Et voilà le chapitre qui a fait passer mon recueil en M (plus sûr comme ça ^^) le lemon est annoncé, vous pouvez le sauter je pense que ça n'enlève rien à l'histoire. C'est mon premier, soyez indulgents *yeux de cocker*
La suite du dernier chapitre, bonne lecture ^^
Valse infernale (2/2)
La chambre n'était que peu éclairée, un feu couvait dans la cheminé, disposant une douce chaleur. Les nuits commençait à fraîchir mais la température dans la chambre était presque trop élevée. Ce n'était pas pour déplaire à Enoch.
Assis sur un tabouret, accoudé à la fenêtre, le diable surveillait la progression de l'aube. Le ciel pâlissait légèrement à l'horizon. D'ici deux heures et une vingtaine de minutes les serviteurs du manoir seraient debout, vacant à leurs occupations. Un mouvement fluide lui fit relever la tête tendit que deux bras l'enlaçaient fougueusement. Il se releva et se tourna face à la femme au cœur froid. Complètement dénudée et les bras passés derrière sa nuque, elle semblait prête à reprendre leur valse de tout à l'heure. Et en effet ils allaient danser, mais sur un tout autre rythme que celui de la soirée.
Un sourire mutin aux lèvres elle détourna la tête pour esquiver son baiser et se mettant sur la pointe des pieds, lui chuchota quelque chose à l'oreille. Le visage de l'homme se fendit d'une expression amusée qui se changea en surprise quand elle le poussa sur le lit aux couvertures richement brodées. Il s'échoua dans le tissu avec un bruit mat et avant qu'il ne puisse se redresser, elle se tenait agenouillée à califourchon sur son torse. Prenant appui sur le matelas à côté de sa tête, elle se pencha pour l'embrasser. L'échange fût plus passionnel, plus intense que tout ce qu'ils avaient partagés jusqu'à maintenant, presque violant. Mais ils avaient tout deux soif de cette violence à la base de toute union. Leurs lèvres ne s'étaient pas encore séparées qu'elle commença à le dévêtir, s'affairant sur sa poitrine. Il voulu se redresser pour l'aider mais elle le repoussa sèchement, le faisant retomber. Enoch laissa échapper un petit rire, contrairement à ce que beaucoup imaginait, qu'on lui résiste un peu ne lui déplaisait pas. C'était rare, et d'autant plus savoureux. Elle finit par lui retirer sa chemise, laissant ses doigts errer entre les plis que dessinaient ses muscles, s'attardant sur une cicatrice lui courant le flanc droit. Il la toucha elle aussi, remonta ses mains le long de ses cuisses jusqu'aux hanches, et de là, à la cambrure de ses reins. Le contraste entre sa peau brune et la sienne, immaculée, avait quelque chose de fascinant.
/!\ Lemon /!\
La femme redessina patiemment chaque muscle, chaque singularité du corps qui s'offrait sous elle. Les mains qui épousaient fermement son bassin la rendaient folle, elle avait l'impression de sentir ses propres entrailles s'échauffer au fur et à mesure qu'elle découvrait l'autre et l'imaginait en elle, ses mains l'étrennant fermement, ses lèvres cherchant les siennes dans l'obscurité. Ses pensées se lisaient-elles sur son visage ? Son partenaire affichait un sourire aussi moqueur qu'attendri. Elle n'aimait pas que l'on se joue d'elle. Elle n'aimait pas ne pas avoir de contrôle sur ses ressentis. Et plus que tout, elle n'aimait pas ce regard qu'il lui jetait, comme la mettant au défi de le surprendre. Pressentant une remarque amusée, elle le coupa en posant ses lèvres contre les siennes, mi-baiser mi-morsure. Puis, profitant de son inattention elle laissa sa main dériver vers l'aine, écartant le tissu qui la recouvrait et saisissant à pleine main ce qui ne demandait qu'à en sortir. L'homme rejeta la tête en arrière avec un sifflement de surprise et d'extase mêlées, interrompant l'échange qui lui avait servit de diversion. Elle afficha une expression vindicative, heureuse d'avoir enfin effacée l'éternel sourire orgueilleux des lèvres de son partenaire.
Sans attendre qu'il ne se remette de ses émotions elle commença à le caresser le long de cet endroit si sensible, l'effleurant du bout des doigts en un contact furtif d'une délicatesse sadique. Serrant les dents, Enoch lâcha ses hanches pour empoigner les draps à pleine main, se contrôlant plus vite qu'elle ne l'avait imaginé. A nouveau en mesure de la défier du regard et sans doute bientôt, d'afficher ce sourire si détestable. Elle se mordit la lèvre et le saisit avec une violence imprévue, obtenant un long râle de son amant. Puis, le tenant toujours fermement, poursuivit cette caresse appuyée jusqu'au bout du membre, le faisant se dresser complètement sous ce stimuli supplémentaire.
Elle ne sût combien de temps au juste elle fit durer ce petit jeu cruel, laissant glisser sa main le long de la peau, taquiner des zones toutes plus sensibles les unes que les autres avant de s'interrompre ou de ralentir la cadence des caresses juste avant qu'il ne parvienne à la délivrance, à la frontière de l'explosion salvatrice s'amusant des sursauts entre extase et frustration qui traversaient le corps sous elle, de ses geignements étouffés qu'elle parvenait parfois à lui arracher. Réduire quelqu'un à sa merci, le faire dépendre de son bon-vouloir de quelques caresses appuyées, à chaque fois que cette idée lui effleurait l'esprit, elle sentait ses entrailles se tordre et grouiller tel un feu lui dévorant le bas-ventre.
Son regard fiévreux, suintant d'un plaisir lubrique accrocha celui, appréciateur, d'Enoch il semblait s'illuminer d'une étrange lumière dorée, comme venue d'un autre monde. Alors, incapable de faire perdurer l'instant, elle se redressa pour lui permettre d'entrer en elle. Elle laissa échapper un profond soupire en retombant, entre douleur, plaisir sulfureux et soulagement sa tête basculant en arrière pour fixer le plafond. Elle ne remarqua pas que les mains du démon étaient revenues se poser sur ses hanches pour l'enfermer à nouveau dans cette délicieuse exiguïté. Les paupières closes, elle commença à mouvoir son bassin bientôt rejointe de son partenaire, venant à la rencontre de ses mouvements plus lents et puissants, soupirant d'aise chaque fois qu'elle le sentait taper en elle.
/!\ Fin du Lemon /!\
La valse pouvait reprendre, les rythmes se succéder, personne ne viendrait interrompre cette musique aux accents enivrant de fruit interdit.
Le jour s'était levé depuis une heure ou deux, les rues de la ville semblaient encore plongées dans une étrange léthargie, paralysée par la récente fraîcheur nocturne, une couche de givre ourlait les feuilles des arbres. Le souffle court, exhalant de petits nuages de vapeur, la jeune femme souriait. Elle souriait des émotions qui l'avaient traversées quelques heures plus tôt, de la précieuse histoire qu'elle avait écouté ensuite, de l'exaltation qui traversait son imaginaire à l'heure actuelle, mais pas seulement. Elle avait trouvé. Elle avait trouvé comment l'histoire de cet homme allait trouver son point final. La manière dont se finirait cette grandiose tragédie. Bien entendu, le principal obstacle avait résidé dans les relations de l'homme : jamais sa disparition ne serait passé inaperçue. Mais aussi et surtout dans la vérité universelle comme quoi il est plus facile d'étrangler un enfant d'une dizaine d'année qu'un homme en pleine force de l'âge. Finalement, Enoch lui-même lui avait inconsciemment soufflé la solution alors qu'après l'acte elle se dépêchait d'aller se nettoyer. Amusé de son empressement, il l'avait rassuré sur ses chances quasiment nulles de tomber enceinte. Elle s'était souvenue de ses yeux dorés et de ses crocs qu'il avait laissé transparaître durant leur union et avait murmuré presque sans y penser:
« -Tu n'es pas humain, n'est-ce-pas ? »
Cela expliquait en grande partie l'atmosphère qu'il renvoyait et le comportement comme manipulé de son entourage, les oreilles légèrement pointues qu'il dissimulait sous ses longs cheveux noirs. Sans-douté était-il un elfe ou une quelconque créature magique venue du continent. Les Églises avaient de l'influence dans la ville même le Roi ne pouvait se permettre d'entrer en conflit avec leur mission de purification, elle se mordit la lèvre pour refréner son sourire et s'apprêta afin d'aller quetter l'aide de la garde inquisitoriale.
Les bûchers se faisaient rares en ville et nul doute qu'un change-forme non-humain les intéresserait grandement en matière de combustible.
Elle patienta un long moment à l'entrée de ses appartements après que les cinq gardes de l'Inquisition y ait pénétré Elle entendit des menaces, des éclats de voix, des cris puis très vite, plus rien. L'avaient-ils tué? Elle se le demandait avec inquiétude, frottant ses mains l'une contre l'autre avec nervosité. Ce serait un incommensurable gâchis. Elle commençait à regretter sa décision quand la porte s'entrebâilla légèrement sans que personne n'apparaisse. N'y tenant plus et malgré la peur qui commençait à poindre en elle, elle entra dans la pièce.
Ce qui la frappa dés la première seconde ne fût ni l'odeur de tissu carbonisé qui emplissait l'air ni les corps des gardes à terre qui semblaient s'être entre-tués. Non. De prime abord ce fût comme si ses sens avaient cessés de fonctionné, elle ne ressentait plus rien, qu'une intense terreur qui lui interdisait tout mouvement, toute pensée cohérente. Puis seulement après un temps d'adaptation, elle remarqua l'insoutenable tension qui régnait dans l'espace confiné de sa chambre, une chose intangible et éthérée qui alourdissait l'atmosphère, semblable à la pression générale qui règne juste avant que ne crève un gigantesque orage, mais démultiplié. En trois mots : une tension insupportable. La voix d'Enoch résonna de nulle part, porté par un étrange écho :
« -Les humains... sont des êtres prévisibles... »
Elle fit volte-face, fouillant les ténèbres sans y distinguer personne.
« -Aisément manipulable de surcroît. Vois comme il est facile de monter les membres d'un group les uns contre les autres jusqu'à l'Irréparable., le rire cruel retentit avec légèreté, comme si la situation ne l'avait pas incommodé, C'est peut-être dû à ma relation particulière avec la discorde, certes. »
Manquant de trébucher sur un cadavre, elle recula prudemment, cherchant un mur, le cœur battant. Depuis-quand sa chambre était-elle si sombre ?
« -Une chose en entraînant une autre, quant de simples humains sont en mesure de me surprendre, leurs Valeurs sont rarement alignées avec celles de leurs semblables. Se sont des criminels... et des menteurs... »
Les derniers mots avaient été susurrés à son oreille mais aussitôt elle se libéra du charme et se retourna, armée du fin stylet qu'elle cachait toujours dans sa manche. Deux mains à la peau brune interceptèrent ses poignets, interrompant net l'attaque et l'empêchant de se dégager, si brutalement qu'elle laissa échapper un cris de douleur et laissa son arme lui échapper. Celle-ci rebondit à ses pieds mais elle n'y prêta pas la moindre attention, nez à nez avec le diable dont les yeux félins aux reflets d'or liquide scintillaient de malice. Malgré les hurlements de son instinct qui l'enjoignait à courir, s'éloigner le plus possible aussi vite que possible, elle ne pût que rester paralysée, contemplant sa mort sans oser se débattre ou même y songer. En même temps... Souhaitait-elle réellement se dégager pour commencer ?Elle allait mourir, oui, mais elle obtiendrait ainsi la fin qu'elle avait toujours désiré, qu'elle méritait ! Elle déglutit en s'apercevant que les yeux anormaux ne l'avaient pas quitté, la créature semblait pouvoir parcourir chaque parcelle de son esprit comme pour un livre ouvert et ce qu'elle y lisait semblait fortement l'amuser.
« -Petit être orgueilleux, orgueilleux petit être..., murmura-t-il, Que pourrais-je bien faire pour punir une chose si misérablement insignifiante. Si je te tue, je te donnes raison. Tu ne mérites pas cet honneur. »
La solution sembla lui venir. Il la plaqua violemment au mur par la gorge et alors qu'elle peinait pour respirer, posa un doigt sur son front. Un entrelac de runes ésotériques y apparu, tracé en surbrillance lumineuse en une langue oubliée de tous.
« -Voilà donc ton nom. »
Il posa sa main sur son front de manière à recouvrir les écritures, quand il la retira, ils s'étaient volatilisés. A la place, il grava du bout de son ongle effilé quelque chose de différent mais dans la même écriture. Puis il admira son œuvre dégoulinante de sang, commentant :
« -Et voici le mien. »
La jeune femme avait cessé de se débattre, ses longs cils papillonnaient faiblement, il la saisi par les cheveux pour la redresser :
« -Prononce-le. »
Acculée face à la situation et à cet être venu du fond des âges, elle ne put qu'obéir. Aussitôt, les runes gravées dans sa peau s'illuminèrent du même éclat que précédemment avent de se résorber, laissant une marque discrète semblable à une cicatrice au fer-rouge. Satisfait, il la lâcha. Elle s'effondra assise sans un cris, le regard complètement vide. La voix lui parvînt encore sans qu'elle n'en ressente aucune peur
« -Tu sera bientôt mort petit être. En attendant, je renie ton existence, ton nom, tout ce qui te rendait si fière... Profite-bien des années d'errance qui t'attendent. »
Une fois qu'il eut disparu, elle resta longtemps assise, apathique, sans éprouve de crainte particulière. Sans rien éprouver du sang coagulait lentement le long de ses joues, traçant des larmes qu'elle ne pourrait plus jamais verser. Quant les serviteur finirent par la retrouver quelques heures plus tard, elle n'avait pas bougé.
Un diable, quant il est assez puissant est en mesure de détacher une petite part de son esprit pour s'enchaîner une créature, il en fait par cet intermède ce que l'on nomme communément un « familier ». L'identité de l'être damé ayant été partiellement effacé au cours de l'opération, il est considéré sur le plan astral comme étant l'ombre de leur maître, littéralement une extension de leur âme.
La jeune femme, en plus de perdre toute affectivité se montra incapable de se souvenir de son nom. Et en fût de même pour son entourage, tous la reconnaissait comme quelqu'un de connu tout en se révélant incapable de la nommer. Le pire, c'était que le principale intéressé ne s'en inquiétait même pas. Ses capacités cognitives n'étaient pas entamées, elles s'en servaient pour former des réponses très cohérentes mais uniquement quand son entourage la sollicitait. Elle, en tant qu'individu, n'avait pas survécu à l'effacement de son nom.
Une âme humaine est trop fragile pour survivre à genre de traitement, le lien est principalement utilisé afin d'asservir un diable vaincu à un autre lui étant supérieur. En réaction, elle tomba gravement malade. Pendant des mois elle agonisa sans fin, son esprit se consumant sous la pression des voix, des idées, des images qui lui apparaissaient sans lui appartenir. Elle oscilla tout ce temps entre délires fiévreux peuplés de cauchemars morbides et phase plus calme où elle restait prostrée dans sa chambre, chuchotant parfois en une langue qu'elle était la seule à comprendre.
Les rumeurs circulaient vites dans ce royaume sous la coupe de l'Inquisition et bientôt, le père de la possédée craint pour sa vie. Il décida de la faire escorter hors de danger, jusqu'à leur résidence sur le continent. Une fois à bord du bateau, en pleine traversée, elle fût prise d'une telle crise et, comme en réponse, la mer se déchaîna tant que chacun crût y laisser la vie. Les choses se calmèrent sensiblement une fois parvenue à destination, son état de santé après avoir brutalement empiré s'améliora inexplicablement. Parmi tant d'autres éléments incompréhensibles, les cheveux de la jeune femme avait perdus leur couleur d'origine, ils avaient blanchis comme ceux d'une vieillarde de même que ses yeux qui affichaient maintenant la teinte du mercure liquide. Ses canines avaient poussées, acérées elles évoquaient celles d'un prédateur et posait problème dans la mesure ou elle se blessait souvent, se mordant la lèvre ou la langue involontairement. Pour ce qui était des changements plus... spirituels, il demeurait toujours cette insensibilité, ce désintérêt pour son entourage, trois ans maintenant depuis la fameuse nuit qu'elle n'avait plus écrit la moindre ligne de tragédie. Elle parlait encore aux voix dans sa tête mais au moins celle-ci semblaient-elles moins agressives envers elle qu'au début. Son comportement s'était grandement stabilisé avec son étrange maladie et dans l'ensemble, elle était presque plus facile à vivre pour son entourage. Elle n'affichait plus cette insupportable moue gentiment méprisante à l'égare de ses serviteurs et au moins, aucun assassinat de non-humain avait été recensé dans le village voisin.
En revanche, dieu qu'elle les mettait tous mal à l'aise ! Que ce soit de son regard reptilien ou de ce que elle seule semblait capable de voir et d'entendre, elle n'aurait jamais survécu à la chasse à l'Hérésie qui régnait dans sa ville natale. Elle serait passée pour une simple illuminée si ses hallucinations n'avaient pas parues si douloureusement liées à la réalité. Une fois, une paysanne montée au manoir effectuer sa livraison de lait croisa la possédée au détour d'un couloir. Celle-ci lui murmura sans s'arrêter ni la regarder qu'elle était « désolée pour sa mère ». Frissonnante, la fermière avait couru jusqu'au village pour y apprendre que celle qui lui avait donné la vie avait succombé à sa maladie en son absence. C'était toujours des mauvaises nouvelles que la jeune femme annonçait, murmuré avec désintérêt au détour d'un couloir. Des décès de proche, des maladies insoupçonnées, elle pouvait sentir juste en caressant le mufle d'une vache enceinte si son vêlage se solderait d'un douloureux échec. Ironiquement alors qu'elle n'y prenait plus aucun plaisir, elle savait mieux que personne prévenir les tragédie et quand on lui demandait d'où lui venait ses connaissances, elle répondait laconiquement que « les voix le lui avait appris ».
Bien qu'elle ne causa jamais aucun tord réel, les serviteurs ne purent s'empêcher d'être soulagés quand ils la trouvèrent disparu un beau matin et d'un commun accord, l'annoncèrent morte à sa famille restée de l'autre côté de la mer. En réalité, la jeune malade avait juste entendue les voix l'appeler et s'était contentée de les suivre, tout simplement. Elle marcha longtemps, tirant partie du corps infatigable qui lui avait été imposé. A chacun de ses pas, c'était un lambeau de son ancienne existence qui s'arrachait à elle, un lambeau de son apparence humaine aussi son existence, son nom, tout ce qui la rendait si fière... tout était en train de se consumer lentement. Tout ce qu'elle était et avait rêvé d'être. Quand elle se trouva enfin là où elle était persuadée devoir être, elle n'avait plus rien d'une humaine, si il y avait eu un témoin quelconque en ces terres éloignées, il se serait bien trouvé en peine de la décrire. Elle n'avait plus rien d'une entité propre non-plus, l'essence démoniaque avait achevée de chasser tout ce qui l'avait construit un jour. Elle, ne s'inquiétait pas, tout lui semblait extrêmement clair, ses idées n'avait jamais semblé aussi organisées... en même temps... ce n'était plus vraiment les siennes. On l'avait appelé : elle était venue. Cette réaction binaire se passait très bien d'émotion.
Une éternité sembla s'écouler sans qu'elle ne bouge ou ne ressente le besoin de faire fonctionner son métabolisme. Sans qu'elle ne vieillisse seulement. Les paupières closent, elle était entièrement concentrées sur les ressentis de « l' autre », la majeure partie de son âme. Cette vision devînt de plus en plus clair au fil des jour, au fil des années. Le lien finissait de se nouer.
Elle ouvrit les yeux.
« -Tu aurais dû mourir. »
Enoch se tenait face à elle, dans cette même apparence qu'elle lui connaissait. Elle le dévisagea longuement sans éprouver de crainte particulière, depuis quand une ombre doit-elle craindre son propriétaire ? Le diable semblait un peu perturbé de cette connexion nouvelle créée avec un être jugé inférieur. Il n'avait pas l'habitude de ce pacte et l'avait utilisé sur un coup de tête, sachant qu'un humain ne pouvait y survivre. C'était impossible. Un familier humain, c'était impossible. Et pourtant... C'était comme s'il possédait deux corps, la situation était étrange mais pas aussi inconfortable qu'il l'avait craint. Il hésita :
« -Surprenante décidément... Tu devais posséder du sang de démon, ça m'apprendra à faire attention. »
Elle haussa les épaules et il ne pu s'empêcher de sourire. Puis, il lui tendit le stylet avec lequel elle avait tenté de le tuer en une autre époque, en un autre lieu. Il désirait vérifier quelque chose.
« -Tu pourrais mourir... ce serait une fin digne de toi. »
La jeune femme saisit l'arme et l'examina une seconde -toute bonne histoire se devait de finir par un suicide- avant de le lui rendre, prononçant ses premiers paroles conscientes en démonique :
« -Ce n'est pas à elle d'en décider. »
« Elle », « moi »... elle ne savait plus vraiment. Son concept même de l'Identité vacillait dangereusement. Elle se leva, un peu maladroite, dans ce corps ayant autrefois appartenu à une femme au cœur froid mais revenant maintenant à Enoch. Son éternel sourire aux lèvres, celui-ci l'aida à tenir debout sur ses premiers pas, comme une enfant à qui il apprendrait à marcher, avant de murmurer, sachant qu'elle aurait entendue sa réflexion, même formulée en pensée :
« -Nous avons l'éternité pour danser désormais... »
