Chapitre 1 : Se revoir

Elle voyait tout.

Elle était capable de tout observer, d'analyser les choses dans les moindres détails, de contempler tout ce qui se trouvait aux alentours. Elle avait ce regard. Le regard impatient, curieux et attentif. Elle détenait cet œil fragile et, en même temps, si persévérant. Ses pupilles guettaient le monde et ses habitants continuellement et avec de plus en plus d'attention à chaque fois.

De longs cheveux soyeux se balançant dans la brise légère de ce mois de printemps se tenaient, ainsi, au coin de la rue. Une chevelure qui renfermait une couleur bleutée aux reflets mystérieux et aux aspects frivoles. Une teinte neigeuse figurait sur le visage de cette personne qui voyait tout. Des traits sérieux et pourtant accueillants qui la rendaient fragile et pure aux yeux du monde. Un regard convoité par les abysses même semblait y plonger chacun qui le regardait.

Qu'attendait cette fille depuis un bon moment déjà ?

Ne se laissant pas du tout distraire par le temps qui s'écoulait, elle continua son activité. Une de ses mains tenait un caméscope, tandis que l'autre, portait un petit sac à mains en harmonie avec sa tenue ensoleillée. L'adolescente filmait les gens qui passaient près d'elle, désireuse de pouvoir, de cette façon, oublier l'ennui qui commençait à la gagner. Cependant, son activité ne passa pas inaperçue. En effet, les gens marchant dans la rue commencèrent à la regarder étrangement ils n'avaient, sans doute, pas l'habitude de se laisser filmer ainsi, sans raison, par une jeune femme ayant l'air pourtant adulte.

Le sourire aux lèvres, caméra à la main, la jeune femme n'arrêta pas de contempler les horizons de derrière son écran. Rien au monde ne semblait lui faire autant plaisir que de regarder à travers ce petit objet. Elle semblait enregistrer chaque mouvement, parvenir à figer chaque geste effectué, à intercepter chaque instant. C'était comme si les secondes étaient précieuses à ses yeux. Comme si elles possédaient une valeur telle que les autres n'étaient pas à même de comprendre. C'était un peu comme si, elle aspirait à arrêter le temps, mais, en même temps, prenait plaisir à le voir s'écouler si vite. Tout n'était que contradiction chez cette fille, apparemment...

- Tomoyo !

La dite Tomoyo stoppa alors toute action, tout enregistrement et se retourna vers ce qui déambulait à toute vitesse dans sa direction. Elle sourit chaleureusement en constatant le visage désolé et essoufflé de son amie. Son âme se sentit apaisée en la voyant tout d'un coup.

- Pardon, je suis encore en retard !

La retardataire s'excusait perpétuellement sans savoir que son amie, ainsi que leur entourage, étaient habitués à son manque de ponctualité. Tomoyo sourit de plus belle en repensant à la naïveté de la jeune magicienne.

- Ce n'est rien, je ne t'ai pas attendue très longtemps.

Un sourire réconfortant apparut sur la frimousse de Tomoyo. Elle n'était jamais en colère contre sa cousine, son amie d'enfance, son idole aussi. En somme, une personne formidable selon elle. Comment résister face à un visage si enfantin et pourtant, téméraire ? Comment faire face à des yeux au vert aussi intense et pétillant ? A ce visage timide et généreux ? A cette coiffure quelque peu spéciale dont deux mèches miel dépassaient un peu la longueur normale ? Comment ?

- Mais, on va être en retard pour venir les chercher, tu ne crois pas ?

- J'avais prévu que tu serais en retard. Ne t'en fais pas, on a encore le temps.

Sakura ne savait pas comment le prendre. Sa réputation de retardataire ne s'arrangeait pas beaucoup, sa meilleure amie avait prédit et avait contre-attaqué d'une façon si soudaine. Elle fit ses fameux des yeux de merlan frit en réalisant cet état des faits.

- Je suis si prévisible que ça ?

Tomoyo s'approcha et entraîna la chasseuse de cartes par le bras tout en rigolant gaiement.

- C'est par ce que je te connais par cœur, ma Sakura. Allez viens, sinon on sera vraiment en retard.

Se laissant faire, la jeune Kinomoto marchait avec sa meilleure amie vers l'aéroport de Tokyo.


« Passagers du vol 45 en destination de… »

Tous ces appels résonnaient dans l'énorme pièce qui accueillait l'arrivée des passagers. De nombreux gens fatigués, heureux d'être arrivés, passaient à côté des deux jeunes filles qui semblaient attendre quelqu'un. L'une d'entre elles souriait tout en filmant son amie excitée et impatiente de revoir celui qu'elle attendait.

Après un temps, Tomoyo remarqua un homme de leur âge aux cheveux bruns en bataille et aux yeux de cette même couleur apparaître dans son champ de vision. Il avait une allure calme et sérieuse, mais souriait tout de même en constatant qu'on était venu à sa rencontre.

- Shaolan !

Sakura ne se fit pas prier, elle sauta dans les bras du garçon à l'instant où elle l'aperçut. Elle avait couru à en perdre haleine, avait inconsciemment peur d'avoir rêvé et que cette rencontre n'était qu'illusion; matérialisation de son souhait le plus cher : le revoir, être avec lui, ne plus le quitter… Elle le désirait si ardemment. Rien ne pouvait la rendre plus heureuse que maintenant.

- Je suis si heureuse que tu sois là !

Il mit sa main affectueusement sur la tête de Sakura en souriant tendrement.

- Moi aussi…

Il l'avait quittée depuis si longtemps. Un mois, deux, bien trop longtemps…Maintenant, il était là, il la voyait courir vers lui en souriant plus radieuse que jamais. Il revoyait son visage si courageux et franc. Il aimait la voir toujours en forme et souriante. Pour ce sourire, il aurait tout accompli. Son souhait le plus précieux était de le voir apparaître à chaque seconde qu'il passait avec elle, et même au-delà.

- Bon retour.

La voix gracieuse de Tomoyo brisa ces émouvantes retrouvailles d'une manière non sans douceur. Ses longues mèches de cheveux tombaient le long de ses épaules et ses yeux brillaient d'une lueur de bonheur. Elle avait grandi, elle était vraiment très belle, Shaolan n'allait pas le nier.

- Merci.

Elle avait été sa confidente depuis un long moment, avant sa déclaration. Elle l'avait encouragé au-delà du possible. Toujours de bons conseils à portée de main, toujours présente où il fallait l'être, toujours un sourire plein de malice et de perspicacité, toujours une attitude gamine devant une caméra et des costumes. C'était elle, la fidèle amie de la plus grande chasseuse de cartes.

Sakura coupa court à ses réflexions et posa une question toute simple en remarquant l'absence de quelqu'un.

- Mei Ling n'est pas là ? Elle devait pourtant venir.

Shaolan l'expliqua promptement.

- Elle est désolée, mais elle est tombée… comment dire « malade »…

- Malade ? C'est grave ?

De suite, Sakura s'inquiéta. Au départ, elles s'étaient mal entendues. Non pas qu'elle avait quelque chose contre la cousine de son bien-aimé, malheureusement Mei Ling s'obstinait à penser que la fleur de cerisier convoitait Shaolan et les cartes de Clow en même temps. Pourtant, il n'en était rien. Sakura avait été aveugle et n'avait pas pensé à l'éventualité d'aimer une personne à ce point, à part Yukito, un amour de jeunesse depuis longtemps oublié. Après plusieurs péripéties, les choses s'étaient arrangées et les avaient destinées à être amies.

Tomoyo pouffa soudainement de rire de derrière le couple. Sa meilleure amie la contempla ahurie et ne sachant pas d'où pouvait bien provenir ce fou rire. Quant à Shaolan, il se gratta l'arrière de la tête, tout en souriant gêné.

- Ce n'est pas gentil Shaolan, si Mei Ling t'entendait…Et puis être amoureuse n'est pas une maladie, je me trompe ?

Elle avouait cela avec cet air espiègle et sûr de lui. Un visage content de savoir toute sorte de choses et capable de le faire découvrir aux autres. Elle observait tout de loin, attentive et pleine de compréhension.

- Ma cousine te raconte tout par courrier, j'aurais dû m'en douter !

Il soupira, vaincu. A ses côtés, Sakura faisait les yeux ronds.

- Mei Ling amoureuse, c'est vrai ?! Mais, c'est formidable !

- Tu parles…

La fleur de cerisier pointa ses yeux d'émeraude vers le descendant de Clow Reed quémandant une explication. Shaolan semblait embêté et une hésitation absurde s'installa un instant dans son esprit. Serait-il jaloux ?

- Elle est tellement amoureuse qu'elle en est insupportable. Elle ne reste jamais en place et ne fait que parler… Rien qu'à l'écouter, j'en suis malade.

Il semblait fatigué et totalement désemparé par la simple évocation de ces souvenirs.

- Mais, tu sais ici, c'est un peu pareil…

Tomoyo s'adressa secrètement à Sakura qui semblait, pour une fois, relever la remarque. Elle fut immédiatement embarrassée et rougit de plus belle. La fleur de cerisier balbutia des mots, tentant de se justifier devant l'air incompréhensif de Shaolan. La jeune Daidouji arrêta ce petit manège en s'adressant à lui.

- Alors, tu vas venir t'installer ici, n'est-ce pas ?

- Oui. Ma mère est d'accord, cela ne posera pas d'ennuis.

- C'est merveilleux !

L'héritière du pouvoir de Clow s'en faisait une telle joie. Elle était rayonnante ! Faisant fondre chacun qui croisait son sourire et cette jolie frimousse. Le descendant du magicien ne pouvait y résister. Il était revenu pour elle, car elle était la personne qui comptait le plus pour lui. Il était heureux de la retrouver, heureux d'être à ses côtés.

- Et si tu allais aider Shaolan à déballer ses affaires hein, ma Saku ?

Ce caractère qui comprenait tout. Tomoyo disait les choses au moment où on en avait besoin. Était-ce un don ou juste du discernement ?

- Mais et, toi ?

Sa meilleure amie prit une teinte triste que Tomoyo brisa instantanément.

- J'ai quelqu'un à attendre ici et ça fait un moment que vous ne vous êtes pas vus. On se verra plus tard, d'accord ?

Sakura sauta au cou de sa cousine. Elle était si gentille et savait pertinemment qu'elle voulait passer la matinée avec son cher petit-ami. C'était une amie formidable de par sa grande lucidité et son grand cœur.

- A bientôt alors !

Ils la saluèrent tous les deux joyeusement et partir dans les bras l'un de l'autre. Un vrai couple d'amoureux, c'était ce que s'était dit Tomoyo en les voyant partir. Ses amis paraissaient contents d'être ensemble. Si heureux de se retrouver...

La jeune femme se questionna alors. Etait-ce si simple de se rendre heureux mutuellement ? Son regard bleu se figea sur ce paysage ensorcelant qu'était la rencontre de ses deux amis, de ces deux âmes sœurs et elle sentit son cœur palpiter de manière incontrôlable. Elle reposa alors son regard sur son caméscope et le guetta longuement. C'était une petite machine finalement. Un si minuscule objet qui servait à marquer les instants les plus importants de sa vie; qui avait le pouvoir de permettre de ne jamais rien oublier, de se remémorer avec détails chaque instant que le monde offrait. Toutefois, pourquoi filmait-elle à tout bout de champ ? Que croyait-elle entrevoir de derrière cet écran si restreint? Que voulait-elle réellement garder en mémoire ?

Je voulais juste ne pas oublier ces moments de bonheur. C'est tout que je demandais.


Patiente, elle attendit encore plus d'une heure sans apercevoir la personne convoitée. Fatiguée, elle s'asseya sur un banc situé près de l'accueil. Elle soupira doucement, l'ennui la gagnant. Cela devait être une surprise pour son amie, qui n'était au courant de rien. Tomoyo voulait lui faire plaisir car, après tant de séparations, tant de larmes, des retrouvailles s'imposaient. Shaolan était revenu certes, mais une rencontre de plus ne serait pas de trop. La jeune femme sourit alors, s'imaginant la tête que ferait la fleur de cerisier en voyant qui était de retour.

On l'interpella alors.

- Je suis en retard ?

Tomoyo se retourna vers cette voix connue et tant espérée.

- Sakura a déteint sur toi ?

Elle rit d'une petite voix moqueuse et se leva pour saluer le garçon.

- Tes gardiens ne sont pas avec toi ?

- Si, ils arrivent. Ils prennent juste les bagages.

La fille aux cheveux étonnement colorés de la même teinte que son interlocuteur acquiesça d'un signe de tête, soulagée.

- Tu es certaine que cela ne te dérange pas de nous héberger ?

Elle avait totalement oubliée sa voix envoûtante, son charisme et cette posture si puissante, si différente. C'est vrai, il était tout de même la réincarnation du plus grand magicien de tous les temps. Il avait ce petit quelque chose qui faisait qu'on le respectait sans trop savoir pourquoi. Du même âge qu'elle, Tomoyo se sentait cependant inférieure face à ce « grand homme ».

- Bien sûr que non. Il y a tellement de chambres chez nous. Et, c'est bien moi qui vous aie invités.

Il la regarda en lui rendant son sourire. Toujours aussi généreuse. Elle n'avait pas changé. Elle ne possédait aucun pouvoir, mais avait toujours été d'une aide précieuse, avait toujours soutenu les autres. C'était bien là sa plus grande force. Et cette grâce accompagnant son visage de porcelaine et ses yeux bleutés. Elle avait quelque chose d'angélique dans le ton de sa voix, dans ses gestes harmonieux.

- Eriol ! C'est bon, on a tout !

La voix naturellement forte de Nakuru résonnait dans les oreilles des deux amis. Elle salua leur invitée de son plus beau sourire.

- Spinel est dans le sac. Tu ne dis pas bonjour ?

La gardienne s'adressa alors à la petite peluche résidant dans le sac qu'elle portait sur son épaule. Il marmonna un petit bonjour ennuyé qui fit sourire Tomoyo.

Tout en emmenant ses invités chez elle, Tomoyo écouta attentivement Nakuru raconter tous ses exploits en Angleterre et poser toutes sortes de questions concernant Tomoeda. Quelles informations n'avait-elle pas reçues depuis son départ ? Comment allait tous les autres ? La jeune Daidouji se sentit étrangement bien en leur compagnie. Elle était fière de les avoir invités pour séjourner quelques temps.

Néanmoins, Tomoyo poussa soudainement un cri aigu. Elle mit sa main à sa bouche, comme prise en faute et eut un air coupable. Ils s'étonnèrent tous de sa réaction, mais faillirent tomber face à la raison de ce sursaut.

- J'ai oublié de vous filmer !

Ils sourirent amusés par tant d'exagération de sa part.

- Tu n'as pas changé Tomoyo…

Rien que m'en souvenir…


- Pourquoi as-tu tellement insisté pour que nous venions cet été, ici ?

Tomoyo sourit doucement à la question curieuse que lui posait Nakuru alors qu'elle déballait soigneusement ses affaires... Pourquoi ? Pourquoi ressentait-elle ce besoin impératif de renouer avec le passé, avec les gens qui avaient une importance pour elle et pour son amie de toujours ? Elle répondit avec calme et bonne humeur à la question de son invitée.

- C'est notre dernière année de cours. Chacun va suivre sa propre voie ensuite et nous n'aurons plus autant l'occasion de nous revoir. C'est pourquoi, je voulais que Sakura ait la surprise de sa vie en vous voyant ici.

Son sourire réconfortant et généreux expliqua pourtant bien plus que ses mots.

- Et puis...

La jeune choriste fit quelques pas dans la pièce et ramassa le vêtement qu'avait fait tomber son interlocutrice sans l'avoir immédiatement remarqué. Elle le lui tendit tout en poursuivant son explication.

- Ma maman est souvent en déplacement ces derniers temps, la maison est constamment vide...Vous aurez tout l'espace dont vous aurez besoin pour vous sentir chez vous. J'espère que cela suffira.

Tomoyo aurait voulu faire tellement plus pourtant.


Tomoyo savait que cela marcherait. Elle avait le don d'étonner les gens, c'était évident lorsque l'on apprenait à la connaître. La jeune femme avait la capacité de faire des choses, d'agir sans qu'on ne puisse rien anticiper, ni se préparer. C'était quelqu'un de surprenant et le fait qu'elle se tienne devant cette porte qu'elle fixait avec impatience lui donnait envie de faire ce genre de petites cachotteries bien plus souvent. Elle aimait ce petit picotement dans sa poitrine, cette adrénaline, cette sorte de connaissance et de contrôle. Elle avait l'impression de détenir un pouvoir. Celui de déconcerter les gens, celui de maîtriser une infime partie de leur vie. Mais finalement, ce que Tomoyo désirait le plus était de voir le visage illuminé de joie de sa meilleure amie, la mine surprise, mais contente de Shaolan, les yeux choqués de Toya et chaleureux de Yukito. Elle aurait tant voulu entendre le cri joyeux de Kéro. C'était tout ce qu'elle voulait, après tout. Ses légers coups portés à la porte résonnèrent comme une douce libération.

- Entre, Tomoyo. On était en train de dîner avec mon frère, Shaolan et Yukito. Ça te dit de venir nous rejoindre ?

- A vrai dire...

La chasseuse de cartes regarda sa cousine qui restait sur le pas de la porte sans venir les rejoindre dans le salon. Son manque d'entrain lui sauta directement aux yeux. Sa voix hésitante et ses gestes peu rassurés la préoccupèrent. Sakura s'approcha encore plus près d'elle comme pour voir ce qui la tracassait.

- Quelque chose ne va pas Tomoyo ?

Les yeux d'émeraude la fixaient profondément, anxieuse et un peu peinée, la chasseuse de cartes ne devinait absolument pas ce qu'elle avait derrière la tête.

- En fait, je ne suis pas venue seule, Sakura.

Et là, un cri retentit. Un cri choqué. Les doutes s'envolèrent et le bonheur s'installa dans chaque recoin de cette maison.

Les retrouvailles venaient, en effet, de commencer.


Cette journée avait été chargée de beaucoup d'émotions et Tomoyo, bien que la qualifiant de réussie, admit que cela avait été une journée très laborieuse. Tant de choses étaient arrivées, choses qu'elle avait provoquées, bien entendu, mais qu'elle ne regrettait aucunement. Sa surprise avait ravi son amie, apporté du bonheur à tout le monde et elle se sentit d'un coup très fière d'elle-même. Un sourire amplement satisfait se dessina sur ses lèvres.

Allongée dans les draps chauds de son lit, elle entendit pourtant un son qu'elle reconnut tout de suite comme étant celui de son téléphone. Elle s'empressa alors de sortir de ses couvertures douillettes pour empêcher la sonnerie bruyante de déranger le calme des lieux et le repos que ses invités devaient retrouver après leur voyage.

De ses yeux subitement bien plus réveillés, elle regarda son mystérieux appel. Le nom affiché la fit sourire doucement et elle répondit d'une voix paisible et sérieuse.

- J'attendais votre appel avec impatience.

- Bonsoir, Tomoyo, j'espère qu'il n'est pas trop tard. Tu sais pourquoi je t'appelle...

La chanteuse sursauta en entendant le timbre de voix si désolé tout à coup. Son cœur bondit si précipitamment dans sa poitrine qu'elle eut presque la sensation que sa respiration se stoppa net. Quelque chose sursautait en elle, un sentiment fort, une émotion très contradictoire en somme, mais qui la fit se sentir vivante. L'espoir. Ou au contraire, la fin d'un espoir, plus précisément.

- Je te prie de m'excuser. Je n'ai pas trouvé ce que tu cherchais.

Tomoyo se tut un instant, encaissant cette révélation condamnant ce désir fragile qui s'était logé pour quelques interminables secondes en elle. Elle eut du mal à reprendre pied, à réaliser ce que cette petite phrase impliquait. Ce que ce si court flot de mots signifiait vraiment. Bien sûr, qu'elle s'en était doutée, bien sûr qu'elle avait envisagé le fait qu'on ne puisse pas régler son problème. Cette certitude instable qui commençait dès ce moment à devenir une évidence devant laquelle on ne pouvait plus se dérober venait alors s'installer consciemment dans son esprit.

Elle était désolée aussi, désolée pour elle-même, ainsi que pour la personne prononçant ces mots avec la plus grande tristesse. La jeune femme reprit ses esprits après un temps, désireuse de calmer l'âme tourmentée qui s'adressait à elle.

- Ce n'est pas votre faute. Je vous remercie beaucoup pour ce que vous avez fait pour moi.

Elle n'entendit qu'un silence derrière le combiné. Un souffle maîtrisé. Un mutisme à peine supportable.

- Je veux juste que vous me fassiez une promesse.

Toute la pièce semblait se taire face à ce qu'elle était sur le point de demander. Une dernière faveur qu'elle avait. La seule chose que son interlocuteur pouvait encore lui offrir. Un dernier cadeau de sa part.

- Je veux que cela reste entre nous.

Son propre silence. Sa totale discrétion. Son secret scellé. Voilà son désir le plus cher à présent.

- Pourquoi Tomoyo ? Cela ne te rendra pas service et je crois que tu le sais.

Au fond, elle savait parfaitement que c'était vrai. Que c'était une totale folie et une aberration d'agir de la sorte. Se cacher. Se taire. Dissimuler une chose si importante. Une chose qu'elle aurait dû partager avec sa famille, avec ses amis, avec toutes les personnes qui se souciaient un tant soit peu de son sort. Terrer ce secret serait un crime, néanmoins...Néanmoins, elle comprit qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Du moins, pour l'instant.

- Je voudrais que vous me le promettiez... Je veux savoir que je peux vous faire confiance. C'est très important. S'il vous plaît, ne me refusez pas ça.

Un soupir exaspéré, mais surtout inquiet sortit cette fois de la bouche de la personne à l'autre bout du fil, qui conclut qu'elle ne pourrait pas lui refuser ça après tout. Elle n'acceptait pas de gaieté de cœur, ne voulait pas que Tomoyo garde cela pour elle, qu'elle affronte ça sans personne, mais n'avait pas la force de lui faire changer d'avis. Cette jeune femme était obstinée. Complètement butée parfois.

- Entendu.

L'appel terminé, Tomoyo se coucha enfin dans son lit, sans trouver le sommeil. Cette conversation se répétait en boucle dans sa tête à lui en faire mal.

Les yeux fixés au plafond, elle réfléchissait.


Un grand merci d'avoir lu !

Kingaaa