La nuit était tombée depuis déjà bien longtemps sur Camelot, et les ombres avaient réclamé le château. Les hommes avaient déserté les couloirs sombres au profit de la chaleur de leur lit. Le silence s'imposait maintenant dans la cité en construction.
La porte de la bibliothèque claqua et Gawain en sortit, grognant. Elle était vide.
Il en avait vraiment marre de jouer à cache-cache tous les soirs avec Kay. D'habitude, s'il ne le trouvait pas dans la grande salle, Kay était aux écuries, dans la cour en train de donner des ordres aux domestiques ou bien à la bibliothèque, trop plongé dans les anciens ouvrages pour s'apercevoir qu'il était plus que temps de rejoindre son amant sous les draps.
Si Gawain voulait profiter de quelques heures de repos auprès de Kay, il devait parcourir tout le château jusqu'à dénicher Kay. Ce petit jeu commençait à lui porter sur les nerfs.
Au détour d'un couloir, le chevalier aperçut un de ses frères d'armes, chancelant et chantant à tue-tête.
-Bratias ! L'interpella-t-il.
L'homme se tourna vers Gawain.
-Mon ami ! Tu veux partager ? Demanda-t-il en désignant soit la bouteille d'alcool dans sa main soit la fille sous son bras.
Gawain secoua la tête.
-Je cherche Kay.
Bratias indiqua de sa bouteille le corridor.
-Dans la salle avec Leontes et le roi. Ils discutent.
-Merci, répondit Gawain en se dirigeant vers la salle principale.
Kay ne s'arrêtait jamais. Sa journée débuterait bien avant l'aube si Gawain ne mettait pas de sa personne pour le retenir au lit. Pas qu'il s'en plaigne, bien au contraire.
Il croisa Arthur aux portes de la salle. Il n'était pas rare que la journée de Kay se prolonge bien après celle de leur souverain.
-Kay est là ?
Gawain était rarement enclin aux politesses, et encore mois lorsqu'il était impatient. Et la chasse avait assez duré. Il voulait son amant, avec lui, dans son lit.
-Kay ? Répéta Arthur. Il vient de partir à l'instant. On a décidé d'arrêter là pour aujourd'hui et d'aller se coucher. La nuit porte conseil.
Gawain grommela en tournant les talons. C'était nouveau ça. D'habitude, il devait littéralement arracher son amant à ses travaux.
-Gawain ! Attendez !
Le chevalier ralentit l'allure, permettant au roi de le rejoindre.
-Vous vous êtes disputés, avec Kay?
Gawain haussa les sourcils et Arthur continua.
-C'est juste que… Je sais que lui et vous, vous … vous êtes proches… très… intimes.
-Et ?
En fin de journée, Gawain n'avait que peu de patience à accorder à l'enfant-roi.
-C'est que Kay est… Il a… Il n'est pas comme d'habitude depuis quelques temps…
C'est vrai que l'attitude de Kay était différente. Il était plus réservé que d'habitude, il ne riait plus aux idioties de Bratias. Mais pourtant, tout allait bien. Aucun chef de village ne remettait en cause l'autorité d'Arthur, aucun ennemi n'avait attaqué et les rénovations du château avançaient même convenablement.
Leur relation était également au beau fixe. Cela faisait plusieurs semaines qu'ils partageaient la même chambre. Ils ne se cachaient pas sans pour autant s'afficher aux yeux de tous. Gawain aimait à penser qu'ils vivaient leur vie, tout simplement, sans se soucier du regard des autres.
-Il travaille beaucoup. Il doit être fatigué, avança Gawain, sans grande conviction.
Il n'avait vraiment pas l'impression que la charge de travail de Kay s'était alourdie. Certes, il devait être l'homme qui travaillait le plus à Camelot, entre les réunions stratégiques, les conseils à son frère, les entraînements d'armes, les supervisions des domestiques et l'accueil des nouveaux arrivants. Ajouter à cela le fait que Kay tenait sa promesse faite à l'église et qu'il aidait Gawain dans son apprentissage de la lecture, il n'était pas étonnant que le chambellan soit épuisé.
Gawain fut arraché de ses pensées par la main d'Arthur se posant sur son bras, et avec un sourire, le roi s'éloigna. Il n'avait même pas entendu ce qu'il lui avait dit. Le chevalier secoua la tête. Qu'importe.
Il se dirigea vers l'aile des chambres, sa patience s'amenuisant.
-Mais où tu te caches, bordel ! Dit-il en remarquant leur chambre vide.
Le chevalier se dirigea ensuite vers l'ancienne chambre de Kay. Elle lui servait maintenant de bureau. Le lit, servant de seconde table, était recouvert de livres, de cartes et papiers de toute sorte.
Gawain poussa la porte et son cœur s'accéléra en voyant Kay adossé contre le mur, luttant clairement pour respirer.