KISS
Ceci est une histoire de fiction et de romance. Cette histoire met en scène une histoire d'amour entre deux personnes du même sexe. Si cela vous dérange je vous conseille fortement d'aller ailleurs (ou bien d'essayer ;o) ).
Le monde où les personnages évoluent est un monde d'animaux bipèdes. Un mix entre humains et animaux, un peu à la façon du Roman de Renard ou les Fables de Jean de la Fontaine (un peu, j'ai dit. Je n'ai aucune intention de me prétendre de leur niveau).
Là encore, si ça vous dérange, je vous conseille aussi de partir ou d'essayer.
C'est une histoire d'amour non platonique. J'entends par là que certaines scènes ou paroles sont explicites et/ou grossier.
Ici aussi, si ça vous gène, vous savez quoi faire.
Tout personnage et nom déjà existant serait pure coïncidence.
Disclaimer : Je m'appuie sur la Bible. Aucun personnage – que ce soit Dieu, Satan, ou autre Ange ou Démon – n'est ma propriété ou mon invention. Certes je les ai un peu (si peu) modifié histoire de rendre le truc un peu plus vivant et moins barbant que les deux livres d'origine. Mais même si je me suis débrouillé pour rendre tel ou tel personnage attachant ou plus ou moins attrayant, ils ne sont quand même pas à moi.
Pour le reste, les personnages non bibliques sont TOUS à moi. Touchez-y ou utilisez-les sans ma permission et je me ferai un plaisir de lâcher les Enfers tout entier après vous. Et moi avec une hache derrière.
Bonne lecture
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1 - Manque
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Un baiser…
Un vrai
baiser…
Sur les
lèvres, passionné, les yeux fermés, sincère.
En un mot, sensuel.
Le Baiser
des légendes, en quelque sorte.
J'aimerai y goûter, y boire et m'en délecter jusqu'à m'en étouffer.
Pourtant,
à regarder autour de moi, tout le monde ne jure que par le
sexe, pour le sexe, le baiser en lui-même n'étant
qu'une petite composante du grrrrand Sexe, avec un s majuscule
S'il-Vous-Plait.
Alors
quelqu'un pourrait-il m'expliquer pourquoi ces mêmes
personnes on tant de mal à embrasser leurs amants/amantes ?
Hmm ?
Même
les prostituées n'embrassent pas. Si c'est pas révélateur,
ça.
J'ai des
amants. Pas des tonnes, mais des bons, du moins de mon point de vue.
Et pas un qui embrasse. D'excellents amis, des personnes de
confiance, mais les amis ne s'embrassent pas.
J'ai du
coucher un bon nombre de fois en un an - je ne révèlerai
pas combien, secret défense … ou alors c'est pour m'éviter
la honte – mais je n'ai pas du embrasser depuis un an.
Et ça, ça me manque plus que le sexe lui-même.
Bon,
d'accord, j'avoue que d'un autre côté, je ne suis
pas tombé amoureux depuis un bon moment. Par 'bon moment',
j'entends plus d'un an. Au moins. P'têt' même
deux. Ou trois.
C'est
d'ailleurs ça le problème. Plus que d'embrasser,
c'est être amoureux qui me manque. Mais d'un point de vue
physique, c'est d'un baiser que j'ai le plus besoin.
Mais la
grande question est, et elle est la même pour une infinité
de personnes vivantes, passées, présentes et futures :
Comment tomber amoureux ? Où diable peut-on trouver LA
personne ? Hm ?
Et si
possible quelqu'un qui m'aime en retour, svp. J'ai déjà
donné pour les deux autres solutions. Si être aimé
de quelqu'un pour qui vous n'éprouvez rien, pas même
une petite attraction physique, est quelque chose de gênant
voire pénible dans certains cas, aimer quelqu'un qui ne vous
aime absolument pas est quelque chose d'extrêmement
douloureux et déprimant.
Alors je cherche. C'est d'ailleurs pour cette raison pour laquelle je me retrouve dans ce bar.
Encore une de mes fantastiques idées tiens.
« Tu
sais qu't'es mignon, toi ? » me demande un
quinquagénaire plus qu'imbibé. Et pas que
psychiquement d'ailleurs. Même son torse… son jean…
l'espace entourant son verre… Misère, même son ombre
est imbibée. On dirait qu'elle a du mal à suivre les
mouvements erratiques de son propriétaire. Ce mec pourrait
payer une tournée général gratis à tout
le bar en s'épongeant de la tête au pied. Encore que
vu son hygiène, on risquerait de l'inculper
d'empoisonnement.
Une bonne
chose cependant, son verre est vide. Complètement asséché,
même. Ce serait bien que quelqu'un lui remplisse son verre
pour que son attention libidineuse se porte sur une autre cible.
Génial …
Je fais
semblant d'être atteint de surdité fulgurante et me
découvre un intérêt inouï pour le sous-verre
faisant la pub d'une certaine bière. Je comprends soudain
que certaines personnes en fasse collection : je me sens capable
d'adopter ce sous-verre s'il me sauve de mon soupirant.
Je jette
un coup d'œil discret à ma droite …
Sauvé !
Du coup, j'adopte un sous-verre.
C'est
dans ces coups de temps-là que je regrette de ne pas aimer
l'alcool. J'aimerai bien effacer de ma mémoire le sourire
lubrique de mon 'ami'. Mais une gorgée de lait m'aidera
peut-être… Nan, raté.
C'est
bien dommage que le lait n'ait pas cet effet sur les chats comme
moi. Ce serait amusant, en plus d'avoir bon goût, mais
j'imagine mal les mères saouler leurs chatons au sein.
Encore que
ça pourrait expliquer pourquoi les nourrissons se fassent
dessus.
Bon, résumons-nous. Je suis assis au comptoir d'un bar, un verre de lait à la main. L'odeur d'alcool et de fumée m'environne et s'évertue avec l'aisance que fournit l'expérience d'imprégner chacun de mes vêtements, caleçon compris. Je jette un coup d'œil autour de moi et ne voit que des inconnus de tous poils et toutes écailles, de tous les âges, milieux sociaux et aspirations religieuses ou artistiques que ce soit. Ah si une chose quand même qui mérite que je le souligne : il y a deux représentantes du sexe dit faible qui sont présentes. Une chose rare dans un bar gay. Encore que vu leur comportement l'une envers l'autre, elles doivent être plus à l'aise ici que dans un bar classique. Marrant tout de même de voir un chat et une souris ensemble … Après réflexion, pas si bizarre que ça, en fait.
Le reste du bar sent, pardon, pue la sueur quand ce n'est pas le musc et une musique sûrement à la mode tente désespérément de donner une ambiance 'légère' à l'endroit. Dommage qu'on ne puisse pas l'entendre mieux que cela, j'aurais peut-être la chance de la reconnaître ou peut-être même d'en comprendre les paroles. Ca m'avancerait pas à grand chose, mais au moins ça m'occuperait.
Et je suis seul.
J'ai pas la place de bouger tellement le bar est bondé (quoiqu'avec sa superficie, ça doit être une chose très aisée) mais je reste tout de même seul. C'est tout le paradoxe de ces endroits : comment se rendre cruellement compte de sa solitude en s'entourant d'un maximum d'inconnus.
Bon, je
crois que c'est le moment de sortir ma liste.
Oui, je
fais des listes. La plupart du temps c'est pour faire mes courses
comme n'importe quel quidam, mais également dans les
périodes de grand stress. Comme là. J'ai des trous de
mémoire affreux quand je stresse, un peu le genre à
oublier les alliances à un mariage. Encore heureux que ça
ne m'est jamais arrivé, ça.
Ah oui, ma
liste :
« 1
– trouver un bar gay. » Ca c'est fait.
« 2
– y entrer. » Difficile, mais fait aussi.
« 3
– s'y asseoir au bar et non pas à une table et surtout ne
pas rester debout pour ne pas être tenté de fuir. »
Ah oui. Capital ce point-là. On peut rentrer dans un bar, le
plus pervers qui soit, y boire, y être seul et ne jamais se
faire déranger si on est à une table. Sans doute parce
que tout le monde croit qu'on attend quelqu'un. Sans doute.
Encore une grande règle de la vie en société
qu'il m'a fallu apprendre à la dure.
« 4
– être dragué par un type répugnant. »
… J'avais oublié que je l'avais écrite celle-là.
Bon ben fait, alors.
« 5
– engager la conversation avec un quidam voire le barman. »
Euh … joker ? Ici, s'excuser semble vouloir dire 'tu veux
baiser avec moi ?' Du coup je crois ne l'avoir ouvert que
pour commander mon verre de lait. Ca compte ?
« 6
– Penser à amener une capote. Il est pas interdit de
rêver. » Ben ça devrait. Ceci dit, oui,
j'ai la capote. Je suis peut-être coincé mais
prévoyant. Et puis je rigole pas avec 'ça'.
« 7
– Trouver un ange tombé du ciel et le violer sur le bar. »
« 8
– Se trouver un petit ami, le marier, baiser, parler au besoin et
vivre heureux pour des siècles et des siècles, amen. »
C'est là
que je me rends compte que ma mère catholique a eu une trop
grande influence sur moi.
Toujours
en est-il que les points 7 et 8 restent à faire. En tout
logique, c'est là que je suis censé me mettre en
chasse. Pour un type qui a du mal à écraser une
araignée, je peux dire tout de suite que l'affaire est pas
gagnée d'avance.
Repérage
de la cible… Mouais ... Bon, je sais je suis difficile mais enfin …
Et merde mais ils sont où les beaux mâles ? Mouais
y a celui-là, mais il est déjà pris en main on
dirait … et c'est pas qu'une façon de parler. Miaaa !
C'est permis en public ça ! … Fiuuu … Y a pas,
c'est bandant. Faut oser quand même… Bon, je quitte la
scène des yeux sinon je vais encore me mettre à baver,
moi.
Et vive la
libération sexuelle. Je pense que je dois sourire bêtement
là.
…
Ben dites
donc, j'aurais pensé qu'avec une telle densité de
population, la probabilité de trouver un beau mâle
serait plus élevée, mais j'avais tort … et merde.
Pourtant,
je suis pas difficile… Enfin… Pas en ce qui concerne l'espèce
en tout cas. Félin, canin, rongeur, herbivores … Bon,
j'évite quand même les ours et les reptiles. Les
reptiles je peux pas. Et les ours … Moi, je suis plutôt
poids léger. Et encore je me vante.
Bon, je
monologue, je monologue, mais au bout de deux heures, j'en suis
toujours au même point moi. Et toujours avec le même
verre de lait, toujours pas vide. Ce sera ma limite. Quand il sera
vide, je me casse.
…
…
…
M'emmerde…
…
Bon,
toujours rien en vue ?
Nan. Rien.
Nada.
Ok, je
vide mon verre, j'ai ma dose.
Et là,
ça rate pas. L'effet Holywood sûrement. Pile quand je
suis près à partir, 'Il' entre. Un loup. Noir sans
pour autant être lugubre, ça doit être son sourire
ou ses yeux. Un peu plus grand que moi, mais pas bodybuildé.
Mais beau. Vraiment beau. Ou charmant. J'ai du mal à
choisir. En tout cas mon cœur a choisi, il en manque deux
battements.
Il est
accompagné, mais par un couple. Donc il est libre, ou du moins
semble l'être. Bon. Très bon. J'ai de quoi remplir
mon point 7 ou 8.
…
Et je fais
quoi maintenant ?
…
Merde,
c'est pas dans ma liste, ça !
Euh… Je
dis bonjour. Nan, trop distant. Salut alors ? Nan, trop intime.
Un signe de la main, de la tête ? Je baisse mon froc et
dis « c'est pour toi ? »…
Merdemerdemerdemerdemerde. « Tu sais que t'es mignon,
toi ? » Je suis presque tenté avant de me
rappeler que c'est ce que m'a dit le poivrot de tout à
l'heure. Je m'approche et je suis roule un patin ? Tentant
mais non. Je passe devant lui et je m'étale par terre ?
Ca marche dans les films …
Oh putain,
j'ai pas une seule idée potable pour l'aborder !
Il me
reste deux solutions réalistes : je reste à baver
comme un chien qui voit derrière une vitre le plus bel os de
la création ou alors je panique.
Il
approche de moi ! Vite la deuxième solution !
HIIIIIIIIIIIIIIIIIII !
Faut que
je me calme, sinon je vais me mettre à hurler « Patrick ».
Oh merde,
il commande leurs boissons juste à côté de
moi ! Je fais quoi ? Je fais quoi ? Je fais quoi ?
En prenant
les verres, il me bouscule un peu et s'excuse avec le plus beau
sourire que je me rappelle avoir vu et la voix la plus suave que je
me rappelle avoir entendu. Viiite ! C'est maintenant ou
jamais !
« Euh
… Y… Yapasd'mal. » Merde, je rougis !
…
Il a même
pas attendu ma réponse...
C'était
l'occaze du siècle !
Il m'a
même pas remarqué… Ok, faut être réaliste,
je suis pas un top modèle, mais… complètement ignoré…
Je le connais pas encore que ça fait déjà mal.
Faut vraiment que j'arrête les romans sentimentaux, moi.
Bon, il
est assis avec ses amis, deux lions bien assortis, et ils parlent,
détendus. Au moins, il est pas raciste, c'est déjà
ça de gagné.
…
Il sourit.
Il rit.
Il…
Wo wo wo
wo ! Caaaalme. Je n'ai qu'à me lever et lui parler.
D'accord ? C'est pas la mer à boire… Si ?
Ok je suis
debout. Et je vais lui dire quoi, moi ? « Salut, je
suis le gars que t'as bousculé ? »
« S'il-te-plait, aime-moi ? » « Tu
crois au coup de foudre ? » … Faut VRAIMENT que
j'arrête les romans.
Je lui
saute dessus et le viole sur le bar ? Tentant mais non. Note
pour plus tard, rayer le point 7.
« Salut
tu m'as bousculé et je demande compensation ? »
… Mouais, avec un sourire sinon ça ressemble à une
demande en duel… Bon, c'est sans doute l'idée la moins
stupide que j'ai eue. Pas qu'elle soit bonne mais si je lui parle
pas maintenant, je…
…
Je risque
CA !
…
Je me suis
fait griller la place. On lui parle. Un chat en plus ! Traître !
Oh merde,
il l'a fait rire.
ChierchierchierchierchierchierCHIER !
Il
s'asseoit à côté !
…
Bon…
…
Je me
calme. Net.
Je me
rassois. Je quitte illico la scène des yeux. Je vide mon
verre. Qui est déjà vide. J'hésite à
peine. Une soirée dans un bar et je me fais déjà
des films.
C'était
une mauvaise idée. Je paie et je rentre. La moins mauvaise
idée que j'ai eue ce soir. J'évite de faire une
gueule d'enterrement quand même. Pas sûr que ce soit
une réussite.
Je me
rappelle même plus le retour, pourtant long, surtout à
pied, mais une fois rentré, je décide que cette sortie
était une TRES mauvaise idée. Quelle idée
d'aller dans un bar gay seul et coincé ? Surtout quand
on aime pas boire. Quel intérêt ?
Du coup je
me couche. Seul.
Comme
d'hab.
Et je
rêve.
Le réveil
hurle.
Moi aussi.
Je reste
deux minutes complètement perdu, les yeux dans le vague.
Putain !
C'était vraiment une très très très
mauvaise idée. Je l'ai fixé pendant 5 minutes, grand
maximum, et je rêve déjà de lui. Vraiment pas
bon.
Faut que
j'arrête de lire tout court. Je me fais des films tout seul.
Et des films pornos qui plus est… J'ai un doute, là. Je
jette un coup d'œil sous les couvertures…Beurk !
J'ai
jamais pu supporter l'odeur du sperme froid. Surtout le mien.
Malgré le fait que certains le qualifie de lait :
Re-berk ! Et vive l'inventeur de la boîte à
mouchoir en papier, que Raoul, patron des inventeurs le bénisse.
Je lui en aurais fait gagner du fric à celui-là.
La journée
commence et s'accomplit selon le même rituel que d'habitude.
Je mange, me lave, m'habille, toujours dans cet ordre-là,
c'est important. Ben oui, quand on mange on risque de se salir et
on se met des trucs dans les dents, donc je mange en premier. Encore
heureux que j'ai pas de vis-à-vis, tiens.
Je me met
dans la voiture et roule jusqu'à mon boulot. Et là je
m'emploie, comme tous les jours, à monter, tester,
installer, démonter, vérifier, remonter, réinstaller
et remettre enfin à Henri, mon collègue vendeur, un
ordinateur neuf déjà vendu. Oui, je suis technicien
informatique chez un assembleur. Un boulot comme un autre. Il me
passionne pas vraiment, mais il me fournit un salaire, c'est tout
ce que je lui demande.
A la pause
café, y a Henri qui me dévisage de ses grands yeux de
biches pendant que je réclame à la divine machine à
café mon nectar quotidien. Avec du lait. Et du sucre. Et une
touillette en plus si possible, j'aime pas mélanger avec mes
doigts, ça a tendance à me filer des coups de jus quand
je bosse.
«Ca
a pas l'air d'aller, toi. »
Aïe !
- Euh…
Moi ? Nan-nan, ça roule. C'est juste la machine de la
grand-mère qui m'énerve, c'est tout. »
C'est
fou ce que je suis convaincant.
«C'est
ça, ouais. T'as pas dit un mot depuis ce matin, dit-il avec
un air de reproche. J'aime pas quand il me fait ces yeux-là,
j'ai l'impression de parler à ma mère.
- Pas un ?
- Nope.
Tout juste un 'bjour'. Et comme t'as bouffé la moitié
du mot, ça compte même pas pour un. Qu'est-ce t'as ?
Un problème de plumard ? » Note pour plus
tard, ne jamais croire qu'un membre de la famille de Bambi est
innocent et pur comme de la neige. Y a qu'à voir le regard
plein de sous-entendus graveleux qu'il me lance pour être
persuadé du contraire à jamais.
Là
j'hésite. J'aime pas parler de ça. Mais j'ai
besoin d'un conseil.
« Non.
Pas un problème de plumard. Pas un seul. Et c'est justement
là le problème.
- Aaaah
d'accord. Je vois je vois. Il est tout seul le pauv'chéri ?
Ton traversin te suffit plus ? » Grand Sphinx !
J'ai beau le connaître depuis trois ans, lire une telle
lubricité dans un visage de cervidé me surprendra
toujours. Ca devrait pas être permis.
- Mon
traversin, je vais te le faire bouffer, moi.
- Surtout
pas ! Qui pourra te réchauffer la nuit sinon lui ?
- Ben
justement si t'avais une piste, ce serait pas de refus, fis-je,
grise mine. »
Là
il me lance un regard vraiment surpris.
« Je
croyais que ta vie sexuelle était relativement satisfaisante,
moi ! C'est ton dernier amant qui t'as plaqué ?
- Ah bah
merci la réputation ! Je lance avec un grand sourire
outré. Pas étonnant que Joyce me regarde de travers.
- Elle te
regarde pas de travers, elle te bave dessus, nuance. »
Du coup,
c'est à moi d'être surpris.
« Joyce ?
Me baver dessus ? »
Henri
manque de s'étouffer avec son café.
« Me
dit pas que t'as pas remarqué ! En 1 an et demi, t'as
rien vu ?
- Euh ..
Ben c'est que les filles, moi, j'y fais pas vraiment attention…
- C'est
pas vrai ! Ces gays, j'vous jure ! Fit-il en se prenant
la tête entre les mains. Si t'es aussi aveugle avec les mâles
qu'avec les femelles, y a pas à se demander pourquoi t'es
célibataire mon grand.
-
Gnagnagna ! C'est facile de causer quand on est marié !
- Ben
justement, je peux me permettre, moi. Et puis d'abord je vois pas
de quoi tu te plains. Si je me trompe pas vous avez suffisamment de
'marché à bestiaux', comme tu les appelles, pour te
fournir de quoi chauffer ton lit.
- C'est
là que le bas blesse, mon cher. 1, j'y vais pas dans ces
marchés. Trop glauque à mon goût. Et de 2, fis-je
d'une petite voix, sans doute pour m'éviter de m'entendre
dire ça, pour une fois c'est pas mon lit qu'à
besoin de chaleur. »
Et moi de
détourner les yeux et de fixer mes pieds. C'est là
que je me rends compte que depuis de matin, ma queue pend
misérablement derrière moi. C'est vrai qu'avec moi,
c'est très facile de jauger mon humeur, ma queue parle pour
moi. Une des raisons qui m'empêche de jouer au commercial :
je ne peux pas mentir.
« Ah.
Peine de cœur. Ben tu peux toujours demander à Joyceline
alors, elle demande que ça ! »
Retour du
diablotin à visage de bambi. Je me demande bien pourquoi je
m'esquinte à avoir l'air gêné avec lui, ça
marche jamais. Il est commercial. Tous les états d'âmes
sont pour lui autant de trampolines.
En tout
cas, il a réussi son coup, le moment de gêne disparaît
aussi vite qu'il était venu.
« L'idée
est bonne, môsieu le conseiller, mais elle a deux gros défaut :
1 c'est une iguane et j'aime pas toucher les reptiles. 2 c'est
une femelle.
- Et en
plus il est difficile. T'es pas sorti de l'auberge alors.
- Et puis
comment ça se fait, au fait ? Je croyais qu'elle savait
que j'étais gay ?
- Oh mais
elle le sait ! Mais elle espère. » fit-il avec
un grand sourire.
Je lance
un soupir désespéré au plafond, ce qui fait
carrément marrer mon collègue. Je parierais qu'il
adorerait tenir une agence matrimonial, celui-là.
« Tiens,
ça me fait penser. Comment tu l'as connu ta femme ?
- Ca va
pas t'aider. Je l'ai connue au lycée.
- Tant
pis. Un coup d'épée dans l'eau.
- Ca
dépend. Tu peux toujours faire la sortie des lycées »
lâche-t-il dans un éclat de rire.
Je lui
lance un regard faussement outré et exaspéré
tout en me retenant de rire moi aussi. Ca pourrait l'encourager.
« Tu
m'fais honte ! Au lieu de raconter des âneries,
donne-moi plutôt des vrais conseils. Où je pourrais
trouver un p'tit ami, hein ?
- Comme si
je savais, moi ! Je te rappelle que j'ai jamais vraiment
cherché. J'avais ce qu'il me fallait dès le début.
- Oué,
aux innocents les mains pleines, comme on dit.
- Crétin,
va ! Et à propos d'innocent, je te rappelle que
grand-mère va pas tarder à revenir chercher sa bécane
chérie.
-
Merrrde ! J'l'avais oublié celle-là !
Faut encore que j'éponge le reste de thé qu'elle a
renversé.
- Oublie
pas d'économiser l'essuie-tout, on est bientôt à
sec. Tu risques de devoir finir à la langue ! »
Je balance
au diablotin mon gobelet vide et retourne à mon poste. Oui,
j'aime le thé. Mais la grand-mère, elle le prend sans
lait.
Un vrai
sacrilège.