Disclaimer : Le monde d'Harry Potter ne m'appartient pas. En revanche, Anders et belette sont, eux, à moi (les pauvres)

Dédicace: A SeanConneraille,qui restera ma plus belle rencontre. Encore bon anniversaire très en retard mon cœur.

A Artoung, pour aimer cette fic, pour sa gentillesse et parce qu'elle est grande, tout simplement, et que je ne lui répéterais jamais assez à quel point je suis heureuse de la connaître.

A Grenadine, qui a corrigé ce chapitre et a permis de le rendre lisible. Parce que c'est une amie fantastique :)

Note du champi :Et voilà, après tout ce temps (je sais, je sais, je mériterais le bûcher :p), voici enfin l'épilogue de l'ombre derrière toi. Je me doute bien que peu de gens s'en souviendront mais au moins, je l'avais promis, il est là :p

Attention, on change de rating.

Merci d'être là :D

Epilogue

« Tu vas en parler à Potter maintenant » assura Blaise à son meilleur ami dubitatif, en pénétrant dans leur salle commune.

« Weasley, où est… » commença Draco.

« Là haut » l'interrompit Ron, indiquant l'escalier en colimaçon, sans même écouter la fin de la question ou détourner ses yeux de l'échiquier.

Blaise pouffa alors que Draco fixait le dos du rouquin avec une expression à la fois amusée et agacée.

« Je trouve que nous avons vraiment de mauvaises fréquentations » commenta Draco, moqueur, en s'engageant dans les escaliers.

« Parle pour toi, je te rappelle que tu sors avec l'une d'entre elles » ricana Blaise alors que le préfet poussait la porte de sa chambre « Quand on parle du loup… » termina-t-il.

Près du bureau de Malfoy se tenait Harry Potter à moitié dévêtu, portant uniquement un de ses habituels jeans trop grands, retombant sur ses pieds nus et dévoilant le creux de ses reins et le haut d'un boxer noir. Il leur tournait le dos, ses cicatrices et le magyar doré sur son épaule ressortant malgré la semi pénombre de la pièce, seule la lumière d'une fenêtre barrée d'un lourd rideau émeraude l'éclairant. Il avait les cheveux lourds d'eau, certaines gouttes roulant doucement le long de sa colonne vertébrale alors qu'il se penchait pour attraper sur le dossier d'une chaise une serviette blanche soigneusement pliée.

« Ah, Malfoy ? J'ai emprunté la douche de votre dortoir, Ron voulait absolument terminer sa partie d'échec avec Theo et Hermione refusait de partir avant que Pansy ne revienne, et je n'avais pas eu le temps de me laver dans nos vestiaires. Comme Crabbe et Goyle étaient dans la chambre, je suis venu me changer là. J'espère que ça ne te dérange pas… » fit Harry, toujours de dos, avant de se sécher vigoureusement la tête.

Draco, du pas de la porte, dévorait avec avidité la vue qui lui était aimablement offerte. Cette scène lui rappelait une autre, beaucoup plus lointaine, dans la salle de bain des préfets.

La même silhouette harmonieuse, cette peau halée et martyrisée, marquée, et le petit serment toujours roulé en boule sur son omoplate.

Mais, sa façon de voir le Gryffondor ayant radicalement changé, il pouvait à présent s'apercevoir de tous les détails qu'il avait manqué ce jour là.

La nuque fine balayée par quelques mèches de jais échappées de la serviette. La fluidité assurée de ses mouvements, cette grâce animale qui se ressentait même quand il était immobile. Les muscles nerveux qui roulaient sous sa peau qu'il savait indécemment douce et chaude. Son affolante chute de reins, qu'il adorait effleurer du bout des doigts pour le seul plaisir de le voir gémir. L'aura de force tranquille, inébranlable, de son corps musclé sans excès contredit par la présence sur son dos de fêlures d'argent, qui l'avaient tant obsédé et qui le fascinaient toujours autant, lui conférant une paradoxale et profonde impression de fragilité et d'innocence. Et, alors qu'il ne faisait rien de particulier, les vagues lourdes de sensualité qu'il dégageait à chaque seconde.

« Eh ben… Je comprends mieux cette façon qu'à Draco de t'attirer dans un coin sombre toutes les cinq minutes » commenta sobrement Blaise avec un petit sourire en coin.

Harry se tendit brusquement avant de retourner lentement, une lueur horrifiée et apeurée dans son regard trop vert. Draco l'aperçut, se tourna vers Blaise et vit son expression discrètement étonnée et beaucoup plus nettement appréciatrice. Aussitôt, son instinct de protection et sa jalousie maladive se réveillèrent et, en moins d'une demi-seconde, il dégagea d'une bourrade son meilleur ami du seuil de la porte qu'il lui claqua violemment au nez avec un air féroce.

Il tourna les talons brusquement, assez énervé pour se mettre à hurler sur le brun inconscient qui se baladait à demi nu au milieu du plus grand rassemblement de vicieux en tout genre de cette école, mais il parvint à se contenir à la vue de son petit ami.

Ce dernier tenait sa serviette fermement pressée contre son torse, fixant tristement ses pieds nus, ses cheveux humides retombant lourdement sur son visage. Draco soupira, sa légitime colère douchée par la vulnérabilité touchante qui émanait de son Gryffondor et il le rejoignit à grand pas.

Il prit cependant le temps de se demander si Theo lui en voudrait réellement s'il effaçait la mémoire de son copain, avant de lui arracher les yeux et de le castrer au cas où il voudrait recommencer à lorgner son Potter personnel.

Doucement, il prit le bout de tissus gorgé d'eau des mains de Harry et vint déposer un baiser léger dans son cou. Immédiatement, les bras du brun vinrent s'enrouler farouchement autour de sa taille, le serrant contre lui. Draco se laissa faire avec un plaisir non feint, avant de plonger ses doigts dans la chevelure noire dégageant une odeur entêtante de menthe, l'autre allant rejoindre ses reins, comme attirée. Il lui tirailla gentiment les cheveux, le forçant à relever la tête. Puis, il posa son front contre celui de Harry, son regard plongé dans celui trop vert qu'il aimait tant.

« Je devrais tuer Blaise pour avoir osé te mater » lui déclara-t-il gravement. Harry lui répondit par un sourire fin, mais à cette distance le vert ne pouvait mentir à Draco qui le scrutait méticuleusement. Et il reconnut aussitôt l'habituelle étincelle amère de son complexé de Gryffy.

Sans détourner un instant le regard du sien, le défiant de l'arrêter, Draco laissa sa main remonter le long de son dos en suivant le contour de chaque marque, dans une caresse appuyée et sinueuse.

Le petit 'D' sur sa hanche, qu'il haïssait parce qu'elle était due à ce gros porc de Dursley et qu'il appréciait à la fois, sa possessivité maladive lui rappelant constamment que Potter portait son initiale gravée à même la peau. Il retraça à l'aveuglette les rayures du sectum sempra, un flanc après l'autre, amusé d'entendre Potter ronronner sourdement par automatisme. Puis il alla caresser avec tendresse la cicatrice parfaitement ronde sur son omoplate, petite lune argentée sur laquelle se détachait le magyar. Enfin il suivit consciencieusement la déchirure crénelée sur son épaule droite, massant son biceps, avant de rejoindre son torse. Il laissa ses doigts y courir, savourant les frissons que Harry, essayant de rester stoïque, ne parvenait cependant pas à réprimer. Malgré tout, le regard vert restait droit, avec cet étrange éclat métallique qu'il avait à chaque fois qu'il se retrouvait torse nu, la seule preuve que, comme toujours, il attendait un jugement avec cette même résignation écœurée.

Finalement, la main de Draco cessa son exploration, sa paume chaude posée sagement sur les abdominaux contractés de Harry.

« Tu es si beau » souffla le Serpentard, la voix un peu éraillée mais avec sincérité. Harry le sonda son regard, à la recherche d'une trace d'ironie ou de mensonge, mais ne trouva rien. Il laissa échapper un petit soupir tremblant avant de se couler étroitement contre le corps de Draco et de lui grignoter les lèvres.

Reconnaissant immédiatement la marque d'un besoin de tendresse, il alla caresser sa nuque du bout des doigts, l'attirant encore plus prêt pour l'embrasser profondément. Sa culpabilité revint quand Harry se coula entre ses bras avec confiance. Il fallait qu'il lui demande, après tout ils étaient déjà vendredi.

Il sortait avec Potter depuis pratiquement une semaine maintenant. Le mardi matin il avait annoncé à sa mère par lettre, à demi mots, sa relation avec le survivant. Le mercredi, il recevait une invitation en bonne et due forme à passer le week-end tous les deux au manoir. Et, contrairement à ce que Draco avait pensé -et espéré-, Dumbledore avait accepté. Ils avaient pourtant déjà quitté l'école quelques jours auparavant, mais Narcissa Malfoy avait réussi à le convaincre.

Mais Draco n'osait pas proposer au Gryffondor de l'accompagner. Ils n'étaient ensembles que depuis peu de temps, peut être trop pour passer un week-end seuls ou se soumettre au jugement maternel.

Malgré tout, Draco avait vraiment envie de montrer à Potter l'endroit où il avait grandi, de pouvoir passer un peu de temps avec lui sans avoir à ignorer les regards moqueurs qui se posaient sur eux continuellement. Il suffisait qu'il observe Potter rire, qu'il effleure volontairement sa main en lui passant un livre ou qu'il se laisse aller à un geste un peu trop tendre pour que leur public se mette à ricaner bêtement. Même s'il ne l'avouerait jamais, il aimerait pouvoir câliner Potter en toute tranquillité.

Draco décida de prendre son courage à demain, l'idée d'un week-end seul au manoir lui semblant beaucoup plus déprimante qu'une rebuffade.

« Dis Potter… » commença-t-il. Le brun releva la tête, interrogateur et légèrement inquiet devant le sérieux soudain du Serpentard. Pour le rassurer, Draco l'embrassa délicatement sur le front avant de continuer. « Je pars demain et après demain voir ma mère au manoir » annonça-t-il.

« Oh » murmura Harry « Je vois… »

« Tu veux venir avec moi ? » lâcha Draco dans un souffle. Le brun sembla surpris puis, alors qu'il dévisageait l'expression figée du blond, ses yeux s'éclairèrent.

« Ca ne va pas déranger ta mère ? » s'assura-t-il tout de même, un sourire immense dans la voix et le regard.

« Tu plaisantes ? Je pense qu'elle ne m'aurait jamais pardonné si j'étais venu sans toi…. » rit Draco, profondément soulagé.

« Alors c'est avec grand plaisir que j'accepte l'invitation monsieur Malfoy »

Le sourire, extrêmement doux, atteignit enfin ses lèves qui s'étirèrent lentement. Il embrassa chastement le blond avant de s'écarter de lui et d'enfiler sa chemise.

« Bon du coup, il faut que je me dépêche de faire mes valises moi. On se rejoint à huit heures pour le petit déjeuner ? » se renseigna Harry avec un sourire, une main sur la poignée de la porte, l'autre reboutonnant vaguement sa chemise délavée.

« Parfait. On doit prendre le magicobus à neuf heures à Pré au lard » lui précisa Draco, observant d'un œil surpris son Gryffondor qui s'apprêtait à s'éclipser.

« Au fait, je crois que ta porte est ruinée » annonça platement Harry en entrouvrant la dite porte, laissant passer Belette, la tête haute et le regard hautain, qui venait de rentrer ses griffes dans un chuintement sonore. Le palier était recouvert de sciure de bois et le bas de la porte portait à présent de profondes balafres.

« Je peux savoir pourquoi tu n'arrêtes pas de l'embêter ? » demanda Harry en fronçant le nez, amusé par le regard oscillant entre exaspération et adoration que le petit fléreur jetait à son maître.

« Je suis un Serpentard » répondit simplement Draco avec un haussement d'épaule et un léger sourire en coin diabolique. Harry laissa échapper un bref éclat de rire avant de sortir de la chambre.

« A demain Mal…Qu'est ce.. ? » s'interrompit Potter

« Tu n'as pas sincèrement cru que tu allais pouvoir m'échapper aussi simplement ? » ricana le blond, affirmant sa prise sur le ventre chaud du Gryffondor.

« Ben disons que, vu l'heure, je l'espérais. Il faut vraiment que j'aille faire mes valises si tu ne veux pas que je me balade nu pendant tout le week-end » s'excusa Harry, penaud mais taquin, en laissant tout de même tomber sa tête sur l'épaule de Draco. Le Serpentard sembla considérer la question durant une demi-seconde avant de trancher d'une voix butée.

« M'en fous »

Sa voix était étouffée, alors que son propriétaire grignotait du bout des lèvres la nuque balayée par les mèches noires. Avec un sourire doux, Harry embrassa la tempe du blond.

Soudain, Draco le sentit se raidir entre ses bras.

« On nous observe » expliqua Harry, crispé.

Paresseusement, Draco souffla sur les folles mèches brunes qui lui cachaient la vue. Le menton calé au creux de l'épaule du survivant, il observa avec une moue ennuyée le quatrième année qui les fixait avec de grands yeux. L'air effarouché du petit châtain, proche du faon prit dans les phares du magicobus, tira à son préfet un sourire lascif et narquois.

Provoquant, Draco ne fit que se coller un peu plus au Gryffondor et laissa ses mains ramper lentement le long du ventre dur, remontant le bas de la chemise pour pouvoir aller caresser la fin de la cicatrice qui venait lécher les abdominaux appétissants de Potter. D'un geste vif, Harry intercepta sa main et l'immobilisa, amusé. Même de dos, Draco pouvait deviner sur son visage son expression gênée et faussement réprobatrice.

Mais le sourire malicieux du préfet en chef se gela en observant l'étincelle d'envie dans le regard de leur public, qui dévorait à présent du regard le torse à peine vêtu du Gryffondor, sa chemise mal boutonnée offrant un rempart conceptuel mais relativement peut efficace.

Aussitôt, Draco fit pivoter le brun, lui tirant un petit cri outragé qui fut étouffé quand le blond le serra possessivement contre lui.

« Dégage ! » aboya-t-il, le regard noir.

Le quatrième année détala dans les escaliers à toute vitesse, visiblement terrifié et prêt à dormir dans sa salle commune pour ne plus risquer de les croiser.

Avec application, et un certain nombre de grognements jaloux, le blond reboutonna la chemise, essayant d'ignorer Harry qui, le front appuyé contre son épaule, tentait en vain de réfréner un fou rire.

« Le pauvre… » réussit finalement à articuler le brun, la voix gorgée de rires

Draco lui tendit un sourire plein de dents, féroce. D'un geste distrait mais néanmoins précis, il s'empara des deux extrémités de la cravate rouge que le Gryffondor s'était contenté de passer autour de son cou sans la nouer. Il tira ensuite à lui avec délicatesse le survivant toujours hilare. Puis, avec une gourmandise palpable, il lapa son rire à même ses lèvres, s'amusant de sentir le souffle doux de l'étrange ronronnement de Potter sur sa joue alors que sa main gauche courait le long de ses côtes.

« Tsss, j'en étais sûre ! Draco, arrête un peu de dévorer des Gryffondors dans les couloirs tu veux ! D'abord, il y a des chambres pour faire ça, vous en avez même une dans votre dos, pensez un peu aux âmes sensibles. Ensuite, depuis que David a débarqué tout paniqué en bas en disant de ne surtout pas passer au deuxième étage, en bafouillant des trucs où on a compris que ton nom, il y a un embouteillage monstre au pied de l'escalier ! »

Avec un grondement à la fois furieux et frustré, Draco vit Potter s'arracher à son étreinte avec un sourire d'excuse. Il se tourna vers Pansy, qui, les mains sur les hanches, le fixait avec un sourire goguenard.

« On se voit demain » conclut Harry avec un sourire doux, se faufilant entre la brune et le mur avant de s'engouffrer dans l'escalier. Un silence navré plana un instant dans le couloir.

« Je te hais » annonça finalement Draco, dépité.

« Pauvre chose » se moqua Pansy. Elle s'approcha et passa tendrement ses doigts dans les cheveux blonds de son ami « Alors ? Il a dit oui ? »demanda-t-elle avec avidité.

« Oui » se rengorgea Draco, soudain revigoré.

« Bien. Alors tu devrais envoyer un hibou à ta mère tout de suite pour lui confirmer » fit remarquer la serpentarde.

« Tu n'as pas tort » concéda le blond avec une légère grimace.

Il s'engagea à son tour dans les escaliers, loupant par la même occasion le sourire heureux de Pansy.

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Quelques minutes plus tôt, dans la salle commune des Serpentards

Dans le coin gauche de la pièce, près de la plus grande et ouvragée des cinq cheminées de la salle, lieu de repos officiel des septièmes années, une scène relativement banale se déroulait dans l'indifférence générale.

Assise seule sur une table couverte de grimoires poussiéreux, Hermione Granger observait avec amusement Pansy Parkinson se frayer un chemin au sein d'une foule de jeunes surexcités à grand renfort de regards agacés. Juste derrière elle, installé dans son fauteuil aussi laid qu'indécemment confortable, Ronald Weasley affrontait avec un sérieux mortel un Théodore Nott tout aussi concentré. Blaise Zabini était assis directement sur le sol, entre les jambes de son petit ami, et il levait sur eux un regard de chien battu

« Je me suis fais jeter comme un malpropre, je te jure ! Alors que je n'avais absolument rien fait ! » répéta une fois de plus le métis d'une voix faussement outrée et blessée.

« Hum… » répondit distraitement son châtain.

« C'est si bon de se sentir soutenu » ironisa Blaise, levant les yeux au ciel.

« Hum » répéta songeusement Théo, n'ayant visiblement pas écouté un mot de ce qu'avait bien put dire son petit ami affligé.

« Qu'est ce que… » s'étonna Blaise, apercevant un mouvement étrange dans la foule des plus jeunes, qui laissaient passer quelqu'un avec des chuchotements surexcités tout à fait indignes de leur maison. Heureusement que Pansy n'était plus là, elle aurait, certes, rapidement réglé le problème, mais cette génération ne méritait peut être pas un tel traumatisme.

Amusé, il vit émerger Potter de la masse des jeunes, son look façon passage au centre d'une tornade ne laissait aucun doute quand à la façon dont les deux princes s'étaient occupés depuis son départ. Il vit le brun tourner la tête à gauche et à droite, cherchant visiblement quelque chose. Quand il les aperçut, il eut un sourire satisfait et les rejoignit à grands pas.

« Blaise, je pourrai te parler…en privé ? » demanda le Gryffondor avec un petit sourire piteux.

Le métis observa en une fraction de seconde Potter délicieusement débraillé, adorable jusqu'au bout des ongles. Puis il vit, Théo, dangereusement beau comme toujours. Il leva à nouveau les yeux au ciel et soupira.

« Dommage… Ca te dérange Théo ? »

« Hum ? Ah, non, allez y » l'autorisa le petit châtain avec indifférence.

Blaise se leva avec un sourire amusé, alors qu'il comprenait à la caresse discrète qui s'était échouée sur sa nuque que son petit ami n'était pas si inattentif que ce qu'il essayait de le faire croire.

« Je reviens vite » lui souffla-t-il à l'oreille « Et crois moi, à mon retour, je te ferais passer l'envie de jouer avec d'autres que moi »

« J'attends ça avec impatience… » susurra Théodore, en le dévisageant posément mais avec un sourire insolent.

« Cavalier en F6. Les mecs, vous êtes obligés de nous faire assister à une scène aussi guimauve alors que Blaise ne fait que monter dans sa chambre ? » les interrompit Ron, narquois.

« Premièrement, je t'emmerde Ronny. Deuxièmement, pas besoin de reporter ta frustration sur moi, tout ça parce que mon copain est un petit génie qui est, une fois de plus, en train de t'éclater aux échecs » le railla Blaise.

« Il ne m'écla… » se défendit Ron, outré, mais son meilleur ami l'interrompit d'une voix légèrement angoissée.

« Heu. Ron ? Là tout de suite, j'ai besoin de Blaise. Tu pourras lui hurler dessus autant que tu voudras après, ok ? »

Le roux referma la bouche, jetant un regard blessé à son meilleur ami.

« Allez, on monte Potter »

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Une fois dans la chambre, Blaise se laissa tomber sur son lit.

« Les mecs, vous pouvez nous laisser ? »

Gregory et Vincent levèrent la tête de leurs magasines et dévisagèrent un instant le métis. Ce dernier souriait, mais son regard dur indiquait clairement que la demande frôlait l'ordre. Les deux géants haussèrent les épaules, indifférents, avant de sortir de la pièce en bavardant tranquillement

« Bon alors, qu'est ce qui se passe ? »

Il vit le brun se tortiller les mains, l'air gêné mais néanmoins déterminé

« Malfoy m'a invité à passer le week end chez lui… » vommença-t-il « Et je voudrais savoir si tu pouvais m'aider parce que…je ne sais pas lesquels de mes vêtements seraient adaptés au manoir Malfoy » finit-il dans un souffle.

Blaise l'observa, les yeux ronds.

« Ah, je ne m'attendais absolument pas à ça...Mais tu sais, je ne pense pas que Draco veuille que tu t'habille différemment de d'habitude, il te l'aurait dit sinon »

« Tu as peut être raison…Mais en même temps, il ne sera pas non plus fâché si je fais un effort. J'aimerais faire bonne impression à sa mère, et, si possible, faire plaisir à Malfoy » se justifia gauchement Harry.

« Hum. Draco a de la chance, j'espère que cet abruti en est conscient. Enfin bon, à mon avis, si tu veux vraiment lui faire plaisir, tu ne devrais rien porter du tout » le railla le métis. Amusé, il observa Potter qui fronçait son nez, agacé de voir qu'il se moquait de lui, même si une lueur songeuse dansait dans ses yeux comme s'il ne rejetait pas totalement l'idée. Blaise eut un rire doux « Vu les fringues que tu possèdes, on ne va même pas essayer de chercher dedans. Viens par là, j'ai acheté des vêtements l'autre jour, je comptais les offrir à Théo mais je suis sûr qu'ils seront à ta taille » lui assura Blaise en se levant pour fouiller dans une armoire.

« C'est un cadeau, tu ne peux pas me les offrir. » s'horrifia le brun, observant d'un œil méfiant la pile de vêtement qu'il lui tendait.

« Oh je t'en prie, ne te fais pas plus idiot que ne te l'impose ta condition de Gryffondor. Si il n'y a que ça qui te dérange, tu n'as qu'à te dire que c'était un cadeau pour toi. Et puis je pourrais en acheter d'autres à Théo, ne t'inquiète pas » argumenta le métis en lui fourrant avec autorité les vêtements dans les bras.

« Je ne sais pas comment te remercier » fit simplement Harry, observant avec stupéfaction les tissus doux et visiblement chers qui s'entassaient dans ses bras.

« Ne blesse pas Draco. »

Le survivant releva son visage vers lui, un sourire amusé aux lèvres, qui fondit lentement à la vue du visage sérieux du métis. Assis au bord de son lit, il le fixait d'un regard intense, impitoyable.

« Je suis sérieux Potter. Je vous considère comme des amis à présent. Mais si tu t'avises de jouer avec Draco, je te jure sur ce que j'ai de plus cher que je ferais en sorte que tu le regrettes pour le reste de ta vie. » Blaise laissa échapper un sourire froid, métallique, mortellement sérieux.

« Dis-moi Blaise, quel a été ton rôle durant cette guerre ? » demanda Harry d'une voix neutre et détachée, sans sembler se rendre compte de l'incongruité de sa question. Le sourire du métis se fit plus animal, amer.

« Théo était un Cobra, l'un des meilleurs, et j'étais l'un des Effaceurs » lui répondit le Serpentard en plantant son regard droit dans le sien.

Harry eut un sourire cynique, se doutant visiblement de ce qui allait lui être annoncé. Les Effaceurs et les Cobras étaient des membres très particuliers dont l'Ordre ne s'était jamais beaucoup vanté. Les seconds étaient des experts en poisons, spécialistes des morts discrètes et apparemment naturelles, alors que les premiers n'étaient en réalité que des hommes de mains particulièrement doués capables d'éliminer toutes les personnes devenant un peu trop dangereuses pour l'Ordre du phénix.

« Je vois. Donc si j'ai bien compris, c'est une menace Blaise ? » se renseigna Harry, l'air toujours indifférent en posant avec précaution les vêtements sur le lit, à côté de Blaise.

Ce dernier ressentit nettement la température baisser d'un cran, mais cela ne le fit que sourire un peu plus.

« Tu as tout compris. Vous avez tendance à oublier que nous sommes des Serpentards avant tout »

« Je vois. » Harry se pencha en avant, jusqu'à se retrouver uniquement à quelques centimètres du métis, ses deux mains appuyées sur le matelas de part et d'autre de Blaise « Bien. Alors maintenant écoute moi bien Zabini. Je n'ai pas l'intention de jouer avec ton ami et encore moins de le blesser. Mais je ne supporte pas les menaces. Alors tu gardes ton numéro de grand méchant pour toi, car non seulement tu ne m'effrayes pas le moins du monde, mais en plus je risque de m'énerver et de faire des choses que je regretterais » lui susurra le brun à l'oreille. Blaise planta avec aplomb son regard dans celui émeraude du Gryffondor, surpris par l'éclat mat qui l'éclairait d'une colère froide.

« C'est fou ce que je peux avoir peur du grand méchant Gryffondor. » se moqua le métis sans ciller, un sourire méprisant accroché au coin de ses lèvres.

L'ambiance se gela un peu plus, et un instant, Blaise se demanda si la situation n'allait pas réellement dégénérer et transformer ce qui n'était qu'une petite intimidation virile, qu'il se devait de faire en tant que meilleur ami du plus grand handicapé sentimental du monde sorcier, en une véritable confrontation.

Mais, heureusement pour lui, les yeux de Potter se mirent soudain à pétiller et ce dernier éclata d'un rire doux, tout en souffle.

« Eh Blaise, je vais te confier un secret. Le choixpeau, c'est à Serpentard qu'il comptait m'envoyer. »

Le métis le dévisagea, méfiant, percevant tout à fait dans l'intonation amusée une dureté sous jacente, un danger à peine dissimulé. Prudent, il se pencha un peu en arrière, éloignant son torse de celui du brun.

Etrange, une telle erreur ne lui ressemblait pas, il devait être plus fatigué que ce qu'il pensait. Mais à force de fréquenter Harry et sa douceur, il avait oublié le Potter qu'ils avaient connu durant six ans. Celui qui obsédait tellement Draco, et qui, par procuration, le fascinait lui.

Il connaissait Draco depuis tellement de temps qu'il était aussi proche de lui qu'il pouvait l'être de son propre frère. Et, depuis toujours, son amitié avait toujours été teintée d'admiration. Il avait suivit un enfant frêle, bien plus petit que lui et fragile d'apparence, mais dont l'assurance l'avait captivé. A six ans, l'héritier Malfoy s'était déjà gagné le respect des enfants plus âgés et des adultes, et on craignait les questions soi-disant innocentes de cet enfant au physique d'angelot. Blaise, en tant que cadet, avait toujours été timide et relativement effacé. Sans vraiment savoir comment, il s'était retrouvé entrainé par ce gamin capricieux et bien trop intelligent pour son âge et s'était surpris, après avoir été longtemps agacé, à l'apprécier. Puis, avec le temps, à simplement l'aimer profondément. Dans son ombre, il s'était fait manipulateur pour pouvoir le protéger, et il avait travaillé dur pour pouvoir réussir à se considérer comme son égal.

Blaise avait assisté à la transformation de l'enfant froid, craint par tous, en un adolescent glacial, à l'ironie et au cynisme mordant. Il pouvait se vanter de le connaitre par cœur, bien mieux que ses parents ou quiconque d'autre. Mais, depuis maintenant sept ans, il y avait cette incohérence étrange.

Potter

Il l'avait connu en même temps que Draco, étant juste derrière lui quand il avait refusé sa main. Même maintenant, Blaise se souvenait encore de cet enfant trop petit et maigre, noyé dans une robe de sorcier qui paraissait comme décalée sur lui, de ses cheveux en pétards et de deux yeux verts, trop, immenses derrière d'ignobles lunettes rondes. Il se rappelait aussi de l'étincelle de convoitise dans le regard de Draco quand il avait vu la cicatrice sous la frange noire, et son propre étonnement quand, pour la première fois, quelqu'un refusait sans autre forme de procès de connaitre l'intriguant petit Malfoy.

Tout comme Draco, Blaise avait immédiatement détesté ce héros miniature, qu'il jugeait orgueilleux et condescendant. Mais, en l'observant durant le début de la première année, il avait finalement cru qu'il n'était qu'un enfant comme les autres, un peu maladroit avec les gens, fidèle en amitié et au courage supérieur à la moyenne. Un bon Gryffondor, mais rien d'exceptionnel non plus.

Ce qui l'avait fait changer d'avis était la façon dont Draco était presque hanté par Potter. Lui qui avait toujours glacialement ignoré ceux qui ne le prenaient pas au sérieux s'acharnait pour obtenir son attention par n'importe quel moyen. En présence de Potter, Draco changeait. Il devenait plus dur, plus violent. Passionné. Il les avait vus brûler l'un contre l'autre sans se douter un instant de la façon dont tourneraient les choses. Ils s'étaient forgés l'un l'autre, deux feux opposés. Draco y avait gagné cette autorité implacable, ce charisme glacé et ce sang froid, cette maitrise de lui extrême. Potter avait grandi comme pour s'opposer au maximum à sa nemesis. Flamboyant, insolent et spontané, farouche jusqu'au bout des ongles. En début d'année dernière, avant la fermeture de Poudlard, leurs rencontres étaient si intenses que Blaise se surprenait parfois à retenir son souffle alors qu'ils ne faisaient que se dévisager en silence au détour d'un couloir.

Quand exactement avait- il dissocié Harry de ce Potter sauvage ? Il ne savait pas, mais il ne s'y laisserait plus jamais reprendre. Il eut un sourire franc, comme pour s'excuser et répondit

« Tu aurais été tout à fait à ta place avec nous. Mais bon, tu aurais eut Snape comme professeur référent… »

Harry eut un rire de gorge et il se redressa, jetant un dernier regard encore légèrement irrité au métis. En l'observant prendre les vêtements et se déplacer dans la pièce, Blaise se fit la réflexion que Draco avait vraiment mis la main sur un être pas comme les autres. Il possédait à la fois cette douceur dont avait besoin Draco et cette force qui lui permettait de vivre à ses côtés sans s'écraser pour autant. Un égal, si différent qu'il en devenait complémentaire.

« Draco a vraiment de la chance » répéta alors le métis.

Le brun se tourna vers lui, interrogateur, mais Blaise haussa les épaules. Harry lui répondit d'un sourire hésitant avant de quitter la chambre sur un dernier remerciement murmuré.

« Bon, on entre comment ? »

« Par la porte. »

« C'est ça, prends moi pour un con Malfoy… » soupira Harry en levant les yeux au ciel.

« Mais c'est ce que je fais Potter, c'est ce que je fais. »

De nouveau, Harry roula des yeux alors que Draco lui adressait un sourire en coin satisfait. Voyant que le blond ne semblait pas décider à l'aider, le survivant pesta avant d'aller cogner à la grande porte. Belette, à ses pieds, lui jeta un regard dubitatif mais ne bougea pas d'une moustache.

Presque involontairement, le regard mercure dérapa sur la silhouette de Potter et son sourire se fit plus possessif.

La traversée de Pré au Lard durant la matinée l'avait mis sur les nerfs. Il était alors tellement pris par sa discussion avec Potter, à propos de la saison de quidditch, qu'il avait mis du temps avant de remarquer le phénomène étrange qui se déroulait autour d'eux. Des regards, puis des murmures avaient marqué leur avancée. Ce n'est que quand deux jeunes femmes, gloussantes et rougissantes, étaient venues leur parler que Draco avait finit par s'en rendre compte.

Tout le monde les fixait avec une avidité effrayante.

Et, comme si toute la foule attendait en réalité que quelqu'un fasse le premier pas, ils avaient été encerclés et on ne les avait plus lâchés. Des questions avaient fusées, à s'en rendre sourd, et la situation avait tellement dérapée qu'il avait bien cru que certains allaient arracher les vêtements de Potter. Mais apparemment, ses exploits magiques inspiraient aux gens un respect suffisant pour qu'ils n'osent pas aller jusque là. Ca n'avait hélas pas été le cas pour lui, et quand il avait finit par réussir à se hisser dans le magicobus, sa chemise avait souffert et il était pour le moins ébouriffé. Il avait râlé durant les quinze minutes de trajet, ce qui avait eu pour seul avantage de faire rire le survivant. Ils avaient ensuite eu un léger différent, et c'est un Draco boudeur qui avait dû renoncer à lancer un sort à un Stan Rocade bien trop envahissant à son goût.

De nouveau, le regard de Draco s'attarda sur Harry. Ce dernier frappait de nouveau à la porte, visiblement impatient. Le blond eut un sourire carnassier. Il ne l'avouerait jamais mais il se félicitait parfois du bon goût de son meilleur ami. Il n'avait rien demandé à Potter pourtant, mais Draco était touché de voir qu'il avait tout de même tenu à faire des efforts pour cette nouvelle rencontre avec sa mère. Et avec cette chemise d'un vert profond, son pantalon d'uniforme noir qui mettait en valeur ses longues jambes et la robe sombre et ouverte à la coupe classique qu'il portait par-dessus, Potter était juste magnifique. Et à lui, n'en déplaise à cet abruti de Rocade.

S'apercevant que Harry commençait à s'énerver, Draco s'avança d'un pas, se coulant contre son dos. Il devina sans même le voir le regard excédé du Gryffondor et il ricana. Harry lui donna un léger coup de coude, tirant une grimace au blond qui grommela un juron avant de se coller un peu plus contre son dos.

Draco posa sa main contre la lourde porte du manoir Malfoy qui pivota sur ses gonds sans un bruit. Harry poussa un soupir exaspéré et Draco embrassa doucement sa nuque, réussissant finalement à le faire sourire.

« Ta maison ne m'aime pas. » commenta-t-il songeusement.

« Elle apprendra à te connaitre » répondit seulement Draco. Harry hocha la tête d'un air décidé et seule l'arrivée d'un elfe de maison empêcha Draco d'éclater de rire.

« Bienvenue chez vous maître Draco ! Bonjour monsieur Potter » s'exclama aussitôt la petite créature en s'inclinant.

« Bonjour euh... »

« Dixy » souffla Draco.

« Bonjour Dixy » reprit Harry avec un doux sourire.

L'elfe parut stupéfait et il dévisagea pensivement l'étrange invité ramené par le jeune maître. Puis il se secoua vigoureusement et se hâta de s'emparer de leurs valises dont les sortilèges de rétrécissement s'étaient désagrégés dès leur entrée au manoir. Le fléreur cracha quand l'elfe lui écrasa la queue au passage et Draco leva les yeux au ciel en entendant Dixy se confondre en excuse devant le félin hautain et dédaigneux.

« Où est ma mère ? » demanda Draco sans même le regarder s'empêtrer dans les bagages. Il s'était depuis longtemps habitué à l'elfe empressé et maladroit.

« Dans le grand salon » répondit Dixy.

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Il avait perdu Potter. Encore. Draco grogna avant de jeter un œil peu convaincu derrière une teinture murale.

Jamais le manoir ne lui avait paru si grand, ou alors pas depuis ses sept ans. Et il était persuadé qu'il avait du être agrandi depuis, ça ne pouvais pas être autrement. Et Potter était intenable, agité comme un enfant en surdose de chocogrenouilles.

Il avait d'abord disparu dans la serre aux fées, apparemment attiré par les petites lumières colorées qu'il avait vu danser à travers la vitre. Draco l'avait retrouvé littéralement enseveli sous les petites créatures, nichées dans son cou, ses cheveux et chaque repli de ses vêtements. Elles s'accrochaient à ses doigts, les observant en gloussant, tiraient sur ses cils ou pépiaient avec frénésie dans leur langue chantante. Draco avait bien essayé de le faire sortir mais, sans savoir vraiment comment, il avait fini par se laisser entrainer. Il avait passé de longues minutes assis à côté du Gryffondor à s'amuser avec les êtres ailés et à lui expliquer comment, en échange d'un toit et de fleurs rares, elles permettaient au manoir de maintenir constamment ses sorts de défense.

Quand ils avaient finalement dû quitter la pièce, Potter était parvenu à s'engouffrer dans la Racine. La pièce ne présentait pas d'intérêt particulier, si ce n'était l'immense arbre généalogique des Malfoy qui ornait le mur du fond et les dizaines de tableaux comblant le moindre espace vide. Après des discussions plus ou moins intéressantes avec les anciens Malfoy, Draco avait apprit entre autre que bon nombre de ces ancêtres possédait un sens de l'ironie plutôt mordant et que l'un d'entre eux avait été le dresseur du Kracken de Poudlard. Il ne savait pas encore ce qu'il allait faire de cette information.

Ils avaient ensuite visité la volière, la bibliothèque, une bonne partie de la cave et même la cuisine, manquant de provoquer une émeute parmi les elfes de maison.

Cette fois, il avait suffi qu'il le laisse seul cinq minutes pour parler avec sa mère pour le perdre de nouveau. Il savait que Potter ne faisait que s'amuser, il ne connaissait que trop bien l'étincelle qui brillait derrière les verres de ses lunettes. Une chasse à l'homme. Un défi.

Et, mortifié, il s'était surpris à y prendre du plaisir aussi. Guetter des bruits de pas, une porte qui se refermait ou l'éclat d'un rire étouffé. Il aimait le deviner aux coins des couloirs, une ombre familière qui lui glissait entre les doigts et lui faisait revisiter de son regard émerveillé le manoir de son enfance.

Mais là, il commençait à s'inquiéter. Il avait fouillé la demeure de fond en comble, et pas la moindre trace du Gryffondor. La maison comportait un certain nombre d'objets imbibés de magie noire, et cet imbécile était bien capable d'avoir mis la main dessus sans le savoir. Il soupira, de plus en plus angoissé. L'apparition soudaine de Dixy lui tira un sourire sournois.

« Dixy, où est Potter ? »

Il était un Serpentard après tout. Et ça n'était pas comme s'ils avaient posé des règles explicites à leur jeu.

« Monsieur Potter est dans le jardin avec monsieur Anders » Répondit docilement l'elfe, s'inclinant si bas que son nez frôlait le plancher.

Draco grimaça et tourna les talons. A grand pas, il rejoignit la grande porte du manoir, sorti et contourna le vieux bâtiment de pierres. Et en effet, Potter était là.

Assis au sol, massacrant avec une indifférence terrifiante son pantalon à plusieurs centaines de gallions. Sa robe sorcière pendait de guingois sur la branche basse du grand chêne arc-en-ciel, superbe avec son feuillage multicolore et changeant. Il avait roulé ses manches jusqu'aux coudes et il avait de la terre partout, que ce soit sur ses mains, sa chemise ou même ses cheveux. Une trainée de terreau noir ornait même l'arrondi de sa mâchoire et sa joue gauche, semblable à un étrange maquillage indien.

Il souriait, enchanté. Il était beau à en mourir.

Agenouillé à ses côtés se tenait Trent Anders. Il semblait expliquer quelque chose au brun qui l'écoutait avec un sérieux attendrissant.

Trent était entré au service de la famille Malfoy à l'âge de dix sept ans, et leur était resté fidèle depuis presque vingt ans. Fils d'un père volage, sang pur respectable, et de sa maitresse sans titre de noblesse, il avait été élevé toute son enfance par des nourrices. Le hasard l'avait fait étudier à Poudlard la même année et dans la même maison que Narcissa Malfoy. Dès ses fiançailles avec Lucius, cette dernière exigea de lui qu'il engagea Trent. Une fois de plus, Narcissa avait eu le nez fin. Rapidement, Trent se révéla comme un prodige de la magie végétale. Les offres d'emplois avaient affluées, entre ministère de la magie et familles nobles ayant eu échos de ses talents incroyables et de la beauté presque insupportable du jardin qu'il avait créé pour la famille Malfoy. La famille Anders elle-même s'était soudain souvenue de son existence et avait essayé de lui faire réintégrer ses rangs, en pure perte. Il n'avait jamais quitté l'agréable maison construite pour lui au fond de la demeure Malfoy.

« Tiens, Malfoy, tu t'étais perdu ? »

La voix taquine du brun fit sortir le Serpentard de ses pensées. Il haussa un sourcil sarcastique et Harry ricana, fier de lui.

« Bonjour Trent » le salua poliment Draco. L'homme se redressa, dépliant avec une grâce étonnante son immense silhouette. Il sourit et, sans signe précurseur, enferma Draco dans une étreinte digne d'un ours. Le blond poussa un grognement étouffé de réprobation mais ne protesta pas.

Depuis qu'il était en âge de marcher, l'homme avait été son compagnon de jeu malgré leurs vingt ans d'écart. Sa gentillesse et sa patience l'avait rendu complice de ses nombreuses bêtises, et il avait en autre été le premier à le faire monter sur un balai. Draco se souvenait toujours de la veine battant sur sa tempe quand son premier atterrissage avait détruit un massif de fleurs particulièrement précieuses. Trent lui avait même construit, par magie, une cabane flottant dans les airs entièrement végétale et fleurie, changeant de couleur et de parfum selon l'heure du jour. L'habitation devait encore être accrochée à la ramure d'un des nombreux arbres du jardin Malfoy.

« Ca faisait longtemps Draco. Tu es devenu encore plus beau si c'est possible. Tu dois avoir un succès fou à l'école.»

L'homme lui adressa un sourire entendu et le blond leva les yeux au ciel avant de se dégager en bougonnant. Trent parti dans un éclat de rire clair et rauque et Draco fut incapable de retenir un sourire doux.

Ses yeux dérivèrent pour accrocher ceux contrariés de Potter. Surpris, Draco dévisagea ses traits crispés et essaya de comprendre ce qu'il avait bien pu louper. C'est en apercevant le regard mauvais que le brun laissa déraper sur Trent qu'il comprit. Draco eut un sourire fin. Cette expression, il l'avait vu si souvent chez son parrain ces derniers temps, qui vouait à l'homme une jalousie dévorante.

Trent, le célibataire endurci vivant seul dans le jardin même de la belle veuve. Trent et sa gentillesse, son intelligence et sa magie surpuissante.

Trent, si beau.

Avec affection, le regard de Draco décortiqua à nouveau la silhouette familière du jardinier. Sa haute taille, culminant à plus d'un mètre quatre vingt dix, musclé à la façon des anciennes statues grecques, mais se déplaçant avec une grâce paresseuse, trompeuse, semblable à celle des grands fauves. Son visage aux traits fins, aristocratiques, même maculés de terre. La mâchoire carrée, le sourire doux, les mains épaisses mais étonnamment habiles. Les cheveux gris, presque blancs, malgré ses trente sept ans. Les yeux bleus, trop pâles, presque dérangeant, calmement moqueurs. Un charme corrosif et vénéneux .Le genre d'homme sur qui les foules se retournaient. Le genre de physique qui fascinait.

Le genre n'existant que pour sa passion, doucement décalé avec son époque. Avec le monde.

Draco avait depuis longtemps cessé de compter le nombre de femmes qui, lors des dîners au manoir Malfoy, avaient tenté de séduire le bel employé. Les plus belles s'y étaient cassé les dents, l'homme les ignorant purement et simplement. Il ne vivait que pour ses plantes, ne souriait que pour elles et ne semblait s'intéresser à rien d'autre. Le jardin de la famille Malfoy était son royaume, et grâce à son talent, il valait à lui seul le double du manoir.

Pour le simple plaisir de profiter encore un peu de ce Potter possessif et jaloux, Draco embrassa l'adulte sur la joue. Ce dernier sourit, pas dupe, et rit de nouveau devant l'air canaille du fils Malfoy.

« Tu m'as manqué sale gosse » conclut -il avant de retourner s'agenouiller au sol, ne semblant même pas remarquer les regards suspicieux et agressifs que Harry lui jetait.

Draco voulut s'accroupir à côté du Gryffondor mais Trent, avec un soupir excédé, l'attrapa par l'avant de sa chemise et le fit basculer. Draco ne dut qu'à ses réflexes d'attrapeur de ne pas finir le nez écrasé au sol.

« Je me souviens d'une époque où tu te moquais pas mal de te salir. Alors arrête de faire ton précieux et assieds toi » ordonna l'adulte, agacé. Draco lâcha un juron bien senti mais obéit docilement, à la grande surprise du survivant qui en oublia même son antipathie soudaine pour le jardinier.

« Malfoy, assis par terre comme le commun des mortels. Décidemment, c'est une journée pleine de surprises »Se moqua Harry, tout sourire.

« Va te faire foutre Potter » Grogna le blond, mortifié.

« Mais avec plaisir.. » Répondit-il seulement, d'un ton sirupeux proche d'un ronronnement. Draco tourna la tête vers lui si rapidement qu'il fut persuadé d'entendre un craquement sinistre au niveau de ses cervicales. Il devait avoir l'air passablement traumatisé car il entendit Trent éclater de rire et féliciter Potter pour son sens de la répartie. Le blond s'ébroua et jeta un regard noir au survivant qui lui renvoya un sourire carnassier.

Ce fut un projectile boueux qui fit avorter la tentative de réplique du Serpentard, lequel ne retint que de justesse un glapissement outré. Après analyse plus approfondie, il cru reconnaitre dans cette mini statue de glaise animée ce qui fut un jour un fléreur. Deux immenses yeux bleus émergeaient d'un tas de boue noirâtre, parsemée ici et là de touffes de poils orange. Ses moustaches engluées de terre pendaient lamentablement et il gardait ses oreilles fermement plaquées sur sa tête, visiblement terrifié.

« En voilà un qui a essayé d'aller grignoter l'herbe du tigre au fond du jardin. Décidément, mes marécages de boue sont efficaces, même si à la base ils ne sont censés attraper que des lutins de Cornouailles. C'est à toi cette bestiole Draco ? » demanda Trent avec curiosité.

Belette éternua, projetant de la terre sur les quelques centimètres carrés de tissu encore propres des vêtements de Draco. Ce dernier resta stoïque.

« C'est un…cadeau » articula-t-il d'un air crispé. Trent hocha la tête d'un air vaguement compatissant et Harry éclata de rire. Il se rapprocha et gratouilla avec précaution le haut de la tête du petit fléreur, qui se mit à ronronner avec satisfaction, toute peur oubliée. Quand l'animal fini par bondir sur les genoux du Gryffondor, Draco le laissa faire sans protester, observant ses vêtements maculés de traces de patte d'un air navré. Le regard torve qu'il lança au fléreur fut proprement ignoré, le petit félin faisant le dos rond pour profiter des caresses d'un Potter amusé.

« Vous faisiez quoi tous les deux ? » se renseigna Draco le plus naturellement possible, tentant d'oublier l'air goguenard de Trent Anders.

« J'apprenais à ton ami-que tu n'avais d'ailleurs pas jugé bon de me présenter-comment faire pousser des plantes par magie » d'une voix que le sarcasme ne rendait que légèrement plus acide. (manque surement un mot genre « répondit-il » ou quelque chose dans le style, après le dialogue)

« Encore ? Décidemment tu adores enseigner ça toi… »

« Ce n'est pas de ma faute si l'on ne juge plus utile d'apprendre ca en botanique à Poudlard ! Comme si rempoter des plantes ou tailler leurs branches en hiver avait un quelconque intérêt en magie végétale ! C'est un art tellement passionnant, je trouve ça révoltant qu'il soit réduit à ça !» grondait (gronda) l'homme, véritablement outré. Draco sourit, il connaissait ce discours par cœur. Il n'essayait même plus de lui faire comprendre que seuls des génies comme lui parvenaient à rendre cette technique intéressante, mais qu'elle présentait pour tous les sorciers normaux un intérêt mineur. Potter semblait pourtant très intéressé et Draco comprit rapidement pourquoi.

« Monsieur Anders, est ce que cela vous dérangerait que je vous mette en contact avec un ami ? Il s'appelle Neville Londubat et il est passionné par tout ce qui touche aux plantes. »

Le regard du jardinier s'enflamma et Draco ricana. Pour la première fois de sa vie, il plaignait ce pauvre Londubat. Il aurait du mal à se débarrasser de Trent à présent.

« Mais avec plaisir ! » confirma en effet le jardinier avec fougue « Je lui écrirais moi-même ce soir. Londubat tu dis ? Comme Enid Londubat ? »

« Heu. Peut être » répondit Harry en clignant des yeux, incertains. Belette miaula, mécontent, et le brun se remit à le caresser machinalement.

« Bref. Harry, tu lui montre ce que tu as obtenu comme fleur ? »

Alors seulement Draco remarqua la plante qui s'élevait entre eux. Potter semblait surexcité, comme un enfant une veille de noël, alors que le blond se penchait pour mieux l'examiner. Le cœur, d'un noir profond, entouré d'une corolle plissée et soyeuse d'un rouge sang. Perchée en haut d'une tige trop fine, elle oscillait dans une brise presque imperceptible. Draco avait l'impression qu'elle allait se désagréger à chaque seconde et pourtant il sentait qu'elle était plus résistante que si elle avait été taillée dans le marbre. Il en émanait une impression envoutante, mélange fascinant d'un parfum sucré, entêtant, et de la magie de Potter qui semblait l'enrober.

« C'est un…coquelicot ? » Le mot lui semblait tellement banal, tellement faux et fade face à cette petite merveille.

Elle était née de Potter, de sa magie, et l'observer lui serrait le cœur.

« Oui. Elle est belle hein ! »

Il semblait tellement heureux alors, tellement lumineux que Draco du combattre une pulsion subite qui l'incitait à le serrer contre lui et ne plus jamais le lâcher. Au lieu de ça, il captura le plus discrètement possible sa main dans la sienne. Trent trouva soudain un intérêt profond à une motte de terre près de son genou droit.

« Elle est magnifique » répondit le blond avec sincérité. Potter sembla enchanté de sa réponse et il se pencha vers lui avec des airs de conspirateur.

« Je voulais te l'offrir donc monsieur Anders m'a promis de la mettre dans un pot. » Il lui avait soufflé ça à l'oreille, comme un secret et le blond s'en sentit bêtement ému. Il l'embrassa doucement dans le cou, pour le remercier et, un peu, parce que le contact de sa peau lui manquait. Les choses commençaient à devenir prometteuses, parce que Potter sentait affreusement bon et qu'il venait de pousser un soupir affolant, mais une voix amusée le fit redescendre sur terre avec l'efficacité d'une douche froide.

« Et toi Draco, si tu nous montrais ce que tu sais faire ? »

Il lui lança une graine et Draco se surpris lui-même en parvenant à l'attraper alors que son cerveau restait concentré entièrement sur l'odeur de terre et de menthe qu'il venait de respirer à pleins poumons. Il soupira et jeta un regard accusateur à Trent qui haussa les épaules.

Le blond se concentra à peine et la graine se mit à vibrer au creux de sa paume. Trent lui avait fait faire tellement souvent cet exercice, essayant de lui faire obtenir des résultats différents-et échouant- qu'il était capable d'y parvenir sans même y réfléchir à présent. Un petit craquement sec, semblable à un coup de feu retentit alors que la graine se fendait en deux. Une pousse vert tendre s'élança immédiatement vers le ciel, longue tige qui s'orna rapidement d'une multitude de petits bourgeons violacés. Il y eu un instant de flottement avant qu'une succession de détonations ne déchirent le silence, les bourgeons implosant pour laisser place à un bouquet de minuscules fleurs bleutées, au cœur d'un jaune pâle, presque blanc.

Draco lui jeta un regard désabusé. Décidemment, il n'était pas original. Trent leva les yeux au ciel mais le blond l'ignora.

« Elles sont tellement belles » s'émerveilla Harry avant de s'en rapprocher pour mieux les voir. Il effleura de sa main libre les corolles bleutées, et le mouvement libéra une odeur délicieuse. Draco releva les yeux vers Trent et le regard légèrement embarrassé du plus jeune croisa celui terriblement amusé du plus âgé.

C'était bien la première fois que cette fleur possédait un parfum de menthe poivrée.

« Qu'est ce que c'est ? » murmura Harry, fasciné et inconscient de l'embarras du Serpentard.

« Un myosotis » répondit le jardinier. Le brun hocha la tête, visiblement peu intéressé en réalité.

Le jeune Malfoy se souvint, comme toujours, de la première fois qu'il avait fait apparaitre cette fleur, l'été de sa première année à Poudlard. Malgré leur douceur, les mots de Trent tombaient toujours comme un couperet dans sa mémoire, trop justes.

« Myosotis. En langage des fleurs, elle signifie ''Aimez moi ; Ne m'oubliez pas'' »

« Tu n'aurais pas un pot pour la planter Trent ? Enfin, si tu la veux bien sûr Potter. »

Harry hocha la tête avec ferveur et Draco eu un sourire le moins amer possible. Le jardinier indiqua à Harry un petit cabanon au fond du jardin, lui expliqua rapidement où trouver ce qu'il cherchait. Le brun sauta sur ses pieds et parti en courant, suivit immédiatement par la silhouette enthousiaste et boueuse de Belette.

Dès qu'ils furent seuls, l'homme se tourna vers l'adolescent qui était retombé dans la contemplation d'un petit coquelicot dansant dans le vent. Il observa son expression pensive, presque tendre, et il sourit. Il avait été horrifié l'année passée de le voir vieillir si tôt, s'étiolant comme une plante poussant trop vite ou privée de soleil, obligé de grandir pour une guerre qui n'aurait pas dû le concerner. Mais, enfin, l'enfant doux et l'adolescent heureux semblaient rattraper l'adulte torturé par trop de souvenirs.

Il n'avait pas menti, Draco devenait incroyablement beau, et Trent ressentait la même fierté que celle que lui procurait une plante particulièrement choyée en finissant par donner une fleur parfaite. Il se permit un petit sourire satisfait avant de se pencher vers le jeune Malfoy.

« Un coquelicot. La beauté qui pousse même au milieu des champs de bataille, dans le sang et la mort. Elle veut aussi dire ''ardeur fragile''. Ou, si tu préfères, ''Aimons nous au plus tôt'' »

Draco se racla la gorge, mal à l'aise et Trent lui fit un clin d'œil complice alors que Harry revenait en courant, deux petits pots de terre cuite à la main. Quand le regard de Draco intercepta la silhouette débraillée et rayonnante du Gryffondor, Trent aurait juré l'avoir vu rougir imperceptiblement et il détourna la tête pour dissimuler son sourire narquois.

Voilà qui allait se révéler intéressant.

Après tout, même les plus belles fleurs avaient parfois besoin d'un peu d'aide pour ne pas disparaitre à la première bourrasque.

Assis en tailleur devant la cheminée où ronflait un feu un peu trop virulent pour ne pas être magique, Draco fixait les flammes aux reflets bleutés sans les voir. La nuit était tombée et les fenêtres laissaient passer la lumière blafarde d'une lune presque pleine. Les silhouettes fragiles de deux petites fleurs magiques s'y découpaient et projetaient des ombres immenses, presque menaçantes.

Il était nerveux. Et le fait qu'il n'y ait pas de raison objective à cela l'agaçait. Il jeta un regard noir à ses mains qui tremblaient légèrement, assez pour que ce soit visible dans la lumière mouvante du feu. Il secoua la tête, affligé de se voir si pitoyable, et serra les poings dans une vaine tentative de se contrôler.

Il sursauta légèrement et se raidit en percevant une présence dans son dos. Rapidement, celle-ci se précisa alors qu'elle se laissait tomber à genoux derrière lui, se coulant contre lui. Potter sortait de sa douche et Draco pouvait sentir la fraicheur de son tee-shirt dans son dos, contrastant férocement avec la chaleur infernale qui s'échappait de l'âtre, ainsi que celle ses cheveux encore humides, avec leur éternelle odeur de menthe, qui venaient lui caresser la joue. Son souffle chaud et paisible venait s'échouer dans son cou.

Pour se donner contenance, il s'empara du verre d'eau qu'il s'était servi juste avant que le Gryffondor n'investisse sa salle de bain. Il se rendit rapidement compte que l'idée n'était pas judicieuse, même lui pouvait voir que la surface du liquide était troublée, agitée par les tremblements incontrôlables de ses mains. Il reposa le verre sur le tapis d'un geste brusque, se moquant éperdument d'en renverser la moitié à côté, et espérant seulement que le brun n'avait rien vu.

Crispé, il sentit la main de Potter serpenter le long de son bras, en un doux frôlement qui le fit frissonner. Elle s'arrêta au niveau du poignet, qu'elle caressa du bout des ongles, puis elle alla se poser sur la main blanche et fébrile. Il entrelaça franchement leurs doigts, avant de porter leurs mains enlacées à sa bouche. Il embrassa délicatement la peau pâle et y frotta son nez avec un petit rire semblable à un ronronnement. Draco sentit des étincelles danser le long de sa colonne vertébrale et il resserra sa prise sur les doigts à la peau un peu calleuse, écorchée par des années de combat baguette en main.

« Tu ne vas pas te doucher ? » l'interrogea Harry à mi-voix.

« J'y suis déjà allé ce matin » confia Draco, la voix un peu trop vacillante à son goût mais se découvrant bien incapable d'y remédier.

« Je vois. Fatigué ? » reprit-il avec un petit sourire, lui laissant visiblement une porte de sortie.

Le blond hésita, tenté de saisir l'occasion pour fuir, comme il savait si bien le faire. A cet instant, son désir du corps bien trop beau derrière lui était noyé par l'angoisse. Il adorait ce sale Gryffy, bien plus qu'il n'avait pu imaginer pouvoir aimer quelqu'un un jour. Mais coucher avec lui ressemblait beaucoup trop à un point de non retour. Draco avait peur, purement et simplement. Peur de se découvrir finalement dépendant d'une relation aussi fragile, d'un être qui risquait de lui échapper à chaque seconde. Que ferait-il s'il se découvrait incapable de se désintoxiquer de sa peau, de son goût, de lui ?

Potter se pressa un peu plus contre son dos, visiblement inquiet de son silence. Il l'embrassa néanmoins avec douceur dans le cou. Draco apprécia la fausse innocence de la manœuvre, qui sous entendait bien qu'ils n'étaient forcés à rien, mais qui n'empêcha cependant pas une étincelle de plaisir de venir crépiter dans ses reins, le faisant frissonner. Il sentit contre sa peau le sourire satisfait du Gryffondor, et, sans pouvoir s'en empêcher, sourit à son tour.

« Pas le moins du monde… » finit-il par répondre, d'une voix légèrement plus rauque mais redevenue ferme.

Après tout, il était déjà foutu. Autant aller jusqu'au bout. Et la mort que promettaient les bras de Potter semblait être la plus belle de toute…

La pression des lèvres douces contre sa jugulaire se renforça, le bout d'une langue joueuse venant effleurer sa peau et lui tirant un frisson violent. La main gauche de Harry vint danser au niveau de son nombril, se faufilant agilement sous la chemise légère. Les doigts tracèrent des arabesques lentes et appuyées le long de ses abdominaux et, dans un soupir, Draco laissa tomber sa tête sur l'épaule du Gryffondor. Ce dernier en profita pour grignoter le lobe de l'oreille à portée de dents avant de murmurer

« On va se coucher ? »

Le cœur du Serpentard eut un raté mais il hocha la tête. Harry sauta immédiatement sur ses pieds, privant Draco de sa présence et manquant de le faire basculer en arrière. Harry se mit à rire doucement, de son éternel rire tout en souffle, devant le regard désabusé que lui lançait le blond du sol. Il lui tendit la main que Malfoy captura dans la sienne avant que le brun ne l'aide à se lever. Puis, toujours sans le lâcher, Harry recula de deux pas, tombant sur le matelas dans un éclat de rire clair.

Alors Draco sourit, pour s'empêcher de rire car Potter allongé sur son lit c'était un sujet sérieux. Mais il sourit, parce qu'en fait c'était tellement naturel.

Draco se pencha, posant leurs mains enlacées juste au dessus de la tête du brun. Puis il observa le Gryffondor, le souffle suspendu. Potter, alangui sur ses draps d'un vert pastel, avec un petit sourire et vêtu en tout et pour tout d'un pyjama blanc aux manches légèrement trop longues était l'une des plus belles visions qu'il n'ait jamais connues. Comment, pendant ces six ans, avait-il pu penser qu'il était banal ? Blaise lui affirmait que, même si le Gryffon était vraiment beau, sa vision des choses était surtout amplifiée par le fait qu'il était méchamment accro. Draco ne voyait pas le rapport. Certes, il adorait Potter. Mais cela n'expliquait pas pour lui qu'il n'ait jamais remarqué la finesse de ses traits, le dessin un peu trop tentant de ses lèvres ou encore l'angle doux de ses pommettes hautes.

Il était beau, tout simplement. D'une beauté pure et naturelle, sauvage, violente et sans artifices. Douloureuse.

Harry pencha la tête sur le côté, interrogateur, et Draco eut un sourire rassurant. Délicatement, il monta à son tour sur le matelas, s'installant sans préambule sur le brun, un genou de chaque côté de ses hanches. Il vit le vert se troubler un instant avant de foncer brusquement, se teintant de noir.

Amusé, Draco se rapprocha de lui, jusqu'à frôler son visage de son nez, qu'il frotta sur sa joue. Puis il se redressa un peu, juste assez pour pouvoir sentir le souffle chaud et déjà précipité du brun contre ses lèvres. Il laissa sa main frôler son épaule, caressant du bout du pouce la clavicule dénudée par le haut trop large, avant de continuer en une caresse flâneuse et légère le long du biceps, chatouillant au passage le creux du coude par-dessus le tissu doux des manches, et d'affirmer sa prise sur un poignet fin. Satisfait, il le porta à ses lèvres, et, les yeux toujours ancrés dans ceux de Harry, embrassa la peau douce du dos de sa main. Avec précaution, Draco la retourna ensuite pour aller mordiller la pulpe des doigts, dardant parfois sa langue entre ses dents pour le seul plaisir de sentir le goût velouté de la peau dorée, avant de descendre sur la paume où il s'attarda. Enfin, il finit par poser ses lèvres sur le poignet, satisfait d'y sentir le pouls affolé du brun. Ce dernier rit doucement, un rire enchanté qui captiva Draco et qu'il s'empressa de venir voler au creux de ses lèvres.

Ils s'embrassèrent paresseusement, blotti l'un sur l'autre, les yeux mi-clos. Les doigts du Serpentard avaient fini par aller enlacer ceux de son homologue alors que son autre main, comme mue par une vie propre, était allée se loger dans la chevelure rendue encore plus sombre par l'humidité. Mais la tendresse chaste s'envola bien vite quand Harry se coula littéralement contre le corps du blond, s'enfonçant dans le matelas et épousant chacun des reliefs du corps du jeune homme avec une perfection sadique. Draco gronda contre la bouche du brun et ce dernier eut un rire de gorge, chaud et satisfait, à la limite de la décence, alors qu'une étincelle sauvage passait dans ses yeux entrouverts. Malfoy s'éloigna légèrement pour dire quelque chose, bien qu'il ne sache pas vraiment quoi, légèrement perturbé par la sensation affolante du corps de Potter sous le sien, mais le Gryffondor ne lui en laissa pas le temps. Il posa sa main libre sur sa nuque, caressant avec douceur les cheveux courts qui s'hérissèrent en tirant un frisson violent à Draco, puis, avec fermeté, il le tira vers lui. Sa langue vint envahir la bouche du Serpentard, exigeante et affamée et Draco grogna en répondant avec autant d'impatience. Ses mains dérivèrent le long du corps souple, se faufilant sous le haut du pyjama pour atteindre la peau chaude et veloutée. Harry gémit doucement et le blond eut soudain un besoin aussi intense que brutal de voir disparaitre ces vêtements superflus.

Le brun retira lui-même son tee shirt, semblant décrypter à la perfection l'urgence qui avait enflammé les iris mercure, dévoilant sans fausse pudeur son torse que venait orner une cicatrice d'argent que Draco commençait à connaitre. La respiration vacillante, il approcha sa main. Le contact de ses doigts avec la peau satinée lui tira un nouveau frisson.

Le silence qui régnait alors dans la chambre lui semblait résonner d'une menace lourde, grandiose, semblable à celle solennelle des églises qui incitait à parler tout bas. Il avait déjà vu Harry aussi peu habillé, et ses mains connaissaient son torse aussi bien que celles d'un sculpteur perfectionniste, s'acharnant à retravailler à l'infini chacun des détails de son œuvre. Pourtant, à cet instant, le corps doré par le soleil de Harry lui semblait presque sacré, comme quelque chose de trop pur et parfait pour pouvoir être touché. Et ses doigts pâles, translucides en comparaison, sur sa peau brûlante ressemblait au plus beau des sacrilèges.

Sa main suivit avec application la cicatrice, caressant le biceps avant d'aller se couler le long de pectoraux musclés sans exagération, durs sous une peau bien trop douce. En croisant les yeux verts qui pétillaient d'un bonheur simple et enchanté, une vague de possessivité envahit le Serpentard. Une envie presque violente de le prendre dans ses bras, de le serrer contre lui et de ne plus jamais le lâcher. Un éclair aussi bref que brutal de colère à l'idée que, quand ils quitteraient cette chambre, d'autres regards que le sien se poseraient sur lui, qu'il ne serait plus le seul à pouvoir apercevoir ses sourires, ses rires.

Mais, sous lui, Harry eut un gémissement surpris alors que la main de Draco effleurait presque par inadvertance un de ses tétons. Le blond, sortit de ses pensées aussi subites qu'irréalisables, se pencha en avant et, sans hésitation, attrapa entre ses dents le bout de chair. Le brun eut un râle rauque et Draco, hautement satisfait et complètement enflammé, s'autorisa enfin à laisser ses mains découvrir en aveugle le corps qui s'abandonnait sous lui dans un concert de soupirs. L'une d'entre elle effleurait des abdos contractés et alors que la seconde dérivait innocemment à la lisière d'un bas de pyjama trop large. Il eut un grognement de contentement en sentant sur la chute de ses reins une main légèrement calleuse, juste assez pour tracer le long de son dos un chemin de frissons aussi délicieux qu'incontrôlables.

Potter murmura un mot et les vêtements du Serpentard disparurent purement et simplement. Il allait poser une question, étonné, mais le sourire lascif et rusé du brun et les étincelles de magie brute qui dansaient encore au bout de ses doigts lui répondirent. Alors Draco l'embrassa, laissant transparaître son amusement, sa tendresse, son excitation, et aussi le soupçon d'admiration qu'il ressentait pour ce sorcier capable d'utiliser la magie sans baguette avec autant de nonchalance. Harry l'accueillit avec joie, faufilant immédiatement une langue joueuse et taquine entre ses lèvres pour approfondir le baiser.

Sans jamais interrompre le baiser, Draco laissa ses mains descendre plus bas, retirant avec une efficacité empressée le pantalon gênant. Enfin, il avait Harry nu sous lui, et cette constatation le paralysa presque. Il en rêvait depuis des mois, et pourtant il n'avait jamais imaginé à quel point cela se révèlerait enivrant. Pressé contre lui, peau contre peau, leurs lèvres scellées dans un baiser empli de promesses, Draco brûlait et il aurait donné tout ce qu'il possédait pour que cela ne s'arrête jamais.

Sans hésitation, avec un naturel qui le stupéfia, sa main alla rejoindre l'aine du brun. Il sentit sous sa paume les poils doux et enroula délicatement ses doigts autour du sexe vibrant de Potter. Dévisageant Harry avec une avidité légèrement anxieuse, le blond fut très satisfait de le voir écarquiller les yeux avant de basculer sa tête en arrière dans un grognement proche du gémissement. Alors il imprima un léger va et viens au désir tendu du brun, se laissant guider par chacune de ses réactions, ajustant ses mouvements pour l'emmener toujours plus haut.

Et c'est avec le détachement d'un spectateur fasciné, littéralement envouté, que Draco l'observa. Et certaines découvertes lui firent mal. Potter lui faisait mal.

Le corps ambré qui se cambrait sous lui, fin, souple, mais indéniablement masculin, tout en angles. La douceur de sa peau mate sous sa main libre, accrochant la lumière de plus en plus faible d'un feu de bois qui se mourait dans la cheminée. Cette aura féline, terriblement sauvage, farouche, et pourtant douce et câline, celle d'un fauve que l'on voudrait croire domestiqué. La façon dont ses mèches folles retombaient alors qu'il rejetait sa tête en arrière, sa gorge trop fine, ses clavicules marquées, la cicatrice qui venait barrer son torse de bas en haut, le grain de beauté juste à côté de son nombril, tout le corps du Gryffondor était affolant de détails. Il y avait aussi ce regard beaucoup trop sombre, affamé, des yeux vortex tapis derrière des paupières presque closes, auxquels il ne pouvait s'empêcher de revenir constamment, aimanté.

Mais surtout, il y avait la voix de Potter. Sa voix qui murmurait, gémissait, sifflait parfois. Suppliait, souvent. Une voix corrosive, toxique, brisée dans un abandon sensuel qui le faisait presque trembler.

Finissant par comprendre que le Gryffondor s'approchait dangereusement du point de rupture, il ralentit le rythme, s'attirant un juron étouffé qui le fit sourire. D'un mouvement pas vraiment assuré, il laissa descendre son autre main, qui errait quelque part au niveau du nombril, et alla caresser l'intérieur des cuisses douces qui s'écartèrent aussitôt. Draco ancra son regard à celui de Potter, remarquant soudain que le désir dans les yeux vert s'ombrait de crainte. Le besoin viscéral de protection que ressentait le Serpentard pour l'autre garçon balaya immédiatement de son esprit toute son angoisse. Il se baissa et l'embrassa sur le nez, qui se fronça sous la chatouille, avant de retrouver les lèvres douces et gourmandes, qu'il dégusta avec application. Et il ne s'en écarta pas, renforçant seulement la pression quand un de ses doigts infiltra finalement le corps chaud sans plus d'hésitation. Pour seule réaction, Harry haussa les sourcils, laissant échapper un petit « oh » surpris que Draco but à même sa bouche. Rapidement le brun se mit à onduler sous lui avec enthousiasme, enflammant les sens déjà maltraités de Draco qui serra les dents. Un deuxième doigt vint s'enfoncer dans le corps brulant, ne tirant à Harry qu'une grimace d'inconfort que Draco effaça en mordillant légèrement la courbe de sa mâchoire.

Durant de longues minutes, le Serpentard continua à préparer son amant avec précaution, essayant d'oublier sa propre impatience pour se concentrer uniquement sur le plaisir du beau brun. Il commençait cependant à être persuadé qu'il allait tout simplement mourir de frustration, tout contre ce corps affolant mais inaccessible. Mais, soit qu'Harry soit parvenu au même point que lui, soit qu'il ait remarqué la façon dont le regard argenté se faisait affamé, presque bestial, il l'attira à lui avec urgence, l'embrassant dans un baiser si violent qu'il semblait proche d'une morsure. Comme pour s'excuser, ses mains allèrent caresser les reins du Serpentard, qui poussa un grognement d'encouragement.

Draco, essoufflé et légèrement étourdi, se redressa pour croiser le regard incendiaire et impérieux de Harry Potter qui lui donna la chair de poule tout en l'embrasant. Sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, ses deux mains cessèrent leurs activités pour aller s'ancrer aux hanches fines alors qu'il s'installait un peu mieux entre les cuisses brunes. Les frôlements sur ses reins devinrent une caresse appuyée du bout des ongles, impatiente, et Draco haleta, ses mains se crispant sur la peau hâlée. Sous lui, Harry se redressa sur les coudes et l'embrassa calmement, fermement, dans un accord implicite et sans faille. Alors Draco lui sourit doucement et avança son bassin. Lentement, avec une possessivité farouche, il s'enfonça dans le corps chaud et accueillant du Gryffondor. Incapable de gérer l'affolement de tous ses sens, il ferma les yeux, se concentrant uniquement sur le plaisir trop intense qui lui coupait le souffle et lui donnait l'impression que du feu liquide rampait dans ses veines, crépitait dans sa moelle épinière avant de venir embrumer délicieusement son cerveau.

Il s'immobilisa, parvenant alors seulement à respirer de nouveau. Dans une inspiration tremblante, il rouvrit alors les yeux. Il aperçut le visage crispé du brun et ses paupières closes, sa lèvre qu'il mordait à l'en faire saigner et ses doigts froissant avec violence le drap vert. Draco haleta, tentant en vain de retrouver une respiration normale, ravagé par une vague de culpabilité. Il se baissa sur le Gryffondor, et, avec un calme qu'il était bien loin de ressentir, il l'embrassa dans le cou. Les yeux de chats s'ouvrirent immédiatement, et Draco reconnu l'éclat douloureux qui y dansait. Il l'avait vu si souvent au cours des années, quand il ne connaissait encore le corps du survivant que du bout des poings. Mais cette fois, il crut apercevoir au coin de ses cils quelques larmes égarées qui le glacèrent. Le brun détourna la tête en fronçant le nez, gêné et agacé de sa propre réaction.

« Potter… » commença Draco avant de s'interrompre. Il ne savait pas pourquoi, mais au milieu du silence de la chambre, au creux de son corps à lui, le nom sonnait mal, creux, comme déplacé dans cette bulle d'intimité fragile. Le Serpentard secoua la tête, tentant de s'éclaircir les idées et d'oublier pendant une seconde le feu qui grondait dans ses reins et la chaleur presque insoutenable qui montait en lui par vagues. Puis, en observant le visage fin et tendu de son Gryffondor, la solution lui vint avec un naturel stupéfiant. Il embrassa avec tendresse et, il devait se l'avouer, un zeste de possessivité satisfaite, sa tempe où des mèches noires étaient plaquées par la sueur. Il alla ensuite mordiller doucement le lobe d'une oreille un peu trop bien dessinée pour ne pas avoir été créée dans le seul but de le tenter.

« Je suis désolé Harry »

La voix était encore beaucoup trop rauque, mais le blond la jugea satisfaisante. Il vit les yeux verts s'écarquiller et il se recula légèrement, tout de même inquiet de la réaction du petit brun sous lui. Mais il aperçu le sourire qu'essayait de réprimer Harry, et l'étincelle ravie qui venait éclaircir ses iris en une drôle de couleur menthe à l'eau, délavée et lumineuse. Il ne détourna pas son regard de celui du brun, même quand ce dernier desserra son emprise sur le drap pour aller poser avec délicatesse sa main sur sa joue. Il lui caressa la pommette du bout des doigts, la paume sagement posée près de sa mâchoire, l'air pensif. Puis il se redressa et alla effleurer les lèvres entrouvertes des siennes, les mordillant, les taquinant tranquillement avant de se frayer un chemin entre elles en un baiser cajoleur mais gourmand. Draco se laissa faire avec complaisance, allant jusqu'à changer son appui, reportant tout son poids sur ses avants bras reposant de part et d'autre de la tête du brun. Sous lui, il sentait le Gryffondor se détendre progressivement, ses muscles tétanisés se relâchant un à un alors qu'il bougeait légèrement pour trouver une position plus confortable.

Ils finirent par se séparer, à bout de souffle, et Harry plongea aussitôt dans le cou de Draco. Il embrassa la jugulaire, la grignotant délicatement.

« Draco » souffla finalement Harry avec délectation tout contre la peau pâle, semblant savourer la sonorité de ce prénom si peu utilisé.

Draco eut un sourire gentiment moqueur, intérieurement navré de se trouver ému pour quelque chose d'aussi banal. Potter le faisait virer Poufsouffle. Alors qu'il s'apprêtait à faire un commentaire, il capta le rictus clairement sadique du brun mais n'eut pas le temps de l'interroger. Les yeux plantés dans les siens, Harry se redressa avant d'abaisser ses hanches en un mouvement implacable, un sourire à la fois innocent et sauvage aux lèvres. La voix de Draco mourut dans sa gorge, se transformant en un gémissement étranglé, une vague de désir étouffante. Avec cette même grâce ingénue, Harry croisa ses jambes dans le dos de Draco, ses mollets fins reposant sur le bas de ses reins et ne lui autorisant, l'air de rien, plus aucun mouvement.

« Ne te fous pas de moi » ronronna Harry contre ses lèvres avant de l'embrasser profondément.

Rapidement le baiser langoureux se fit sulfureux, empreint d'une sensualité suffocante. Draco étouffa un grognement approbateur contre les lèvres du Gryffondor en sentant l'une de ses mains venir lui caresser la nuque du bout des ongles. Le blond n'osait plus bouger, de peur de le blesser dans un geste maladroit ou trop empressé. Il se contenta donc de dévorer ses lèvres avec une ferveur teintée d'une certaine forme de désespoir frustré. Ce fut le brun sous lui qui mit fin à son dilemme, desserrant la prise de ses mollets sur ses reins.

« Viens » souffla-t-il simplement, d'une voix embuée.

Draco eut un grondement presque animal et, sans attendre plus longtemps, il se retira avant de reprendre avec une lenteur contrôlée et presque désagréable le corps qui brûlait contre le sien. Alors qu'il changeait sans le vouloir d'angle, cherchant une meilleure prise sur les hanches rendues glissante par la sueur, il vit le Gryffondor écarquiller les yeux, comme choqué. Puis il les referma presque complètement, avec un gémissement lourd, capiteux.

Draco était stupéfait par ce qu'il ressentait. Si pour l'autre garçon c'était une première fois, ce n'était pas son cas. Pourtant, c'était si éloigné de la sensation de satiété fade qu'il avait toujours ressenti qu'il ne parvenait pas à envisager qu'un tel plaisir puisse être réel. Il n'avait pas de point de comparaison, pourtant il était persuadé que le fait que son partenaire soit un homme et non pas une femme n'y était pour rien, mais que la différence était plutôt due au partenaire en question.

Le plaisir était intense, trop, presque douloureux. Il irradiait de son bas ventre, trop fort, trop violent, rendant les battements de son cœur erratiques et sa respiration irrégulière. A chaque inspiration, il lui semblait aspirer un air brûlant et pâteux. Le plaisir grondait dans ses veines, intoxiquant minutieusement chacune des cellules de son corps et y gravant chaque détail qu'il pouvait capter. Parfaitement synchronisées, ses sensations semblaient se dérégler pour accentuer le phénomène. Ses sens étaient à la fois infiniment plus aiguisés et incapable d'analyser ce qui ne venait pas de Potter, comme saturés par la présence du petit brun. Le grain fin de la peau mate, satinée et glissante de sueur sous ses doigts et ses lèvres. L'odeur entêtante, lourde, salée et musquée qui s'échappaient de leurs corps en mouvement, parfois piquée d'un résidu de menthe poivrée. Les gémissements, soupirs et supplications qui ne semblaient même plus passer par ses oreilles mais aller directement s'imprimer sur sa peau sous forme de frissons.

Alors que le plaisir montait encore, atteignant un seuil insoutenable dont Draco ne soupçonnait même pas l'existence, il fut pris d'une frénésie aussi soudaine qu'incontrôlable de le sentir plus, de le sentir mieux. Sa tête plongea dans son cou, attrapant la peau fine entre ses lèvres avant de la lécher, profondément satisfait de sentir ce goût unique sur sa langue. Une de ses mains relâcha sa prise sur les hanches en mouvement, remarquant sans trop parvenir à le regretter que la marque de ses doigts s'y détachait nettement, tachant de rouge la peau dorée recouverte de sueur. Sa paume alla retrouver le contact lourd, brûlant, du sexe tendu. Le brun laissa échapper un cri rauque quand la main, désormais totalement désinhibée, lui imprima un va-et-vient en rythme. Incendié par la voix suppliante du Gryffondor, Draco feula et sa dégustation de la peau fine du cou devint morsure, légère mais assez appuyée pour laisser sa propre empreinte sur le corps affolant qui ondulait sous lui. Il lécha ensuite soigneusement l'imperceptible blessure, comme pour s'excuser, alors que contre lui Harry se cambrait un peu plus.

Le rythme s'intensifiait progressivement, une danse erratique menée par deux jeunes hommes fascinés par la découverte étourdissante de ce plaisir sans limite, qui les incendiait un peu plus à chaque seconde sans sembler vouloir cesser de croître. Draco avait totalement perdu la capacité de percevoir ce qui n'était pas Harry. Il ne sentait plus le drap sous eux, ne voyait plus sa chambre d'enfant aux murs blancs. La chaleur du feu avait disparue, remplacée par celle brûlante de la peau de Potter et le froid qui agressait chaque partie de son corps qui n'était pas en son contact. Il ne saurait dire quand son cerveau avait décidé de faire abstraction des détails, mais il soupçonnait que ce soit à partir du moment où Potter s'était mis à siffler quelque chose en fourchelangue de cette voix fiévreuse. Il sentait son sang battre entre ses tempes et il se demandait à nouveau avec un sérieux détaché si Potter n'allait pas finir par le tuer là, le cœur foudroyé par un trop plein de plaisir, et commençait à trouver cette fin de vie tout à fait acceptable.

Le Gryffondor de son côté ne pensait plus depuis longtemps, trop occupé à ressentir Draco le plus possible.

Sentant tous les deux quelque chose d'un peu trop puissant gronder dans leurs reins, ils ralentirent la cadence, tout empressement disparu. La main gauche de Harry vint rejoindre celle de Draco sur sa propre hanche, la caressant du bout des ongles, alors que l'autre se glissait doucement derrière sa nuque pour l'entrainer dans un baiser profond, sensuel, mais aussi tendre et paresseux. Il ne fallut que quelques coups de reins, renforcés par une main de plus en plus talentueuse pour que Harry se cambre, son gémissement lourd immédiatement dévoré par des lèvres affamées. Draco n'eut que vaguement conscience du liquide chaud qui éclaboussait son ventre, hypnotisé par le corps sous lui qui vibrait d'une beauté brute, affolante. Chacun de ses traits semblait remodelé par le plaisir, chacun de ses muscles contractés roulait sous cette peau rendue luisante par une mince pellicule de sueur alors que, paradoxalement, un profond abandon émanait du corps contracté à l'extrême. Il semblait tout simplement trop beau pour être vrai. Trop beau pour être à lui.

Et la simple pensée qu'il était le seul responsable de cette métamorphose lui suffit pour venir à son tour. En silence, ou presque, un simple hoquet étranglé par des lèvres douces, parce que cela faisait plusieurs secondes qu'il ne respirait plus et qu'il ne s'en était même pas aperçu, mais que la vision de Harry et ses yeux flous lui donnait envie de hurler à s'en déchirer les cordes vocales. Quand il retomba sur lui, le plus doucement que lui autorisaient ses bras ankylosés, il eut l'impression étrange que son sang s'était changé en lumière.

Il était bien, beaucoup trop, plongé dans une sorte d'exaltation émerveillée qui lui donnait l'impression qu'il n'avait vécu jusqu'ici que pour ce moment précis. Son corps était tellement épuisé qu'il tremblait légèrement, ses muscles noués par l'effort, alors que pourtant plus rien ne lui paraissait alors impossible. A l'instant, il était intimement persuadé qu'il pourrait, si on le lui demandait, se mettre à voler, s'il ne fallait pour cela qu'il se détache du corps alangui de Potter sous lui.

Tranquillement, il lécha la peau dorée du torse doucement musclé, s'amusant de le sentir vibrer alors que Harry ronronnait paresseusement. Il remonta en une caresse flâneuse et taquine le long de son corps, embrassant tout ce qui passait à portée de ses lèvres, avant de terminer son chemin en un baiser savoureux et superficiel, comblé. Il entendit Harry murmurer entre ses dents un sortilège de nettoyage et le Serpentard grimaça à la sensation rapide mais glacée qui en résultait. Il se laissa tomber sur le côté, cessant d'écraser Harry qui eut l'air un instant déçu. Mais le blond lui ouvrit grand les bras et il vint s'y blottir. Le brun embrassa une de ses clavicules, accentuant assez la pression pour laisser une marque, et Draco posa un simple baiser dans des cheveux plus en bataille qu'ils ne l'avaient jamais été. Il glissa une de ses jambes entre celles du Gryffondor qui soupira de satisfaction. Le blond sentit les longs cils noirs papillonner farouchement contre son cou, luttant contre le sommeil.

« Bonne nuit » murmura Harry.

« Bonne nuit » répondit Draco sans oser élever la voix, craignant de briser cette chose qui flottait entre eux et qu'il ne parvenait pas vraiment à définir. Il perçut le sourire en esquisse de Harry sur sa peau, avant que les yeux émeraude ne se ferment. Presque immédiatement il sentit le corps contre lui s'alourdir, totalement détendu, alors que sa respiration ralentissait. Draco tenta en vain de rester éveillé, souhaitant observer le plus longtemps possible la belle image de Potter endormi, enfin totalement à lui.

Mais il finit par sombrer aussi, le cœur léger, et rangée soigneusement dans sa mémoire l'expression sereine de Harry et la sensation de son corps nu imbriqué contre le sien

Un rayon de soleil vint caresser une tempe où s'échouaient déjà quelques mèches d'un blond si clair qu'elles paraissaient blanches. Draco grogna avant d'ouvrir difficilement les yeux, tournant la tête pour fuir la lumière qui l'agressait. Il lui fallut quelques secondes pour analyser le fait qu'il n'était pas dans sa chambre de préfet, et qu'il avait visiblement oublié de fermer ses rideaux la veille. Alors seulement il consentit à ouvrir les yeux. Il lui suffit d'apercevoir une cheminée ouvragée, taillée dans une pierre aussi blanche que de la craie et où luisaient encore quelques braises bleutées, pour resituer l'endroit. Et une respiration lourde et paisible brisant le silence pour que les événements de la nuit passée viennent heurter son esprit engourdi. Il revit en un flash le corps qui brûlait sous le sien, se souvint de chuchotements rauques qui l'embrasaient toujours plus et du plaisir trop intense, qui lui serrait la gorge et lui allégeait le cœur.

Avec un soupir entre résignation et satisfaction niaise, le serpent se tourna sur le côté. Il fut un instant déçu de remarquer que Potter, dormant d'un sommeil de plomb sur le ventre, avait le visage tourné de l'autre côté du lit, ne laissant à détailler aux yeux avides de Draco qu'une masse de cheveux bruns. Un peu plus bas, là où le drap avait glissé, une cuisse ferme, musclée par des années de quidditch trahissait la nudité du garçon endormi à ses côtés, rappel qui vint directement crépiter dans ses reins.

Avec un sourire malicieux, il tira innocemment sur un coin de drap pastel, ne le relâchant qu'une fois la chute de rein visible. Il se redressa légèrement, passant inconsciemment sa langue sur ses lèvres en retenant un grondement appréciateur. Il observa les épaules larges, les muscles durs et bien dessinés, le tracé délicat de la colonne vertébrale qui s'incurvait gracieusement. Il se rapprocha et laissa ses doigts courir sur la peau dorée, précautionneusement, lentement, presque religieusement. Il n'arrivait tout simplement pas à croire que l'homme profondément endormi à ses côté, indécemment beau, était à lui. Qu'il était le premier à avoir touché ce corps.

Avec une fascination qui ne s'émoussait jamais, il redécouvrit les diverses cicatrices éparpillées sur son dos. Du bout des doigts, il vint effleurer la peau blême, soyeuse et lisse, retraçant les yeux mi-clos, le circuit qu'elles dessinaient sur le corps bronzé. Il aimait ces marques d'argent. Elles lui serraient la gorge, elles lui faisaient mal au creux de la poitrine.

Il avait combattu, détesté pendant des années un être qu'il croyait invincible, chanceux, gâté et parfait à en devenir écœurant. Mais c'est cette fragilité gravée à même la peau, ces fêlures plus ou moins blanchies par le temps, ces preuves dissimulées mais pourtant tellement visibles que tout ne lui avait pas réussi, qu'il s'était débattu pour survivre qui l'avait attiré.

Il avait haï une icône saturée de qualités pour se laisser envouter par les faiblesses et les petits défauts d'un homme écorché vif au cœur d'enfant.

Il eut un petit rire en entendant Harry ronronner doucement sans se réveiller, un grondement assourdi déjà familier. Il continua sa caresse flâneuse, l'appuyant un peu plus, et le brun poussa un soupir de bien être.

Et c'est ainsi, ses doigts pâles sur une peau trop belle et hâlée, sa jambe blottie contre son mollet, enfoui sous des draps amandes qui s'étaient gorgés de ce parfum mentholé qu'il connaissait si bien, que Draco Malfoy accepta posément le fait d'être mortellement intoxiqué à Harry Potter. Et cette révélation ne souleva en lui qu'une angoisse vague, presque inexistante, tant ça lui semblait normal. Tant il savait que sa place était ici, à ses côtés, et jamais plus nulle part ailleurs. Et qu'importe s'il devait souffrir de cette faiblesse plus tard, tant qu'il pouvait se réveiller près de lui le plus longtemps possible.

Il secoua la tête, tentant de repousser les pensées poufsouffles qui affluaient par dizaine. Mais l'image paisible de l'homme endormi-'son amant' se corrigea-t-il avec émerveillement- lui fit rendre les armes. Il s'approcha, doucement, laissant sa main dériver pour aller se nicher au creux des reins. Puis, avec douceur, il embrassa une épaule nue.

Harry se réveilla immédiatement, au bruit léger de ses lèvres contre sa peau, comme doté d'un sixième sens. Ou plutôt la réactivité exacerbée d'une génération qui pour survivre n'avait eu d'autre choix que d'être constamment vigilante. Draco vit les cils noirs battre comme pour s'habituer à la luminosité un peu trop forte de la pièce, inondée par le soleil, et durant une fraction de seconde il s'en voulut de l'avoir dérangé alors qu'il semblait tellement paisible. Le blond accentua légèrement sa caresse sur le bas de son dos, effleurant presque par inadvertance la naissance d'une fesse pour lui rappeler sa présence. Il devina sans même le voir le sourire paresseux qui étira les lèvres du Gryffondor qui se retourna d'un coup de hanche. Allongé sur le côté, la tête blottie au creux de son coude, il dévisagea avec sérieux le Serpentard. Ce dernier se soumit calmement à l'inspection, amusé. Il redécouvrait d'un tout autre œil la façon dont un reste de fatigue brouillait la physionomie du brun, chiffonnant ses traits doucement masculins en une attendrissante moue enfantine. Désabusé, il sentit une étincelle de désir crépiter au niveau de son aine et il plissa les yeux.

Harry se redressa légèrement et vint embrasser délicatement son menton avant de frotter son nez contre sa joue. L'image d'un chaton capricieux fusa dans l'esprit de Draco qui éclata d'un rire clair, joyeux. Avec un sourire langoureux Harry rampa sur son torse, emmêlant au passage ses doigts aux siens avant de venir étouffer son rire dans un baiser affamé. Le blond l'accueillit avec gourmandise, attirant le corps souple plus près du sien en renforçant sa prise sur ses reins. Il eut un grondement engourdi de satisfaction en sentant que Potter se coulait docilement contre lui, entrelaçant leurs jambes.

Finalement au bout de quelques minutes, ce fut le brun qui s'éloigna sur un sourire avant de bailler à s'en décrocher la mâchoire. Draco leva les yeux au ciel.

« Bonjour Draco » murmura le Gryffondor, d'une voix voilée par le sommeil parfaitement affolante.

« Bonjour Harry » répondit simplement Malfoy, souriant narquoisement en observant la lueur de triomphe émerveillée qui brillait dans les yeux verts. Harry lui tira la langue avant de se frotter les yeux avec ses paumes.

Puis Harry se redressa doucement, avec une grâce et une langueur toute féline, effaçant dans la seconde l'expression tendrement moqueuse de Draco. Les yeux ronds, le Serpentard observa le dos marqué qui s'arquait lentement, faisant jouer sans aucune pudeur sous son nez des muscles déliés. Le drap, complice involontaire, coulait le long de sa peau mate, la dévoilant avec une indécence totalement naturelle. Les yeux clos, les mains jointes au dessus de sa tête, Potter s'étirait, avec une sensualité aussi inconsciente qu'alarmante.

Draco, subjugué, s'agenouilla avant de se rapprocher jusqu'à poser ses lèvres sur la marque encore légèrement rouge dans son cou, vestige de la morsure de la veille. Harry ouvrit les yeux, plissant le nez sous la chatouille, avant de laisser retomber ses bras sur les épaules du Serpentard. Il passa une de ses mains dans les cheveux dorés, jouant avec les mèches claires. Il les fit couler entre ses doigts, s'émerveillant de leur douceur et de leur couleur ivoire si caractéristique des Malfoy. Dans les rayons du soleil, ils semblaient presque transparents tant ils étaient lumineux. Quand il finit par baisser la tête, ce fut pour remarquer avec une sorte de surprise détachée que Draco l'observait par en dessous, les yeux mi clos, son souffle chaud s'écrasant contre sa mâchoire, l'éclat d'un chat joueur guettant un canari naïf blotti au creux des prunelles. Le Serpentard enroula ses bras autour de sa taille, remontant les mains le long des reins nus avec un sourire canaille. Harry se pencha avec un petit rire et l'embrassa doucement, ronronnant un peu quand les doigts blancs vinrent caresser son flanc gauche.

Une petite voix grêlée et pressée les fit soudain sursauter

« Jeune maître votre mère vous…argl !»

Dans un coin de la pièce, une petite créature verdâtre aux oreilles démesurées se retourna avec un glapissement, les mains sur les yeux.

Horrifié, le regard de Draco navigua de l'elfe de maison au corps dénudé de son petit ami statufié. Par réflexe, il tira à lui le drap qu'il enroula rapidement autour de Harry, mais dans sa précipitation il perdit l'équilibre et bascula du matelas. Il se retrouva allongé sur le dos au sol, les bras en croix, les yeux fixés sur le plafond. Du coin de l'œil, il perçut le mouvement réprimé de son elfe de maison, à demi tourné, figé d'indécision, ne sachant s'il devait l'aider de peur de renforcer son humiliation. Du haut du lit, Draco entendit le rire clair, chaleureux mais encore rauque de leur réveil récent de Harry.

Pitoyablement étalé au sol sur les pierres froides, nu sous le regard mortifié de son serviteur qui réussissait l'exploit de rougir malgré sa peau verte, Draco leva les yeux pour voir dépasser du matelas la tête ébouriffée de Harry, le fixant de ses grands yeux pétillants de joie, drapé dans son drap comme dans une toge antique d'un vert amande. Draco éclata de rire à son tour, tout simplement trop heureux pour réagir autrement. Avec un sourire amusé, Harry descendit du lit. Il alla s'asseoir derrière lui, le redressa avec délicatesse et partagea avec lui son drap, camouflant avec soin chaque parcelle de peau pâle.

« Hum. Tu voulais quelque chose Dixy ? » demanda alors le Serpentard avec tout l'aplomb dont il était capable, blotti entre les bras d'un Harry Potter aussi dénudé que lui.

« Vo…Votre mère vous demande dans le salon quand vous serez prêt » couina l'elfe, détournant son regard horrifié des deux hommes enlacés, en tortillant entre ses doigts le chiffon qui lui servait de vêtement.

« Va lui dire que nous la rejoindrons le plus tôt possible » finit par répondre distraitement Draco, son attention focalisée sur le corps nu collé contre lui. L'elfe s'inclina, les yeux fermement clos, avant de transplaner d'un air soulagé.

« Il ne manquait plus que ça. Bordel Harry, arrête de rire ! Dans quelques heures ça aura fait le tour du manoir. Ma mère sera au courant. Pire ! Trent sera au courant. Je ne pourrais plus jamais remettre les pieds ici sans qu'il ne me regarde avec ce sourire moqueur qui m'exaspère. C'est une catastrophe. »

Harry écouta ses plaintes, essayant tant bien que mal de contenir son fou rire. Il caressait avec douceur les cheveux pâles de Draco dont la tête reposait paresseusement en arrière, posée sur son épaule. Malgré son discours alarmé, il était étonnement calme, somnolent, et un sourire de bien être étirait ses lèvres sans qu'il n'en soit réellement conscient. Les doigts de Harry vinrent retracer à tâtons l'arrête du nez fin avant de frôler une pommette haute, de glisser le long de la mâchoire, du cou, avant d'échouer sur une clavicule qu'il effleura du bout des ongles. Les frissons envahirent la peau blême et Harry embrassa sa nuque. Sans même y réfléchir, Draco vint se blottir contre lui, tournant la tête pour nicher son visage dans le creux de son cou.

Une petite boule de fourrure rousse pointa prudemment son nez hors de la tanière de tissus où elle avait passé la nuit. Belette était assez intelligent pour comprendre que sa présence aurait été de trop durant la nuit et il avait réquisitionné un fauteuil près du feu, désormais éteint, où son maître avait abandonné son pull la veille. Il sauta à terre avec grâce avant de s'étirer paresseusement, ses griffes produisant un léger crissement sur le parquet. Il s'assit et bailla, dévoilant de petits crocs d'ivoire et une langue râpeuse, et frotta l'une de ses pattes sur sa truffe, comme pour lisser ses moustaches plissées. Semblant satisfait, il se redressa et fonça sur les deux sorciers.

Sans hésitation, il sauta entre les jambes de Draco, s'emmêlant un peu dans le drap et se débattant comme un tigre miniature. Quand il parvint à s'en extirper, il s'allongea de tout son long sur les cuisses de son maitre. Il leva sur lui son regard bleu, entre agacement, impatience et adoration. Draco sourit et laissa ses doigts se perdre dans la fourrure cuivrée, juste derrière l'oreille. Le fléreur ferma les yeux, satisfait, et laissa tomber lourdement sa tête sur ses pattes, se rendormant presque.

Et ils restèrent ainsi, seulement bercés un ronronnement continu, la litanie à peine audible des grommèlements boudeurs du Serpentard et, parfois, par les rires étouffés du Gryffondor.

Derrière la porte entrouverte, Narcissa Malfoy souriait doucement.

« Malfoy, t'as pas l'impression de prendre toute la place là ? »

Draco daigna relever la tête pour jeter un œil à la belette. Ce dernier l'observait, à la fois exaspéré et goguenard, tassé dans un angle de la table avec une dizaine de grimoires. Draco referma les yeux et enfoui de nouveau son nez dans son coude, bien décidé à somnoler un peu. Il entendit la belette médire sur ces Serpentards qui envahissaient son espace personnel mais Draco ne fit aucun commentaire. Il savait aussi bien que Weasley que ce dernier ne cherchait qu'un prétexte pour échapper un peu à ce marathon de révisions, et le blond ne possédait pas la motivation nécessaire pour entamer une énième dispute avec le rouquin désespéré.

Un projectile léger rebondit sur son crâne avant d'atterrir au sol sans bruit. Vu la direction, Draco soupçonnait fortement Granger de lui avoir lancé une boulette de papier. Il grogna.

« Malfoy, révise un peu ! Les ASPICs ont lieu dans moins d'un mois ! »

Voilà, il savait bien que c'était la préfète en chef qui avait osé l'attaquer physiquement. Sa voix que le stress nichait une ou deux octaves trop haut lui arracha une grimace.

« M'en fous. »

Il espérait vaguement que la conviction de sa réponse l'arrêterait, mais il sous estimait la jeune fille qui avait réussi à mettre au travail durant sept ans deux paresseux de premier ordre.

« Tu t'en fous peut être maintenant. Mais si tu rates tes examens et que tu te retrouves sans rien, tu m'expliques comment tu vas bosser ? »

« Je suis riche. M'en fous. »

La réponse flegmatique du Serpentard rendit la Gryffondor muette - et passablement outrée. Le rire approbateur de Blaise retentit, suivi de celui de Théo, et Draco sourit, satisfait.

Des doigts frais vinrent se poser sur sa nuque, y traçant des cercles concentriques en une sorte de massage superficiel. Draco laissa échapper un soupir de plaisir et il s'avachit un peu plus sur la table, toutes notions de tenue et de bienséance oubliées. Il voulait dormir, et les mains qui couraient sur sa peau étaient bien loin de l'inciter à des pensées plus studieuses.

« Draco, tu devrais quand même réviser un peu non ? Relis la défense contre les forces du mal avec moi »

De nouveau, Draco grogna mais il se redressa, faible face à cette voix trop douce. Il capta le sourire moqueur de Weasley et celui triomphant d'Hermione mais il ne fit aucun commentaire. Il se leva avec difficulté et, suivant Potter, s'assis sur le canapé. A ses côtés, le brun ouvrait un énorme ouvrage à la couverture inquiétante, qu'il lui tendit.

« Mais tu n'as pas besoin de réviser ça, tu es le meilleur de la classe en défense contre les forces du mal Harry » grommela-t-il sans conviction, en attrapant maladroitement le grimoire bien plus lourd qu'il n'en avait l'air.

« En même temps, vu le prof, ça n'est pas très difficile Malfoy. Et puis je veux être sûr d'avoir un optimal dans cette matière, je ne veux pas prendre de risques. »

Le Serpentard jeta un regard peu convaincu à son petit ami. Ce dernier avait déjà été admis à l'école des Aurors, et il était réellement l'un des sorciers les plus doués de leur génération dans cette matière. Il soupçonnait fortement Potter d'utiliser plutôt ce prétexte pour le faire réviser qu'il le veuille ou non. Il ouvrit la biographie de Salamandir Pervost au hasard.

« Quelles sont les caractéristiques d'une harpie, comment faire pour la reconnaitre sous sa forme humaine et la combattre ? »

A peine le survivant avait il commencé sa liste, d'une voix assurée et sans hésitation, que Draco décrocha. Il connaissait la réponse, bien entendu. Cela ne l'étonnait pas, il lui semblait que ce grimoire avait été un moment le livre de chevet de Potter. Il devait même le connaitre par cœur. Le regard du blond dériva, cherchant quelque chose à quoi se raccrocher pour ne pas sombrer.

Granger, assise à la table qu'il venait juste de quitter, disparaissait littéralement derrière un mur d'ouvrages divers, variés et complexes. Rien que les glyphes qui ornaient la couverture d'une grande majorité d'entre eux lui faisaient mal au crâne. En face d'elle, Weasley tentait tant bien que mal de l'imiter, mais ses traits crispés montraient clairement que cette immersion forcée dans l'histoire de la magie le désespérait. Draco ricana. Sur la table d'à côté, Thomas et Finnigan étaient lancés dans un débat visiblement houleux mais discret –ils avaient retenus les leçons moralisatrices de leur préfète- un nombre impressionnant de grimoire de Sortilèges ouverts autour d'eux. Dans son coin, Neville Londubat lisait d'un air pensif un parchemin d'une longueur respectable. Draco ne doutait pas un instant qu'il parcourait de nouveau le courrier quasi quotidien de Trent : il avait reconnu sans peine l'hibou verdâtre qui s'était posé près du Gryffondor au petit déjeuner. Décidément, ces deux accros s'étaient trouvés.

Enfin, assis en tailleur sur le sol, Blaise et Théo, épaule contre épaule, révisaient respectivement les potions et la métamorphose. Le métis releva soudain la tête et, interceptant le regard morne de son ami, fini par lâcher la question que tous se posaient.

« Ben alors Draco ? Potter a été trop enthousiaste hier, il ne t'a pas laissé dormir ? »

Ledit Potter s'interrompit aussitôt dans un 'couic' sonore qui fit ricaner Seamus et Ron. S'apercevant que le Serpentard ne comptait pas répondre, et donc confirmer implicitement la suggestion de Zabini, ce fut Harry qui s'empressa de leur expliquer.

« Pas du tout ! On a fait un peu de Quidditch ensemble hier soir, je pense que je l'ai un peu fatigué. Que veux-tu, ils sont fragiles ces joueurs de Serpentard ! »

Les trois Serpentards grondèrent dans une synchronisation parfaite.

« Oui, c'est ce qu'on dit ça Harry » l'asticota Dean avec un petit clin d'œil.

« Vous êtes des abrutis, vous m'avez bien vu dormir au dortoir cette nuit. »

« Rien ne nous prouve que tu ne t'es pas éclipsé en cachette » Renchérit Seamus, amusé de voir Harry prendre leurs taquineries au sérieux.

« Ben voyons. Tout le monde est au courant mais je n'aurais que ça à faire de me lever au milieu de la nuit puis de revenir au petit matin. »

S'ensuivit un débat animé que Draco n'essaya même pas de suivre, trop occupé à lutter pour garder les yeux ouverts. Blaise et Théo lui adressèrent un regard inquiet, se doutant bien que sa fatigue était due à toute autre chose que le quidditch. Il l'avait trop connu dans cet état depuis presque un an pour qu'il puisse les tromper.

Il sortait depuis bientôt deux mois avec Potter. Il avait peu à peu réussi à retrouver un sommeil normal. Mais parfois, quand Potter ne dormait pas avec lui, il arrivait que des images reviennent le hanter. Celui d'un regard acier semblable au sien, d'une flèche magique, de cadavres autour de lui et de sa mère si morte à l'intérieur. Et quand l'odeur de sang lui revenait trop précisément, que le silence l'étouffait à force de résonner de hurlements, il se levait et allumait toutes les lumières avant de se blottir devant le feu. Il ne buvait plus, Potter l'avait surpris une fois et il en avait été horrifié. Il se contentait donc de serrer contre lui Belette, qui restait éveillé à ses côtés et qui ronronnait jusqu'à ce que le jour se lève.

Il n'en avait pas parlé à Potter. Même si ses cauchemars devenaient plus fréquents. Même si ça angoissait Théo. Même si ça énervait Blaise. Car il savait très bien où se situait le problème. Les révisions effrénées pour les ASPICs ne lui permettaient plus d'oublier que la fin de leurs années à Poudlard approchait. Bientôt il devrait quitter le vieux château, abandonner leurs habitudes et ce qui restait de leur vie d'adolescents. Et surtout, il craignait de perdre Potter.

Draco était le premier conscient de la folie qui allait entourer le survivant dès sa sortie. Le monde entier semblait guetter son arrivée, retenant son souffle. Il suffisait de lire la gazette, ou de compter le nombre de hiboux qu'il recevait-et ignorait- tous les matins pour le comprendre. Sa popularité ne cessait de croitre. Et cela effrayait Draco plus que tout. Car si Weasley et Granger avaient déjà loué un appartement pour tous les deux, et que Théo allait emménager chez Blaise, eux n'avaient même jamais discuté de l'après Poudlard. Et certaines nuits qu'il passait seul, quand il cherchait par habitude un corps nu qu'il ne trouvait plus, la peur de l'abandon le prenait à la gorge. Il ne voulait pas en parler à Potter. Il craignait de le faire fuir avec ses peurs stupides, en lui demandant de s'engager à seulement dix sept ans et le monde quasiment à ses pieds.

'Myosotis. Ne m'oubliez pas…'

Draco soupira, fermant les yeux une seconde.

« Malfoy… » fit la voix menaçante d'Hermione.

« Hermione ? Laisse-le se reposer un peu, il révisera demain. Une petite pause n'a jamais tué personne » fit Théo à voix basse. Hermione sembla étonnée mais elle ne protesta pas. Il ne lui fallait pas plus que la demande du si studieux Théo pour comprendre qu'il se passait quelque chose qui lui échappait. Ron parut étonné, et relativement scandalisé, de voir que Malfoy était si facilement dispensé de révisions mais le regard noir de sa chère et tendre le fit replonger aussi sec dans son grimoire.

« Draco ? Dors un peu si tu veux, je te réveille dans une heure ou deux » lui proposa Harry à l'oreille.

« Hum. Un petit quart d'heure suffira » corrigea Draco.

« D'accord, un quart d'heure » répondit Harry en ayant la ferme intention d'oublier de regarder sa montre et de ne le réveiller qu'au moment de partir. Les cernes de Draco étaient alarmantes.

Inconsciemment, le blond se rapprocha un peu plus du Gryffondor qui sourit. Il s'empara du livre de Salamandir Pervost, qui commençait à osciller dangereusement, et le posa délicatement au sol sous le regard réprobateur mais résigné d'Hermione. Puis, doucement, il l'attira un peu plus à lui, lui ouvrant les bras. Le Serpentard se laissa faire, et cette docilité n'était pour le survivant qu'une preuve de plus qu'il était anormalement fatigué. Il caressa une de ses joues, observant avec une grimace ses traits tirés par le manque de sommeil. Sa main alla se poser sur sa hanche pour raffermir sa prise et, après l'avoir embrassé discrètement sur le front, il blotti sa tête dans son cou. Il ignora royalement les piques moqueuses et grivoises de Dean et Seamus, soudain très tenté par une petite sieste.

Le canapé était confortable, le soleil le réchauffait, les murmures de ses amis l'apaisaient. Et surtout, la respiration de Draco se faisait lourde, il sentait affreusement bon et le contact de son corps contre le sien lui avait manqué comme si on l'avait amputé d'un membre.

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Draco fut réveillé de son sommeil de plomb par une présence assurément féminine. En ouvrant un œil, il reconnu Granger accroupie près de lui qui lui souriait d'un air complice. Décidemment, cette fille gagnait à être connue loin de ses livres de cours.

« Les autres sont tous rentrés, mais comme vous aviez l'air épuisés j'ai choisi de vous laisser dormir un peu. Mais là le dîner va bientôt être servi et je pense que vous avez besoin de manger un peu quand même. »

Draco se redressa, groggy, et s'aperçut en effet que la bibliothèque était à présent plongée dans la pénombre, de rares chandelles permettant aux plus acharnés de pouvoir encore décrypter leurs livres. Granger avait déjà son sac sur l'épaule et elle lui fit un clin d'œil avant de tourner les talons.

« Je te laisse le réveiller. On se retrouve au dîner »

Draco se secoua, essayant de s'empêcher de se rendormir dans la seconde. Il avait l'impression de dormir depuis trois jours, et l'idée de poursuivre ce sommeil réparateur durant une semaine ou deux lui paraissait terriblement séduisante. Il était exténué. C'est au moment où il cédait à la tentation qu'il s'aperçut que Potter lui servait de coussin, et qu'il dormait profondément, la tête basculée vers l'avant. Draco sourit, attendri, et il le secoua doucement.

« Hey, Harry? C'est l'heure d'aller manger. »

Les yeux verts papillonnèrent difficilement, comme s'il cherchait à faire le point sur son environnement. Il fronça le nez, visiblement contrarié par quelque chose qu'il ne parvenait pas à cerner. Amusé, Draco lui tendit ses lunettes qui avaient été posées sur l'accoudoir par une personne particulièrement prévoyante. Une fois qu'il eut retrouvé une vue à peu près normale, Harry tourna son visage encore embrumé par le sommeil et le scruta.

« Bien dormi ? »

« Tu fais un oreiller tout à fait acceptable. »

Draco tenta d'ignorer les frissons qui lui couraient le long de la colonne vertébrale après avoir entendu la voix trop rauque de Potter. Cet abruti de Gryffondor avait toujours été affolant au réveil.

Harry hocha la tête, visiblement satisfait et il le repoussa doucement pour pouvoir se relever. Harry s'étira et l'étincelle de désir que Draco ressentit en voyant apparaitre l'ombre de ses abdominaux s'effaça rapidement quand le brun grimaça. Evidement, passer plusieurs heures en tant qu'oreiller ne facilitait pas la circulation sanguine. Et il n'osait même pas imaginer les courbatures qu'il allait avoir le lendemain.

Face à son air inquiet, Harry lui sourit et haussa les épaules, semblant sous entendre qu'il en avait vu d'autres. C'était vrai, mais cela n'apaisa pas Draco pour autant.

« On y va ? Si j'arrive trop tard je n'aurais plus rien à manger à la table des Gryffondors. Ron est un rapide, et l'amitié ne compte plus quand il est en face d'un plat.»

Ils sortirent de la bibliothèque en silence, sous le regard suspicieux de Mme Pince sur leur air légèrement débraillé. L'agitation des couloirs les frappa de plein fouet. Des élèves couraient dans toutes les directions. Beaucoup ralentissaient pour les saluer et même Harry semblait avoir du mal à gérer le trop plein d'informations qui les agressait. Il se contentait de garder un sourire crispé et d'avancer le plus vite possible.

Quand enfin ils arrivèrent dans une zone d'accalmie, Draco ne put retenir un soupir profond. Rien qu'à la pensée du bruit de la grande salle, des conversations, des cris, des couverts s'entrechoquant, il ne rêvait plus que d'une chose : aller s'enfouir sous sa couette, avec Harry sous le bras si possible.

« Draco ? »

Le blond fit un effort pour reporter son attention sur Harry. Comme toujours, le simple fait de le sentir marcher à ses côtés le faisait se sentir mieux. Potter marchait toujours assez près, inconsciemment protecteur, mais n'envahissait jamais son espace. Epaule contre épaule, leurs doigts qui se frôlaient parfois. Pas de mains dans la main, ni autre geste dégoulinant de bons sentiments que Draco n'appréciait pas d'étaler en public. Il n'avait jamais aimé être collé par ses petites amies, mais il aimait cette possessivité discrète qui émanait de Potter.

« Hum ? » Répondit-il seulement

« J'ai oublié de te parler d'un truc. J'ai reçu un hibou de Kingsley tout à l'heure. Il me propose de me donner le terrain où se trouvait la maison de mes parents, à Godric's Hollow. Ca te dirait de vivre là bas ? Ou tu préfères qu'on prenne un appartement plus proche du centre de Londres ? J'ai bien conscience que Godric's Hollow c'est assez loin de tout, mais je me suis dis qu'en transplanant c'était gérable… T'en penses quoi ? »

Draco le fixa, les yeux ronds, stupéfait. Puis il éclata de rire. Un rire chaud, doux et joyeux, si spontané que le Gryffondor s'arrêta pour l'observer avec incompréhension.

Alors Draco s'approcha de lui avec un sourire carnassier. Une de ses mains vint s'ancrer à sa hanche pour le faire reculer alors que l'autre, d'un geste vif, remontait ses poignets au dessus de sa tête. Plaqué contre le mur du couloir, une pierre lui rentrant dans le dos, Harry fixa le Serpentard avec une moue désabusée.

« Godric's Hollow c'est ça ? Ca m'a l'air intéressant… Mais à une condition. Il est hors de question que tes potes gryffis s'occupent de la décoration de la chambre d'ami. Et d'ailleurs, je me charge de la décoration intérieure. »

Harry y réfléchit durant quelques secondes, les yeux plissés par la concentration et Draco en profita pour se rapprocher encore, complètement séduit. Finalement le brun hocha la tête d'un air grave et Draco dut retenir un nouvel éclat de rire enchanté. Des élèves commençaient à envahir le couloir, et il sentait leurs regards avides s'échouer sur son dos. Ils restèrent les yeux dans les yeux un bon moment, jusqu'à ce que Harry ne lève les yeux au ciel en demandant pourquoi exactement il se donnait en spectacle à quelques mètres de la grande salle.

N'y tenant plus, Draco l'embrassa doucement, laissant une de ses mains errer quelque part au niveau d'une chute de rein qu'il avait appris à vénérer. Il ne fallu qu'une seconde au Gryffondor pour se remettre de sa surprise et répondre au baiser avec enthousiasme-un peu trop, Draco entendit nettement un élève demander si cela n'était pas considéré comme une atteinte aux bonnes mœurs. Les autres eurent tôt fait de lui montrer le badge de préfet en chef de Draco et de lui rappeler qui était Harry Potter et le gêneur pointilleux disparu dans la grande salle.

Contre ses lèvres, Draco perçut le rire tout en souffle de Harry.

Contre lui, Draco se souvint qu'avec Harry Potter, le bonheur c'était si simple au final.

Fin

Note du champi : Et voila, l'ombre est officiellement finie (pour de bon cette fois). Il était temps :p. J'espère que vous n'avez pas été trop déçues par cet épilogue.

Merci à vous d'être parvenu jusque là :)

Le dernier mot pour Sean, parce qu'elle roxxe et que je la nem *-*