Porte
Oh mon Dieu ! C'est plus du retard, c'est un gouffre temporel ! La plus longue page blanche de ma courte vie ! Et dire que je venais d'avoir le bac quand j'ai commencé ce chapitre... C'est pas comme si ça faisait cinq ans, hein ? Il s'est passé deux ou trois bricoles entre temps, mais voilà, j'ai enfin trouvé l'inspiration pour finir cette sixième partie de Porte. C'est arrivé un peu comme ça, pif pouf, tiens j'ai pas envie de réviser mon partiel, je vais finir ça plutôt. C'est tombé sur cette fic, coup de bol. Je suis assez contente. Je continue à terrifier les gardes suisses. Allez, bisous mes petites martres, merci pour votre patience angélique.
Costantino Allegro sursauta violemment, tiré de sa torpeur contre le mur du couloir vide lorsqu'il entendit un cri. Il regarda de tout les côté, rajustant son béret sur son crâne. Un gémissement. Ses joues se tintèrent aussitôt d'écarlate : fausse alerte, rien à voir avec une agression...
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Reprenons une heure plus tôt.
Comme d'habitude lorsqu'il mettait les pieds à la Congrégation, le maréchal Cross s'ennuyait. Il faisait tourner pensivement le fond de son verre (un vin rouge d'un millésime rare), fixant le mouvement du liquide et ne prêtant aucune forme d'attention à Komui qui s'époumonait face à lui. Bon sang, il n'était là que depuis cinq minutes !
Quelqu'un tapa soudain à la porte, s'attirant par là l'immédiate sympathie de Marian.
« Entrez », lança l'intendant, visiblement épuisé.
« Excusez-moi de vous interrompre », répondit Allen Walker, se frayant un chemin vers le bureau, les bras chargés de piles de papier enchemisés. « Je vous amène les rapports de notre équipe. »
Komui fit une mine horrifiée devant l'épaisseur des dossiers. « Chao-Ji est également en train d'en rédiger un », ajouta l'adolescent avec un sourire rayonnant (et extrêmement goguenard), sans accorder un seul regard à son maître, mais lui envoyant malgré tout le plus d'ondes négatives possible. Le concerné se contenta de boire une nouvelle gorgée de vin, constatant que son jeune disciple avait bien grandi. Sa silhouette s'était déliée, paraissant juste assez fragile pour avoir envie de le protéger mais sa posture, droite et volontaire lui conférait une aura de force sûre. Son visage s'était également affiné, nullement défiguré par la cicatrice de la malédiction et ses cheveux avaient poussés, formant une véritable crinière blanc neige. Quel âge avait-il désormais ? Seize ans, probablement ? Un âge des plus agréables, auquel on découvrait le plus de choses…
Cross cligna des yeux, le verre toujours au bord des lèvres. A quoi pensait-il ? Depuis quand considérait-il à son élève autrement que comme ce stupide petit apprenti qu'il avait du se coltiner pendant trois ans ?
Il n'empêchait que ses lèvres fines, semblant dessinées par le pinceau d'un maître, ses yeux vifs couleur d'argent bordés de longs cils et ses joues à la courbe douce, ses cheveux qui semblaient doux au toucher… et puis ses mains, l'une rouge sang, aux doigts effilés et puissants, dangereux, et l'autre, celle d'un pianiste à n'en pas douter : les doigts longs et fins, élégants… Et les lignes sèches de son corps que l'on devinait sous la soutane réglementaire qui lui allait parfaitement…
A nouveau, Marian retint son souffle. De pire en pire. Il était un roi (et même un empereur) de la dépravation, d'accord, mais à ce point ? Non, attendez ! Quelque chose sembla se tordre dans son estomac alors qu'il regardait Allen discuter avec Komui, lui tournant ostensiblement le dos et lui offrant une parfaite vue sur ses fesses.
Etaient-ce des manières d'ignorer son maître d'abord ? Non, sérieusement. Ce n'est pas parce qu'on a passé des heures à suer dans la salle d'entraînement et à combattre les forces du Mal pour se forger un corps de jeune éphèbe qu'on doit se permettre de snober celui qui vous a tout appris ! Ou presque, mais c'était un détail qui serait sans doute vite réglé si, d'aventure, il voulait bien prêter moins d'attention à cet inventeur raté qui tenait visiblement une conversation aussi barbante que d'habitude.
Non, Komui n'était pas si chiant, enfin, qu'est-ce qu'il racontait ? Au contraire, il pouvait être extrêmement distrayant et utile, lorsque par exemple il présentait un nouveau prototype de Komulin qui lui permettait de se faire la malle discrètement.
Ok, et maintenant ? Il avisa la bouteille sur la table basse à côté de lui et se servit un large verre. Au Diable la beauté et la délicatesse du vin, c'était l'alcool qui l'intéressait. D'un coup d'épaule, Allen fit glisser la veste le long de ses bras, se retrouvant en chemise blanche du même type qu'il avait toujours porté depuis qu'il le connaissait. Mais ça lui allait tellement bien. Il montrait quelque chose sur le tissu à l'intendant, se penchant légèrement en avant. C'était de la provocation ! La chemise, ajustée, suivait la ligne de sa taille, plus marquée que chez la plupart des hommes, et on voyait presque à travers la différence de couleur avec son bras d'Innocence.
Depuis quand les pantalons étaient faits si serrés à la Congrégation ? Les hommes de Dieu n'étaient t'il pas censés dédaigner les plaisirs du corps et privilégier la chasteté afin de mieux faire leur travail ? A côté de ce qu'il voyait, la mini-jupe affriolante de Lenalee passait pour une jupe de nonne. Vraiment, vraiment. Non mais, ces hanches fines, ses fesses parfaites !
Ho. Stop. Venait-il de penser que son élève avait des fesses parfaites ? Oui. Il l'avait fait. D'ailleurs, une chaleur familière dans le bas-ventre venait lui confirmer physiquement ses pensées.
« Komui. »
Les deux hommes se retournèrent vers lui et levèrent un sourcil devant l'air sombre du maréchal.
« J'aimerais parler un moment avec mon disciple. Si cela ne te dérange pas bien entendu », termina t'il avec un sourire hypocrite.
Surpris de la demande, l'Intendant acquiesça et Allen, curieux, suivit son maître qui prenait déjà la direction de la sortie, jetant sa veste sur son bras et adressant un bref signe de main et un sourire au scientifique.
Cross marchait devant, sirotant son verre de vin qu'il avait pris soin d'embarquer. Son esprit, malgré son apparence nonchalante, était en ébullition. Et maintenant, il faisait quoi ? Son disciple le suivait bien sagement, se demandant certainement ce qu'il voulait, et lui-même se posait la même question. Aussi, le maréchal ne se rendit compte qu'un peu tard qu'ils arrivaient à l'étage de sa chambre. Et Allen, derrière, ne disait toujours rien. Il n'avait jamais dit grand-chose, le gamin, sauf quand il s'agissait de l'enguirlander à propos de dettes, de déménagements, de prostituées ou de garde-manger. Ce qui revenait à dire qu'il râlait très souvent, mais ça ne voulait pas dire qu'il l'écoutait.
Arrivés devant sa chambre, il s'arrêta un instant. Aucune idée à l'horizon, et il valait mieux trouver quelque chose rapidement. Il fixa le panneau de bois comme s'il allait lui donner la réponse. Il soupira discrètement, puis ouvrit la porte et, dans un sursaut de politesse, invita son disciple à entrer le premier. Non, ce n'était pas pour le mater discrètement. Enfin, si. Si, c'était totalement ça. Et le maréchal était bien content de ne pas avoir quitté son manteau.
Comme un automate, Marian alla s'asseoir sur l'unique chaise de la chambre, qui accompagnait le bureau, et termina son verre cul sec.
« Hé bien, Allen, si tu me racontais ce qu'il t'es arrivé depuis la dernière fois ? »
Voilà, très bien, une bonne question. Vu l'air pincé, pour ne pas dire franchement mauvais, qu'abordait maintenant le jeune homme, il disposait d'une bonne demi-heure pour remettre ses idées en place pendant qu'il ferait semblant d'écouter.
Cependant, ce n'était pas aussi simple que ça en avait l'air. Parce que la moue agacée d'Allen, ses joues qui rosissaient, le mouvement de ses lèvres, la manière dont il se tenait, appuyé sur une hanche, même les modulations de sa voix qui lui parvenaient dans le lointain… Comment dire, Marian était en train de se dire qu'il avait un vrai problème.
Et avant même qu'il ait eu le temps de réfléchir à ce qu'il faisait, il avait collé Allen contre le mur, et dévorait sa bouche avec avidité. Il se pressa contre le corps plus petit, figé de stupeur, et en profita pour déboutonner sa chemise d'une main experte. Sa peau était douce, comme celle d'une femme, mais la chair était plus ferme. Il sentait les muscles en dessous, tendus, frissonnants.
Quelque chose sembla céder chez Allen, et il répondit soudain au baiser, ses mains partant à leur tour à la conquête des divers vêtements de son maître.
Il ne leur fallu ensuite pas cinq minutes pour se jeter nus sur le vaste lit du maréchal, chacun embrassant, caressant, léchant, griffant la peau à leur portée. Quand Marian fit glisser longuement un ongle le long de la colonne vertébrale d'Allen, il poussa un long soupir étranglé qui lui fit perdre les quelques miettes de raisons qui subsistaient encore.
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Costantino était rouge de gêne. Deux de ses collègues étaient passés par le couloir quelques instants plus tôt lors de leur ronde, et quand ils étaient arrivés à son niveau, ils avaient l'air complètement hébétés.
L'un deux, Georg, le plus ancien, semblait vraiment mal à l'aise.
« -Tout c'que j'dis, c'est que ça vient de la chambre de Cross, et que tout à l'heure je l'ai vu remonter du laboratoire avec l'exorciste Walker… »
Après ça, il avait secoué la tête et continué à marcher d'un air hanté sans attendre son camarade, qui, comme Costantino, s'était figé en pensant à ce que cette remarque impliquait.
Pas des jours tranquilles, en tout cas.
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« Je crois bien que je n'ai aucun regret. »
Un grognement lui répondit.
Marian fit un sourire en coin, et tapota gentiment la forme enroulée dans les draps à côté de lui. La forme bougea suffisamment pour lui jeter un regard noir, rendu plutôt inoffensif par la fatigue qu'on y lisait.
« -Allons, allons, ne me fait pas cette tête, ce n'est pas la fin du monde.
-J'avais rendez-vous pour un entrainement avec mon équipe il y a trois heures.
-Oh. Hm, et c'est tout ce qui te fâche ? »
Allen se rencogna dans les draps et tourna délibérément le dos à son maître, essentiellement pour cacher sa soudaine rougeur.
« Moui. »
Ouiiiiii, Porte compte un nouveau chapitre ! Combien de fois je l'ai ouvert et fixé avec désespoir ces dernières années... J'espère qu'il ne vous déçoit pas trop, moi je me suis plutôt amusée.
Je ne sais pas s'il y aura d'autres chapitres, en tout cas je suis un peu à sec d'idées pour celles là. En revanche j'ai d'autres fics en préparation (que je ne publierait que lorsqu'elles seront finies pour éviter des attentes de vingt six ans) et même un roman, donc l'écriture reprend ses droits après avoir été longuement réduite au silence. Amen ! :)
