Titre : Les méfaits de l'esquive

Auteur : Gwenetsi

Univers : Zorro

Résumé : La Californie savoure la paix depuis quelques mois, hélas pour Zorro qui doit supporter l'inaction et pour Diego qui endure les reproches de son père. Mais la situation est-elle si simple ? En réalité des ennuis s'annoncent à foison, ainsi que des femmes de caractère, un ami encombrant, un père compliqué à gérer et un ennemi sur le retour.

Note de l'auteur : Le premier chapitre pose le décor et toutes les interrogations que j'ai eu sur le futur de Diego et Zorro. J'aurais pu en faire un OS avec une révélation à don Alejandro de l'identité secrète du Renard, lui inventer une vie de ranchero ou un futur qui comblerait Diego... mais ça aurait été nettement moins drôle. Vous le découvrirez bientôt par vous-mêmes. Bonne lecture !

Il est acquis au début de l'histoire que : don Alejandro ne sait pas qui est Zorro, même si tout se passe après Monterey. Cf l'OS L'amnistie dans Les petites histoires de Los Angeles si vous voulez savoir ce qui a finalement empêché Zorro d'accepter l'offre. Chronologiquement, cette histoire est la suite de L'Aigle et le Renard, qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu avant pour comprendre même si j'y fais parfois référence.


Les méfaits de l'esquive

La Californie savoure enfin la paix, depuis que le capitaine Toledano dirige la garnison de Los Angeles et que le juge Vasca officie dans la région. Hélas pour Zorro qui doit supporter l'inaction et pour Diego qui endure les reproches de son père. Mais la situation est-elle vraiment si simple ?

.

1 – La vie suivait son cours

La vie suivait son cours en Californie, faite de récoltes, de commerce du bétail et de mille et un petits soucis propres aux grands propriétaires terriens. La région n'avait jamais été aussi tranquille que ces dernières semaines. Très exactement depuis que le capitaine Toledano avait été nommé commandant de la garnison de Los Angeles.

La tentative de coup d'état de l'Aigle qu'il avait aidé à arrêter était déjà loin. Près de deux ans s'étaient écoulés depuis l'apparition des premières plumes dans les environs. Entre temps, le sergent Garcia avait fait office de commandant par intérim, épaulé régulièrement par le hors-la-loi connu sous le nom de Zorro.

Depuis son retour de Monterey et l'offre d'Amnistie qu'il avait refusé, il y avait eu quelques heurts et des problèmes qu'il avait dû régler, comme ça avait pu être le cas avec Basillio et Mendoza. Le sinistre capitaine croupissait dans une geôle espagnole, à l'instar du capitaine Arellanos et du commandant Monastorio. Les ex-militaires resteraient encore de nombreuses années derrière les barreaux, si ce n'était à vie.

Suites aux multiples déboires dans la région, le vice-roi avait finalement nommé Arturo Toledano au poste de commandant. Sa nomination avait été envisagée après l'affaire de l'Aigle, mais le capitaine et sa femme avaient alors choisi de retourner en Espagne. Raquel Toledano avait bien des choses à se faire pardonner et son mari tenait à régler les choses loin de la Californie. Personne ne pensait qu'ils reviendraient dans la région. Elle ne semblait pas à la hauteur de leurs attentes. En vérité, le couple arrivé quatre mois plus tôt voyait cela comme un nouveau départ. Leur enfant bientôt à naître en était la preuve.

Le capitaine avait repris en main les lanciers. De nouvelles recrues soigneusement choisies par ses soins les avaient rejoints. La garnison ressemblait enfin à ce à quoi elle devait ressembler. Les criminels ne faisaient plus la loi comme par le passé. Le juge Vasca, installé à San Diego de Alcala, appliquaient des peines justes auxquelles ils ne pouvaient pas se dérober. Le taux de criminalité de la Californie était enfin en nette baisse et le moral au beau fixe.

Comme les autres, Diego de la Vega savourait cette paix retrouvée. Dans un coin à l'ombre du patio de la demeure familiale, il se laissait aller au repos. À l'heure de la siesta, chacun s'était retiré pour se reposer. Son serviteur et ami Bernardo accompagnait son père au pueblo. Seul restait le jeune maître de la maison, affalé dans le fauteuil de velours qu'il avait fait sortir du salon pour l'extérieur. Encore une fois, tout était calme aujourd'hui.

Les services de Zorro n'étaient pas requis. Celui-ci s'était fait discret depuis un mois. Il n'avait pas à s'inquiéter pour Tornado et Fantôme. Devenus inséparables, les chevaux profitaient à loisirs du corral et ne s'ennuyaient guère. Le Renard montait régulièrement l'un ou l'autre, mais uniquement pour des balades.

Quant à Diego, il avait proposé son aide au notaire récemment installé. Javier Montebello, sa femme et leurs trois enfants venaient ici trouver le calme après l'agitation des villes qu'ils ne supportaient plus. Le notaire avait accepté avec plaisir l'offre de don Diego qui faisait un peu de secrétariat. Javier Montebello avait eu vent de sa réputation et ne lui faisait guère faire plus que deux à trois heures par semaine, mais il était plutôt satisfait de ses compétences et se proposait de l'aider à devenir notaire ou avocat si celui-ci le désirait. Le jeune homme n'avait pour l'heure ni accepter ni décliner l'offre. Il profitait de vacances méritées.

Tout du moins le laissait-il penser. Son attitude extérieure ne laissait en effet en rien deviner les sombres pensées qui l'agitaient.

Depuis l'affaire de l'Aigle, rien n'avait été simple. Il avait d'abord dû faire face au rejet de son père suite à sa trahison. Il avait consenti à lui pardonner à leur retour de Monterey mais la plaie était toujours-là. Don Alejandro n'oubliait pas. D'autant plus que Diego avait si bien su jouer la comédie que pas une seconde il n'imaginait son fils sous les traits du hors-la-loi masqué. Résoudre certaines affaires en gardant le secret avait été difficile mais le jeune homme s'en était honorablement tiré, principalement grâce à l'aide de Bernardo.

Le serviteur était un ami et soutien sans faille. Diego n'imaginait pas comment il aurait pu gérer les choses sans son aide. Il l'avait aussi soutenu face à la réprobation permanente de son père et lors de sa séparation avec Anna Maria Verdugo.

Il avait pris conscience à Monterey qu'elle n'aimait que la légende et non l'homme derrière le masque, en chemin pour accepter l'amnistie. Il n'avait parlé que de sa mission au début pour expliquer son refus de l'amnistie. Au départ de Diego, elle lui avait répondu par un courrier où la passion se mêlait à l'incompréhension. Il avait définitivement rompu par une dernière lettre où il expliquait clairement qu'elle n'aimait qu'une image.

Elle n'avait pas fait de réponse. Sans doute lui avait-elle donné raison. Elle s'était remise de cet échec amoureux, il avait appris il y a peu qu'elle s'était fiancée. Pour lui, cela avait été un coup au cœur supplémentaire.

Le meilleur parti de Californie était donc toujours célibataire, au grand désespoir de son père qui ne se privait pas pour lui faire des reproches à ce sujet. Don Alejandro avait été clair, si Diego ne se mariait pas il n'hériterait que d'une partie de ses biens.

Le jeune indolent ne s'était jamais soucié de participer à la vie du rancho ? Soit, il n'en aurait donc pas la primeur. Don Alejandro avait mis ses affaires en ordre. À sa mort, si Diego ne s'était pas investi dans le domaine ou n'avait pris épouse, la majeur partie de ses biens iraient aux bonnes œuvres et la gestion de ses terres et du bétail à des amis fidèles. Diego jouirait de leurs profits, mais seulement au tiers, le reste allant à ceux qui suaient sans et eau pour faire vivre les terres de la Vega.

Diego ne s'était jamais senti aussi pris à son propre piège qu'en cet instant. À se façonner une image de poète fragile et paresseux, il perdait toute l'estime de son père et son héritage. S'il n'avait vraiment rien eu à faire des affaires, il aurait pu comprendre la démarche, du point de vue de don Alejandro elle était logique.

Seulement il voyait l'autre côté. Il se souciait profondément du rancho et de sa bonne marche. Il aidait régulièrement son père en secret en lui envoyant les bonnes personnes pour faire les affaires. Ou plutôt Zorro l'aidait. Depuis plusieurs mois, le Renard envoyait des courriers à l'hidalgo pour l'aider dans sa gestion du rancho après qu'il se soit désespéré publiquement de son fils et de l'absence de quelqu'un pour le soutenir.

Zorro ne signait jamais les courriers, mais Don Alejandro devinait qui se cachait derrière. Il ne pouvait faire du hors-la-loi son héritier mais Diego voyait bien que l'envie était là. Il aurait dû arrêter d'envoyer les lettres, mais son père était tellement heureux que quelqu'un se soucie autant de leurs terres qu'il avait continué. Il s'était ainsi coincé dans une spirale vicieuse : puisque Diego n'aidait pas son père, Alejandro était malheureux, alors Zorro lui apportait son aide et Diego n'aidait plus utile, son père était davantage déçu et requerrait davantage l'aide du Renard... bref, c'était une boucle sans fin dans laquelle il s'était enfermé.

Diego voulait vraiment protéger son père en lui cachant l'identité de Zorro. Si Alejandro ne soupçonnait pas son propre fils, qui l'aurait pu ?

Personne.

Le secret du Renard était parfaitement protégé. Au détriment de son alter-ego.

Avec l'arrivée de Toledano, Zorro n'avait plus de raison de s'aventurer la nuit dehors. Il était voué à disparaître. Diego était plus malheureux que jamais de la situation.

Il ne pouvait pas encore révéler la vérité à son père. Il lui faudrait encore attendre au moins un an pour être sûr que la situation était stabilisée. D'ici là le don lui en voudrait un peu plus et finirait par ne pas le croire quand il lui révélerait la vérité. S'il le croyait il lui en voudrait. Ensuite il faudrait convaincre les gens qu'il changeait et s'intéressait sincèrement aux affaires de son père. Il faudrait encore des années avant qu'il obtienne la confiance des autres rancheros. Des années encore à être mal considéré ou ne pas pouvoir aider vraiment son père dans la gestion du rancho. Des années à faire comprendre aux gens que cette facette qu'ils découvraient était aussi Diego de la Vega.

Quant à parler de sa passion pour l'escrime, elle serait encore plus dure à faire passer. Il ne parlait même pas des femmes qui ne sauraient plus qui il était en réalité et ne voudraient même pas le rencontrer. Il n'avait pas peur d'un long célibat mais ce que pensaient les gens de lui finirait pas poser problème. Si tout allait bien, peut-être que dans cinq ans il mènerait la vie qu'il rêvait d'avoir, au pire dans dix ans.

Psychologiquement, le jeune homme doutait pouvoir tenir. Son état physique s'en ressentait déjà, il avait perdu l'appétit ces dernières semaines et Bernardo s'inquiétait vraiment de sa récente perte de poids.