Romances sans paroles

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C'était l'été. C'était la nuit. Et sous l'œil protecteur de la pâle Séléné, elles se mirent à s'aimer. L'une était brune et l'autre blonde, amas de cheveux s'entremêlant ça et là au travers de baisers envieux et pressés. Elles avaient le temps pourtant, mais l'envie, impérieuse, était parfois celle qui décidait.

Régina avait rencontré Emma au début de l'automne dernier. Elle avait froncé les sourcils dans une légère moue irritée, de la voir pénétrer avec un quart d'heure de retard dans cette salle de classe à l'atmosphère trop lourde et saturée. La brune était de sept ans son aînée, elle avait obtenu son baccalauréat à dix-sept ans, son doctorat à vingt-quatre et passé l'agrégation à vingt-cinq. Elle était enseignante-chercheur en archéologie depuis quatre ans. Et, à l'aube de ses trente ans, elle ne comptait pas se faire marcher sur les pieds par une bande d'étudiants médiocres et immatures. Elle avait donc immédiatement gentiment recadré la retardataire qui, sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi, l'avait fusillée du regard sans émettre la moindre protestation. Puis elle s'était assise au fond de la salle, portant immédiatement sa vision par la fenêtre.

Le sang de Régina avait bouilli dans ses veines. Autant de fureur que de frustration. Qui était donc cette gamine insolente ? Les hostilités étaient lancées !

Les deux premiers mois avaient été échanges de remarques piquantes et glacées, de regards froids et acérés, de devoirs rendus en retard, de mauvaises notes, de sourires railleurs parfois narquois et de toute une série d'attitudes puériles l'une envers l'autre. Les deux femmes pouvaient parfois se lancer dans de longs et profonds débats, au grand damne des autres étudiants qui ne savaient plus comment compter les points dans ces longues parties de ping-pong endiablées. Tous savaient, cependant, que la grande gagnante de ces nombreuses futilités était toujours le professeur. Car, c'était bien connu, même si un professeur a peu de pouvoir, il a toute autorité dans sa salle de classe.

Et, Régina ne se faisait pas prier pour en faire voir de toutes les couleurs à Emma. Joutes verbales et agacements réciproques qui s'étaient pourtant bien vite transformés en discussions animées et respect partagé, tant les connaissances de chacune permettaient pour un grand nombre de sujets de battre le fer sans relâche.

Ce furent les Celtes qui incontestablement les réunirent. Leur passion pour la société, la culture et la mythologie de ces peuplades anciennes avaient eu raison de leurs nombreuses diversités. Et, après des mois à s'abreuver des connaissances de l'une et de l'autre, des mois à effectuer recherches et investigations, Emma sembla être devenue l'une des meilleures étudiantes qu'avait Régina, tant par son savoir que par sa curiosité dont les limites n'avaient pas encore été éprouvées. Le professeur accepta, en toute logique d'appuyer le mémoire de celle qu'elle avait désormais prise sous son aile.

La complicité des deux femmes ne cessa alors de grandir pour se transformer, petit à petit, telle une douce caresse au gré du vent, en un sentiment bien plus complexe et subtil à comprendre. Aucune des deux n'aurait pu dire s'il s'agissait d'amour mais, elles s'aimaient bien, c'était certain.

Lorsque Régina organisa un camp d'été sur le site archéologique de Bibracte, l'une des villes fortifiées gauloises les mieux préservées, fondée à la fin du IIe siècle avant notre ère, sous la forêt du Mont-Beuvray en Bourgogne-Franche-Comté. Ce fut une évidence pour Emma d'y participer. Et elle fut, sans grande surprise, l'étudiante désignée pour accompagner le professeur.

Tout semblait les avoir conduites à cet instant, fut l'une des dernières pensées cohérentes qu'eut Régina tandis que la nuit les enveloppait dans son linceul de noirceur, frais et apaisant, reposant, comme hors du temps. Et, au milieu de la nature pleine de profonds mystères la brune fit naviguer ses doigts fins sur la peau de l'autre femme. Glissant dans une douce et pressante caresse sur son corps frémissant, empli d'un désir ardent.

La journée avait été longue à l'image des trois semaines que le professeur et son étudiante avaient passées au cœur préservé des paysages du Morvan. La capitale du peuple celte des Éduens était une source incontestable de renseignements et, elle continuait à receler nombre de secrets malgré la multitude de fouilles effectuées depuis déjà plusieurs années. Ce fut avec un entrain incontestable que Régina et Emma avaient participé aux fouilles. Rechercher des vestiges enfouis, qu'il s'agisse de constructions, d'objets ou de traces de l'activité humaine passée, avait fait briller des étoiles dans les yeux de ces deux passionnées.

Ce n'était pas la première fois que Régina séjournait à Bibracte au contraire d'Emma. Cependant, il lui sembla que cette fois-ci avait une autre saveur. Comme un goût bien trop suave, bien trop revigorant et vivifiant. Entre poussière et théorie sur les découvertes déjà effectuées et celles restant à faire, terminant les journées à débattre autour d'un verre ou simplement à observer les étoiles, leur séjour était passé tel un battement de cils, doux et rapide.

La dernière journée fut pour les deux femmes l'occasion de visiter le musée de la civilisation celtique, retraçant la vie de cette ancienne cité, de ce passé qui avait été et qui, à jamais sera, pâle reflet d'un monde plus ancien, au sein d'un oppidum fortifié que les fouilles archéologiques révélaient petit à petit. Et, sous les conseils précieux de Régina, Emma fut fière d'avoir apporté sa contribution à l'édifice.

Elles avaient ensuite pris la direction de la forêt ancestrale du Morvan, s'engouffrant dans ce lieu d'une beauté naturelle, mère de nombreux mythes structurant l'inconscient collectif par les extraordinaires formes animales, végétales et minérales, qu'elle recelait. Avec du recul, Régina se demandait si la cause de cette nuit de passion fut ce lieu source d'inspiration, d'envol de nombreuses rêveries, respirant à pleins poumons le mystère et la fascination.

Les deux femmes avaient profité du calme et de la sérénité de l'immense forêt en marchant en silence, tout en s'observant et se jetant des coups d'œil ici et là, n'échangeant que quelques paroles en se faufilent à travers les sentiers caillouteux entre les arbres et les buissons indomptés et sauvages. Contemplant au travers des branchages le soleil miroitant du soir tombant, jaspant les sous-bois de flaques éphémères et mordorées.

Elles étaient à moins d'un kilomètre de l'orée du bois lorsque le crépuscule arriva. Et, Régina attrapa la main d'Emma. Elle n'aurait vraiment su dire pourquoi mais, le moment était là. Écoutant l'appel hypnotisant des bois millénaires ou son cœur battant à tout rompre, propageant rageusement le désir dans ses veines, le professeur porta un regard insistant sur son étudiante.

Dans la forêt devenue silence, leurs yeux se rencontrèrent. L'une comme l'autre eut l'impression de respirer pour la première fois. Comme si leurs âmes s'étaient enfin rencontrées et, dans un mouvement conjoint, l'espace les séparant fut comblé. Les lèvres de Régina rencontrant celles d'Emma.

Aucune des deux n'aurait su dire si le temps avait cessé de s'écouler ou si sa courbe continuait sans relâche au milieu de cette nature sauvage, bienveillante complice de ce moment de passion. Alors que la faible clarté lunaire se déposait sur leur peau pâle avec grâce et légèreté, le corps de la blonde ondula sous les paumes brûlantes de son professeur, aux doigts ne cessant de naviguer, cherchant le contact de cette peau frémissante. Passant sous les vêtements de ses fesses aux creux de ses reins, du bas de son dos aux contours de ses seins, de son ventre à ses cuisses tremblantes de désirs inassouvis. Ils se baladaient, venaient, revenaient et savouraient. Perdant raison. Enflammant et harmonisant leurs cœurs, telle une tempête, dans cet instant unique, de désir partagé.

Et, tandis que les étoiles commençaient à naître dans le ciel, la nuit encore jeune fut témoin de leur corps s'unissant dans un amas de mousse dont elles n'eurent aucune conscience d'avoir trouvé. Leurs lèvres s'entremêlaient, les ombres valsaient dans les cieux, la lumière éclairait leurs regards envieux. En un instant elles ne firent plus qu'une, et comme une perle de pluie faisant déborder un lac nourrit de soupirs jouissifs, la forêt retint une dernière fois son souffle.


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Me revoici, après un long moment je l'avoue, avec un petit OS sans prétention. J''avais envie de le partager avec vous, notamment pour remercier ceux et celles qui me lisent encore ou qui découvrent tout juste mon style, pour remercier ceux et celles qui prennent le temps d'un petit commentaire ou message privé auquel j'essaye au maximum de répondre, ou juste une notification de suivi ou de favori qui dans le tumulte du boulot me donne le sourire. Qu'importe le temps qui passe, je suis toujours autant touchée, et surprise, que l'on puisse aimer mes écrits. Alors un grand MERCI.

Quoi qu'il en soit, j'espère que la lecture vous a plu !

Je suis d'ailleurs en train de me lancer dans un tout nouveau projet d'écriture. Une histoire "originale" (sortie de ma tête...ça fait peur !) dont je sais déjà avoir l'envie de la partager, mais je ne pourrai donc pas la publier sur FF, ma chérie me conseille le site Wattpad pour partager cette histoire. Certain(e)s connaissent ce site ? Si je pouvais avoir quelques avis, je suis preneuse.

Merci de votre lecture, vraiment.


Merci à Not gonna die pour la relecture et le soutien indéfectible.