L'histoire commence à Poudlard
…En plus du fait que le château a été construit sur plusieurs siècles, ce qui explique parfois le manque total de cohérence dans son architecture, ce qui fait réellement la spécificité de Poudlard, c'est l'usage non conventionnel de certaines de ses pièces.
Sans parler du cas de la Chambre des Secrets, des plafonds ouverts, ou des passages secrets qui ne servaient pas à s'enfuir, on peut se demander l'intérêt d'utiliser des caves pour enseigner les potions (fait attesté depuis la construction), en dépit d'un besoin d'aération (le système de sorts en place à ce sujet reste d'ailleurs inégalé).
Au XIXe siècle, un sorcier excentrique décida d'ailleurs d'imiter ce type d'aménagement intérieur, et installa les chambres au sous-sol de sa demeure, tandis que la cuisine et le salon étaient situés dans une tourelle en hauteur. Il déménagea ses meubles au bout d'un mois.
Traité d'architecture sorcière, Archibald Pietro, 1950)
Chapitre 15 : Premiers aménagements intérieurs
Six mois passèrent sans que personne n'entende parler de Salazar. Talis, en principe toujours impeccablement présentable, avait repris son tic enfantin de se ronger les ongles, tout particulièrement lorsqu'un hibou ou tout autre oiseau facteur apparaissait dans le ciel, ou qu'un visiteur se présentait à la porte. Darius investissait son temps et son énergie dans les cours d'escrimes, qu'il n'appréciait guère d'habitude, et se révélait sans pitié avec ses adversaires. Rowena tournait en rond dans le château au lieu de rester assise au milieu de ses livres. Helga l'hyperactive était de temps à autre surprise le regard dans le vide, tourné vers l'horizon. Quant à Godric, il lui arriva même de réussir une potion.
En bref, tout allait de travers. Et cela n'allait pas en s'arrangeant. Ninurta, lassée de voir tout le monde sursauter à chaque fois qu'elle passait dans un couloir, sa longue chevelure blanche laissée libre, volant au vent comme celle de son père, finit par dissimuler sous un châle ses cheveux finement tressés et montés en chignons, pour éviter toute confusion.
Ils étaient, certes, sans nouvelles de Salazar, mais des nouvelles du fief des Serpentard, elles, filtraient, et n'auguraient rien de bon. La situation déjà plus que tendue avait dégénéré, entre des paysans révoltés, des nobles cherchant à grappiller les possessions de la famille, et les rares survivants Serpentard tentant de sauver leur peau, ou de remettre un semblant d'ordre sur leur territoire. Avec quelques habituelles querelles moldus/sorciers, le résultat était un pays à feu et à sang.
Mais à coté de ça, la vie suivait malgré tout son cours à l'école, avec le départ d'anciens élèves, l'arrivée de nouveaux, et plus généralement des enfants qui grandissaient. L'hiver fut froid, et emporta avec lui, à l'orée du printemps, le vieux duc Anaël, qui mourut dans son lit. Ils l'enterrèrent sous un grand soleil, dans l'enceinte même de l'école, qu'il avait grandement contribué à créer.
Après quoi le temps se couvrit, et plus personne en cette région d'Ecosse ne vit un coin de ciel bleu pendant bon nombre de mois. De fortes pluies provoquèrent des inondations, qui rendirent le monde extérieur impraticable (sauf en barque, ironisa Godric), et coupèrent l'école du monde. Ce confinement à l'intérieur obligea donc professeurs et élèves à chercher de nouveaux moyens de se changer les idées.
Helga, désespérée à l'idée de ne pas pouvoir replanter ses précieuses pousses de plantes magiques, réquisitionna ses meilleurs élèves, une salle pour travailler en intérieur et veiller à la santé de ses petits protégés. Rowena improvisa un sort pour rendre les murs transparents, afin de faire rentrer plus de lumière et de limiter l'emploi de sortilèges d'éclairage (qui épuisaient à la longue ses meilleurs élèves à elle, qu'Helga avait également réquisitionné). Elle promit également d'ajouter la pépinière et le jardin d'hiver en tête de liste des projets d'aménagement du château.
Rowena était également très occupée de son coté. Elle avait prévu d'aborder avec ses élèves les enchantements majeurs sous influence des constellations, enseignement qu'elle était heureuse de dispenser après avoir réussi à déchiffrer un manuscrit dans un état lamentable de conservation, obtenu par un ami de la famille. Mais le mauvais temps rendant impossible les cours d'astronomie, et toute tentative d'étude du ciel ou de travail en plein air, Rowena chercha activement une solution pour pallier à ce manque.
Ce fut Helga, un soir, alors qu'elles discutaient au coin du feu tout en écossant des pois magiques, qui rentraient dans la composition de potions développant les perceptions, qui lui rappela la carte des constellations qu'elle avait créée sur son ciel de lit dans sa chambre d'enfant. Rowena, perfectionniste dans l'âme, décida non pas de reproduire une bête carte du ciel mobile sur n'importe quel plafond, mais plutôt de réaliser une vue complète du ciel tel qu'il était à tout instant, incluant certes les astres, mais aussi les phénomènes ponctuels tel que les comètes ou les étoiles filantes. Elle décida de prendre comme terrain d'expérience, le plus grand plafond disponible, afin d'avoir le plus grand champ de vision. Elle choisit donc celui de la Grande Salle.
Et lorsqu'elle trouva la formule, le rituel, et le matériel adéquat, elle mobilisa pour son projet presque toute l'équipe professorale, tant il était complexe, profitant d'un rare moment d'accalmie au cas où son idée ait des conséquences imprévues. Après maintes incantations, sorts, projections de potions et autres actions magiques, la voûte de la Grande Salle disparut au profit d'un magnifique ciel nuageux.
Puis le temps se dégrada à nouveau, et la pluie se remit à tomber à verse… mais cette fois-ci dans la Grande Salle également. Rowena resta là à hurler de rage pendant que les autres participants allaient se mettrent à l'abri du courroux du ciel et de la professeur d'enchantements.
- Rowena, tu sais, si tu cherchais à tout prix un moyen d'organiser des naumachies, tu ne crois pas que ça aurait été plus simple d'enlever purement et simplement le plafond pour faire rentrer l'eau ? commenta une voix d'un ton nonchalant dans son dos.
Rowena se retourna brusquement, s'attendant presque à ce que cette déclaration sarcastique soit un pur produit de son imagination. Mais non. Là, dans l'encadrement de la porte, bien à l'abri de la pluie, se tenait Salazar, les bras croisés, vêtu d'une tenue de voyage grise bien fatiguée, un sac à ses pieds.
Ni une, ni deux, Rowena traversa la salle en courant et se jeta littéralement dans ses bras, manquant de le renverser. Celui-ci vacilla, mais réussit à garder l'équilibre sans pour autant lâcher Rowena.
- Tu m'as manqué, murmura celle-ci.
- Toi aussi, petite Wena.
- Je ne suis pas petite !
Salazar eut un petit rire.
- Non, tu ne l'es pas. C'est bon de te revoir tu sais…
Il reposa Rowena à terre et passa sa main le long de sa mâchoire, de l'oreille au menton, comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle, ou pour confirmer ses paroles. Puis il baissa ses yeux.
- Vous m'avez tous manqué en fait, poursuivit-il, passant sa main nonchalante sur le mur le plus proche, caressant la pierre.
Puis il soupira, sans pour autant relever la tête.
- Salazar, est-ce que tout va bien ? s'enquit Rowena.
Il releva la tête, les yeux étrangement pétillants.
- Oui tout va bien.
Ses mots étaient emprunts de sincérité, et de manière surprenante, témoignaient aussi d'une grande sérénité. Rowena préféra ne pas insister sur la curieuse métamorphose de son ami, et se libéra de l'étreinte de ses bras.
- Nous devrions aller retrouver les autres, ils ne doivent pas être loin. Ca va leur faire plaisir de te voir.
- Bien sur, opina Salazar. Mais ce serait bien aussi de régler ce problème de fuite, ou il faudra prendre de la branchiflore pour venir dans la grande salle.
- Salazar… fit Rowena, mi-courroucée, mi-amusée.
Puis elle sortit sa baguette et incanta quelques sorts. Le plafond retrouva son aspect normal, une belle voûte de pierre, et l'eau disparut.
- Je finirais ça plus tard, conclut-elle en regardant le plafond, allons retrouver les autres.
§§§
Les autres participants de l'expérience s'étaient dispersés dans leurs appartements respectifs afin de se sécher et de se changer. Talis, de son coté, envoya voler ses vêtements humides dans un coin, ne gardant que sa chemise, et défit sa longue chevelure pour la laisser s'égoutter librement. Elle passa une robe de chambre, attisa le feu dans la cheminée, et s'installa à sa table de travail.
Une pile de courrier l'y attendait, fraîchement apportée par pigeon voyageur ce matin. La plupart d'entre eux portaient tous la même réponse négative à l'unique question « Avez-vous vu mon mari ? ». Talis rédigea rapidement des vagues remerciements sur un parchemin, qu'elle multiplia d'un sort pour les envoyer à tous.
Elle quitta ensuite son bureau et pris place en face de la cheminée, dans un fauteuil confortable. Elle soupira, ferma les yeux et resta un moment immobile, à profiter des flammes qui lui léchaient les pieds, quand un bruit léger attira son attention. Quelque chose qui tenait du grattement et du couinement.
Intriguée, elle se leva et fit le tour de la pièce. Elle souleva une tenture, révélant un piège à rat contenant une souris. Elle le leva à hauteur de ses yeux et eut un sourire presque sadique.
- Enfin, elle commençait à s'impatienter !
C'est à ce moment que la porte s'ouvrit sur Salazar. Il resta un moment dans l'encadrement, regardant sa femme, se demandant si elle était devenue folle en son absence, ou si ça avait toujours été le cas. Puis il rentra. Talis posa la cage sur son bureau, et s'approcha de lui.
- Mon cher époux, le salua-t-elle en inclinant la tête.
Salazar fit un mouvement similaire de son coté. Puis il la serra dans ses bras, sans ajouter un seul mot. Ils restèrent un moment immobiles, puis se séparèrent.
- Tu es enfin rentré, commenta Talis nonchalamment, comme si rien ne s'était passé.
- Il le fallait bien, répondit Salazar.
- Tu as récupéré ton domaine ?
Salazar secoua la tête négativement.
- Voila qui est bien dommage, mon époux.
Son époux préféra changer de sujet.
- Pourquoi attrapes-tu des rats ?
- Pour LA nourrir voyons !
- Tu l'as gardée ?
Le Basilic qu'ils avaient créé dans leur quête pour récupérer la magie de Salazar s'était assez vite révélé être une femelle, vu son absence de plume sur la tête. Il n'avait jamais jugé utile de lui donner un nom, mais plutôt que de s'en débarrasser judicieusement, il l'avait gardé, comme un souvenir de son retour à l'état de sorcier, et aussi parce qu'il avait toujours eu des affinités avec les serpents. Néanmoins, sachant très bien que lui seul était à même de contrôler cette créature, il recommanda à Talis de la faire disparaître au plus vite après son départ pour se terres natales.
Ce que Talis s'était, pour une raison qu'il ignorait, abstenue de faire.
- C'est très utile pour la fabrication de certaines potions, et puis, elle me connaît et m'obéit.
- Permet-moi d'en douter, lâcha Salazar, dont la bonne humeur due à son retour chez lui virait à l'aigre.
- Peu importe qu'elle m'obéisse ou non, désormais, tu es là pour t'en occuper. Comme elle a beaucoup grandi, je me suis débrouillée pour agrandir la cave où on la cachait. Et j'ai fait en sorte que personne ne s'en approche.
- Comment ? En mettant un écriteau « attention, basilic méchant » sur la porte ?
Talis eut un petit sourire mystérieux.
- Non, une variante des potions de repousse-moldu, quelques sorts de dissimulation…
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ?
- Pourquoi tu l'as gardée ?
- J'aime le pouvoir qu'elle dégage.
Salazar secoua à nouveau la tête, et alla s'avachir dans un fauteuil.
- Si tu voyais les terres de ma famille, tu saurais à quoi mène le pouvoir, soupira-t-il, avant de fermer les yeux.
Talis le contempla tandis que sa respiration se faisait plus lente et régulière. Une fois qu'elle le sut endormi, elle saisit le piège à rats et partit nourrir le Basilic.
§§§
Cette nuit-là, l'ambiance fut festive dans la Grande Salle. Un grand banquet fut organisé, et les elfes de maisons se surpassèrent aux cuisines. Un groupe d'élèves improvisa un concert de grenouilles, un autre des spectacles de jonglage, un tel déploya une magnifique illusion d'un paysage ensoleillé comme on n'en avait pas vu depuis l'automne précédent. Un nouveau venu, plus timide, fit sortir des guirlandes de fleurs de sa baguette. Potions, enchantements, métamorphoses, toute la magie qu'on leur avait enseignée, les élèves l'employèrent pour célébrer le retour du professeur absent dans un spectacle improvisé mais flamboyant.
Les professeurs, de leur table, applaudissaient à s'en faire mal aux mains, Helga les larmes aux yeux (« Je suis une grande émotive », s'excusa-t-elle auprès de Salazar), Rowena un étrange sourire satisfait sur les lèvres, Godric ne quittant pas des yeux le centre de la salle, et Salazar, l'air mélancolique, mais souriant tout de même.
- On peut dire que vous n'avez pas chômé pendant mon absence, commenta-t-il.
- Ils se souviennent bien de tes enseignements, lui renvoya Godric. Ta maison surtout, fait preuve d'un talent tout particulier dans l'art de se surpasser, sans prendre en compte les règles habituelles.
- Ma « maison » ?
- Oui, c'est comme ça qu'ils s'appellent, la maison Serpentard. Ce n'est pas un mauvais nom de groupe.
- Ceci dit je suis sûr que cette idée de « maison » vient de ceux de Rowena. Après tout, ils sont plus intelligents que la moyenne, déclara Helga.
Rowena rosit.
- Oui, enfin pas tant que ça, vu la lettre que m'a envoyé une cousine. Je lui avais recommandé un de mes élèves particulièrement doués dans l'enchantement des tissus, qui s'est présentée sous le nom de Bertal de la maison Serdaigle. Je crois qu'elle s'est demandé un moment si je n'avais « plébisé » mon propre enfant. (1)
- Au moins le nom « Serpentard » a de l'avenir, marmonna Salazar.
- Tu as de quoi être fier de ton fils, Salazar, dit Helga avec un sourire.
- Une lignée décadente, voilà tout ce que nous sommes ! Je parlais des élèves, Helga. Espérons qu'ils soient des Serpentard plus dignes que l'a été ma famille.
- L'a été ? nota Godric.
- Oui.
- Qu'est-ce… qu'il s'est passé ? demanda Rowena.
- Un grand classique des légendes chevaleresques ! lança Salazar sur un ton presque enjoué. Un vil seigneur qui pille ses terres et dilapide ses richesses sans compter, affamant le petit peuple qu'il traite comme du bétail, voir moins de considération. Un courageux paysan, noble de cœur si ce n'est de sang, qui proteste, se voit bâillonné, et comprend que la voie silencieuse est la meilleure. Alors il complote dans l'ombre des granges et des étables, rassemble, convainc, et une nuit, tout le monde au château, et on brûle le vilain seigneur après un petit duel ! Fin de l'histoire.
Il attrapa sa coupe de vin et la vida d'une traite.
- Pas aussi bien que tes histoires, Wena, mais je n'ai pas ton talent. Et pour ce qui est des détails, guerre civile, derniers survivants, je vous les épargne, vous n'avez aucune envie de les connaître.
Ses amis le regardèrent, désolés ne sachant quoi dire. Salazar se resservit du vin.
- Et le clou du spectacle, le moment culminant, la clé du dénouement, c'est l'identité du mystérieux chevalier, ce pèquenot sorti de sa grange, avec encore des brins de paille dans les cheveux. C'est un moldu. Ni magie, ni baguette, ni potion, ni sort ne l'ont aidé à faire ce qu'il a fait. Je vous laisse tirer vous-même une morale de cette histoire !
- Méfiez-vous de l'eau qui dort, commenta Talis.
- J'aurais plutôt dis que l'on aurait tort de croire que la magie fait tout, contra Rowena. La volonté aussi joue.
- Les deux se défendent, remarqua Godric.
Salazar ne dit rien et replongea dans son vin. On n'aborda plus le sujet de la soirée. A la place, ils parlèrent des cours, des élèves, et de l'école.
§§§
Le lendemain, Salazar, qui avait définitivement abandonné le blanc pour le gris dans sa vêture, se dirigea vers sa salle de cours. Il avait insisté pour reprendre de suite l'enseignement, pour laisser derrière lui les terres de sa famille dévastées, les cadavres calcinés et autres joyeusetés qu'il avait rencontré au cours de ses pérégrinations. Il secoua à nouveau la tête pour chasser toutes ces images, et poussa la lourde porte en bois renforcée pour aller retrouver ses élèves.
Ceux-ci, une petite dizaine, étaient déjà plongés dans leur chaudron. Il s'agissait d'une petite classe des plus brillants élèves, qui travaillaient de manière autonome la plupart du temps, explorant et expérimentant à leur gré. Mais tous quittèrent leur préparation, après l'avoir au préalable figée par un sort de stase temporelle, au moment où leur professeur rentra.
Salazar parcourut rapidement des yeux les élèves, et aperçut avec plaisir sa propre fille. Ninurta avait finalement accepté de rejoindre cette classe, malgré son angoisse à l'idée de ne pas être à la hauteur, et passer pour favorisée en raison de sa parenté.
- Bien, fit Salazar, sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
- Dame Serpentard nous a laissé libre de choisir notre sujet d'étude, car elle disait n'avoir plus rien à nous apprendre, répondit l'un d'eux.
Salazar remarqua qu'il portait sur le haut de sa tunique un léger liseré bleu et bronze. Un de Rowena, comprit-il. Il jeta un œil à tous les autres et repéra pour chacun ou chacune une touche de vert et argent, de rouge et d'or ou de jaune et de noir sur leurs vêtements, ou dans leurs cheveux pour d'autres.
- C'est une bonne approche que l'expérimentation personnelle. Je vais regarder ce que vous faites chacun, et j'adapterai mes cours en fonction de vos besoins. Ceci dit, Dame Helga me réclame à corps et à cri un certain nombre de potions complexes qu'elle n'a plus en stock, nous ne travaillerons donc pas qu'à la gloire de la subtile et noble science des potions.
Le ton ironique sur lequel il conclut sa phrase fit sourire les jeunes gens. Pendant qu'il regardait ce sur quoi chacun travaillait, il ne put s'empêcher de ressentir une certaine fierté. Chacun travaillait sur un projet très élaboré. Ce sont de brillants élèves, songea-t-il, tout en se rappelant que c'était lui qui les avaient mené jusque là. Il y avait une certaine forme de continuation d'une lignée là-dedans. De quoi être heureux de voir des enfants porter les couleurs de sa maison, peut importe d'où ils viennent.
Il les laissa travailler une partie de la matinée, puis leur fit un cours sur les fréquences de vibration magiques des ingrédients cristallins transparents, enseignement fortement théorique et assez aride, mais qui pourrait grandement aider quelques uns à avancer dans leur recherche. Lorsqu'il les laisser partir pour la pause déjeuner, il retint sa fille.
- Ninurta, j'ai à te parler, fit-il alors qu'elle se tenait droite devant lui, crispant nerveusement les mains.
Salazar sourit, et prit les mains de sa fille.
- Je n'ai aucune réprimande à te faire, bien au contraire.
- Je n'étais pas sûre que vous approuviez mon hypothèse sur les transformations des métaux au contact d'un matériel volatile à résonance faible…
- C'est une bonne idée à creuser, même si certaines lois de la magie semblent s'y opposer, après tout, chacun sait que ces lois sont fluctuantes. Je n'y aurais pas pensé, et ta mère non plus. Mais ce n'est pas de ça que je voulais te parler.
- Oh. De quoi vouliez-vous me parler, Père ?
- Assieds-toi.
Ils s'installèrent chacun sur un tabouret, devant un chaudron qui bouillonnait encore (l'élève propriétaire devait revenir l'après-midi pour arrêter le feu et constater le résultat).
- Ma fille, tu es déjà grande, et bientôt peut-être tu te marieras…
- Père je…
- Non, je n'ai personne en vue pour toi, en la matière je te laisse seule juge. Non, en fait j'avais quelque chose à te transmettre. Vois-tu, en revenant sur les terres de notre famille, je n'ai pas trouvé grand-chose encore debout, mais il y a une chose que j'ai pu récupérer.
Salazar sortit de sa poche un lourd médaillon en or, orné d'un S en forme de serpent.
- C'est un médaillon de famille, expliqua-t-il. Il passe de femme en femme depuis pas mal de génération, ce qui montre le nombre mariages consanguins qu'il y a eu, pour qu'il soit toujours porté par une Serpentard. Mais oublions ces charmants détails. C'est la seule chose que j'ai pu récupérer là-bas. Je l'ai racheté sur un marché pour être exact. Je me suis dit qu'il ne serait que juste que tu le récupères.
Il le tendit à sa fille. Celle-ci l'attacha autour de son cou. La chaîne étant longue, elle glissa le pendentif sous son surcot.
- Merci, je te porterais avec fierté. C'est juste dommage que Darius…
- … n'ait rien ? Je sais. Mais je n'ai pas pu retrouver la chevalière de mon père. J'imagine que celui qui l'a tué l'a gardé comme trophée. En même temps, ce n'est qu'une babiole, un souvenir, comme ce collier. Ne va pas te mettre en tête de reconstruire la grandeur de la maison Serpentard, tout cela ne serait qu'illusions.
Ninurta hocha la tête, puis ils quittèrent la salle de potions.
§§§
- J'espère que tu trembles de peur, Godric, ça te permettra peut-être d'éviter mes sorts.
- Raclure de Serpentard, je ne tremblerai devant toi ni personne ! Ravale ta langue sifflante avant que je te la coupe ! Et prend garde que…
Le premier sort fusa de la baguette de Salazar sans avertissement, et Godric le contra de justesse, après quoi il fonça sur Salazar avec son épée. Celui-ci le para avec son bâton de combat et un sourire cinglant. Ils échangèrent quelques coups, en parèrent certains, en évitèrent d'autres, feintèrent et finalement, un coup de bâton envoya Godric voler au loin. Ils reprirent donc leurs baguettes.
Salazar envoya une volée de sorts offensifs avant que Godric ait eu le temps de se relever. Le professeur de métamorphose effectua un très joli roulé sur le sol pour son âge, se releva un peu plus loin et érigea aussitôt un bouclier, qui arrêta les maléfices de son adversaire. Il lança à son tour quelques sorts, puis une dague sortie de sa ceinture. Salazar contra chaque sort, et, faute d'avoir le temps de réagir, ne put qu'éviter la dague en corrigeant sa trajectoire d'un bon coup de bâton. Après quoi il utilisa un sort de vélocité pour atteindre au plus vite le râtelier d'armes, et se saisir d'un arc non sans avoir passer sa baguette dans sa ceinture.
La suite du combat devint confuse, mêlant armes de jet et de contacts, sorts et maléfices, forme humaine et même animale pour Godric. Et c'est alors qu'ils se battaient toujours, dégoulinants de sueur, se lançant régulièrement des injures, mais aussi d'étranges décoctions, toutes assez colorées, histoire de se rappeler le bon vieux temps en faisant une petite démonstration de duel devant un groupe de jeunes garçons ébahis, que Rowena vint les interrompre.
Salazar ne termina donc pas son magnifique lancé de potion de confusion, et Godric rangea en un clin d'œil épée et baguette, pendant que les élèves saluaient poliment leur professeur d'enchantements.
- Vous n'avez donc rien de mieux à faire que de vous taper dessus ? demanda-t-elle, les mains sur les hanches, sur un ton mi-agacé, mi-amusé.
- Ma foi, j'étais parti pour faire la décoration du château, mais j'ai voulu testé l'effet des potions de couleur sur Godric, expliqua Salazar.
Rowena haussa un sourcil plus que sceptique.
- Je n'en doute pas. Quand vous aurez fini de montrer l'exemple à ces jeunes gens, pourriez-vous me rejoindre dans la Grande Salle ? Je vais aller chercher Helga.
- Bien sûr, Rowena, nous allons y aller aussitôt que nous nous seront rendu présentables.
Ils renvoyèrent donc leurs élèves à d'autres activités après qu'ils les aient aidé à ranger les armes dispersées un peu partout autour.
- Ce petit duel m'a fait bien plaisir, commenta Godric, tandis qu'ils se dirigeaient vers le château.
- Cela faisait longtemps en effet. Et il faut reconnaître que cela fait vraiment du bien, reconnut Salazar.
- Tu as tout de même moins l'air de t'apprêter à décapiter quiconque osera faire quelque chose de positif…
- Ne me dit pas que c'est l'impression que je donnais ?
- Et bien, répondit Godric avec diplomatie… un peu quand même.
Salazar poussa un long soupir.
- Je pense qu'il me faudra plus que quelques duels pour passer par-dessus tout ça. Mais il est vrai qu'avoir l'opportunité de taper sur quelque chose plutôt que de brasser de l'air avec mes frustrations est agréable.
Godric, voyant que son ami n'en dirait pas plus, se contenta de lui envoyer une claque sur l'épaule, qui manqua de le mettre à terre.
- On recommence quand tu veux ! De toute façon tu es le seul adversaire à ma hauteur ici !
- Rien que l'affront que tu viens de me faire en me frappant l'épaule mériterait que je te défie en duel, ici et maintenant, ironisa Salazar.
- J'imagines déjà la tête de Rowena si elle doit revenir nous chercher… Une idée de ce qu'elle nous veut au fait ?
- Je te parie mon meilleur chaudron qu'elle a trouvé une solution pour son histoire de plafond enchanté !
Une fois qu'ils eurent abandonné leurs tenues de duel pour des robes de sorcier plus convenables et plus propres, ils partirent retrouver leurs collègues dans la Grande Salle. Seule Rowena les y attendait de pied ferme, et effectivement, pour la raison proposé par Salazar. Ce qu'elle leur exposa à grand renfort de termes techniques compliqués, au point que les deux hommes perdirent le fil de l'histoire au bout d'une demi-minute.
- Tu aurais du relevé le pari, glissa Salazar en douce à Godric, j'avais justement besoin d'un peu d'argent…
- Je ne parie pas, c'est indigne d'un chevalier.
- Tu n'as pas de tripes, voilà tout !
- Et qu'aurais-je fait de ton meilleur chaudron de toute façon ?
- Rien, tu ne l'aurais pas gagné, répondit narquoisement Salazar.
Ils s'aperçurent alors que Rowena s'était tue. Elle était en effet occupée à leur jeter un regard furieux.
- Je vous ennuie peut-être ? demanda-t-elle quand elle eut leur attention.
- Pas la peine de nous faire cette tête-là, petite Wena, nous ne sommes pas tes élèves, fit Salazar.
- Cela, je le sais parfaitement, c'est pourquoi je n'ai pas encore sorti ma baguette.
- Rowena, il faudrait peut-être revoir tes méthodes d'enseignement… avança Godric.
- Et puis de toute façon, on a très bien compris que dans ton projet, il nous suffit d'exécuter tes ordres, de faire notre union des pouvoirs, et que toi tu t'occupes du reste !
- Salazar, tu ne changeras jamais, soupira Rowena. Bon, où es Helga d'ailleurs ? Elle avait quelque chose à nous montrer en plus…
L'intéressée ne se montra que quelques minutes plus tard, et dans un état qui aurait faire fuir n'importe quelle dame de château un peu soucieuse de son apparence. Fort heureusement, ce n'était pas le cas des trois professeurs. Ils regardèrent tout de même arriver leur collègue avec un certain scepticisme. Elle était en effet littéralement couverte de terre. Suivie par son fidèle blaireau apprivoisé, dans le même état qu'elle, elle tenait une pelle dans une main et une pioche dans l'autre.
- Excusez-moi du retard, je pensais finir plus tôt, leur dit-elle en guise de salut.
- Tu sais Helga, si tu as découvert un filon d'or pas loin, tu aurais pu nous avertir, qu'on vienne t'aider à creuser. Je me serais couvert de terre avec plaisir pour cela, commença un Salazar partagé entre l'hilarité et l'inquiétude.
- Navré Zazar, mais tu ne feras pas fortune aujourd'hui, lui répondit sa collègue. Par contre j'ai enfin trouvé une solution pour parer à la prochaine inondation !
- Tu construis des digues ? hasarda Godric.
- Mais non Dric, j'ai trouvé comment me rendre de chez moi au château sans avoir besoin de ramer !
- Et quel est ce moyen ? demanda Rowena.
Helga sourit, et brandit ses instruments comme s'ils étaient la révélation de la journée.
- Et bien, au lieu de passer par-dessus l'eau, il suffit de passer par-dessous !
Salazar la regarda comme si elle avait perdu l'esprit. Néanmoins, Helga ne se laissa pas décontenancer, et les emmena dans un des couloirs du quatrième étage, où se trouvait désormais un vaste trou dans un mur. Et dans l'épaisseur de celui-ci, une échelle descendait dans les profondeurs du château. Devant l'air vraiment sceptique de ses collègues, Helga s'expliqua.
- En fait, j'avais prévu de faire ressortir mon tunnel au niveau du rez-de-chaussé dans une des réserves, mais j'ai raté mon coup avec mon dernier sort, et j'ai du me résigné à faire un trou dans le mur pour pouvoir sortir…
- Tu as fait ça avec des sorts ? s'exclama Salazar.
- Tu ne pensais quand même pas que j'avais creusé tout ça à la main ? Les outils c'est juste pour le détail.
- Cela ne m'aurait même pas étonné…
- Bref, maintenant, je peux venir de chez moi au château sans me faire mouiller !
- Mais en te couvrant de terre, ironisa Godric.
- Ce qui veut dire qu'après, tu peux revenir chez toi à la nage pour laver tes vêtements crottés, renchérit Salazar.
- Le lavage sera également valable à l'aller.
Tout le monde se tourna vers Rowena, qui contemplait le passage sans rien dire jusque là.
- Oui, parce que, je crois que tu as oublié, Helga, qu'en cas d'inondation, il y a de fortes chances que ton tunnel soit également inondé.
- Mince, je n'avais pas pensé à ça. J'ai fait tout ça pour rien ?
Elle avait l'air sur le point de se mettre à pleurer.
- Mais non, la consola Godric, tu pourras toujours rentrer par là les jours de pluie, mais uniquement si ça ne pleut pas trop.
- Et puis, on pourra y cultiver des champignons et des ingrédients de potion rares qui ne poussent que dans l'ombre, continua Salazar.
- Sans parler du fait que cela pourrait servir d'issue de secours en cas d'attaque sur le château, rajouta Godric.
- Tout à fait, un passage secret, on n'en avait pas encore ! s'exclama Salazar.
- Et je suppose que je pourrais poser des enchantements pour l'étanchéifier, conclut Rowena.
Helga parut retrouver un peu de contenance et se remit à sourire. Mais avant qu'elle puisse faire le moindre geste, Rowena l'interrompit.
- Par contre, si tu essayes de me serrer dans tes bras dans l'état où tu es, je refuse catégoriquement de le faire.
Helga s'arrêta dans son élan, et se contenta donc de remerciements à distance.
- Il faudra peut-être le dissimuler si on doit vraiment en faire une issue de secours… remarqua Godric.
- Sans parler du fait que tous les élèves vont vouloir s'y amuser, ce qui pourrait détruire mes cultures de plantes rares…
- Si je t'autorise à le faire Zazar !
- C'est donnant-donnant, je connais d'excellentes potions pour rendre les parois de ton tunnel imperméable…
Tandis qu'ils marchandaient avec plus d'acharnement que des vendeurs de tapis, Rowena et Godric revinrent, une armoire lévitant devant eux. Godric la déposa devant le trou laissé par le passage.
- Voilà, fit Rowena. Je vais rendre la paroi du fond mobile, à condition de prononcer le mot de passe adéquat, et comme ça, seuls les professeurs pourront utiliser ce passage.
- Parfait, conclut Salazar.
- Bien, maintenant, sauf si Messires Godric et Salazar ont d'autres aménagements intérieurs à faire, revenons-en à mon plafond !
Les quatre fondateurs repartirent donc vers la Grande Salle pour y réaliser les ultimes enchantements, qui permettraient à tous, le soir même de contempler le ciel tout en mangeant, réalisation qui ferait bien plus tard la célébrité de Poudlard.
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(1) Pas mes notes sous la main mais je ne crois pas que Rowena ait de fille, juste un fils. Quand je cherchais des prénoms celtes, je suis tombée sur Bertel ou Bertelame… pas pu résisté à mettre celui-là la place.
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Note de fin : Vous
ne l'attendiez plus, et bien tout arrive . Par contre je n'ai
absolument aucune idée de quand j'écrirais le dernier
chapitre, mais je vais faire en sorte que ce soit dans moins d'un
an…
Ah oui et mes
remerciements à Alixe qui a bien voulu faire la relecture.
Sans elle, Salazar aurait un nombre incalculable de bras, et autres
âneries et étourderies…
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