Décadence
Temari aspira le rail de poudre d'une paille qu'elle tenait du bout des doigts puis ferma les yeux en se reposant contre le torse de son meilleur ami. Ce dernier, Kiba Inuzuka, avait un penchant sensiblement différent pour la drogue de synthèse. Il s'amusait d'ailleurs à faire rouler entre ses doigts une seringue à la pointe tellement fine qu'on ne voyait pas qu'il l'enfonçait dans la veine de son bras.
« Tu y crois, toi…, souffla la blonde. Les toilettes du lycée. Ça craint.
- Tema… Ferme-la, putain. »
La blonde se mit à rire en entendant la voix du jeune s'érailler. Il n'était pas en état pour lui donner des ordres.
« Et puis… Arrête de rire. »
La blonde pinça les lèvres, se relava du torse du brun et secoua la tête. Il fallait qu'elle se réveille. D'un bond, elle se releva et ignora la douleur sourde contre l'arrête de son nez.
« Je dois y aller. N'oublie pas de te rhabiller avant de sortir. »
Elle lui baisa le front et s'approcha du miroir du lavabo pour retirer la poudre qui lui restait sur l'aile de la narine. Les yeux enfoncé, les cheveux débraillés, elle s'observa de face et de profil avant de soupirer et de se retourner vers son ami. Le pauvre Kiba semblait au bout de sa vie : allongé sur le carrelage froid des toilettes du lycée, le torse nu et les doigts frétillants sans raison. D'un dernier coup d'œil sur sa montre elle se décida à sortir : elle avait cours, ce n'était pas le moment de se faire remarquer dans les couloirs.
Évidemment, rien ne se passa comme prévu.
« Temari, gentille Temari. Pourrait-on savoir ce que tu fais dans les couloirs alors que les cours ont commencé depuis bientôt vingt minutes ? J'ai vu tes camarades rentrer en salle, justement.
- Ah-euh… Rien ? »
Itachi Uchiha, surveillant depuis maintenant le début de cette année scolaire, se rapprocha de la blonde jusqu'à ce qu'elle soit dos pressé contre le mur, leurs deux corps, à la limite de l'obscène en considérant la jambe du surveillant calée entre les cuisses de Temari. Il lui souleva alors le menton et fit passer son visage de droite à gauche en la détaillant de près, passant au-dessus de la règle qui faisait de d'elle une élève et de lui un encadrant. Son pouce dériva ensuite contre les lèvres de la blonde et s'y arrêta.
« Grosse éclate dans les toilettes ? souffla-t-il à son encontre en enfonçant son regard noir dans les grands yeux verts de la blonde. Tu as le regard à vif.
- C'était rien qu'un rail, p'tain. Tu vas pas m'emmerder avec ça. »
D'une voix éteinte par la honte, la lycéenne rumina ce qu'elle disait en prenant le soin de se dégager de la main du brun.
« On serait pas pote depuis tant de temps, je t'aurai collé un avertissement. »
La blonde leva les yeux au ciel. Se connaitre depuis le primaire avait au moins un avantage, apparemment. Il ignora le dédain de la blonde et se pencha sur elle, sans dériver son regard. Itachi avait le don pour la mettre mal à l'aise…
« On se voit ce week-end ? glissa-t-il à son oreille avant de lui laisser assez de place pour se décoller du mur. »
La blonde soupira mais ne répondit pas, se contentant de lui glisser un regard qu'il prit comme suggestif avant de tourner au coin du couloir.
-•-
« Temari, tu seras avec Shikamaru pour le projet de fin de trimestre.
- Ça roule. »
La blonde leva le pouce d'un air je-m'en-foutiste puis étala ses bras contre la table. Avec Nara dans l'équation, c'était du tout cuit… Le jeune homme, justement, remua à sa droite et sans même le regarder elle sut : il s'appuyait contre le dossier de sa chaise et laissait pendre mollement ses bras. C'était perpétuellement le même scenario et ça la faisait toujours sourire en coin. Il était ce genre d'élève intelligent qui ne travaillait que le minimum, être avec Temari signifiait dès lors qu'il aurait tout à faire lui-même. Ça serait infernal.
« Hé, lança-t-il finalement en tournant la tête vers sa partenaire de projet.
- Quoi ?
- Tu comptes faire un truc quand même, pour valider le projet ? »
La blonde, affalée contre sa table de travail, ne prit pas la peine de répondre quoi que ce soit, préférant hausser les épaules. Il pouvait bien lever les yeux au ciel si ça ne lui plaisait pas.
-•-
Temari, confortablement allongée sur le canapé griffé par endroit de son salon, attrapa son saladier de pop-corn et en goba une grosse poignée, laissant la moitié lui tomber sur le buste. Regarder la télévision par un temps aussi déprimant que celui qu'elle apercevait par la fenêtre était à priori la seule activité possible. Avec Kiba qui devait rester chez lui pour veiller sur son chien boiteux, le choix devenait limité.
Son avenir immédiat, par contre, n'avait pas dans l'idée de la laisser en paix entendre résonner la sonnette de la porte d'entrée dans tout l'appartement fit soupirer la blonde.
La lycéenne grogna un instant et se releva dans un geste souple, secouant ses vêtements des miettes de popcorn qui y trainaient encore. La sonnerie ne s'arrêtait pas et lui vrillait les tympans.
« Putain mais c'est bon ! J'arrive. »
D'un geste brutal, elle ouvrit alors la porte, montrant une tête d'enterrement au visiteur.
« Sympa. Tu tires une de ces têtes…
- Ta gueule, Nara. »
La blonde ne décoléra pas et se retint de lui fermer la porte au nez.
« Tu me veux quoi ? »
Pas la peine de tergiverser avec lui. Il devait avoir un truc en tête pour venir se perdre dans le coin aux HLM de la ville… La main du brun se posa contre le cadre de la porte et il se permit d'observer le reste de l'appartement visible derrière la blonde.
« À ton avis ?
- J'ai pas que ça à faire, merde, grogna-t-elle en fronçant les sourcils.
- Projet scolaire du trimestre. On a pas mal de boulot, tu sais. »
Alors qu'elle s'apprêtait à lui lancer une réplique meurtrière, Shikamaru écarta la blonde de son passage et rentra dans l'appartement. Il ne lui fallut qu'un instant pour prendre ses repères : un long couloir menant aux chambres, un salon avec coin cuisine, un petit placard à balai dans le coin. Pas ce qu'il y avait de plus spacieux mais suffisant pour sa famille. Seuls les affaires et les sachets de nourriture vide qui jonchaient le sol avaient de quoi rendre l'endroit étouffant.
D'un sans gêne inégalable, le brun retira sa veste et la suspendit au porte-manteau avant de rejoindre le salon, ses yeux se posant sur chaque recoin exposé. Temari haussa les épaules : c'était un camarade de classe, elle n'allait pas le mettre à la porte. Surtout qu'ils avaient bien un projet scolaire à rendre à deux… Sans attendre de lui qu'il se décide sur la suite des événements, la blonde ignora le jeune homme et reprit sa place et son popcorn sur le canapé griffé.
Quelques temps plus tard -sûrement après inspection minutieuse de la cuisine- Shikamaru vint s'asseoir à ses côtés et remarqua la table basse. Bouteilles de verre vides, cendrier bourré à craquer de mégot, un sachet d'herbe éventré… Temari ne plaisantait pas avec sa santé.
Bien loin de trouver cette remarque drôle, le brun posa ses mains sur ses genoux et attendit que Temari lui dise quelque chose. Ce laps de temps lui permit de faire une mise au point sur sa propre situation.
Il était Shikamaru Nara, dix-huit ans, une moyenne parfaitement au-dessus de la moyenne et des mocassins aux pieds depuis qu'il avait l'âge de marcher. À cet unique niveau, il ne ressemblait en rien à la blonde. Quant on y ajoutait les dérives d'alcoolique et de droguée qu'elle accumulait, leur unique point commun se limitait à fréquenter le même lycée et à être dans la même classe grâce aux redoublements de la blonde.
C'est sûrement le côté dangereux qu'elle représentait qui plaisait tant à ce pauvre garçon… Elle était tout ce qu'il n'oserait jamais être.
« Tu comptes passer ton après-midi à glander dans mon canap' ? »
Perdu dans ses pensées, il ne fit pas attention à elle et à sa réflexion. Il avait bien des choses en tête maintenant, et sûrement pas leur foutu projet. Il n'était qu'un fils à papa avec une bonne situation… Comment Temari pouvait-elle accepter de vivre d'une manière si différente de lui ? Il devait y avoir une explication.
« Nara ? »
Elle se rapprocha de lui, passant la main devant les yeux vitreux du jeune homme qui réagit alors en lui attrapant les doigts.
« Hé ! »
D'un geste sec, elle s'extirpa de la prise du jeune homme et le regarda, surprise par la manière qu'il avait de la regarder.
« Temari, j'ai besoin de toi, souffla-t-il en la fixant gravement.
- Pardon ?
- C'est que… »
Shikamaru se rapprocha rapidement d'elle et posa une main sur son épaule avant d'y approcher son visage pour lui glisser quelques mots à l'oreille. À l'entente de ce qu'il disait, la blonde ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, les yeux grands ouverts.
Il n'avait jamais été ce genre de garçon imprévisible, ça n'avait rien d'habituel chez lui. Surtout pas ce qu'il demandait.
« T'es sûr de toi, Nara ? répondit-elle au brun qui n'avait pas quitté la proximité de son oreille.
- Pas de marche arrière. »
Brusquement, elle s'éloigna de Shikamaru et s'installa d'une manière plus correcte sur son canapé, reprenant contenance. Il l'avait habitué à un standing bien différent… Elle se racla la gorge, l'observa du coin de l'œil puis attrapa la bouteille qui trainait à ses pieds.
L'étiquette indiquait une vodka importée d'Europe et à sa lecture, la blonde se mit à sourire. Ça commencerait fort… Elle dévissa le bouchon, se permit d'en sentir la contenance et la tendit à ce pauvre Shikamaru qui observait ce manège d'un œil suspicieux.
« 40 degré, c'est un peu fort pour un début. Tu verras, on s'y habitue. »
Inspirant profondément, Shikamaru attrapa la bouteille et la porta à ses lèvres sans plus de cérémonies. C'est ici que tout se jouait. L'odeur n'avait pas grand-chose d'alléchante mais il était décidé : il devait comprendre.
Le liquide lui brula la gorge avant même d'atteindre son estomac et la grimace qu'il tira fit rire la blonde. Il y avait de quoi maintenant qu'il se tenait le ventre à deux mains en retenant de se traiter d'abruti. Le sourire de la blonde avait quelque qui le confortait dans son idée, il ne pouvait pas la décevoir.
« À l'avenir, on fera des mélanges. C'est plus sûr, pouffa-t-elle en lui tapotant la cuisse. »
Premier contact. Le frisson qui se déclencha le long de son cou le perturba. Son envie de vomir s'envola aussitôt tandis que ses joues prenaient une teinte rose.
C'avait été la pire idée du siècle. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de vouloir faire ça ?
Par putain de passion ! Savoir quelle sensation faisaient les alcools ou la drogue n'était pas ce qu'il y avait de plus important pour lui. Seule comptait Temari et les sentiments qu'il éprouvait à son égard.
Déjà qu'elle ne tenait compte de son existence que par un jeu de hasard qui les avait mis dans le même groupe… Elle n'était pourtant pas la plus enviée des filles de la classe. Encore moins du lycée. Temari était cette droguée rebelle aux yeux rouges qui séchait les cours à tour de bras et dont l'unique trait intéressant pour le commun des mortels se trouvait être ses longues jambes basanées qu'elle exposait à tous. Pour Shikamaru elle était ce qu'il y avait de mieux et, paradoxalement, savait au plus profond de lui-même qu'elle n'était qu'une mauvaise influence.
Mais il y avait bien d'autres choses qu'il assimilait en la voyant en cours. C'était une fille intelligente, il n'y avait qu'à entendre ses réflexions quand elle n'était pas défoncée c'était tellement rare, pourtant, que plus personne n'y prêtait attention. Shikamaru, lui, s'accrochait à cette idée sans vraiment y trouver de raison.
C'est peut-être parce qu'il la savait moins bête que ce qu'elle prétendait qu'il lui avait demandé de l'aide. Aussi parce qu'elle était la seule alcoolique de son entourage à ne pas le prendre au sérieux parce qu'il était le petit génie de la classe. Il pouvait s'entraider, restait à savoir comment. Dorénavant, le petit intello de service évoluerait aux côtés de cette blonde qui lui plaisait tant et découvrirait ce qui motivait le choix de vie qu'elle avait.
Rapidement, il reprit une gorgée et grogna. L'apprentissage ne se faisait pas sans heurt. Cinq minutes plus tard, sa tête lui tournait et il se posait plus confortablement contre le dossier du canapé. Vodka, hein ? Pas mal. Alors qu'il s'apprêtait à se servir un troisième coup, la main de Temari l'arrêta net en se posant sur la sienne.
« Tu te dis sûrement que c'est sympa de dodeliner de la tête. Si tu en abuses, c'est dans la cuvette que tu finiras ta journée. »
C'était un avertissement qu'il prit au sérieux en lui rendant la bouteille de verre, la chaleur des doigts de la blonde le marquant psychologiquement. Des doigts chauds, une paume douce. Tandis qu'il l'observait s'allumer une cigarette, Shikamaru se fit une étrange réflexion. De celle qui ne lui était jamais venue à l'esprit avant de passer à l'acte par lui-même. Comment Temari faisait-elle pour ne pas tomber raide avec tout ce qu'elle s'enfilait à longueur de temps ? L'alcool devait lui pourrir le foie, le crack et l'herbe lui embourber les poumons, la cocaïne lui ternir le visage… Mais si on omettait une certaine fatigue qu'on pouvait lire dans ses yeux et ses expressions, la blonde semblait bien loin d'être maladive.
« Tu as quelque chose contre les téléréalité ? demanda-t-elle finalement en tapotant son filtre contre le cendrier.
- Ça occupe l'esprit, j'imagine…
- Tout juste. Mes frères ne sont pas là du week-end, ça va être mon unique moment de liberté. »
Son message s'adressait apparemment au devoir qu'il avait prévu de bucher avec elle en arrivant ici. Ça n'allait certainement pas se faire, il valait mieux faire comme si de rien n'était.
Voire même de profiter de la situation. C'était une occasion en or : Temari semblait suffisamment lucide pour avoir une discussion, ses frères n'arriveraient pas dans l'immédiat et il n'avait pas d'horaire à tenir. Parfait pour passer à la suite.
Il ne le dirait peut-être jamais assez, mais Temari lui plaisait pour un milliard de raisons différentes. Son joli minois n'était que la partie émergée de l'iceberg. S'il devait passer par les déviances de la blonde pour s'en rapprocher, ça lui allait. Elle le remarquait enfin.
D'une manière qu'il voulait discrète, ignorant la lourdeur de ses gestes causée par l'alcool, le lycéen s'approcha sensiblement de la blonde jusqu'à sentir leurs vêtements se froisser l'un contre l'autre. Ça n'avait pas duré le temps d'une seconde mais déjà son cœur palpitait. Elle sentait bon. Mélange d'un shampoing prit il y a peu et d'une odeur de tabac persistante. Avec l'odeur ambiante de l'appartement, elle entrait en résonnance avec l'atmosphère.
« Tu fous quoi ? »
Les sourcils froncés, la blonde se tourna vers le jeune homme et le repoussa du genou.
« Nara, si tu crois que parce que j'ai décidé d'accepter ta requête, tu peux aller plus loin, tu te mets le doigt dans l'œil. Je suis peut-être un peu fonfon mais je suis loin d'être une idiote.
- Mais je…
- Ne mens pas. »
Brusquement, la blonde se retrouva à cheval sur le Nara, l'un des genoux à proximité de l'entrejambe du brun. Dans cette position si suggestive qu'il en perdait sa verve, la jeune fille s'approcha plus encore de lui, ses lèvres lui caressant le cou sensuellement : « Tu vaux pas mieux que les autres, soupira-t-elle. »
Son souffle chaud l'hypnotisait à tel point qu'il ne répliqua pas. Il y avait bien trop de sensation alors qu'elle ne le touchait même pas. Elle dut s'en rendre compte mais n'en fit pas la remarque. Shikamaru Nara devait déjà être assez perturbé par son approche. Ses lèvres se posèrent alors contre la jugulaire du brun avant qu'elle ne s'en éloigne pour le regarder dans les yeux.
Il avait à présent les yeux exorbités et la lèvre du bas pendante puis tremblante. Il y avait de quoi être abasourdi : elle venait de lui embrasser le cou ! Shikamaru, qui jusqu'alors n'avait pensé qu'à être proche d'elle, sentait ses idées prendre du plomb dans l'aile.
La main de Temari passa contre la nuque du brun et s'y arrêta dans une caresse tandis que son genou se pressait plus contre lui. Elle jouait avec lui et il avait beau s'en rendre compte, il ne savait plus quoi faire.
« Si je me serre un peu plus contre toi, tu vas très probablement perdre la tête. »
Elle avait entièrement raison. Il s'agissait d'une situation remplie de connotation et plus encore, d'une situation avec Temari en rôle principal.
« C-c'est pas drôle. »
Il déglutit difficilement, sa pomme d'Adam tressautant au rythme de son cœur, tandis qu'il la voyait irrémédiablement approcher son visage du sien. Impossible, il affabulait. Temari lui jeta un dernier coup d'œil avant de se pencher sur ses lèvres et de les embrasser. D'un de ces baisers qu'on donne rapidement sans y penser vraiment.
Ca ne devait pas se passer comme ça !
Shikamaru y avait tellement songé par le passé… Des centaines de scenarios conçus pour s'adapter à une situation réelle. Mais elle venait d'y faire un doigt d'honneur en restant l'imprévisible blonde qui lui mutilait les entrailles sentimentales.
Elle se releva du canapé et attrapa le pétard qu'elle avait laissé à l'abandon depuis un moment, tout en l'allumant, elle plissa les yeux en admirant l'effet qu'elle venait de provoquer.
« T'es qu'un gamin. Rien qu'un enfant… »
Elle aspira une première bouffée et se détourna du jeune homme. S'il advenait de ce garçon qu'il grandisse à son contact, elle aurait réalisé une grande prouesse. Si elle pouvait jouer de la situation par la même occasion, Temari ne s'en priverait pas. Pour une affreuse droguée telle qu'on la décrivait, c'était risible. Shikamaru allait devenir une relation précieuse. Enfin… S'il arrêtait de l'idolâtrer la bouche grande ouverte.
« 'Scuse. »
Le brun toussota en la regardant puis préféra oublier ce qu'il venait de se passer : ce n'était que le début, elle n'allait pas être la gentille Temari qu'il rêvait parfois qu'elle soit. Comment cette fille pouvait-elle le manipuler avec autant de faciliter ? À croire qu'elle pouvait lire ses pensées rien qu'en le regardant dans les yeux.
Shikamaru s'allongea sur le canapé, les pieds pendant dans le vide, et posa le goulot d'une bouteille qui trainait là sur ses lèvres, avalant d'une traite le peu de liquide qui restait. Avec ce qu'il venait de se passer, il fallait qu'il donne une bonne image à la blonde pour qu'elle n'en fasse pas une obsession. Il voulait découvrir son monde, pas devenir son petit-ami.
Même avec la gorge en feu, il se devait d'être à la hauteur. Il lui avait dit, il lui avait chuchoté.
« Temari, apprends-moi à être comme toi et… »
-•-
La fin de l'année scolaire approchait à grand pas. Le devoir par équipe avait été rendu, et Temari n'avait fait qu'y apposer son nom. Les élèves étaient plus dispersés que jamais, le soleil printanier pointant le bout de son nez.
Six mois plus tôt, Shikamaru découvrait la douceur d'un alcool mélangé aux jus et la douleur d'un whisky sec. Temari et Kiba lui avaient bien proposé de tester herbes et dérivés mais le jeune homme n'avait pas céder : comprendre des gens comme Temari et son groupe d'ami ne devait pas dire qu'il se devait de céder à tous les excès.
Ses parents n'avaient tout d'abord pas compris son rythme effréné de sorties diurne et nocturne mais n'avait pas fait de remarque : leurs fils sortait et vivait pleinement sa vie sans que sa scolarité n'en prenne un coup. Il restait leur petit bout d'amour aux mocassins moelleux et au flegme indissociable. Ne pas connaitre les nouveaux amis de leur fils ne leur plaisait pas tant que ça mais Shikamaru n'en disait que du bien les quelques fois où le sujet était abordé.
Mais Shikamaru Nara n'était décidément pas de ce monde. Comme le lui avait dit Temari en riant, il n'était qu'un enfant et cet état de fait lui allait parfaitement bien. Pour rien au monde il ne se laisserait aller, pas même par amour. Six mois avaient suffis à faire comprendre au Nara qu'il s'agissait bien d'amour à ce niveau-là. Ça ne changeait rien à sa relation avec elle mais désormais, il y prenait garde.
Temari aussi. Il n'y avait qu'à le voir bucher ses cours pendant qu'elle tirait sur un joint, les mains derrière la tête. Ça avait de quoi la décontenancer et parfois même, la blonde se surprenait à relire les notes qu'il lui laissait quand elle avait été absente d'un cours. Ce pauvre gosse avait une influence sur elle. De quoi la chambouler sur beaucoup de points.
La première fois qu'elle avait présenté son camarade à Kiba, ce dernier l'avait regardé d'un œil circonspect. Quand ils en avaient rediscuté, la blonde avait mis les points sur les i : Shikamaru voulait découvrir un nouveau monde et il valait mieux qu'il le découvre avec eux que seul. Le jeune homme avait accepté sans plus poser de question. Il était un garçon arrangeant et peut-être même que l'avoir à ses côté l'aiderait à améliorer sa moyenne.
« Kib', chuchota la blonde à l'égard de son voisin de table. On fait quoi ce soir ? »
À sa droite, Kiba fronça les sourcils et haussa les épaules : « 'Sais pas. Je suis fiché dans tous les bars de la ville. Ça te dit de passer chez moi ? Y'a personne en ce moment. »
Devant eux, une rousse se retourna et posa son coude sur la table en les regardant tour à tour.
« Chez toi c'est naze, dédaigna-t-elle en remontant ses lunettes sur son nez.
- On t'a pas sonné, Karin. »
Temari croisa les bras sur la poitrine et regarda la rousse avec amusement. Visiblement, elle n'était pas la seule à vouloir décompresser de sa semaine. Mais à imaginer que Karin s'immisçait, il y avait aussi de grande chance pour qu'elle se ramène avec Ino. Rester dans la chambre de Kiba n'avait alors plus grand intérêt.
« Et si- commença alors Kiba avant d'être interrompu par la main de son professeur qui claqua sur la table.
- Kiba, Temari, Karin. Je vous entends encore et c'est une journée de colle qui vous attend. »
Temari leva les mains en signe de rémission tandis que Karin se retournait à sa place et que Kiba levait les yeux au ciel. Il y avait un point de positif à trainer avec Shikamaru et sa bonne influence : ils ne se faisaient plus virer de cours à la moindre incartade. Du moins, tant qu'ils n'abusaient pas de la patience de leur professeur.
Un papier tomba lourdement sur le pupitre de la blonde et un regard vers la rousse de devant lui fit comprendre d'où il provenait. Ça leur donnait des airs de collégiens mais c'était mieux que rien.
Feu de camp ? disait le mot dans une écriture manuscrite chiffonne.
La blonde passa le mot à Kiba qui haussa encore les épaules en faisant la moue. Pourquoi pas après tout, s'il n'y avait rien de mieux à proposer. Roulant de nouveau en boule le papier, Temari le lança à l'autre bout de la salle, directement sur la joue de Shikamaru Nara qui suivait le cours avec assiduité.
« Tu pouvais pas lui envoyer un texto, merde, grogna Inuzuka en roulant une cigarette sous sa table de cours.
- Ça va pas le tuer. C'est rien qu'une invitation. »
La blonde garda le visage rivé sur le Nara qui dépliait le papier pour en lire le contenu. Le jeune homme lâcha un sourire, reposa le papier et leva un pouce en l'air, sans se départir de sa concentration pour le cours. C'était déconcertant, mais depuis le temps Temari s'en faisait une raison : il y avait un temps pour s'amuser et un autre pour étudier, c'était Shikamaru, elle l'appréciait pour ça.
« Ka', chuchota alors Kiba en attrapant l'épaule de la rousse qui s'approcha d'eux sans se retourner. On doit compter Ino et son-
- Les trois, là-bas, hurla le professeur. Ça dégage. »
Shikamaru, maintenant fatigué de voir ses nouveaux amis causer du trouble en classe, regarda d'un œil mauvais la scène qui se déroulait. Ça n'avait rien d'étonnant, à laisser les gens s'installer n'importe où, il ne fallait plus s'étonner de les voir bavarder. Cela étant, ca n'excusait par leurs actions.
Tandis que le professeur s'exaltait dans une remontrance collégiale, Temari se tourna vers lui et s'accrocha à son regard. Elle avait de beaux yeux. Vert, brillant, doux… Il n'y avait qu'à les regarder pour qu'il oublie à quel point elle était dissipée et lui causait du tort. Vifs comme cet après-midi là, les yeux de la blonde lui faisait dire qu'elle était sobre et en pleine capacité de ses moyens. Alors pourquoi réussissait-elle toujours à passer pour la mauvaise élève ?
« Rouler des cigarettes en cours, Inuzuka ? C'en est assez ! Je préviens le directeur dès ce soir. »
Le professeur indiqua la sortie au trouble-fête et retourna s'asseoir à son bureau, les mains tremblantes. Kiba avait un talent certain pour mettre les gens à bout. D'un pas lent, les trois élèves quittèrent la pièce, Temari glissant un clin d'œil au pauvre Nara dont les joues rougissaient.
La fin de l'heure arriva plus rapidement que prévu et alors qu'il rassemblait ses affaires, un brun vint à sa rencontre. Chôji Akimichi était cet ami de toujours à qui Shikamaru tenait suffisamment pour ne pas le laisser pour compte maintenant qu'il trainait avec les rebus du lycée.
« Malgré tes explications, je ne vois toujours pas pourquoi tu traines avec eux. Ça ne va t'apporter que des embrouilles.
- Je sais, Chô'. Mais… Ils sont sympas. Il suffit de les connaitre.
- Mh. Je croyais que ce n'était que pour Temari tout ça ?
- Il y avait un peu de ça. Elle me plait. Mais les choses ont évolué. Tu devrais parler avec elle, c'est une fille bien. »
Son ami pinça les lèvres et ne releva pas. Tant pis. Shikamaru ne pourrait pas joindre ses deux mondes aussi facilement. D'un signe de main, Nara quitta la salle et rejoignit Kiba et Temari qui l'attendaient.
« Ce prof est un sale con, grommela Inuzuka en passant un bras sur les épaules de Shikamaru. Comment t'arrives à supporter de suivre des cours avec ce genre de mec ? »
Shikamaru ne se prononça pas, l'autre n'attendait pas vraiment de réponse de sa part et embraya sur un autre sujet en rejoignant Karin qui les attendait à l'extérieur. Aussitôt, Kiba le quitta et discuta avec la rousse.
« J'ai prit des notes pour toi. »
Le brun tendit à Temari une feuille quadrillée et se passa la main sur la nuque. Il était toujours plein de bonnes attentions. Il pourrait bien être l'ami en or qu'elle n'avait jamais eu. Un monde entier séparait l'amitié qu'elle entretenait avec Kiba de celle qu'elle avait avec le jeune Nara. L'univers dans lequel il baignait était la grande raison qui faisait de lui ce garçon qu'elle trouvait intéressant, mais la gentillesse et les égards qu'il avait pour elle ne la trompait pas : Shikamaru avait un faible pour elle. Les premiers temps de leur relation, la blonde avait longuement réfléchit à ce que ça pourrait signifier par la suite.
À lui laisser trop d'importance, il risquait de la croire accessible et elle n'était pas prête à laisser qui que ce soit interférer avec sa vie. Mais il était resté quelqu'un de correcte et Temari se félicitait de ne pas l'avoir envoyé bouler le lendemain de son étrange requête.
Alors qu'ils suivaient les pas de Kiba et Karin, la blonde s'accrocha au bras de Shikamaru et, sans le regarder lui demanda s'il allait bien.
« Après tout, le rythme est assez effréné et tu ne manques jamais un cours. Ça ne doit pas être facile à suivre.
- Mon rythme avant de vous fréquenter se résumait à faire mes devoirs, jouer aux échecs avec mon père et cirer mes pompes. Je t'assure que ça ne me déranges pas. »
Temari avait bientôt vingt ans et trouvait le brun bien plus responsable qu'elle. Ce qui aurait du la mettre dans l'embarras se révélait finalement plutôt encourageant ces derniers temps. Les examens approchaient, son tuteur lui mettait la pression, son dealeur la regardait comme si elle était une demeurée. Les choses changeaient irrémédiablement et elle était prête à faire de même. Restait à trouver la motivation, ce qui se révélait plus compliqué que prévu.
« Être avec vous m'évite d'être la grosse tête qui reste cloitrée chez elle, continua le brun. Ça change mes habitudes, ma cadence, mes ambitions. »
Ses ambitions. Ses ambitions de recadrer Temari maintenant qu'il la connaissait mieux. Ça n'avait rien de raisonnable : Temari était fière et forte, se laisser guider par un gamin comme Shikamaru n'irait jamais dans son intérêt. Mais il était patient et la passion qu'il lui portait valait bien ce sacrifice.
-•-
« Je dors chez Kiba ce soir. »
Yoshino Nara, mère du jeune Shikamaru, leva le nez du livre qu'elle lisait et leva un sourcil.
« Ce soir si tu veux, mais ne rentre pas trop tard. Demain midi il y a de la famille qui passe. »
Shikamaru, prêt à monter les escaliers, acquiesça du menton avant de retourner à sa chambre. Il attrapa son téléphone, composa le numéro de Kiba et patienta.
« C'est bon pour moi.
- Super. Tu peux passer chez moi quand tu veux avant Temari a décidé que ça serait notre point de rendez-vous.
- Besoin que je ramène quelque chose ?
- Des softs si tu en vois le besoin. »
Forcement, qu'aurait-il pu demander d'autre à ce pauvre Shikamaru qui paraissait à peine son âge ?
« Et aussi tes notes sur le dernier cours de langues. »
Ça, c'était plus surprenant mais Shikamaru n'en fit pas la remarque, c'était une bonne chose que Kiba s'en préoccupe, il n'allait pas le braquer. Sur un adieu rapide, le brun raccrocha et s'étala de tout son long sur son lit défait, un sourire posé sur les lèvres.
Il avait de la chance.
Temari avait accepté de lui faire découvrir son univers. Kiba et les autres l'avait adopté sans difficulté dans leur groupe d'amis. Shikamaru se sentait bien, entier et vivait pleinement cet instant présent qu'il avait toujours jugé d'un mauvais œil. Son parcours déroutant ne l'était plus tant.
Grâce à elle.
Après une soirée à potasser pour l'examen de lundi, Shikamaru se rendit chez Inuzuka, des sodas sous les bras et une fiche de révision dans la poche arrière. Son hôte l'invita jusqu'à sa chambre à l'étage et le jeune Nara fit comme à son habitude. Shikamaru et Temari avaient lié une véritable complicité et il en était allé de même avec Kiba. Rarement vus l'un avec l'autre au lycée, les deux bruns avaient pourtant prit le temps de se connaitre à l'occasion de virées nocturne et de discussions folle sur leurs passions communes via Internet. Aussi, Shikamaru avait eu l'occasion plus d'une fois de passer la nuit chez son ami qui l'invitait aussi souvent que possible.
La vie familiale d'Inuzuka avait d'abord étonné Shikamaru : pas de père, une mère rarement présente, une grande sœur encore plus mondaine que lui, Kiba était livré à lui-même bien trop souvent. Pour Shikamaru, il s'agissait de l'une des raisons qui avait poussé Kiba dans ses abus mais l'autre ne répondait jamais à ses questions.
De manière générale, personne ne répondait à la question que Shikamaru avait posée au moins une fois : « Qu'est-ce qui t'a poussé à boire et à te droguer ? » Temari se mordait les lèvres Kiba regardait ailleurs Karin haussait les épaules en baissant la tête Ino, une blonde de sa classe, souriait en passant à un autre sujet. C'était un tabou dont il ne fallait pas se mêler.
« Temari ne nous rejoint qu'aux alentours de minuit, pareil pour les autres. Ça nous laisse le temps pour une partie. »
Kiba fit danser ses sourcils en direction de Shikamaru et ce dernier lui rendit un sourire franc. L'un des points communs qui était apparu comme par magie pour les lier l'un à l'autre fut la découverte du jeu d'échec poussiéreux qui trainait sur l'une des étagères du salon Inuzuka. Rapidement, les deux lycéens en avaient fait un rituel et même si Kiba n'avait pas l'ombre d'une chance, il était assez débrouillard et malin pour que la partie soit intéressante.
Accompagnant leur match d'un bol de crackers, ils se posèrent à même le sol et entamèrent leur premier partie. Partie si passionnante qu'à vingt-trois heures passées, les pas d'un nouvel invité ne les sortirent pas de leur concentration.
« Je ne comprends pas cette passion pour ce jeu préhistorique… »
Les deux bruns sursautèrent pendant que Temari entrait dans la chambre depuis le balcon, une cigarette au coin des lèvres : sonner à la porte n'avait rien d'aussi amusant que d'escalader la maison pour passer par le balcon. La blonde pouffa un instant et jaugea le plateau d'échec d'un air hautain. Aspirant une bouffée de cigarette, elle se pencha dessus et analysa la situation sous le regard suspicieux des deux autres. Désormais accroupie aux côtés de ses amis, elle posa sa cigarette dans le cendrier non loin et tourna la tête de Shikamaru à Kiba plusieurs fois.
« C'est une sale partie. »
Sans leur laisser le temps de faire quoi que ce soit, la main de la blonde s'écrasa contre le plateau et fit voler les pièces aux quatre coins de la chambre.
« Mais merde, Temari, sursauta Kiba en lui attrapant les mains. J'avais un super jeu. »
Les yeux exorbités, il lança un regard entendu à Shikamaru. Ils n'allaient quand même pas la laisser faire sans réagir !? Sans plus de cérémonie, Inuzuka attrapa la blonde par les hanches et la plaqua au sol.
« C'était pas une bonne partie, Kib', j'te jure ! cria alors Temari en comprenant l'idée que son meilleur ami avait derrière la tête. Tu risqu- Ah ! Ahah. »
Les mains de Kiba lui chatouillant les côtes ne lui laissèrent pas le temps d'en dire plus. Shikamaru, toujours spectateur de ce qu'il venait de se jouer, resta un instant interdit à les regarder se débattre à même le sol.
Il y avait cette complicité entre Kiba et la blonde qui rendait Nara complètement dingue. Il n'y avait visiblement aucune ambigüité entre ces deux-là mais ça n'atténuait qu'à peine ce pincement au cœur que provoquaient leurs instants privilégiés. Kiba et Temari étaient amis depuis très longtemps et il serait fou de leur en vouloir pour ça.
La mélancolie s'empara alors de lui et son regard s'assombrit. Comment avait-il pu être aussi naïf ? Croire un seul instant que Temari verrait en lui quelqu'un d'assez intéressant frisait le fantasme. Elle ne le distinguerait jamais autrement que comme ce gamin qu'elle avait embrassé pour lui donner une leçon. Il n'y avait toujours eu que Kiba dans sa vie de lycéenne défoncée au crack. Quoi que… Il y avait bien eu le surveillant de leur lycée : Itachi Uchiha mais il se cantonnait au rôle de dealeur de service la plupart du temps, ce n'était pas une menace sérieuse. Du moins l'espérait-il.
« Oh Shikamaru, tu vas pas me laisser la maltraiter tout seul, quand même ! »
Kiba lui appuya un pied dans le mollet, tenant Temari fermement contre le sol.
« Nara, je t'interdis d- »
La main d'Inuzuka se plaqua contre la bouche d'une Temari désormais esclave de son bon vouloir. Envolées les pensées ternes, Shikamaru s'approcha de l'autre brun et passa à l'action, ses mains empoignant les pieds de la pauvre blonde.
Il ne fallait pas voir toutes ces choses de manière déplaisantes. Temari était elle-même, il fallait qu'il se le rentre dans le crâne. La pauvre blonde, en prise avec une séance longue et pénible de chatouille, se perdit dans les rires et Shikamaru le releva pour lui même : elle était si belle avec ce sourire franc, bien loin de l'allure hautaine qu'elle contrôlait habituellement.
« Eh bien, clama une voix à l'orée du balcon. Je n'avais pas prévu de participer à un viol collectif… »
Karin, les mains sur les hanches, leva un sourcil en les regardant.
« Quand Gaara et Kankurô apprendrons que leur grande sœur préfère les plans à plusieurs… »
Les cheveux blonds au vent, Ino Yamanaka, porta la main à sa bouche grande ouverte, actant la surprise. À sa droite, un brun au regard perdu, ignorait la scène et soupira. Sasuke Uchiha, petit-ami d'Ino, n'était pas connu pour sa bavardise.
« Occupe-toi plutôt de ta réputation de suceuse, grogna Kiba Inuzuka en se relevant.
- Pas la peine d'être un sale con… »
La blonde croisa les bras sur la poitrine et lui lança un regard noir. Kiba et Ino avaient beau être amis, leur débit de pique dépassait l'entendement.
« On se calme, les gars. C'est vendredi soir, c'est le moment de profiter. »
Temari, toujours au sol et coincée entre les cuisses de Shikamaru, lança une pièce d'échec dans le dos de Kiba. Personne ne le disait vraiment mais pour chacun c'était une évidence : Temari était le leadeur de leur petit groupe d'ami. Il n'y avait qu'à voir le regard détendu d'Ino quand son amie désamorça la situation par quelques mots biens placés.
« Prêts pour une soirée de débauche ? »
Chacun y alla de son commentaire tandis que Shikamaru se relevait et aidait Temari à faire de même. Ça n'avait pas duré une minute qu'il était déjà tout chose d'avoir senti la blonde contre lui. Le regard rêveur, le brun laissa les nouveaux arrivants et Temari sauter par-dessus le balcon avant de s'en approcher.
« Tout va bien ? »
Kiba, un air interrogateur collé au visage, posa une main sur l'épaule de Nara.
« Pourquoi ça n'irait pas ? »
Haussant les épaules, Shikamaru s'approcha du balcon. Son ami commençait à un peu trop le connaitre et ça l'effrayait : à trop en savoir sur lui, Kiba risquait de comprendre. Comprendre qu'il appréciait sa meilleure amie? Ce n'était pas si atroce que ça, tout compte fait. Avait-il vraiment raison de s'en faire ? Et puis merde.
D'un bond, Shikamaru se retourna vers le brun : « Tu penses qu'elle m'apprécie ?
- Temari ? »
Sans une once d'hésitation, Kiba prononça le nom de son amie, confirmant les appréhensions que le Nara avait eu : ça se lisait donc comme le nez au milieu de la figure, hein ? Cependant, il ne répondit pas à la question de Shikamaru, se contentant de lui mettre un poing rieur dans l'épaule avant de sauter par-dessus la balustrade pour rejoindre le reste du groupe.
Pas de réponse alors ? Tant pis, l'avenir lui en dirait plus. Shikamaru sauta à son tour et rejoignit ses amis. Kiba, le bras autour des hanches de Karin, lança la marche en souriant d'un regard entendu à Shikamaru. Ino et son ami brun suivirent le mouvement en se tenant par la main et Temari attrapa celle de Nara pour l'inviter à faire de même.
« Ça va être top, tu verras, déclara la blonde en lui souriant. »
La main chaude et délicate de Temari la rebelle lycéenne.
Les muscles de son bras se contractèrent au rythme de leur marche. C'était tellement… Tout. Son expérience en terme de relation amoureuse c'était toujours limitée à une amourette estivale et ça datait maintenant d'il y a quatre ans. Pas de quoi s'étonner, donc, de voir le lycéen dans tous ses états pour une main tenant la sienne. Pas celle de n'importe qui en plus.
Sur le chemin menant à la forêt de la ville, un calme persista : il était minuit, ils n'étaient pas majeur, se faire remarquer dehors ne pourrait qu'être malheureux.
La main toujours solidement dans celle du brun, Temari analysa une situation qui lui sautait aux yeux depuis qu'ils avaient quittés la chambre de son meilleur ami.
Shikamaru.
Shikamaru et ses mains posées contre ses hanches lorsqu'il avait prit part à leur stupide bataille de chatouille. Une seconde, tout au plus, la blonde avait senti ses doigts passer sous son t-shirt. Quelque chose d'anodin, forcement, puisqu'il ne s'en était même pas rendu compte. Mais la trace de ses membres semblait à présent la marquer psychologiquement. S'il n'y avait eu que ça pour la perturber de cette manière… Mais non. C'est une accumulation de petits évènements qui la forçaient désormais à se demander ce qu'il se passait vraiment.
Mais putain ! Pourquoi avait-elle accepté de faire de ce benêt de Nara un adolescent alcoolique ? Quel cheminement avait-elle bien pu parcourir pour arriver à la conclusion qu'il serait un ami appréciable ? Merde.
Elle devait l'avouer à elle-même pour enfin se libérer de ce fardeau mais ça lui arrachait le cul d'avoir à le faire.
« Tu le trouves comment Nara ? avait un jour demandé Kiba à l'adresse de la blonde.
- Bah…Il est mignon dans son genre. Tu as vu son regard quand il écoute les profs ? C'est tellement profond.
- Je parlais de votre relation, pas de ton attirance pour lui. »
Rapidement, le sourire qu'elle avait eu aux lèvres en parlant du Nara c'était évanoui et elle était partie après un au revoir rapide à l'adresse du brun. Au souvenir de cette conversation, le front de Temari se plissa. Ça craignait à mort…
Temari était attirée par Shikamaru et dorénavant, elle n'arriverait plus à se le cacher. Elle devait prendre une nouvelle décision qui la laissait songeuse : laisser le brun trainer avec elle était probablement un frein à son épanouissement intellectuel… Mais lui dire qu'ils ne devaient plus se voir avait une saveur atrocement métallique. Abandonner leur relation c'était mettre à la poubelle des mois de discussion passionnante, de secret dévoilé, de…
Son cœur battait à présent à tout rompre et elle se détestait d'être aussi stupide que ça.
« Tu m'écrases la main, Tem'. »
Shikamaru posa son autre main sur celle de la blonde et desserra son emprise, d'une poigne aussi légère qu'elle se l'était toujours imaginée.
« Tu m'as l'air songeuse ce soir, commença le brun, le regard rivé sur leurs amis devant.
- Mon dernier pétard m'a un peu assommé. Pas de problème. »
Il valait mieux mentir que de lui dire la vérité. Tout plutôt que de lui avouer qu'elle avait un faible pour lui depuis le moment où elle l'avait embrassé pour le provoquer.
« Toi, par contre, continua la blonde, ravie de mettre fin à un trajet silencieux. C'est tes cernes qui me font me demander si tu dors assez en ce moment. J'ai déjà du te le dire plusieurs fois, mais t'as pas à te mettre la pression quand on sort le soir.
- Je suis toujours fatigué. Pas plus ce soir qu'un autre. Je me pose juste beaucoup de question en ce moment… »
Il se mordit la lèvre à la fin de sa phrase. Elle n'avait pas besoin de le savoir, il fallait un subterfuge.
« Quel genre de question ?
- Des trucs bêtes. Par exemple : fumer de l'herbe, c'est pas un premier pas dans la tombe ? »
Les pieds dans le plat. La main de Temari se crispa dans la sienne avant de la lâcher définitivement sans le regarder. La blonde s'éloigna pour rejoindre son meilleur ami et Shikamaru soupira bravo, ça allait être une super soirée…
« Sympa la technique de drague, murmura Ino en se mettant au niveau du brun. Un peu plus et tu te la mettais dans la poche.
- Mêle-toi de tes oignons.
- Oh, Shika'. Je disais ça pour toi… Même Sasuke est d'accord avec moi, avança-t-elle en tirant son petit-ami vers elle. Ça se voit à dix kilomètres que tu fonds d'amour pour elle. »
À ce point ? Les yeux d'Ino brillèrent un instant avant qu'elle ne reprenne contenance.
« Mais imaginer de Temari qu'elle arrête la dope pour tes beaux yeux, c'est un rêve trop dur à atteindre pour toi…
- La dope c'est le seul moyen qu'ils ont de faire parti des marginaux, sans ça, ils ne font plus partis de rien. »
Sasuke qui jusqu'à présent n'avait pas dis un mot, soupira à la fin de sa remarque et ses yeux se voilèrent. Lui-même avait de bonnes raisons de trainer avec Temari et Kiba même s'il n'en parlait jamais. Shikamaru ne releva pas mais le retint pour une prochaine fois : Itachi, grand frère de Sasuke, devait être le responsable de cet air attristé.
À l'avant, Temari ruminait.
« Quel trou de balle, murmura la blonde à l'attention de Karin.
- Ne le prends pas comme ça. C'était une simple remarque. Il a bien le droit de se poser ce genre de question, non ?
- À trainer avec des gens comme nous, souleva à son tour Kiba, c'est plutôt sain qu'il se questionne à ce sujet. »
Karin approuva d'un signe de tête et s'alluma un pétard dans l'espoir de calmer son amie. Amie qui, une fois n'est pas coutume, se plongea dans ses propres réflexions. Elle était vexée. Apparemment, Shikamaru la voyait comme la droguée de service aux envies de suicides. Ce n'était pourtant pas le cas. Si Temari fumait, buvait et se piquait c'était plus pour se désinhiber de l'univers dans lequel elle nageait… Mais pour le comprendre, Shikamaru devrait faire plus que picoler en sa compagnie et elle s'y refusait.
Nara Shikamaru devrait rester cet être sain qu'elle plaçait sur un piédestal. Il était unique, il était propre, il se devait de le rester.
Attrapant le pétard que Karin lui tendait, elle se mit à sourire, oubliant la remarque du Nara. C'était ridicule de le prendre à parti.
Le groupe se resserra progressivement quand une large forêt fit son apparition. En bordure de la ville, la police passait beaucoup moins souvent ce qui permettait alors aux jeunes de la ville de profiter du seul endroit où tous les excès étaient autorisés. Les uns derrière les autres, ils prirent le chemin que Kiba initiait, butant parfois contre des racines, des branches basses et des trous bien cachés. Rapidement, ils atteignirent une clairière à couvert des larges feuillages des arbres environnants. S'y trouvaient d'énormes troncs tombés depuis longtemps et des cendres indiquant un squat récent. Il s'agissait bel et bien d'un site de référence.
Chacun s'installa et bien vite bouteilles, biscuits et allumettes furent sortis. Le feu de joie pouvait commencer.
-•-
« Pfrrrrrr, bien sûr que si que je suis encore lucide !
- Ah ouai ?
- Mais grave : un plus un : deux, deux plus deux : quatre, quatre plus quatre : huit, huit et huit : seize, seize et seize : trente-deux, euhm... soixante-quatre, et... cent vingt huit ! Tu vois, j'arrive encore à compter.
- Bah alors essaye de te lever ! »
Ino sourit victorieusement à la face de Karin et se releva difficilement. À peine se retrouvait-elle sur ses pieds que son corps céda et la força à se rassoir. Gloussant à tout va, elle posa sa tête contre les cuisses de Temari qui l'ignorait, cigarette au bec.
« D'accord, j'peux pas bouger. Mais ça veut pas dire qu'j'suis pas lucide ! Maintenant, va juste falloir que ça retombe, expliqua placidement Ino, les joues rouges et les yeux mi-clos.
- Bien sûr, répondit Karin, à moitié convaincue. »
La nuit se trouvait déjà bien avancée, les bouteilles de verre jonchaient le sol désormais boueux et l'ambiance s'échauffait. Ino dormait à moitié sur les cuisses de Temari qui semblait perdue dans ses réflexions. Kiba et Karin s'embrassaient à en perdre haleine, prétextant leur taux d'alcool responsable de leur étreinte. Sasuke finissait tranquillement une bouteille de soda il ne buvait pas, ne boirait sûrement jamais : son frère avait été une prévention suffisante à ce sujet.
Shikamaru, adossé à un arbre en solitaire, reposa la bouteille qu'il venait de finir et reposa sa tête contre le tronc. Sa vision se troublait et le feu lui marquait les joues de sa chaleur, lui donnant l'impression qu'il était en flamme. Son corps lui paraissait plus lent, plus lourd tandis qu'il écoutait Temari discuter avec Sasuke. Philosophie de comptoir semblait être l'expression qui définissait le mieux ce qui était dit. Temari parlait beaucoup et donnait l'impression d'être sobre. Sasuke le remarquait bien mais n'était pas le genre d'homme à critiquer pour critiquer, aussi, répondait-il rapidement à ses arguments. Expirant une bouffée de cigarette, la blonde se mit à rire sans raison puis le silence revint, entrecoupé des geignements gênants de Kiba et Karin. Ino releva finalement la tête, les yeux étrécis et bailla à s'en décrocher la mâchoire, faisant le tour des convives pour s'arrêter à Shikamaru. Un sourire en coin, elle l'interpella, l'invitant à les rejoindre sur le tronc qu'elle partageait avec Temari.
« C'est p-pas très conviviale qu'tu sois là-bas comme un débile, ajouta-t-elle en haussant les épaules. »
Avec toute la difficulté du monde, le jeune homme se releva et avança vers les blondes qui lui laissèrent une place entre elles. Regagnant sa vivacité, Ino attrapa trois bouteilles de bière qui trainaient encore intactes et les lança à Shikamaru et Temari.
« C'est bientôt les exams, p'tain. Faut s'la donner avant ! »
Claquant sa bouteille contre celle du brun puis de la blonde, Ino décapsula sa bière et l'engloutit. Sasuke roula des yeux : il serait en charge de la ramener chez elle, le trajet serait long…
Shikamaru observa alors sa bouteille, indifférent à ce qu'Ino faisait. Il avait le ventre en compote, boire commençait à être un supplice.
« On trinque ? »
Alors qu'elle ne lui avait pas parlé de la soirée, Temari posa sa main sur la cuisse de Shikamaru et le regarda dans les yeux. Trop vaporeuse pour être sexy, elle n'en était pas moins sensuelle aux yeux d'un Nara grisé. Absorbé par le regard vert de la blonde, il trinqua avec elle puis avala une gorgée de sa bière. Si près l'un de l'autre, la sensation d'être soumis au bon vouloir de Temari le submergea et il secoua la tête. Non : rester calme.
La soirée continua lentement mais sûrement. Ino comptait en itérant, Karin riait pendant que Kiba lui embrassait le cou, Sasuke somnolait dans un coin. L'ambiance se calmait et les flammes s'amenuisaient à leur tour. Il était temps de remballer mais personne ne semblait prêt à faire le premier pas. Ici, à l'abri du feuillage de la forêt, ils étaient en dehors de toute convention, pas de bonne conscience, pas d'obligation. En revenant à la ville, il faudrait dire Au revoir et à la prochaine.
Shikamaru était ennuyé à cette simple constatation. Une fois parti d'ici, tout redeviendrait comme avant et Temari reprendrait ses distances, comme elle le faisait toujours une fois sobre.
« Shikamuku, arrête de rêver et profite de ta soirée, ricana Karin, les yeux rouges d'avoir fumé.
- C'est pas Shikamumu, répliqua Kiba dont les ardeurs s'étaient calmées. C'est Shirumaka »
Les yeux dans le vague et une nouvelle clope entre les doigts, Temari déclara calmement qu'il s'appelait Shikamaru, perturbant l'osmose de la soirée d'un long blanc dans l'air. La fatigue prenait le dessus sur chacun et Sasuke regarda sa montre.
« Il est cinq heures, les enfants, déclara-t-il. Je suis claqué. J'avais promis à Ino de la ramener avant que ses parents ne découvrent qu'elle n'était pas dans sa chambre. »
Se disant, il se releva et fit la constatation de l'état de sa petite-amie qui comatait allongée à même le sol.
« J'avais fait la même promesse aux miens, tiens, s'amusa Karin en ramassant une canette de jus d'orange. C'est vrai qu'on ne devrait pas tarder, le soleil commence déjà à se lever. »
Chacun pointa son nez d'alcool vers le ciel aux couleurs rosées. C'était le bon moment. Ils prirent le temps de ramasser leur déchets et quittèrent les lieux, ravis d'y avoir passé une soirée aussi surprenante. Très bientôt, les rumeurs sur Kiba et Karin feraient le tour du lycée, ils avaient tout intérêt à se mettre au diapason tous les deux une fois leur alcool décuvé.
Ino et Sasuke les quittèrent bien vite en cours de route pour prendre un autre chemin laissant les autres prendre la route de la maison Inuzuka. Karin se tenait à Temari pour ne pas tomber mais, les yeux lourds, la blonde faisait un mauvais appui.
« P'tain les gars, grommela la rousse en s'accrochant désespérément à l'épaule de Shikamaru. J'dois passer par le centre-ville, ça m'tue. »
La laisser seule prendre le chemin du centre-ville n'était pas concevable mais semblait être un supplice pour chacun. Raccompagner Karin, c'était faire un détour de vingt minutes et ils étaient au bout de leurs forces. Kiba, très chevaleresque, se dévoua : il la raccompagnerait avant de rejoindre Temari et Shikamaru chez lui. Peut-être qu'à cette occasion, il concluerait avec la rousse ? Qui pouvait savoir…
Sans un regard en arrière, Kiba et sa rousse prirent le chemin de la ville sous l'œil suspicieux de Shikamaru et Temari.
« C'est quoi la suite du programme ? »
Les yeux toujours rivés sur les deux partants, Temari attendit une réponse du Nara qui se contenta de bailler.
« Mh. Je comptais roupiller chez Kiba.
- Je te suis. »
Trop fatigué pour bien y réfléchir, le brun ne se fit pas la remarque qu'il était pour la première fois, depuis cette histoire de baiser, en la seule compagnie de Temari. La blonde, elle, l'avait bien en tête quand elle lui prit le bras pour leur faire accélérer le pas.
Si Shikamaru lui plaisait, y'avait-il une raison valable à ce qu'elle ne tente pas sa chance avec lui ? L'alcool et les joints qu'elle avait accumulé lui donnaient des ailes. Comme un an plus tôt avec Itachi Uchiha. Comme longtemps avant avec un illustre inconnu… Sa capacité relationnelle ne menait pas loin lorsqu'elle était sobre et c'était bien pire une fois soûle : Temari s'évertuait à faire les mêmes erreurs.
Les deux lycéens grimpèrent à l'étage en passant par le balcon et prirent possession du lit de Kiba. S'il revenait dans les heures à venir, il pourrait dormir par terre. Lumière éteinte, rideaux tirés, la chambre fut plongée dans le noir et leurs yeux restèrent délibérément ouverts.
« Tu dors ?
- Non. »
Comment pouvait-il penser à dormir ?! Il y avait Temari. LÀ. En t-shirt-culotte sous la couette avec lui. Mais merde, c'était le plus beau jour de sa vie ! Rien que d'y penser, l'alcool disparaissait de son esprit pour se focaliser sur la chaleur qu'il sentait à ses côtés.
« À quoi tu penses ?
- À toi. »
Il avait parlé trop vite et la voilà qui gloussait. La couette se souleva et Temari se rapprocha de lui, la tête contre le torse de Shikamaru qui ne savait plus où se mettre. La blonde soupira alors et son haleine aux relents d'alcools fruités lui chatouilla les narines. Elle était encore beurrée comme un petit Lu, fait chier. S'il tentait quoi que ce soit, il s'en mordrait les doigts.
« J'ai pas sommeil, murmura-t-elle à son oreille.
- Mh, c'est bien dommage.
- T'as pas une idée, histoire de m'occuper… »
Elle lui faisait du rentre-dedans, aucun doute là-dessus. Les doigts de la blonde se posèrent délibérément sur le ventre habillé du Nara qui se refusait à réagir. Temari avait bu comme un trou et il l'avait vu enchainer les bédots : sa réaction n'avait rien de naturelle. Se laisser aller c'était jouer au con et il se refusait à parier sa relation avec la blonde là-dessus.
« Tu es un gentil garçon tellement agréable, susurra-t-elle en fourrant sa tête dans le creux du cou du brun. »
Ne laissant pas le temps au Nara de la repousser, Temari s'installa à cheval sur lui et pouffa pour elle-même. Ses doigts glissèrent alors le long de son t-shirt pour repousser progressivement le tissu loin de la peau du ventre du jeune homme.
« Avoir cette étrange envie de me fréquenter était l'idée la plus stupide que tu auras eue de toute ton existence, enchaina-t-elle pour ensuite se pencher sur lui et embrasser sa joue. Tu finiras par regretter d'avoir fréquenté une bande de bas de plafond comme nous. »
Shikamaru, dont la concentration était loin d'être optimale, sentit le bassin de la blonde bouger sensuellement contre lui et une alarme se déclencha dans son esprit : il fallait arrêter ça très vite ou il serait trop tard. La pensée à peine formulée dans sa tête, elle l'empêcha de réagir en continuant son discours.
« Un mec bien comme toi, ça devrait fréquenter des gens comme cette abrutie de Sakura. Tellement sage, bien élevé… Tu es la perfection, argumenta la lycéenne avant de lui mordiller la peau du cou. »
Il y avait un gouffre entre ce qu'elle disait de cette voix lancinante et remplie d'amertume, et ses gestes qui le brulaient dès qu'elle frôlait sa peau. La mélancolie supplantait tout le reste mais Shikamaru jouait avec le feu en ne l'arrêtant pas. L'amour qu'il lui portait et la situation mettaient le trouble dans ses réflexions.
Devait-il vraiment ignorer les signaux qu'elle lui envoyait ? Les bouquins disaient des gens en état d'ébriété qu'ils se désinhibaient quand le taux d'alcoolémie passait un certain seuil. Ça ne pouvait pas être du pipeau : son langage du corps indiquait clairement qu'elle l'appréciait suffisamment pour en faire un partenaire sexuel.
Puis la blonde arrêta tout geste, le visage à quelques centimètres de celui de Shikamaru. Dans la pénombre, le jeune homme ne sut pas ce qu'elle avait en tête et resta paralysé à attendre une réaction de sa part. Le temps d'une pénible minute, seul le tictac du réveil de Kiba résonna dans la pièce.
« Pourquoi tu traines toujours avec nous après tout ce temps ? »
Le brun pouvait clairement sentir les lèvres de la blonde à moins d'un pouce contre les siennes et frôla l'arrêt cardiaque. Mais la question portait un vrai problème : que faisait-il à toujours trainer avec ces marginaux qui ne lui apporteraient rien ?
« C'est avec toi que je voulais trainer. Parce que tu me plais. »
Il devait avoir bien plus bu que ce qu'il voulait bien admettre pour sortir ce genre de vérité sans essayer de l'amenuiser. La blonde ne répondit pas mais son front se posa contre l'oreiller de Shikamaru. Un profond soupir se fit entendre et le jeune homme comprit : Temari venait de s'endormir comme une loque. Ce n'était pas plus mal.
Alors qu'il venait de l'avouer ! Merde, il venait d'avouer qu'il l'aimait et elle n'en avait pas entendu un écho. Le sourire de Shikamaru tressauta, il venait de laisser filer l'occasion qu'il avait toujours voulue. Pas de chance. Et surtout, pas de réponse de la part de la blonde de son cœur…
« Je t'aime, Temari. En tout cas, c'est ce que je crois. Parce qu'être ami avec toi, ce n'est pas une finalité, murmura-t-il en la reposant à ses côtés sur le matelas. Tu auras sûrement tout oublié d'ici demain avec ta gueule de bois carabinée. Alors bon… »
Il gigota un instant en tentant de trouver une position pour se tourner vers la blonde et scruta l'obscurité pour y reconnaitre le visage de Temari. Il l'embrassa alors. Sans passion mais avec le cœur bondissant cette fois-ci, elle ne pourrait pas le traiter de gamin.
Pour la première fois de toute son existence, Shikamaru dormait avec la femme qu'il aimait. Il l'enserra de ses bras et se laissa aller à dormir, paisiblement. C'était sa petite victoire.
-•-
« Crois-moi quand j'te l'dis. Ils étaient en sous-vêtement dans mon lit. Putain merde. J'crois qu'ils ont baisé dans ma chambre. C'est crade… »
Kiba secoua la rousse qui était dorénavant sa petite amie par les épaules et écarquilla les yeux. Karin resta un instant perplexe et jeta des œillades à Shikamaru et Temari, assis sur le canapé du salon alors qu'elle se trouvait dans la cuisine. Ces deux derniers ne se regardaient d'ailleurs pas, donnant comme un accent de vérité aux propos d'Inuzuka.
« Mais… commença-t-elle en attrapant une brique de jus dans le frigo. Ça ne ressemble pas à Shikamaru ce genre de comportement. Il est tellement droit dans ses bottes…
- Il en a peut-être eu assez de faire le garçon gentil. Les hommes ont des besoins, tu sais. »
Se disant, il attrapa la rousse par la taille et l'embrassa avec passion. Elle manqua d'en faire tomber sa brique et le repoussa rapidement en riant. Ils revinrent au salon et l'ambiance sembla s'appesantir considérablement lorsque la rousse tendit un verre aux convives.
Il n'y avait que Shikamaru et Temari pour connaitre le fin mot de l'histoire et eux deux avaient du mal à se dire que ça c'était réellement produit. L'alcool avait du leur jouer des tours, ce n'était pas possible autrement.
Shikamaru était bien le seul à se souvenir des avances de la blonde. Mais leurs vêtements en moins sur le dos relevaient de la fantaisie : comment s'étaient-ils retrouvés en boxer/culotte dans le lit de Kiba, à se serrer l'un contre l'autre ? Il n'en avait pas le moindre souvenir mais se trouvait bien content d'avoir finit dans cette situation.
Temari, elle, voyait les choses bien différemment. Il y avait d'abord eu un réveil très lent dans la pénombre de la chambre de son meilleur ami, puis la chaleur de l'étreinte qu'elle sentait contre son corps. Il avait fallut un certain temps à la blonde pour remettre les choses dans l'ordre et d'enfin constater qu'il s'agissait de Shikamaru qui l'enlaçait. Shikamaru le gentil garçon premier de la classe, venait de lui faire vivre un réveil des plus enchanteurs et elle détestait ça.
Le cœur de la blonde rata un battement alors qu'elle buvait son verre de jus il suffisait à peine qu'elle croise le regard du jeune Nara pour perdre la face. Ça n'avait rien de normal. Prétextant des choses à faire, elle se releva, attrapa ses chaussures et quitta l'appartement de Karin sans s'expliquer auprès de ses amis.
Ok, elle devait reprendre du poil de la bête. Elle n'avait pas dix milles options. Un petit remontant et elle pourrait à nouveau regarder cet enfant de Nara dans les yeux. Quitter l'appartement de Karin lui permettait de prendre l'air dans un premier temps, puis d'appeler celui qui l'aiderait à se remettre les idées en place.
Il n'y avait bien que lui pour l'aider à se rétablir. Il fallait faire un trait sur Shikamaru : leur amitié pipeautée, leurs discussions biaisées, son sourire ravageur… Fait chier, il fallait vraiment qu'elle se le sorte de la tête. Tout allait beaucoup trop loin.
« Tu sais ce qu'elle a Tem', pour être partie si vite ?
- Aucune idée. »
Shikamaru, toujours en compagnie de Karin et Kiba, s'affala sur le canapé de la rousse, négociant toujours plus pour ne pas avoir à parler de la blonde. Elle l'avait évité toute la matinée, il y avait bien une raison rationnelle à ça. Et il n'en voyait qu'une : des regrets.
Kiba avait beau insister, cherchant à comprendre le malaise persistant entre ses amis, le Nara refusait obstinément d'être plus clair sur la soirée de la veille. D'un regard échangé avec Karin, cette dernière s'en alla en comprenant où la discussion comptait mener.
« Alors, toi et Temari… ? demanda Kiba, les lèvres serrées.
- Rien. Il n'y a rien à dire. Il ne s'est rien passé. Il ne se passera jamais rien, même, grommela Shikamaru, irrité comme jamais avant.
- Mais, vous deux, dans mon lit, à moitié-nus ?
- On avait bu. Il faisait chaud. Ça n'a pas d'importance.
- Et si-
- Occupe-toi de tes oignons, Inuzuka. Je veux pas en parler. Surtout pas avec toi. »
Le brun Nara se leva d'un bond et s'en alla, ouvrant la porte d'un coup, ses chaussures à la main. La rousse revint en entendant la porte se claquer brutalement et interrogea son petit ami du regard : « Je sais pas ce que tu en penses, lança-t-il comme une blague. Mais j'pense qu'ils iraient super bien ensemble. »
-•-
« Fumer du crack c'est vraiment ton unique échappatoire ?
- Ça m'évite de penser, lâche-moi avec ça, putain.
- Tu voudrais pas plutôt aller le voir et discuter sainement ? Je suis pas sûr que te défoncer dans mon lit c'est ta meilleure alternative.
- Tu m'les brises, Uchiha. »
La blonde soupira, posa son portable sur la table de nuit et se lova dans les bras du grand Itachi Uchiha. Faire une halte par la chambre de son dealeur n'avait pas été sa première option mais quand elle était venue dans l'idée de lui acheter de la dope, il ne lui avait pas laissé le choix. Temari avait un regard perdu, les jointures de main blanche et un regard de chat sauvage. Itachi, d'un seul geste rassurant, l'avait invité à rester et l'écoutait à présent énumérer des faits et des pensées.
Avec ses allures de trou du cul prétentieux, on se méfiait souvent de lui, Temari avait cette chance de le connaitre depuis suffisamment de temps pour ne pas s'y laisser berner. Itachi était à l'écoute des autres.
« Je ne vois pas trop où tu te diriges… Il te plait ?
- Bien sûr que non.
- Mais tu as dis que…
- Ouais ok. Il me plait. »
Ça lui arrachait la langue d'avoir à le dire… Assumer son attirance pour Shikamaru Nara c'était faire une croix sur tout ce qu'elle prétendait être.
Ils n'avaient rien en commun ! Pas même en terme de couleur… Sans un projet scolaire, elle ne lui aurait certainement jamais parlé. Pas qu'elle ne l'ait jamais remarqué, ça non : depuis trois ans à être dans la même classe que lui, la blonde avait bien vite compris qu'il était un personnage important dans l'organisation de sa classe. Mais de là à le fréquenter…
« J'vais au toilettes.
- Comme bon te semble. »
La blonde se leva et sorti de la pièce, remuant ses pensées nauséabondes à travers la demeure Uchiha. Laissant celui qui était son dealeur mais aussi son ami dans des interrogations amusantes.
Alors qu'il s'apprêtait à allumer une cigarette, le téléphone qu'elle avait laissé dans la chambre sonna. Sans même y réfléchir à deux fois, le brun attrapa le cellulaire et le porta à son oreille, un sourire débordant aux lèvres.
« Mmh.
- Tem. J'espère que je te dérange pas a t'appeler comme ça. J'avais rien qu'un message à te faire passer et je te laisse tranquille. Temari, tu me plais. À quel point, ça j'en sais rien. Mais tu me plais et ça serait bête de passer à côté de ce qu'il s'est passé hier soir.
- Oh.
- Temari ?
- Non, Itachi. »
Un hoquet de surprise passa le combiné, le sourire d'Uchiha grandissant à mesure.
« Ah… Elle est avec toi ?
- Après nos dernières minutes torrides, plutôt oui. Tu peux rappeler plus tard, elle dort. »
Le surveillant raccrocha sans en attendre plus et alluma finalement sa cigarette. Enfin un peu de rigolade dans toute cette ambiance tendue. Temari allait lui faire la peau.
Lorsqu'elle revint, la blonde fronça les sourcils en voyant le sourire racoleur de son ami.
« C'est quoi ce visage de dément ?
- Oh, tu sais… la vie, la vie… Pour pas grand-chose.
- C't'à dire ?
- Ce noble Shikamaru vient d'appeler. »
Le visage neutre de Temari devint livide et son cœur rata un battement.
« Qu'est-ce que tu as fait ?
- Mh. Une blague. »
Elle allait l'égorger et ça le faisait bien rire.
-•-
Shikamaru balança son téléphone contre le mur de sa chambre et sentit son visage se crisper. Alors c'est comme ça qu'elle était en fait ? Jouer avec les sentiments des mecs un peu faibles pour ensuite se divertir avec son dealeur ? Ça n'avait jamais valu autant de tourment… Il s'était pris la tête pour une pauvre conne qui n'en avait jamais mérité la peine.
« Merde ! »
La cadence de son cœur s'accéléra et son souffle se fit plus court. Il était Frustré, frustré parce qu'il savait qu'il ne pouvait rien y faire. Il ne pouvait pas lui crier dessus, il ne pouvait pas la frapper, il ne pouvait même pas lui en vouloir. Car rien ne les reliaient.
Shikamaru s'allongea sur son lit, passant les bras derrière sa tête et ferma les yeux, soufflant longuement pour se détendre. Être sur les nerfs, n'était pas son truc on ne voyait jamais Shikamaru perdre patience ou se mettre en colère. C'était l'un de ses nombreux talents. Mais Temari l'avait fichu en rogne pour longtemps.
Il avait promis à ses parents de redescendre pour les aider avec les invités mais il n'avait pas le cœur à ça. Il avait le cerveau en compote, les idées noires, le ventre noué, ce n'était pas le moment de le déranger.
La sonnerie stridente attribuée aux gêneurs venus voir les Nara résonna dans toute la maison et vrilla les tympans d'un Shikamaru en pleine gueule de bois. Toujours allongé sur le dos, il rumina de sales pensées sans prendre la peine de se questionner sur le nouvel arrivant.
Il la détestait profondément.
Elle avait mis à mal son amour pour elle. Rien ne pouvait être pire que ça. Un peu plus et il se mettait à chialer… Se remettre de ce coup dur allait être plus difficile que ce que les bouquins à la con de sa mère disaient.
« Shikamaru ! Il y a quelqu'un pour toi ! »
Le brun ne répondit rien, attendant que l'autre s'en aille ou que sa mère le congédie. Il ne voulait voir personne. Les escaliers grincèrent pourtant et le bruit ne ressemblait pas à celui de ses parents. Ça ne pouvait qu'être une seule personne. Ça ne pouvait qu'être elle. Qui d'autre viendrait s'embêter à venir chez lui sinon ?
Ses tripes se tordirent et il rabattit un pan de couette sur son visage. Il ne voulait pas. Il ne devait pas. Il ne pouvait pas… La porte de sa chambre s'ouvrit et des pas distincts s'approchèrent du lit avant qu'une pression ne se fasse sur le matelas.
« Nara, ne joue pas à ça avec moi. »
Jouer à quoi, putain ? C'est bien elle qui s'envoyait en l'air avant de venir lui dire coucou. Il se planquait sous ses draps s'il le voulait !
« Tu boudes ? »
Un soupçon de rire transperça les paroles de la blonde et les mains de Nara se contractèrent. Elle se foutait de lui ! Temari ne respectait donc rien ? Shikamaru resta obstinément muet et la laissa lui enlever la couette.
Elle soupira un instant alors qu'ils se regardaient dans les yeux et se rapprocha de lui.
« Tu crois que Kiba a raison ? »
Qu'avait à voir Kiba dans une histoire qui ne regardait qu'eux deux ?
« Sur quoi ?
- Sur plein de choses. »
Ravie d'avoir pu établir la communication avec le Nara, la blonde s'allongea aux côtés de Shikamaru, tachant de ne pas le frôler. Comme si ce simple geste pouvait effacer dix ans de douleur, les muscles du Nara se détendirent et son cœur se calma. Ils restèrent quelques temps sans parler, profitant du calme qu'ils trouvaient enfin après tout ce temps, avant que Shikamaru n'ouvre la bouche.
« Tu as couché avec lui ? demanda-t-il, les yeux délibérément fixés sur le plafond de sa chambre.
- Alors c'est ça qu'il t'a dit ? Quel trou du cul. »
La blonde se fendit d'un sourire et passa les mains derrière la tête. Itachi était un sacré con quand il s'y mettait…
« Pour être honnête, c'est arrivé il y a longtemps, concéda la blonde. Mais ça n'a pas d'importance.
- Mh.
- Et c'est pas non plus tes oignons, en fait. »
Sa voix trembla légèrement et le brun se tourna vers Temari qui regardait ailleurs.
« J'veux dire… On n'est pas ensemble. »
Il la vit rougir et froncer les sourcils, et esquissa un sourire. Elle pouvait être tellement mignonne parfois. Mais elle avait raison à ce sujet. Il avait beau sentir les effluves du pétard qu'elle s'était enfilé, il devait bien admettre que Temari avait un jugement clair. Il n'avait aucun droit d'être aussi exigeant avec elle. Temari n'était pas avec lui, elle n'était avec personne et cette situation l'avait toujours réconforté dans l'idée qu'il avait toujours sa chance avec elle.
Mais Itachi… Itachi et ses comportements perturbants. Leur relation avait toujours eu quelque chose de malsain au regard de Shikamaru et il n'en saisissait pas le sens.
« Hier soir j'ai avoué que je t'aimais. »
Le brun la vit hausser un sourcil et continua : « Au téléphone, tout à l'heure, j'ai dit que je t'aimais à Uchiha Itachi. »
De nouveau, elle haussa un sourcil et hésita à se tourner vers lui pour le regarder.
« Je t'aime, Temari, assena Shikamaru Nara en voyant le visage de son amie osciller entre sourire et contrariété. T'es une droguée, tu sens le tabac froid et tu rotes comme un mec. Mais ça ne change rien. Parce que je t'aime. »
Le corps du brun trembla. Voila. Il n'y avait plus de retour en arrière. La blonde prit appui de ses coudes sur le matelas et regarda Shikamaru gravement. Ses lèvres tremblantes, elle ne sut dire un mot et resta muette.
« J'avais rien à perdre à te dire ça. Excus- »
Ses lèvres si proches des siennes, Shikamaru n'osa plus parler de peur de briser ce moment d'intimité si soudain. Elle était si belle… Si proche… Tellement… elle.
« Si tu n'as rien à perdre, tu pourrais peut-être m'aider. »
Son souffle irréel qui, comme la veille, le mettait dans un état de transe, à ne comprendre qu'à demi-mot ce qu'elle lui disait.
« Shikamaru, entonna-t-elle cérémonieusement, apprends-moi à être comme toi et… »
La blonde ne termina pas sa phrase. Il n'y avait pas besoin, la référence était comprise. Une main de Shikamaru passa contre la nuque de Temari et il hésita. C'était un accord qu'il venait d'avoir ? Ou ce n'était encore qu'un jeu ? Ces questions n'avaient pas leur place à l'ordre du jour. Les balayant mentalement, il caressa la nuque de la blonde et la ramena à lui.
L'embrasser. Docilement. Ses lèvres douces au gout de cendrier. Elle n'était peut-être pas la plus jolie, ni celle qui se mettait le mieux en valeur. Mais ça n'avait pas la moindre importance. Il n'aimait qu'elle, son regard brutal, ses réflexions déplacées, ses lèvres qu'il embrassait et touchait du bout des doigts. Bien mieux qu'un baiser volé dans son sommeil. Cent fois mieux qu'un premier baiser offert pour sceller un pacte.
Le brun se déplaça jusqu'à mettre Temari en dessous de lui, la callant fermement entre ses cuisses et relâcha ses lèvres : « Il nous reste un peu de temps avant les examens. On verra pour cet apprentissage-là plus tard. »
Le brun posa son front contre celui de la jeune fille puis l'embrassa de nouveau. Tout allait changer. Passant ses mains dans les cheveux du Nara, elle se laissa aller aux sensations qu'elle éprouvait à le sentir contre elle. Le laissant la toucher longuement, profitant de ce gamin qui n'en était certainement pas un, contrairement à elle, Kiba ou n'importe quel autre de ses tarés d'amis drogué aux acides.
Elle ne le lâcherait plus. Temari avait bien trop besoin de lui. Tout comme il se sentait dépendant d'elle. La sentir enfin contre lui, toute entière, profiter de ses lèvres, de sa peau et de son sourire qui n'étaient qu'à lui pour les quelques heures à venir. On ne pourrait pas les séparer : ils avaient une victoire à partager.
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« Beng-beng. Diplôme dans la poche. Gardez votre rage pour votre redoublement.
- 'Fais pas trop ton malin. Parce que devine quoi ? Beng-beng : Examen d'entrée réussi. »
La blonde leva les mains au ciel et frappa celle de Kiba qui lui souriait de toutes ses dents. Leurs résultats ne valaient pas ceux de Shikamaru mais c'était un manque vite comblé : leurs aspirations prenaient un tournant différent à présent. Il n'était pas dit que la drogue et l'alcool n'était pas leur lot quotidien, mais le Nara savait y faire et parvenait à se faire entendre d'eux.
Fièrement, Shikamaru croisa les bras et observa les deux amis se congratuler. Ça ne pourrait qu'aller mieux.
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« Temari, apprends-moi à être comme toi et soyons amis. »
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« Réécrire une histoire c'est loin d'être une sinécure. Mais cette fois-ci, l'histoire a une vraie linéarité o/ !»
Sandou-Soudy