Prisonnière (En captivité - espèce protégée)
Assise près de la fenêtre, Kallen observait le ciel sans le voir. Sa tête était vide et c'était bien mieux ainsi.
Elle n'en revenait pas de s'être fait duper de cette manière. Elle lui avait fait confiance, elle avait cru en lui, elle l'avait suivi avec un entrain permanent, elle l'avait même soutenu quand tous avaient douté de lui.
Tout ça pour quoi ?
A la fin, il l'avait trahie comme les autres.
Et maintenant, elle était là, avec eux, en prison, à attendre l'inéluctable.
Elle savait qu'elle était condamnée mais curieusement, elle n'avait pas peur. Elle attendait même avec une certaine impatience le jour de l'exécution.
Ainsi, elle serait délivrée.
Pas des murs qui la retenaient dans ce bâtiment sordide, non, la captivité physique n'était pas un vrai problème.
Ce qui vraiment l'étouffait, c'était ces images qui repassaient en boucle dans sa tête dès qu'elle fermait les yeux, dès qu'elle avait un moment de libre, dès qu'elle s'autorisait à penser.
Ces souvenirs que personne ne connaissait, que personne ne supposait même.
Encore qu'il y avait eu des spéculations dans ce sens au sein des Chevaliers Noirs, mais comme elle avait toujours nié, ils avaient fini par ne plus en parler. En plus, aucun de ses amis ne l'imaginait réellement capable de ce genre de chose.
Et avec ce qu'il s'était passé ces derniers mois, plus personne n'osait aborder la question.
Mais elle, elle savait.
Ce qu'elle avait fait. Ce qu'elle avait autorisé. Jusqu'où elle était allée.
Et elle n'avait aucune excuse.
Elle était bien consciente qu'au moins pour ça, elle ne s'était pas laissé abuser ou tromper. Elle avait été consentante, et même plus. Elle avait voulu, demandé, presque exigé qu'ils en arrivent là.
Elle n'avait jamais approché Zero tant qu'il était caché derrière son masque d'organisateur de la résistance pas plus qu'elle ne s'était intéressé à Lelouch, cet étudiant distrait et passif, qui regardait le monde avec un cynisme évident.
Mais après avoir découvert qu'ils ne formaient qu'un, alors tout avait été plus clair.
C.C avait beaucoup aidé. Nanully également. Chacune lui avait révélé à leur manière une nouvelle facette de la personnalité complexe de ce garçon qui l'attirait inexorablement.
Elle aurait probablement dû garder ses distances et ne pas chercher elle-aussi à comprendre qui il était vraiment, mais elle n'avait pas pu résister. Et apparemment, elle s'était surestimé en imaginant avoir réussi à percer sa carapace et à le comprendre.
Il n'était pas aussi noble qu'elle l'avait supposé, aussi ironique que cela puisse paraître maintenant qu'il s'était lui-même sacré empereur.
Et comme les autres, elle s'était laissé duper.
Pourtant, quelque part au plus profond d'elle-même, le doute subsistait toujours. Et c'était pour cette raison qu'elle restait là à observer le ciel.
Elle refusait de réfléchir, de penser, de se souvenir.
De ses baisers, de ses caresses, des mots tendres qu'il avait prononcés cette nuit-là.
L'hésitation dans sa voix alors qu'elle défaisait sa chemise.
Les tremblements dans ses doigts quand elle s'installa sur ses genoux.
L'appréhension qu'elle avait vue dans ses yeux au moment où elle lui avait demandé de la prendre.
Jusqu'au dernier moment, il l'avait laissée libre de sa décision, libre d'arrêter, libre de partir.
Mais non, il avait fallu qu'elle reste, qu'elle continue, qu'elle insiste.
C'était elle qui était venue à lui et pas l'inverse.
C'était elle qui avait tout initié entre eux.
Lelouch n'avait jamais eu un geste déplacé envers elle, ni même une attention laissant clairement supposé qu'il pouvait être intéressé.
Même quand il lui avait demandé de le réconforter, il n'était réellement conscient de ce qu'il faisait. Il aurait probablement agi de la même manière face à une autre. Il avait eu besoin d'un corps à enlacer, n'importe lequel, et c'était précisément pour cette raison qu'elle avait refusé.
En revanche quand il était revenu, elle avait cru possible que leur relation évolue.
Après tout, il lui faisait confiance. Elle était la seule avec C.C dans la confidence, aussi bien de son identité derrière le masque mais également en tant qu'ancien prince héritier, rejeté par son père et sa famille.
Elle pensait avoir compris sa douleur et l'avoir un peu apaisée, mais apparemment, elle avait eu tout faux.
Contemplant les nuages, Kallen soupira.
Les images des cheveux noirs de Lelouch qui tranchaient avec la pâleur de sa peau alors qu'il se blottissait contre elle, refusant de la quitter même bien après leur étreinte, puis la sensation de ses lèvres dans son cou, de ses doigts en ses jambes, la façon délicate et tendre dont il la caressait, tout lui revenait en mémoire simplement à cause de la blancheur du ciel.
Son aspect cotonneux et doux était similaire à celui du lit où ils étaient restés à se parler des heures durant, à faire l'amour des heures durant.
Il n'avait pas bougé de toute la nuit, il avait gardé l'oreille posée sur son cœur et la main fermement accrochée à sa hanche comme par peur qu'elle ne regrette ses actes et ne tente de s'enfuir.
Mais à ce moment-là, la chose que Kallen regrettait c'était de ne pas avoir eu le courage de se lancer plus tôt, de ne pas pouvoir en profiter davantage pour ne pas éveiller les soupçons.
Elle n'avait pas voulu l'épuiser, sachant qu'ils avaient tous les deux de nombreux combats à mener pour se débarrasser de la tyrannie de l'empire.
C'était ironique de se souvenir de ces choses-là maintenant, à quelques jours de son exécution par celui-là même qu'elle avait presque forcé à devenir son amant et qui était devenu le pire dictateur que l'Histoire ait connu.
D'un autre côté, ce n'était plus très important.
Bientôt, elle serait morte et tout ce qu'il s'était passé entre eux disparaîtrait avec elle.
Personne ne saurait jamais ce qu'elle avait fait ni jusqu'où elle s'était fait manipuler. Elle préférait se faire exécuter, ainsi elle serait libérée de la culpabilité qui la rongeait et de la honte de toujours ressentir, malgré elle, une attirance pour lui.