INTRODUCTION
Arthur, Calogrenant et Léodagan sont dans un couloir du château
Calogrenant - Sire, pardon mais je comprends pas. D'abord, le nutritionniste ne devait venir que pour les gars de l'armée… et maintenant, deux semaines après, c'est régime obligatoire pour tout le monde.
Arthur – Eh ben disons que j'expérimente. J'étais pas très chaud au départ, d'accord… mais je vais vous dire, quand quelqu'un propose un truc pour innover, moi, je vais pas dire non, c'est assez rare comme ça.
Léodagan- Je vous signale que je vous en ai proposé un pas plus tard qu'hier, hein...
Arthur - Balancer les condamnés à mort à la catapulte ? Oui, on peut appeler ça innover...
Calogrenant – Enfin là c'est pas le problème d'innover, Sire, tout le monde a faim ! J'ai vu un archer bouffer une flèche, pas plus tard qu'hier. Si j'étais pas intervenu, je suis sûr que l'arc y serait passé.
Léodagan – Remarquez, au moins pour une fois un de nos arcs aurait servi à quelque chose.
Arthur – Ecoutez, si nos hommes ont besoin de trois pintades quotidiennes pour tenir debout, on a quand même un problème
Calogrenant – Mais on parle pas de trois pintades là Sire, on parle de trois navets par jour !
Léodagan – Non mais admettez que dans le genre détraqué, vous êtes hors concours hein. Jusque-là, bon, vous dirigiez le Royaume comme un manche, mais au moins à table on avait de quoi bouffer….
Arthur – Bah justement. On mangeait trop et on gagnait jamais rien. Maintenant », ça sera manger moins pour gagner plus !
Léodagan – C'est Karadoc qui va être content ! D'ailleurs ça m'étonne qu'on l'ait pas entendu gueuler. Pas que ça me manque hein mais...
Arthur – Il est en mission.
Léodagan – Non, Karadoc est en mission ? Alors là pardon : ça marche du tonnerre, votre idée de génie. Et on peut savoir de quel fléau le grand chevalier Karadoc nous débarrasse ?
Arthur – Les voleurs de saucisson.
Calogrenant – Les voleurs de saucisson, Sire ?
Arthur – Je lui ai dit que des voleurs de saucisson sévissaient à la taverne, et lui ai ordonné de rester en planque jusqu'à ce qu'il les attrape.
Regards interloqués de Léodagan et Calogrenant
Arthur – Ouais, bon, fallait bien l'éloigner hein...
ACTE I
Le nutritionniste est face à Arthur et Lancelot. Ce dernier a la joue enfoncée dans la paume de sa main et n'a pas sa bonne tenue habituelle.
Le nutritionniste - Sire, vous devez absolument recadrer vos troupes.
Lancelot – Pff… on pouvait déjà pas les encadrer, alors si en plus faut les recadrer.
Arthur (surpris, à Lancelot) – Vous faites de l'humour, vous, maintenant ?
Lancelot – C'est la faim, Sire.
Arthur – La fin ? La fin de quoi ?
Lancelot – Nan, je veux dire, j'ai faim, c'est pour ça. Avec la nouvelle règle d'un repas et demi par jour, là…
Arthur – Bah je croyais que vous souteniez, comme quoi un peu de changement, ça ferait pas de mal, qu'il fallait qu'on arrête de passer des heures à table, et je sais pas quelle autre connerie ?
Lancelot – Ah ouais nan mais sur le papier j'étais pour, Sire, mais là pardonnez-moi l'expression, j'ai quand même gravement la dalle.
Arthur – Oui, bah faites avec hein (Au nutritionniste) Allez-y, on vous écoute. Qu'est-ce qu'elles ont, les troupes ?
Le nutritionniste (l'ignorant) – Seigneur Lancelot, en cas de petite faim je vous conseille...
Arthur – Non, mais vous lui direz ça plus tard. On vous écoute !
Le nutritionniste – Voilà, je passais tout à l'heure dans le couloir, je sortais de ma chambre pour aller chercher un peu d'eau, parce qu'avec…
Arthur (l'interrompt) – Je vais être plus clair, on vous écoute, mais par contre faites court. Parce que moi aussi j'ai la dalle en fait.
Le nutritionniste – Bon, eh bien en me perdant dans le château je suis passé devant la salle de repos de vos hommes, là.
Arthur – Et alors ?
Le nutritionniste – Vous n'allez pas me croire, Sire. Ils disaient « On va encore manger des marrons ! »
Arthur – Oui… au risque de me répeter : Et alors ?
Le nutritionniste (outré) – Des marrons, Sire ! Connaissez-vous seulement la valeur nutritionnelle d'un marron ?
Lancelot (las) – Mais c'est une expression….
Le nutritionniste – Comment ça ?
Arthur (agacé)– Manger des marrons, c'est une expression ! Ils vont pas manger des vrais marrons.
Le nutritionniste (candide) – Ah bon ? Ils vont manger des faux marrons ?
Arthur (d'un calme exaspéré) – Mais non… manger des marrons, ça veut dire qu'ils vont encore se prendre une peignée.
Le nutritionniste ouvre la bouche
Arthur – Remarquez y a un progrès, ils en sont conscients dès le début, maintenant.
Le nutritionniste – Ah ça je vous avais dit Sire, avec mon régime ciboulette, ça carbure dans le ciboulot !
Il s'attire les regards blasés d'Arthur et Lancelot.
ACTE II
Séli est dans le laboratoire de Merlin, lequel lui fait face. Elias est un peu en retrait.
Merlin – Une potion pour ne plus avoir faim ?
Séli – Exactement. Vous devez quand même bien avoir ça, non ?
Merlin – Bien sûr que j'en ai. Mais d'abord, on appelle ça une potion de rassasiement…
Elias (sifflant ironiquement) – Et vous sortez ça d'un coup sans hésitation ? Alors là chapeau, ça vous réussit le régime.
Séli (imperturbable) – Le nom je m'en fous pas mal. Ça marche ?
Merlin (méfiant) – Pourquoi ça marcherait pas ?
Elias – Moi j'ai bien ma petite idée…
Merlin – Vous, occupez-vous de votre bâton. C'est moi l'enchanteur officiel, ici.
Séli – Ça marcherait pas parce que si c'est vous qui l'avez faite, à mon avis j'ai aussi vite fait d'aller tuer un sanglier à mains nues et de le faire cuire à la broche pour ce soir.
Elias – Ah bah oui tiens, en gros c'était ça mon idée.
Merlin – Parce que vous croyez que je ne suis pas capable de faire une potion ?
Elias – Ah, faire une potion, si ! La réussir sans faire fondre le chaudron, j'y crois nettement moins. (à Séli) Vous inquiétez pas, c'est pas lui qui l'a faite, il l'a achetée. Vous êtes pas la première...
Merlin (àElias) – De quoi je me mêle ? (à Séli) C'est pour vous cette potion ?
Séli – Ah non non, moi ça va. C'est pour mon mari.
Merlin – Pour votre mari ?
Séli – Depuis que notre bon roi a mis en place des restrictions de bouffe à tous les étages, je peux plus le supporter, mon mari. Et pourtant Dieu sait que j'ai du répondant, niveau tolérance, mais là, moi, je peux plus. Alors filez-moi un bon flacon et on en parle plus.
Merlin – Et les ordres du roi ? Vous voulez que je la lui fasse à l'envers, en fait !
Elias – Comme si le roi en avait encore quelque chose à faire de vous ! Et puis vous faites bien toutes vos potions à l'envers, ça vous a jamais traumatisé.
Merlin (àElias) – ZUT ! (à Séli) En plus de ça y a des effets secondaires, ça se boit pas comme un jus de raisin.
Séli – Quels effets secondaires ?
Merlin – Eh bien… chez certaines personnes, ça…
Séli – Eh ben, accouchez !
Elias (intervenant) – Justement… Ça fait remuer la tige.
Séli – Comment ça ?
Elias – Eh ben la tige, de votre mari, ça pourrait lui donner un gros coup de fouet, voyez. Du genre pas maîtrisé.
Merlin – Enfin ça fait grandir la libido, quoi.
Séli – Ah ? Bon ben aucun risque, ça il a jamais tellement maîtrisé. Envoyez !
De mauvaise grâce, Merlin tend le flacon à Séli.
ACTE III
Sur le champ de bataille. Le visage d'Arthur est fermé, celui de Lancelot blasé, celui de Léodagan détaché.
Léodagan – Bon, c'est peut-être mes yeux hein, mais il me semble que c'est pas mieux que d'habitude, si ?
Lancelot – Dans un sens, si : c'est encore plus rapide, au moins.
Arthur – Mais enfin c'est dingue, ils font tous 10 livres en moins, comment ils peuvent être aussi lourdauds ?
Lancelot – Ils sont pas lourdauds Sire, ils manquent de force. Moi-même, si j'avais pas trouvé de quoi me ravitailler en dou...
Il s'interrompt
Arthur – Ah mais c'est pour ça que vous avez l'air plus en forme, vous bouffez en cachette !
Il se tourne vers Léodagan
Arthur - Vous aussi je suppose, vous vous faites livrer par derrière pour vous empiffrer !
Léodagan – Non mon bon roi ! Mais au passage, je vous le redis, je vois pas pourquoi on crève de faim parce que soudain vous êtes tombé sous le charme d'un bouffeur de tiges, hein !
Lancelot (reprenant la parole)– Je me suis pas empiffré, Sire. Deux ou trois morceaux de pain...
Arthur – Ah ouais ? Gros comment, le pain ?
Léodagan – Comme vos idées à la con !
Arthur – C'était pas mon idée je vous signale à la base ! C'était Bohort.
Lancelot – Tiens, et où est-il Bohort ?
Arthur – Est-ce que je sais, moi ?
Léodagan – À tous les coups, en train de se pignoler le poireau avec votre nutritionniste de mes deux ! Et pendant ce temps-là, qui ramasse ?
Arthur – Bah c'est pas vous. Et toujours pas vos hommes, d'ailleurs.
Léodagan – Dites, ça va pas recommencer hein. Mes hommes c'est pas des flèches mais au moins ils peuvent en tirer une sans se briser l'os !
Lancelot – Sire, faut redevenir sérieux là… Ça ne marche pas votre expérience, admettez-le !
Arthur – Je vais pas abandonner à la première bataille perdue, je vais passer pour quoi, encore ?
Léodagan – Pour une gonzesse. Mais rassurez-vous, ça choquera personne.
CONCLUSION
Dans la chambre du Roi
Guenièvre – Ça y est, il est parti le nutritionniste ?
Arthur – Eh oui, ça y est… encore une belle page dans la légende !
Guenièvre – C'est pour ça que ça sent la viande partout dans le château depuis tout à l'heure ?
Arthur – Ouais, les cuistots ont un peu surcompensé…
Guenièvre promène un regard insistant sur Arthur, qui finit par le voir
Arthur – Quoi ?
Guenièvre – Vous avez maigri, non ?
Arthur – Ah vous croyez ?
Guenièvre – Mais oui.. ça vous va vraiment bien.
Arthur laisse échapper un sourire.
Arthur – Si ça peut vous faire plaisir…
Guenièvre (se rapprochant très, très près, posant son bras sur l'épaule d'Arthur) – Ça pour me faire plaisir…
Arthur (se dégageant vivement) – Qu'est-ce que vous faites ? Vous avez encore picolé ?
Guenièvre – Bah non ! J'ai juste bu un peu de la potion de Merlin, pour plus avoir faim, ce matin…
Arthur fronce les sourcils mais n'a pas le temps de demander quelle potion. La voix de Bohort, paniquée, retentit.
Bohort - Sire ! La salle de repos des archers est en feu !
Arhur – De quoi ? Mais qu'est-ce qu'il s'est passé, une attaque ?
Bohort – Non non Sire, ce sont nos hommes...
NOIR
Bohort - Ils ont voulu faire cuire des marrons.
