuse. Elle tourna la tête vers Mélanie et Corinne.

« Elle est bien pour elle, Linds, ne fous pas la merde. Mélanie en a eu assez, n'ajoute pas de la jalousie pourrie dans le tout. »

Lindsay rit amèrement.

« Tu sais le temps que j'ai mis pour que vous restiez civils quand vous étiez dans la même pièce ? Je ne peux pas croire que tu sois de son côté. »

Brian soupira longuement.

« Je ne suis pas de son côté, ou du tien par ailleurs. Je… on. »

Il s'arrêta, regarda ses mains et recommença.

« Quand elle était malade, elle est venue me voir, et m'a avoué quelque chose. Quand tu as renvoyé Gus de France, elle ne pouvait pas s'en occuper. On a mis nos différences de côté pour Gus, pas pour nous, pour lui. Ce n'était pas simple. Ce n'est pas simple. Mais on essaie.

– Je suis sûre qu'elle t'a dit pourquoi on s'est séparées.

– Ça n'est jamais venu sur le tapis. Et je ne veux pas le savoir. Vous avez toutes les deux choisi de partir à Toronto et de faire votre propre chemin. Je savais que vous n'étiez pas bien ensemble depuis un moment. Dès que vous êtes revenues seules, les choses se sont améliorées. »

Lindsay opina. Brian continua : « C'était merdique de ta part de jouer avec Justin et mes sentiments, je ne suis pas sûr de pouvoir te pardonner un jour.

– Je pensais que tu l'avais déjà fait.

– Je le pensais aussi, mais c'était une erreur. Je, je tiens beaucoup à lui, ainsi qu'à Gus. Il est la personne la plus importante de ma vie. Tu penses que tu peux respecter ça ?

– Je peux. »

Brian se râcla la gorge.

« Gus ne veut pas vivre avec toi. Je lui ai parlé pendant quelques heures. Il a demandé s'il pouvait rester avec Justin et moi aussi longtemps qu'il le veuille. »

Les yeux de Lindsay se brouillèrent de larmes.

« C'est mon fils, Brian, je le veux.

– Il ne veut pas vivre avec toi, dit Brian calmement.

– Il m'appartient.

– Même si tu avais toujours tes droits parentaux, tu m'as transféré la garde.

– Je le veux vraiment.

– Je vais lui en parler mais s'il ne veut pas, je ne vais pas le forcer, d'accord ?

– D'accord. »

Lindsay se leva et alla à l'étage. Une demie heure plus tard, elle revint et alla voir Debbie dans la cuisine. Elle dit au revoir, prit son manteau et partit.

La soirée était presque terminée. Brian soupira de soulagement. Ils l'avaient enfin dit à tout le monde, ils n'avaient plus besoin de se cacher.

Jennifer l'embrassa avant de partir.

« T'as fait du bon boulot, Brian, du bon boulot. »

Brian sourit.

Les seuls qui restaient étaient Brian, Justin, Mel et Corinne. Mel et Brian allèrent chercher leurs enfants respectifs. Brian dut se battre avec un Gus endormi et grognon. Il devenait lourd et trop grand pour que Brian puisse le porter jusqu'à la voiture alors il dût le réveiller.

Gus dit aussi au revoir et ils s'engouffrèrent dans la voiture. Ils avaient prévu de rester au loft ce week-end mais quand Brian commença à conduire, il prit la route qui menait à Britin. Il devait parler avec son fils et il voulait le faire dans un endroit où ils seraient tranquilles, et le loft n'était pas le meilleur endroit.