Chapitre 4

Harry vit la lumière l'entourer et se sentit aspiré dans un tourbillon alors que les visages qui l'entouraient disparaissaient. Il tendit les mains vers Rowena et Morgane mais elles avaient déjà disparues. Sa tête sembla s'enflammer et il poussa un terrifiant hurlement de douleur en plaquant les mains sur sa cicatrice.

Il ne réalisa pas tout de suite où il était, ne pouvant détacher son esprit de la douleur de son front. Il entendait vaguement des cris qui l'appelaient, mais ne comprenaient pas les mots qu'on lui disait. Les images défilaient dans sa tête sans qu'il ne puisse rien faire contre. Finalement, la douleur se calma et il enleva prudemment sa main de son front, remarquant au passage le sang qui coulait dessus.

- Harry ! Harry !

Il ouvrit les yeux, remarquant qu'il voyait flou. Aux couleurs accueillantes, il crut reconnaître son appartement.

- Circée ?

- Oh, Harry, tu es réveillé ! Que se passe-t-il ? Pourquoi Morgane n'est pas avec toi ?

Harry grogna, sentant le mal de crâne qui lui martelait les tympans.

- Sais pas… On rentrait à Poudlard et puis j'ai disparu…

- Et ta tête ? demanda Circée, visiblement très inquiète.

- Un cadeau de Voldemort, marmonna Harry.

Il tenta de se lever, mais tituba aussitôt. Les jambes flageolantes, il se rattrapa à un accoudoir, respirant profondément pour tenter de se calmer. Son regard tomba sur la bague de bronze et un sourire tendre vint orner ses lèvres, occultant momentanément son mal de tête. Il finit par se reprendre et se dirigea vers la salle de bain, où il laissa couler une douche brûlante. Avec soulagement, il se glissa en dessous après s'être rapidement déshabillé.

Quand il ressortit, après avoir revêtu une robe de son époque, il retourna dans le salon pour discuter avec Circée mais sursauta violemment. Hermione était assise du bout des fesses sur un canapé, se tordant nerveusement les mains. Elle ne l'avait pas entendu venir, mais finit par relever la tête en se sentant observée et frémit en voyant les yeux vides d'émotions de Harry.

- Harry ? C'est bien toi ?

- A moins que n'importe qui ne puisse entrer dans mes appartements, oui, répondit Harry avec un sourire moqueur et froid.

Il tourna un regard interrogatif vers Circée.

- Désolée, Harry. Elle était devant le tableau quand tu as eu ta crise et t'a entendue. J'ai préféré la faire rentrer avant qu'elle n'aille avertir tout le château.

Harry hocha la tête et capta le regard d'Hermione qui le détaillait, stupéfaite. Il savait qu'il avait beaucoup changé en trois mois, que ce soit physiquement ou mentalement.

- Que fais-tu ici, Hermione ? demanda-t-il d'un ton poli mais ennuyé.

- Je…

Elle se tordait toujours les mains, puis finit par se lancer.

- Je suis désolée, Harry ! Je n'aurais jamais dû faire ça, c'était horrible de ma part ! Je comprends pourquoi tu n'as plus voulu me parler, c'est la dernière fois que je viendrai t'embêter. Mais je voulais que tu saches que je le regrette.

Harry l'avait observé d'un air impassible pendant tout le temps où elle parlait. Ce dut être trop pour elle, puisqu'elle se leva avec des larmes plein les yeux et se dirigea vers la porte de sortie. Elle se tourna juste sur le seuil.

- S'il te plaît, Harry, fait quand même attention. Je continuerai l'AD, ne t'en fait pas.

Elle repartit, mais Harry se décida soudain.

- Hermione !

Il lui fit un petit sourire, pas aussi rayonnant que ceux avant, mais tout de même un sourire. Si Merlin lui avait appris une chose, c'était bien que l'amitié était quelque chose de précieux.

- Excuses acceptées !

Le visage d'Hermione se transforma instantanément et elle fit un grand sourire, avant de se jeter dans ses bras. Surpris, Harry la réceptionna et la tint le temps qu'elle se calme, complètement déboussolé.

- Merci, Harry, dit-elle en riant à travers ses larmes.

- Harry ! appela Circée. Le directeur veut vous voir.

Hermione se recula aussitôt.

- Je vais te laisser, Harry.

- Tu peux éviter de parler de l'intérieur de mes appartements, s'il te plaît ? demanda Harry d'un ton distrait, se demandant ce que voulait Dumbledore.

Son amie hocha la tête et sortit, suivie par Harry qui n'avait pas envie que tout le monde ne puisse rentrer dans son appartement.

- Professeur ? demanda-t-il d'un ton poli.

- Ah, Harry, j'aimerai bien savoir où tu étais depuis un mois, dit le directeur d'un ton chaleureux. Tu n'étais plus dans le château, nous nous sommes beaucoup inquiétés.

Harry prit un air le plus étonné possible devant la mine désormais réprobatrice du directeur.

- Je n'ai pas quitté mes appartements, professeur. Vous pouvez demander à Circée.

- Je confirme, fit le tableau qui s'était refermé derrière Harry, bouchant ainsi l'accès à l'appartement.

Le directeur fronça les sourcils, mais ne dit rien.

- Tu as bien changé, depuis le mois dernier, continua-t-il.

Harry hocha la tête en guise de réponse.

- Pourquoi ne vas-tu plus en cours ?

- Je comptais y retourner demain, dit calmement Harry.

Le directeur s'apprêta à poursuivre ses questions, mais il y eut soudain un tourbillon de flammes et un superbe phénix entièrement argenté apparut, se dirigeant vers le directeur auquel il tendit un parchemin. Dumbledore dissimula sa surprise mais maintenant qu'Harry était Legilimens accompli, ce n'était plus suffisant pour le lui cacher. Le phénix s'envola dès que le directeur eut prit le parchemin et eut un bref regard vers Harry, qui cligna des yeux. Il aurait juré que le phénix lui avait fait un clin d'œil.

- Bien, nous nous verrons tout à l'heure pour le repas, dit le directeur en repartant dans les couloirs.

Harry le regarda d'un air surpris, puis haussa mentalement les épaules et retourna dans son appartement.

- Circée ? Vous ne connaîtriez pas un moyen pour les contacter ?

Le portrait secoua la tête, s'excusant. Harry se laissa tomber dans un fauteuil confortable en soupirant, puis vit son livre abandonné. Il sourit tristement. Le soin ne lui était plus d'aucune utilité : Helga l'avait soigné. Rapidement, il retourna dans la salle de bain et ramassa son épée qu'il avait posée contre un mur pendant qu'il prenait sa douche. De retour dans le salon, il sortit la lame étincelante et la regarda avec un petit sourire mélancolique. C'était Godric qui la lui avait offerte, provoquant des hurlements d'Helga qui trouvait qu'il n'avait pas à se retrouver sur un champ de bataille.

Il finit par la ranger et se secoua mentalement. Ce n'était pas parce que sa famille n'était plus là qu'il allait se laisser aller. Se dirigeant d'un pas décidé vers la bibliothèque, il observa attentivement les rayonnages. Son épée ne lui suffirait pas contre Voldemort, et même s'il était plus fort qu'avant en magie, ce n'était toujours pas assez. La méditation de Morgian l'avait énormément renforcé, maintenant il fallait qu'il apprenne à utiliser son pouvoir.

Sa routine reprit. Il sortait manger quand Circée l'appelait pour les repas, il allait en cours et s'efforçait de cacher qu'il connaissait déjà la totalité du programme, il faisait ses devoirs avec une efficacité monstrueuse. De temps en temps il saluait Hermione, qui le lui rendait à chaque fois avec un sourire heureux sous le regard noir de Ron. La seule chose qui avait changé était que, depuis la semaine qu'il était rentré, il avait séché la totalité des cours d'Ombrage et s'arrangeait pour disparaître chaque fois qu'elle l'approchait, ce qui n'était pas très difficile avec la complicité des tableaux et des fantômes. Et si Ginny avait violemment sursauté lorsque le Baron Sanglant était venu le prévenir de l'arrivée de la folle, lui avait immédiatement prit la poudre d'escampette. Dans le secret de son appartement, il s'entraînait toujours plus, sous les encouragements de Circée et de quelques autres personnages qui venaient lui rendre visite.

Il n'avait certes pas conscience des changements de physique que cela avait provoqué. Ses cheveux lui tombaient jusqu'aux épaules, ses yeux verts étincelaient de pouvoir dès qu'il ressentait une trop forte émotion. Il avait bien grandi et avait dû modifier la totalité de sa garde-robe à coups de sortilèges. Il entendait de nombreux soupirs lorsqu'il passait dans les couloirs mais ne s'en souciait pas. La seule chose qui lui importait, chez les habitants de Poudlard, était les éternels regards noirs d'Ombrage qui n'arrivait plus à l'attraper.

Une semaine et demie après son arrivée, le lundi soir, il prenait exceptionnellement son dîner dans la Grande Salle lorsque le directeur se leva.

- Chers élèves, j'aimerais vous annoncer l'arrivée de cinq nouveaux élèves. Ils sont arrivés cette nuit, suite à une attaque de Voldemort qui a ravagé leur manoir. Leur tante et leur grand-père les accompagnent.

Le silence était absolu dans la salle. Harry portait une bouchée de patates à sa bouche lorsque le professeur McGonagall arriva avec le Choixpeau et appela le premier des nouveaux élèves.

- Emrys, Morgane !

Harry manqua de recracher son poulet et commença à s'étouffer. Lorsqu'il se fut décoincé la gorge grâce à une tape dans le dos d'Hermione, il releva la tête. Cela ne faisait aucun doute. Même si elle s'était transformée pour lui ressembler un peu moins, c'était bien Morgane qui le regardait d'un air moqueur, attendant d'avoir son attention pour mettre le Choixpeau.

- Serpentard ! finit-il par crier.

La table des serpents applaudit bruyamment à l'idée d'avoir une aussi jolie fille avec eux, mais ils rirent beaucoup moins lorsque Morgane se dirigea vers Harry et qu'ils s'étreignirent en riant.

- Tu ne croyais tout de même pas qu'on allait te laisser tout seul ici, chuchota-t-elle à son oreille alors qu'il la reposait.

- Je t'adore, murmura Harry en réponse, un large sourire étalé sur ses lèvres.

Morgane repartit et alla s'asseoir à la table des Serpentard, non sans qu'Harry ne lui ait crié à travers toute la salle :

- Mais quand même, vous auriez pu me prévenir ! Lâcheurs !

- Te plains pas ! Grâce à grand-père, tu vas pouvoir revoir ta bien-aimée !

Harry rougit violemment sous le ricanement de Morgane, puis se rassit précipitamment. Les quatre autres ? Les quatre Fondateurs ?

- Emrys, Godefroy !

Harry dissimula son sourire. Franchement, ils auraient pu trouver mieux comme nom d'emprunt. Mais bon, ils venaient du Moyen-âge, alors bon… Godric semblait expliquer au Choixpeau ce qu'ils faisaient ici, et l'artefact n'était pas très heureux si on en jugeait par les grognements.

- Gryffondor !

Harry sourit moqueusement à « Godefroy » qui s'installait à côté de lui. Un Godric bien rajeuni, ressemblant fortement à Rowena. Il fit quelques clins d'œil charmeurs aux filles qu'il croisait, avant qu'un grognement d'Harry ne le fasse arrêter alors qu'Helga était appelée. Ô, surprise, elle fut envoyée à Poufsouffle.

- Personne ne s'y attendait, marmonna Harry dans sa barbe inexistante en adressant un sourire à son amie qui le saluait.

Godric lui mit une grande claque dans le dos qui l'envoya dans son assiette.

- On n'a pas pu refuser quand grand-père a suggéré de venir à Poudlard, une fois le manoir détruit… Je crois que tu as un compte à régler avec un certain professeur ?

Harry fit un sourire carnassier.

- Moi ? Pas du tout, murmura-t-il, sa voix mourant dans sa gorge alors que c'était Rowena qui s'avançait.

Elle lui adressa un sourire rayonnant et il lui répondit d'un air niais, provoquant un fou rire incontrôlable de Godric à côté de lui.

- Arrête de baver ! lui chuchota le griffon à l'oreille.

Harry lui adressa un regard noir qui fit redoubler le sourire de son ami. Il applaudit vigoureusement Rowena qui était envoyée à Serdaigle. Elle aussi vint le voir à sa table, lui donnant rendez-vous pour un peu plus tard.

- Pour visiter le château, murmura-t-elle dans son oreille.

Il hocha la tête avec un large sourire, avant que Rowena ne se rende à sa table, ou ses camarades s'empressèrent de lui demander d'où elle connaissait le Survivant. Sèchement, Rowena rétorqua qu'elle ne connaissait aucun Survivant, avant de ramener son attention sur le Choixpeau qui venait d'envoyer Salazar à Serpentard. Elle ne put s'empêcher de sourire alors qu'Harry levait les yeux au ciel. Il salua d'un signe de tête Merlin et Morgian qui s'installaient à la table des professeurs. Harry vit Dumbledore se pencher aussitôt vers Merlin, sans doute pour lui demander d'où il connaissait Harry.

Godefroy et lui discutèrent joyeusement pendant le repas, ignorant la plupart des personnes qui leur adressaient la parole. Maintenant qu'il était remis de sa surprise, Harry était fou de joie de voir que toute sa famille était venue à Poudlard pour lui et ne manqua pas de le faire savoir à Godric, qui lui sourit d'un air entendu.

- Particulièrement Morgane et ma très chère sœur, n'est-ce pas ?

Harry lui adressa un sourire en toute réponse. A la fin du repas, ils se levèrent ensemble, rapidement rejoints par Helga, Rowena qui se jeta presque sur lui, puis enfin Salazar et Morgane qui arrivaient main dans la main. Ils partirent aussitôt dans les couloirs, s'arrangeant pour croiser le moins de monde possible. Le silence était au départ léger, empli de reconnaissance et de joie de se revoir, jusqu'à ce que Godric le brise en sifflant.

- Ça a bien changé, depuis notre départ, fit-il.

Tous hochèrent la tête. Le Poudlard de cette époque était bien plus vaste. Ils se promenèrent la moitié de la nuit, avant qu'Harry ne les amène à ses appartements, où Circée les accueillit d'un air entendu. Ils s'installèrent confortablement dans les canapés. Avant même d'avoir réalisé quoi que ce soit, ils étaient tous endormis.

Harry se réveilla au beau milieu de la nuit, la tête pleine d'images de Voldemort. Il se redressa brutalement sur son canapé, soulevant sans le faire exprès Rowena. En sentant son corps entre ses bras, il retint le cri d'horreur qui voulait franchir ses lèvres. Le plus doucement possible, il allongea Rowena, qui par miracle ne s'était pas réveillée, avant de se diriger vers la salle de bain et de se plonger la tête sous le jet du robinet glacé. Les images repassaient dans sa tête et il avait de plus en plus de mal à réfréner sa nausée. Alors qu'il retournait dans le salon, il pâlit brutalement et tourna les talons, retournant à toute vitesse dans la salle de bain où une bassine l'attendait – après avoir vomi quelques fois, il avait pris ses précautions.

Il sentit une main rattraper ses cheveux et le maintenir, juste pour qu'il sache qu'il n'était pas seul. Se redressant enfin, pâle comme la mort, il adressa un signe de tête reconnaissant à Salazar qui lui tendait une serviette humide, ainsi qu'un gobelet fumant.

- Merci, Sal, dit-il à voix basse une fois qu'il se sentit mieux. Je t'ai réveillé ?

Serpentard haussa les épaules.

- Ce n'est pas important. Qu'est-ce que tu as vu, pour réagir comme ça ?

- Un « cadeau » de Voldemort, répondit Harry avec une grimace. Il vient d'attaquer un endroit, je ne l'ai pas reconnu.

- Et tu vois en direct ce qu'il fait ?

Harry acquiesça. Salazar prit aussitôt un air soucieux.

- Bon, bon, il va falloir se dépêcher de le vaincre, alors.

- Je m'entraînais pour ça, répondit Harry d'un ton égal.

- Pourquoi toi ? demanda Salazar d'un ton curieux. Tu es très puissant, d'accord, mais il doit y avoir d'autres sorciers de même force, non ?

Harry baissa la tête, serrant ses poings.

- C'était pendant un cours d'Occlumentie, commença-t-il, ne parlant pas plus fort qu'un murmure. Rogue venait d'entrer dans ma tête, et j'en ai eu assez. La seule chose que je voulais savoir pendant ces cours, c'était pourquoi il me détestait. Et sans très bien comprendre comment, un de ses souvenirs est passé dans ma tête. Il était dans le bureau du directeur, et ils parlaient d'une prophétie qui avait été faite juste avant ma naissance.

Il soupira d'un air las.

- En gros, je suis le seul à pouvoir tuer Voldemort et il est le seul à pouvoir me tuer.

Salazar ferma les yeux un instant. Personne ne pouvait contrecarrer une prophétie. Il serra brièvement l'épaule de son beau-frère.

- On va t'aider, souffla-t-il. Tu penses que tu arriveras à te rendormir ?

Harry secoua la tête avec un sourire désabusé.

- Moi non plus. Tu as un endroit où on peut parler normalement et même faire du bruit ?

- La salle d'entraînement…

Ils repassèrent furtivement dans le salon, veillant à ne réveiller personne, puis Harry s'engagea dans le couloir menant à sa chambre. Il s'arrêta avant devant une petite porte presque invisible, et l'ouvrit silencieusement, avant de s'effacer pour laisser passer Salazar. Celui-ci siffla d'admiration dès que la porte fut refermée.

- Parfait ! dit-il joyeusement. Allez, en garde !

Harry n'eut pas le temps de réaliser quoi que ce soit qu'un rayon rouge fusait vers lui. Il l'esquiva d'une roulade sur le côté, avant d'attraper sa baguette cachée dans sa manche.

- Stupéfix !

Salazar évita son sort sans problème et lui en renvoya un. Harry dut dresser un bouclier en catastrophe, mais un deuxième sort fusait déjà sur lui.

Ils se battirent pendant plus de dix minutes, Salazar ne laissant aucun répit à son cadet, le bombardant en permanence de sortilèges. La moitié était inconnue d'Harry, mais il esquivait tant bien que mal, n'ayant pratiquement jamais l'occasion de répliquer. Finalement Salazar arrêta le supplice et Harry appuya ses mains sur ses genoux, haletant.

- Comment tu fais pour ne pas dire les formules ? demanda-t-il en regardant son professeur.

- Sortilèges informulés. Il suffit de penser la formule, nul besoin de la prononcer. Avec un petit peu d'entraînement, tu devrais facilement y arriver.

Harry hocha la tête. Salazar montra un coussin.

- Essaie de l'attirer.

Harry pointa sa baguette sur le coussin.

-Accio ! pensa-t-il, s'efforçant de ne pas remuer les lèvres.

La première fois ne donna rien et il se força à visualiser le coussin qui venait vers lui, tout en prononçant la formule. Il ferma les yeux au bout de quelques essais, semblant réfléchir à ce qui allait de travers. Ça ne devrait pourtant pas être trop difficile. Allez, Accio ! Il n'eut pas le temps de rouvrir les yeux que le coussin lui arrivait en pleine figure à la vitesse d'un boulet de canon.

- Bon, la prochaine fois, évite de fermer les yeux, dit Salazar en retenant difficilement son sourire.

Harry lui lança un regard noir, puis visa un autre coussin. Le résultat fut instantané : à peine avait-il eu le temps de penser à la formule qu'il lui fonçait droit dessus. Harry eut un sourire ravi et se mit à lancer des sortilèges sur n'importe quels objets, s'efforçant de ne jamais prononcer le moindre mot. Salazar le laissa faire, jusqu'à ce qu'il se décide à entrer dans le jeu. Il stabilisa en plein vol un coussin que Harry venait de renvoyer vers le mur. Le Survivant lui adressa un regard noir, puis relança son sortilège d'expulsion, mais Salazar le stabilisa.

Extrêmement concentré, Harry relança le sortilège une seconde fois, puis une troisième. Salazar se concentra à son tour, s'efforçant de repousser les assauts magiques d'Harry. Ils furent bientôt chacun à un bout de la salle, le coussin volant entre eux deux, lançant tous deux des sortilèges d'expulsion, s'efforçant de l'envoyer le plus prêt possible de l'adversaire. Ce fut ainsi que Rowena les trouva, vers sept heures du matin.

- Qu'est-ce que vous faites ? demanda-t-elle d'un ton intrigué.

Entendant sa voix, Harry tourna la tête et perdit sa concentration l'instant nécessaire à Salazar pour lancer un sortilège un petit peu plus puissant que les précédents. Surpris, Harry n'eut pas le temps d'ajuster sa force magique : le coussin lui atterrissait déjà en pleine figure. Il l'attrapa par un coin d'un air dégoûté, avant de se tourner d'un air menaçant vers Salazar.

- La prochaine fois, je t'aurais !

En toute réponse, Salazar lui fit un sourire narquois. Harry tourna les talons pour saluer Rowena comme il se devait, c'est-à-dire d'un rapide baiser.

- On s'entraînait, expliqua-t-il ensuite. Enfin, Salazar m'entraînait.

- Oh… Les cours commencent dans moins d'une heure, on voulait savoir si vous vouliez aller manger dans la Grande Salle.

Harry haussa les épaules.

- Comme vous voulez. Tout le monde est réveillé ?

- Oui. Morgane est encore sous la douche et Helga essaie de convaincre Godric de reprendre son déguisement. Apparemment, il n'aime pas être sous les traits d'un adolescent.

Salazar eut un sourire en coin, puis passa devant eux.

- Je viendrai vous chercher quand Morgane sera prête. Ne faites pas de bêtises.

Rowena lui adressa un regard furibond auquel il répondit de son sourire moqueur, puis il referma la porte derrière lui. Ils s'assirent tous deux l'un près de l'autre, sur le sol.

- Tu n'as pas dormi, cette nuit ? demanda Rowena en voyant ses cernes.

- Pas beaucoup, reconnut Harry. Sal m'a entendu me lever, alors il a décidé de m'entraîner.

- Tu ne voulais pas ? demanda Rowena d'un ton surpris.

Harry grimaça.

- Disons que je me suis fait laminer…

Rowena éclata de rire et Harry sourit à son tour.

- Ça va changer, tu vas voir, dit-elle d'un ton joyeux. Je suis sure que tu peux le surpasser.

- Mouais, c'est quand même un des Fondateurs de Poudlard, répondit Harry d'un ton sceptique. Un des quatre plus grands sorciers de son époque.

- Et toi tu es quand même l'héritier de Merlin, rétorqua Rowena. Le plus grand Mage de l'Histoire.

Harry grimaça à nouveau.

- Oui, d'ailleurs il faudra que je lui demande de m'expliquer cette histoire un jour…

Des coups à la porte se firent entendre.

- Je peux entrer ? Vous êtes décents ?

Harry et Rowena rougirent en même temps. La porte s'ouvrit sans attendre de réponse.

- Pourquoi vous êtes aussi rouges ? demanda Godric d'un ton curieux.

Il avait repris son apparence d'adolescent et cela ne semblait guère l'enchanter.

- La prochaine fois, tu gardes tes idées perverses pour toi ! siffla Rowena.

- Ohh ! Je vois, les enfants ne comprennent pas très bien… Vous savez, c'est naturel, il n'y a aucune raison d'être gênés.

- GODRIC ! hurlèrent-ils tous les deux en même temps

Godric leur fit un sourire goguenard, puis reprit soudainement son sérieux.

- Il va falloir y aller si on veut manger.

Harry et Rowena se levèrent d'un même mouvement et suivirent Godric. Ils sortirent tous ensembles de l'appartement. Harry fut intercepté par Merlin au détour d'un couloir.

- Je peux te dire un mot ?

- Bien sûr.

Ils entrèrent dans une salle vide, laissant les autres continuer leur route vers la Grande Salle.

- Tu te poses des questions, non ? demanda Merlin en souriant affectueusement à l'adolescent.

- Oui… répondit Harry prudemment.

- Bon, bon, c'est Morgian qui s'occupera de Morgane. Moi, je dois assurer ta formation. Je crains que cela ne prenne trop de temps si nous le faisons normalement, alors nous allons devoir accélérer le mouvement.

- C'est-à-dire ?

- Tu retourneras dans tes appartements directement après la fin des cours. Je t'en parlerai là-bas, c'est plus sécurisé.

Ils sortirent et parcoururent les couloirs restants en silence. A peine fut-il entré dans la Grande Salle qu'Harry entendit quelqu'un l'appeler. Il tourna la tête. Toute la petite famille s'était installée à la table des Serpentard, sous les regards incrédules de beaucoup d'élèves. Merlin donna une petite tape sur l'épaule d'Harry et le laissa. Tranquillement, Harry alla rejoindre le reste de sa famille, ignorant les regards incrédules que lui envoyaient les élèves. Il s'assit entre Morgane et Rowena, puis attrapa le premier plat qui lui passait sous la main. L'entraînement avec Salazar l'avait épuisé. Il n'aurait jamais dit qu'un sortilège informulé demandait autant d'énergie.

Il mangeait avidement, discutant de temps en temps avec sa famille, jusqu'à ce qu'un Hum, Hum ! ne l'interrompe. Il ne permit pas à sa nuque de se raidir, au lieu de quoi il approuva d'un simple regard aux yeux interrogateurs de Salazar en face de lui. Il sentit plus qu'il ne vit le sourire de son beau-frère.

- Hum, hum !

Salazar ouvrit la danse, et à son ton tous les autres surent qu'ils avaient affaire au professeur qui avait blessé la main d'Harry.

- Souhaitez-vous un médicament contre la toux, professeur ? Je suis très doué en potion, je suis sûr que je pourrais vous arranger ça…

Harry imagina sans peine le regard soi-disant menaçant d'Ombrage, alors même que ses yeux globuleux qui s'écarquillaient devant le ton prit par cet élève. En une seconde, ce fut le silence absolu dans la Grande Salle. Harry dissimula son sourire en s'essuyant la bouche.

- A vrai dire, Mr… Emrys, c'est bien cela ?

Salazar hocha brièvement la tête, se retenant de grimacer devant la voix horriblement aiguë.

- J'aurais souhaité parler à Mr Potter.

- Ah, il fallait le dire. Malheureusement mon ami n'a rien mangé depuis hier, alors même qu'il a fait un entraînement épuisant. Etant donné que les cours vont commencer dans – il fit mine de jeter un œil à sa montre – dix-neuf minutes, je m'assure qu'il mange correctement. Il a toujours tendance à se négliger au profit des autres.

Le silence dans la salle était presque palpable. Ombrage regardait, stupéfait, Salazar qui lui souriait d'un air innocent.

- Cela fera une soirée de retenue, Mr Emrys, pour offense à un professeur. Maintenant, Mr Potter, cessez de faire semblant de manger et regardez-moi quand je vous parle.

Salazar avait fait un sourire narquois à l'annonce de la punition. Il ne s'appelait pas Serpentard pour rien, le crapaud allait bien souffrir pendant cette soirée. Harry se retourna lentement, prenant bien soin de finir son verre de jus de citrouille et de s'essuyer la bouche avant de regarder Ombrage droit dans les yeux.

- Vous vouliez me parler, professeur ?

- Je…

Ombrage ne parut pas quoi dire devant le regard pénétrant de son élève, mais se reprit vite.

- Vous n'êtes pas assis à votre table, Mr Potter, cela vous fera une semaine de retenue.

Harry prit un air poliment incrédule.

- Pardon, professeur ? D'après le règlement, il n'y a que pendant les banquets que les élèves sont tenus de s'asseoir à la table de la maison. Or, si je ne m'abuse, nous sommes en train de prendre le petit-déjeuner.

- Pourquoi ne venez-vous plus à mes cours ? coupa Ombrage sans paraître prendre en compte l'argument. Etant donné que vous me fuyez dans les couloirs, cela vous fera une semaine de retenue supplémentaire.

A sa grande satisfaction, le visage de Salazar se durcit à l'annonce de la punition, mais il fut coupé par Helga alors qu'il s'apprêtait à parler.

- Excusez-nous, professeur, mais nous avons tous lu attentivement le règlement avant de venir. Si mes souvenirs sont exacts, dans la septième annexe, Cas dans lesquels l'élève a le droit de se retirer de cours, deuxième paragraphe, il y a écrit, je cite : « Tout élève maîtrisant la totalité du programme de l'année et se sentant capable de passer son examen peut choisir de renoncer à aller en cours, pourvu que ce temps supplémentaire soit dédié au travail ».

Ils sourirent tous en même temps. Helga connaissait parfaitement le règlement, pour la bonne et simple raison que c'était elle qui l'avait écrit. Ombrage semblait s'être étouffée dans le col de sa robe rose.

- C'est intolérable ! Donc, Mr Potter, par un jugement personnel, vous avez décidé de ne plus venir en cours !

Harry hocha distinctement la tête.

- C'est exact.

- Retenue, Potter ! Vous en êtes déjà à trois semaines, il serait dommage de continuer.

Harry se replongea dans son petit-déjeuner, semblant considérer que la discussion était close, mais Ombrage ne l'entendait pas de cette oreille.

- Vous serez en cours, tout à l'heure, dit-elle d'une voix horriblement minaudante. Ou je m'assurerais personnellement de votre renvoi.

- Comment ? demanda Harry d'un ton surpris.

- Vous m'avez parfaitement bien entendue, Potter : le renvoi, et le bris de votre baguette magique.

- Alors vous briseriez la baguette magique de votre sauveur ? demanda Morgane d'un ton incrédule. Je ne savais pas que quelqu'un pouvait être aussi stupide. Qui va se battre contre Voldemort ?

Il y eut un sursaut collectif dans la Salle et Helga leva les yeux au ciel.

- Oh, ne faites pas vos idiots ! Ce n'est qu'un nom, il ne va pas vous tuer ! Regardez, il a détruit notre manoir. Est-ce que ça nous empêche de prononcer son nom ? Certainement pas ! Ce salaud va payer pour ce qu'il a fait, je n'en doute pas. N'est-ce pas, Sal ?

- Plutôt deux fois qu'une, approuva le Serpentard d'un ton négligent.

- Cessez de dire de telles bêtises ! coupa soudain Ombrage d'une voix hystérique. Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom est mort et ne risque pas de revenir ! Il est triste que des gens soient assez stupides pour vous suivre, Potter ! Je vois que vous continuez à répandre vos mensonges, les retenues ne suffisent visiblement plus ! Vous y resterez jusqu'à la fin de l'année, Potter !

Elle se calma soudain et continua en souriant.

- Ou jusqu'à votre renvoi.

Harry haussa les épaules, comme pour dire qu'il s'en fichait, puis il se leva et sortit d'un pas tranquille. Il s'arrêta sur le seuil de la porte et se retourna à moitié.

- Vous venez ? Les cours commencent dans moins de cinq minutes.

Cela sembla réveiller la plupart des élèves, qui se levèrent soudainement et détalèrent de la salle pour aller vers leur salle de cours.

- Qu'est-ce qu'on a ? demanda Salazar d'un ton curieux.

Harry sortit son emploi du temps. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'était plus allé en cours qu'il ne s'en souvenait même plus.

- On n'est pas tous ensembles… Sal, Morgane, Godric, on est censés aller en DCFM. Rowena, Helga, il faudrait demander à un Serdaigle et un Poufsouffle, comme… Hé, Susan !

La jeune fille qui passait devant eux à toute vitesse s'arrêta au cri d'Harry.

- Tu as quoi, maintenant ?

- Botanique, avec les Serdaigle.

Elle regarda Rowena et Helga.

- Vous voulez venir ? Je te recopierai mon emploi du temps, si tu veux.

Les deux femmes hochèrent la tête, songeant vaguement qu'elles allaient s'ennuyer à apprendre des choses qu'elles savaient déjà. Rowena embrassa rapidement Harry et suivit Helga et Susan qui partaient déjà.

- On va en cours ? demanda Morgane d'un ton surexcité.

Godric pouffa.

- Elle ne va pas comprendre ce qui lui tombe dessus…

- Bon, je vais venir, juste pour vous voir à l'œuvre, dit Harry en souriant à sa sœur.

- Oui, elle va payer pour tes mains, affirma Salazar le plus sérieusement du monde. Si j'ai bien compris, on est supposés ne pas chahuter en cours ?

- C'est ça, pouffa Morgane. Quel dommage, n'est-ce pas ?

- Et les potions sont interdites ? poursuivit Salazar.

- Et les Métamorphoses aléatoires ? demanda Godric, fermement décidé à ajouter sa pierre à l'édifice.

Harry leva les mains.

- Messieurs et damoiselle, je vous laisse faire. Je ne suis encore malheureusement pas assez rôdé à ce genre de choses.

- On va t'apprendre, jeune padawan, dit Morgane d'un ton extrêmement sérieux.

Ils sourirent tous, puis commencèrent à courir dans les couloirs pour arriver à l'heure. Ils passèrent la porte juste quand la cloche sonna, retirant ainsi un prétexte à Ombrage pour les coller. Harry alla s'asseoir à côté d'Hermione, provoquant un regard surpris de sa part, mais il lui répondit d'un regard à la fois confiant et moqueur.

- Tu vas voir, souffla-t-il en sortant son livre et en l'ouvrant le plus calmement du monde à la page demandée.

- Chapitre dix-neuf, fit Ombrage de sa voix de petite fille. Et pas un bruit.

Harry sortit soudain sa baguette et dessina un signe complexe sous la table, murmurant une formule. Une seconde plus tard, un vif d'or apparemment anodin sortait de sous la table, mais il monta dans les airs et se mit à tournoyer autour d'Ombrage, qui ne semblait pas le voir. Il se stabilisa finalement une cinquantaine de centimètres au dessus d'elle.

Godric, Salazar et Morgane s'étaient installés au beau milieu de la classe, côte à côte. Ils sortirent chacun un livre sous le regard interrogateur d'Harry. Morgane lui fit un petit sourire et sortit une plume. Le silence s'abattit rapidement sur la salle, Harry faisant semblant de lire tout en guettant un signe de ses amis se mettant au travail. Un grattement persistant fit bientôt redresser la tête de la plupart des élèves.

- Que faites-vous, miss Emrys ? demanda Ombrage d'une voix qui se voulait inquiétante.

Toutes les têtes se tournèrent vers Morgane qui releva la tête d'un air innocent, la plume à la main et prête à continuer à écrire.

- Vous n'avez pas dit Chapitre dix-neuf, professeur ? demanda-t-elle d'une voix larmoyante.

- C'est bien ce que j'ai dit, fit le professeur. Alors pourquoi écrivez-vous ?

- Ah, mais je croyais que c'était un livre piégé ! Chez nous, on apprenait comme ça : nos profs nous donnaient des textes avec des erreurs et il fallait les corriger. C'est ce que je fais !

Quelques ricanements discrets parcoururent la salle de classe. Ombrage devint d'un beau rouge violacé.

- Il n'y a pas d'erreurs dans ce livre, miss Emrys !

- Mais si ! s'exclama Morgane. Regardez, juste là, il y a écrit que pour affronter une chimère, il faut d'abord chercher un terrain d'entente et voir si on peut éviter le combat. Mais, professeur, si vous affrontez une chimère, la seule manière d'éviter le combat, c'est de courir très vite. Je ne comprends pas pourquoi il n'y a pas écrit les sortilèges qui permettent de se défendre, ce serait bien plus utile !

Ombrage semblait rougir de plus en plus. Harry capta soudain un mouvement de la baguette de Salazar. Il plissa des yeux pour tenter de mieux voir. Profitant de la concentration de la classe sur Morgane, Salazar était en train de faire léviter une fiole jusqu'au bureau du professeur. La fiole s'ouvrit toute seule et se renversa au dessus de la tasse de thé du professeur. Le temps qu'Ombrage ne se retourne, Salazar avait déjà empoché la fiole. Harry vit Godric se pencher à son oreille, tout en faisant attention de ne pas déséquilibrer la chaise que laquelle il se balançait.

- Tu as mis quoi ?

- Oh, un truc inoffensif. La même que pour le seigneur de Camelot. J'ai juste rajouté une autre potion pour ne pas qu'elle s'en rende compte.

- Mr Emrys, veuillez cesser immédiatement ! cria Ombrage.

- Lequel ? demandèrent Salazar et Godric en chœur.

Ombrage ne répondit pas, les foudroyant du regard dans l'indifférence la plus totale.

- On ne se balance pas ! vociféra-t-elle deux minutes plus tard.

Morgane leva la tête d'un air agacé et se tourna vers Godric et Salazar pour les gronder comme on gronderait des enfants.

- Voyons, vous ne remarquez pas que vous perturbez le calme de la classe ? Comment voulez-vous que nous nous concentrions si vous criez à tout bout de champs ?

- Mais on ne crie pas ! protesta Godric. On n'a rien dit depuis le début du cours.

- Allons, allons, ce n'est pas la peine de mentir. Je ne vous en voudrais pas, vous savez.

Godric fit semblant de bouder, croisant les bras en détournant le regard. Salazar siffla doucement, de telle sorte que seul Harry comprenne.

- C'est maintenant que ça va vraiment commencer, petit frère.

Pour tout le monde, Salazar n'avait fait que siffler. Harry sourit, dans l'attente de ce qui allait se passer. Ombrage porta sa tasse de thé à ses lèvres sous les regards presque avides de ceux qui avaient vu le mouvement de Salazar – c'est-à-dire Godric, Morgane, Harry et Hermione qui avait suivi le regard de Harry. Tout d'abord il ne se passa rien, puis subitement les horribles chatons au mur se changèrent en lapins de Pâques sautillants qui partirent se promener dans la classe, s'arrêtant auprès de chaque élève pour leur serrer la main et leur donner quelques œufs en chocolat. Hilare, Harry remercia celui en face de lui et rangea soigneusement son œuf, alors qu'Hermione le regardait avec méfiance. Harry lui fit un clin d'œil.

- T'inquiètes, Hermione, je suis sûr qu'ils sont très bons !

Un éclat de rire secoua soudain toute la classe et Harry reporta son attention sur Ombrage. Elle était maintenant vêtue d'un costume de Bibendum rose, régulièrement parcouru de petits éclairs qui crépitaient, provoquant à chaque fois un bruit de dégonflement de pneu. Ombrage ne semblait s'apercevoir de rien et se leva, se dandinant jusqu'à l'élève le plus proche.

- Pourquoi riez-vous ? aboya-t-elle. Vous devriez lire votre livre !

C'était du moins ce qu'elle avait essayé de dire. Pour les élèves, c'étaient des croassements aigus qui sortaient de sa bouche. Sa victime, Seamus, s'essuya les yeux et répondit d'une voix tremblante de rire contenu.

- Excusez-moi, professeur. Ça doit être l'approche des BUSEs… Le stress des examens, vous comprenez…

Le cours continua plus ou moins bien, la plupart des élèves cherchant s'il allait se produire quelque chose de supplémentaire. Ils furent satisfaits en voyant le bureau d'Ombrage se mettre à danser particulièrement langoureusement, cherchant à se frotter contre Ombrage-Bibendum d'une manière forte indécente. Harry reconnut le style de Godric sans hésiter. Ombrage pointa sa baguette vers le bureau pour le faire arrêter de bouger, mais malgré tous ses mouvements de baguette, le bureau continua.

- Laisse tomber, chuchota Harry pour lui-même. Il faut être plus fort que le lanceur et ça m'étonnerait que tu atteignes le dixième du niveau des Emrys…

Il ne vit pas le regard interrogateur d'Hermione qui avait surprit ses paroles. A la fin du cours, la totalité des élèves se ruèrent hors de la classe, effondrés de rire. Harry ne fit pas exception à la règle et attendit sa sœur, son beau-frère et son ami qui sortaient tranquillement. Une fois qu'il se fut assuré qu'il n'y avait plus personne, il pointa sa baguette sur le vif d'or qui suivait Ombrage. Il la rangea ensuite avec un air satisfait.

- Ça va faire quoi ? demanda Morgane.

- La filmer jusqu'à la fin des sortilèges, répondit Harry. Je voulais la diffuser et la lui envoyer ensuite. Anonymement, bien entendu… Vous étiez excellents.

Des larges sourires lui répondirent, puis Salazar fit un sourire carnassier.

- Ça, c'était la vengeance gentille. Je vais aller à ma retenue juste pour lui faire ravaler sa Plume de Sang…

Il leur fit un signe de main.

- A plus, j'ai une potion de transfert des blessures à faire. Je peux t'emprunter ton labo, Harry ?

- Vas-y, répondit Harry le plus naturellement du monde.

Morgane s'éclipsa avec Salazar Pour voir comment on fabriquait une potion aussi complexe, sous les ricanements moqueurs de Godric et Harry, qui se rendirent ensuite en Métamorphose. McGonagall l'assaillit dès qu'il fut entré dans la classe.

- Bien, bien, Mr Potter, Mr Emrys, peut-être allez vous pouvoir m'expliquer pourquoi mes élèves rient sans pouvoir s'arrêter.

Harry regarda Godric, qui sourit, puis il sourit à son tour en revoyant Ombrage-Bibendum, et ils éclatèrent de rire en même temps.

- Mr Potter ! s'exclama McGonagall.

En désespoir de cause, elle se tourna vers Hermione, mais celle-ci aussi avait les larmes aux yeux. Elle parvint tout de même à dire entre deux hoquets.

- Ombrage… livre… Bibendum…Pâques…

Ce fut tout ce que McGonagall parvint à savoir, car à chaque mot les éclats de rire redoublaient.