Le jour du déménagement était enfin arrivé.

Impatients d'en finir avec ce certes excitant mais néanmoins pénible événement, Marinette et Adrien avaient décidé de quitter leurs appartements respectifs le même jour, pour ce qui promettait d'être un moment d'un étonnant mélange de rigueur extrême et de joyeuse anarchie.

En effet, si Gabriel Agreste avait tenu à embaucher lui-même des déménageurs professionnels pour venir en aide à son précieux fils, Marinette avait préféré quant à elle faire appel à ses amis, dont l'application et le sérieux étaient loin de pouvoir concurrencer ceux du personnel employé par le célèbre styliste.


Après avoir passé une dernière nuit dans le « futur ancien appartement » de Marinette, comme cette dernière se plaisait désormais à l'appeler, Adrien s'était rapidement rendu chez lui pour y attendre les déménageurs, laissant la jeune femme au milieu des piles de cartons qu'ils avaient peu à peu assemblées au fil des semaines.

Les hommes employés par son père avaient fait preuve d'une ponctualité exemplaire, se présentant à la porte du « futur ancien appartement » d'Adrien à l'heure exacte qui avait été convenue.

Gabriel Agreste n'avait pas fait les choses à moitié, s'offrant les services les plus chers et les plus complets possibles. Son héritier n'avait rien d'autre à faire que d'indiquer distinctement aux déménageurs tout ce qu'il comptait emmener avec lui et tout ce qui resterait dans cet appartement que possédait toujours l'illustre Gabriel Agreste. Les hommes se chargeraient ensuite d'emballer, étiqueter et transporter tout ce qui était nécessaire, avant de tout déballer et installer dans le nouvel appartement d'Adrien, sans que ce dernier n'ait à bouger ne serait-ce que le petit doigt.

Après avoir donné quelques explications, Adrien observait désormais avec une certaine fascination le ballet parfaitement coordonné qui se déroulait sous ses yeux. Les hommes qu'avait engagé son père vidaient ses meubles de leur contenu dans les cartons qu'ils avaient emmenés avec eux, avant de sécuriser lesdits meubles avec l'aisance née d'une longue pratique. La penderie d'Adrien fut vidée à une vitesse impressionnante, tandis que l'immense lit du jeune homme se vit démonté en un temps record.

Sa colossale table de salon, les chaises qui lui étaient assorties et ses canapés resteraient ici, de même qu'une stricte et impressionnante commode dont le style serait bien plus adapté à sa sévère demeure d'enfance qu'à la chaleureuse atmosphère que sa compagne et lui souhaitaient créer. En revanche, Marinette avait fermement insisté pour qu'ils récupèrent sa gigantesque télévision, dont l'hallucinante taille serait idéale pour mettre en place de grandioses tournois de Mecha Ultima Strike IV – tournois qu'elle remporterait d'ailleurs sans nul doute haut la main, même si Adrien restait farouchement décidé à ne pas se laisser faire. Alors que les déménageurs poursuivaient leurs rapides allers-retours en direction de leur camion, les pensées du jeune homme s'envolèrent vers sa charmante compagne. A ce rythme, son propre appartement serait vidé bien plus rapidement que ce qu'ils avaient prévu, et il espérait vivement que tout se déroulait aussi bien pour la jeune femme.


Du côté de Marinette, les choses étaient loin d'être aussi simples.

Quand Adrien et elle avaient parlé de déménager, Nino et Alya s'étaient spontanément proposé pour les aider, ravis de pouvoir venir soutenir leurs meilleurs amis. A la joyeuse surprise de Marinette, les deux jeunes gens avaient rapidement été rejoints par Kim et Alix, qui bien que fraîchement rentrés de leurs tours du mondes respectifs, semblaient toujours déborder d'une inépuisable énergie.

La jeune femme avait préparé ce grand jour depuis de longues semaines.

Contrairement à Adrien, qui n'avait guère à se soucier de préparer le moindre carton, Marinette avait eu à vider chacun de ses placards, à emballer chacune de ses affaires, à enrouler chacun de ses objets précieux dans diverses couches de journal ou de tissu, afin que ses amis n'aient plus qu'à s'occuper du transport des meubles et boîtes qu'elle avait rassemblé. Afin de ne pas le traumatiser outre mesure ou de risquer qu'il prenne la fuite par une porte laissée malencontreusement ouverte, le petit Chat Noir avait été laissé en pension chez Alya depuis la veille. C'était sans nul doute la solution idéale, dans la mesure où la jeune journaliste était la cat-sitter habituelle du minuscule félin. Tous ces détails réglés, il ne restait plus à la jeune styliste en herbe qu'à déménager.

Une fois Adrien parti, Marinette s'était empressée de contacter ses amis, qui lui avaient pourtant assuré qu'ils arriveraient chez elle bien avant le départ de son compagnon. Ils avaient finalement sonné chez elle avec plus de trois quart d'heure de retard sur l'horaire prévu, ce dont la jeune femme ne put même pas leur tenir rigueur, dans la mesure où elle était elle-même loin d'être la ponctualité incarnée.

Mais à présent, Alya, Nino, Kim et Alix étaient enfin là pour aider Marinette à transporter tous ses meubles et diverses affaires dans le camion de déménagement qu'elle avait loué pour le week-end, et ils s'attelaient à leur tâche avec ardeur et enthousiasme.

Peut-être même un peu trop d'enthousiasme.

Car Kim et Alix n'avaient pas pu résister à l'envie de se lancer un de leurs éternels défis.

L'impressionnant empilement de boîtes qu'avait à déménager Marinette représentait une occasion bien trop tentante de se lancer dans une épreuve de force, et rapidement, les deux jeunes gens se lancèrent d'amicales piques, chacun affirmant qu'il était capable de transporter plus de caisses d'un seul coup que l'autre. Certains des cartons de la pauvre Marinette avaient failli faire les frais de cette absurde compétition, et quand Kim failli chuter des escaliers en ayant voulu transporter une pile de boite dont la hauteur totale dépassait largement le sommet de sa tête, la jeune femme insista gentiment mais fermement pour que le transport de ses précieuses affaires s'effectue dans les limites du raisonnable.

- « Sincèrement, je n'aurais jamais cru que ton appartement puisse contenir tant de chose », gémit Alya en déposant un carton de plus à l'arrière du camion. « Tu auras vraiment besoin de tout ça ? »

- « Et encore, j'ai déjà vendu mon lit et mon canapé », soupira Marinette en rangeant à son tour sa précieuse machine à coudre dans le véhicule, avant de s'étirer machinalement pour soulager ses muscles endoloris. « Et ma table de salon est repartie chez mes parents. Sincèrement, j'ai vraiment essayé de faire du vide », affirma-t-elle tandis que sa meilleure amie lui jetait un regard sceptique.

- « Je te trouve mal placée pour critiquer Marinette », lança malicieusement Nino, qui arrivait avec deux gigantesques valises remplies à ras-bord de vêtements. « Tu as oublié ton déménagement à la fin de ta première année de fac ? Tu avais au moins trois fois plus de choses! »

- « Ce n'était pas pareil », protesta Alya avec un petit reniflement indigné. « La plupart de mes affaires ont aussi une valeur sentimentale. »

- « Ton porte-manteau en bois massif ? » commença Nino.

- « Souvenir de mon premier stage », répliqua immédiatement la jeune journaliste, un sourire amusé aux lèvres.

- « Cette espèce de chose en fonte qui pèse aussi lourd qu'un âne mort, et pour laquelle on a dû se mettre à quatre pour la porter ? », poursuivit le jeune homme.

- « C'est de l'Art », rétorqua Alya. « Et je te signale que je l'ai ramenée toute seule de Berlin. Ok, peut-être pas exactement toute seule », se reprit-elle alors que ses amis levaient dramatiquement les yeux au ciel, se rappelant avec exactitude des rocambolesques circonstances de l'arrivée dudit objet dans la capitale française.

- « Est-ce que c'est le moment de parler de tes DEUX tables de salon? », glissa Marinette avec un petit clin d'œil espiègle, profitant de cette pause bienvenue pour rattacher rapidement ses cheveux en une haute queue de cheval.

Avant qu'Alya ne puisse rétorquer quoi que ce soit, Kim et Alix firent leur apparition, transportant chacun trois cartons dont la taille leur bouchait presque la vue.

- « Hey, on déménage ou on tient un salon de thé ? », lança malicieusement Alix, alors que l'empilement de caisse commençait à tanguer dangereusement entre ses bras.

Se redressant vivement, Alya, Marinette et Nino s'empressèrent d'aider leurs deux amis à se débarrasser de leurs lourdes charges, avant de reprendre le chemin de l'appartement de la jeune femme pour le vider de ses dernières affaires.


Les derniers meubles et cartons furent diligemment descendus par les cinq amis, et quelques dizaines de minutes plus tard, Marinette se trouvait au volant du camion de location qu'elle avait réservé, faisant route vers son futur logement avec Nino et Alya à ses côtés. Kim et Alix la suivaient quant à eux de près, tous deux à bord d'une camionnette que le jeune homme avait empruntée à son père.

Marinette était d'ordinaire loin d'être une conductrice malhabile, mais piloter l'imposant véhicule de déménagement dans les rues de Paris s'avérait être une expérience qu'elle était loin de vouloir reproduire de sitôt. Jamais elle n'avait eu à manœuvrer un pareil engin, dont le poids et la taille n'avaient aucune commune mesure avec les voitures de ses parents ou d'Adrien qu'elle empruntait régulièrement. La distance de freinage était terriblement longue. Le moindre virage demandait une anticipation monstrueuse. Les longueurs et largeurs du véhicule étaient telles que la jeune femme visualisait extrêmement mal la place exacte qu'elle occupait, et elle roulait dans la crainte perpétuelle d'accrocher une autre voiture en mésestimant sa position.

Pour couronner le tout, le temps de réaction extrêmement lent du lourd camion lui valait le mécontentement des autres conducteurs, qui ne se privaient pas de lui faire savoir qu'ils auraient apprécié qu'elle avance plus vite.

Un énième coup de klaxon fit violemment sursauter Marinette qui laissa échapper un juron tout en cherchant le véhicule à l'origine de cette manifestation de colère.

- « Ohhh, je vais les tuer... » grinça-t-elle en jetant un coup d'œil assassin à son rétroviseur pour y apercevoir des Kim et Alix hilares, tandis qu'Alya et Nino lui jetaient des regards amusés.

- « Ne fait pas attention à eux », lui conseilla sa meilleure amie avec un petit sourire. « Ce sont de grands enfants. »

- « Si je rentre dans une voiture parce qu'ils m'ont fait peur, ça sera de leur faute », bougonna Marinette, tout en raffermissant sa prise sur le volant. « Je les laisserai se débrouiller avec les assurances. »

Alya ne put s'empêcher d'éclater de rire, tandis que le véhicule poursuivait sa laborieuse avancée dans les rues de Paris.


En dépit des craintes de Marinette, ils arrivèrent à destination sans encombre, et la jeune femme s'empressa de garer le véhicule dans la cour de l'immeuble. Les déménageurs professionnels engagés par Gabriel Agreste se trouvaient déjà sur place, déchargeant leur propre camion avec une efficacité impressionnante.

Mais malgré la rapidité dont ils faisaient preuve, les hommes employés par le célèbre styliste virent hélas certains de leurs efforts contrariés par l'arrivée intempestive de Marinette et de ses amis. Kim et Alix bloquèrent l'escalier durant de longues minutes alors qu'ils portaient un lourd meuble de télévision, trop occupés à se chamailler sur la meilleure façon de le tenir pour avancer correctement. Après l'avoir déposée en équilibre instable sur l'un des cartons qu'il transportait, Nino fit chuter l'une des lampes de chevet de Marinette dans l'escalier, manquant de peu d'assommer l'un des déménageurs. Adrien, venu en renfort de ses amis, donna involontairement un coup de pied dans une cale que l'un des hommes avait laissé pour permettre à la porte d'entrée de rester ouverte, faisant se refermer cette dernière au nez d'un des employés lourdement chargés.

Les déménageurs décidèrent finalement de prendre les choses en main, achevant de vider eux même le camion de Marinette. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, les véhicules contenant les affaires des deux jeunes gens avaient été déchargés et les affaires qu'ils contenaient montées dans l'appartement. Comme convenu dans leur contrat, les hommes employés par Gabriel Agreste avaient également méthodiquement rangé le contenu cartons d'Adrien, ne laissant plus au couple que ceux de Marinette à déballer. Leur tâche accomplie, ils s'éclipsèrent aussi rapidement qu'ils étaient arrivés, tandis que les six amis se réunissaient dans le salon pour décider de la suite à donner à leur journée.

Marinette fit rapidement visiter les lieux à Alix et Kim, qui contrairement à Nino et Alya, n'avaient pour l'instant guère eu l'occasion de venir voir son nouveau logement. Au bout de quelques minutes, ils furent rejoints par Adrien, qui proposa d'inviter tout leur petit groupe au restaurant en remerciement pour leur aide. Sa proposition fut accueillie avec enthousiasme, et les jeunes gens quittèrent bientôt l'appartement d'Adrien et de Marinette pour profiter d'un repas bien mérité.


Dans les jours qui suivirent, l'installation d'Adrien et de Marinette commença à prendre enfin forme. Tous deux avaient tout d'abord eu la surprise de constater qu'ils avaient grandement sous-estimé le nombre de chemises, pantalons et autres pièces de vêtements qui peuplaient les placards du jeune homme. Les déménageurs avaient consciencieusement installés ceux-ci dans la penderie de leur nouvelle chambre, mais les innombrables tenues de l'héritier de la famille Agreste prenaient tant de place que Marinette ne pouvait même plus ranger ne serait-ce qu'une robe. Le jeune homme effectua rapidement un drastique tri dans ses affaires, permettant ainsi à sa compagne de pouvoir enfin vider le contenu de ses valises.

Marinette avait également récupéré son petit chat, qui s'acclimatait à merveille à son nouvel environnement. La jeune femme avait un instant craint qu'il ne soit déstabilisé par son soudain changement de domicile, mais le minuscule félin semblait ravi de pouvoir jouer les explorateurs, et plus heureux encore d'être en contact avec une telle profusion de cartons vides. Dès qu'Adrien ou Marinette achevaient de désemplir la moindre caisse, ils avaient à peine le temps de quitter cette dernière des yeux quelques secondes qu'ils y retrouvaient déjà un petit Chat Noir, confortablement installé. C'en était à se demander si l'animal n'avait pas acquis un mystérieux don pour se téléporter dans le moindre carton vide, mais quoi qu'il en soit, le jeune félin semblait parfaitement heureux ainsi, et c'était le principal.


Très rapidement se posa également la question de meubler l'appartement. S'étant débarrassé des objets qu'ils ne trouvaient plus à leur goût, Marinette et Adrien n'avaient plus ni table de salon, ni chaise, ni canapé, et il devenait urgent de remédier à ce problème.

C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent à faire le tour des magasins à peine quelques jours après le déménagement, et ce fut pour Marinette l'occasion de découvrit que son compagnon formait une très dangereuse combinaison. Celle de quelqu'un n'ayant jamais eu le choix dans l'aménagement de son appartement, et ayant beaucoup, beaucoup trop d'argent à dépenser.

- «Chaton... », soupira-t-elle en secouant la tête avec incrédulité. « Tu te rends compte que ce canapé me coûterait presque une demi-année de salaire ? »

- « Mais il est teeeeeeeeellement confortable », geignit le jeune homme, tout en s'enfonçant avec délice dans les coussins du modèle d'exposition dudit canapé. « Sincèrement, tu devrais essayer, Princesse. Je n'ai jamais eu aussi peu envie de me lever de toute ma vie. Et ose me dire que ce n'est pas le plus beau canapé que tu aies jamais vu ! »

- « Il est superbe, je te l'accorde », acquiesça Marinette, un léger sourire aux lèvres. « Mais ! », reprit-elle en voyant Adrien lever vers elle des yeux emplis d'espoir. « Il est en cuir. »

- « Oui, je sais », répondit le jeune homme, haussant un sourcil intrigué. « C'est exactement pour ça qu'il est aussi parfait », poursuivit-il en passant amoureusement la main sur la douce matière.

- « Il est en cuir », répéta sa compagne, amusée. « Et j'ai un chat. Un adorable petit chat qui serait ravi de faire ses griffes sur ce superbe canapé. Je ne sais pas par quel miracle il a épargné les tiens quand tu nous as hébergés l'hiver dernier, mais je te rappelle qu'il a littéralement détruit celui d'Alya. »

Un « oh » muet se dessina sur les lèvres d'Adrien tandis que le jeune homme se rappelait brusquement des ravages dont pouvait être capable le minuscule félin. Tant de potentiel de destruction dans un si petit corps… Marinette avait raison. Ce superbe meuble ne ferait hélas guère le poids face aux griffes aiguisées de l'animal.

Adrien laissa échapper un lourd soupir, tout en s'extirpant péniblement du moelleux canapé.

- « Ce n'est pas Chat Noir que j'aurais dû l'appeler, mais Cataclysme », bougonna-t-il alors que sa compagne éclatait d'un rire cristallin.

- « Tu t'en remettras, mon chaton », le taquina-t-elle tout en glissant ses doigts entre les siens. « Allez, viens », poursuivit-elle. « J'en ai repéré quelques-uns en tissu qui seront certainement beaucoup plus résistants. Et avantage non négligeable : au vu de leur prix, leur disparition me fendra moins le cœur si jamais mon chat les réduit en charpie. »

- « Je te suis, ma Lady », murmura Adrien, tout en jetant un regard chargé de regrets au merveilleux canapé qu'il devait abandonner.

Marinette dû ensuite insister sur le fait que ce n'était pas parce qu'ils avaient suffisamment de place pour se le permettre qu'ils devaient prendre deux tables de salon, sous le simple prétexte que le jeune homme n'arrivait pas à se décider entre les différents modèles. Comme le cœur d'Adrien semblait être incapable de pencher en faveur de l'un ou de l'autre, Marinette lui suggéra de s'attacher à leur aspect fonctionnel pour fixer leur choix. L'une des deux tables était en effet dotée d'une rallonge qui procurerait un indéniable avantage en cas de nombreux invités, et ce détail non négligeable lui permit de remporter l'adhésion du jeune homme.

Le couple compléta ses achats avec l'acquisition de quelques chaises et étagères, ainsi que de plusieurs tabourets de bar, avant de se mettre d'accord avec le vendeur pour se faire livrer tous ces nouveaux meubles directement chez eux d'ici une quinzaine de jours.


Un mois plus tard, Marinette était confortablement installée sur son nouveau canapé en tissu – bon marché mais extrêmement moelleux, pour le plus grand plaisir d'Adrien. Elle regardait distraitement la télévision, tout en sirotant une boisson fraîche.

Contrairement à l'année précédente, l'été était d'une exquise douceur, les températures n'étant ni trop chaudes, ni trop froides, permettant aux parisiens de profiter de cette magnifique saison sans pour autant être étouffés par une implacable canicule. A la plus grande joie de la jeune femme, aujourd'hui n'avait pas fait exception à la règle. Il avait fait un temps absolument superbe et un immense ciel bleu avait paisiblement régné sur les toits de la capitale durant toute la journée.

Le soleil avait paresseusement amorcé sa descente quelques heures plus tôt, et il dardait à présent ses derniers rayons sur la ville avant de laisser place à la délicate fraîcheur de la nuit.

Un léger ronflement attira l'attention de la jeune femme, lui rappelant qu'elle n'était pas seule sur le canapé. Un sourire amusé se dessina sur les lèvres de Marinette, qui tendit doucement la main pour ébouriffer amoureusement les blonds cheveux de son compagnon. En dépit des incessantes chamailleries auxquelles Adrien et Chat Noir se livraient sans cesses, la jeune femme s'émerveillait souvent d'à quel point ils étaient parfois étonnamment semblables. La façon dont Adrien était lové sur le canapé, la tête appuyée contre le haut de sa cuisse, lui rappelait sans nul doute l'une des positions favorites qu'adoptait son félin adoré lors de ses innombrables siestes.

Alors que Marinette restait perdue dans la fascinante contemplation du visage de son compagnon endormi, une petite boule rouge voleta à travers la pièce pour se poser sur l'épaule de la jeune femme, avant de frotter affectueusement sa petite tête contre sa joue.

- « Coucou, Tikki », murmura Marinette, un large sourire aux lèvres, avant d'abandonner les cheveux d'Adrien pour gratter délicatement le sommet du crâne de la nouvelle arrivante, qui la remercia d'un doux pépiement.

Trois semaines plus tôt, son appartement s'était en effet doté de deux habitants supplémentaires, Adrien et elle ayant craqué pour un couple d'adorables perruches. L'une d'entre elle était d'un noir d'encre, plus sombre qu'une nuit sans lune, tandis que la seconde était d'un chatoyant plumage rouge, à l'exception de quelques plumes plus foncées sur le sommet de son crâne dont la disposition formait un cercle presque parfait.

Fidèle à son habitude, Adrien avait rapidement proposé de les baptiser Perruche 1 et Perruche 2, suggestion à laquelle Marinette avait opposé un ferme refus. Les deux jeunes gens avaient finalement décidé d'appeler la perruche noire Plagg, tandis que celle aux couleurs écarlates répondrait au doux nom de Tikki.

La jeune femme avait craint que la cohabitation avec Chat Noir ne s'avère difficile pour les deux nouveaux arrivants. Les présentations avaient été entourées d'un grand luxe de précautions, mais au grand soulagement de Marinette, son surprenant félin avait complètement accepté l'intrusion des oiseaux dans son petit monde. Les différents animaux cohabitaient à présent dans une relative harmonie, pour la plus grande joie de leurs propriétaires.

Adrien et Marinette avaient par la suite été surpris de voir à quel point le caractère des deux volatiles s'avérait bien plus marqué que ce qu'ils auraient cru. L'adorable Tikki était amicale avec tout le monde, tout en semblant cependant être particulièrement attachée à Marinette. Elle ne s'éloignait guère de la jeune femme, qui s'était habituée à être accueillie par d'affectueux gazouillement quand la minuscule perruche l'apercevait, ainsi qu'à voir une petite boule de plumes rouge voleter dans son champ de vision ou se poser sur ses épaules.

Si Tikki s'avérait être la plus adorable des petites choses duveteuses, se frottant affectueusement contre le moindre être vivant qui croisait son chemin, Plagg maintenait quant à lui une certaine distance avec son entourage. Marinette avait durant un temps cru qu'il s'agissait de timidité, mais Adrien était intimement convaincu que le petit oiseau noir se sentait infiniment supérieur à eux, et que cette attitude n'était que le reflet d'un égo aussi démesuré que l'animal était minuscule.

Sa conviction était étoffée par le fait évident que Plagg était loin d'être craintif. Il semblait s'être curieusement pris d'affection pour Chat Noir, dont il ne s'éloignait jamais très longtemps. Les deux animaux passaient le plus clair de leur temps à se chamailler gentiment, sans que leurs propriétaires ne sachent avec certitude s'il s'agissait d'un jeu entre eux, ou si c'était Plagg qui prenait un malin plaisir à taquiner le félin.

Car Chat Noir n'était pas la seule cible des facéties de la sombre perruche. Quand le caractériel volatile n'était pas avec le chat de Marinette, il se trouvait être inséparable d'Adrien. Le jeune homme ignorait pourquoi, mais Plagg semblait parfois trouver sa présence indispensable. Il voletait autour de lui, se posait à ses côtés, le suivait partout dans l'appartement, mais ne semblait pouvoir s'empêcher d'embêter régulièrement le jeune homme en lui donnant de légers coups de becs quand il ne prêtait pas assez attention à lui.

Cependant, dans le cœur du volatile, rien ne semblait pouvoir rivaliser avec les croûtes de fromage.

Plagg se ruait dessus dès qu'il en apercevait une, la dévorant avec une extraordinaire voracité. Marinette et Adrien trouvaient tous deux cette addiction plutôt étrange. En comparaison, la passion que semblait avoir développée Tikki pour les miettes de cookies leur paraissait bien plus logique. Néanmoins, ils finirent par s'accommoder de cette étrange attitude, et prirent l'habitude de garder de côté nombre de croûtes de fromage pour le difficile volatile.


Alors que Tikki s'était une fois de plus perchée sur l'épaule de Marinette, Plagg décida quant à lui de s'approcher d'Adrien, toujours endormi sur le canapé. Il atterri délicatement sur le sommet de son crâne, et avant que Marinette n'ait pu faire le moindre geste, il se saisit d'une des mèches blondes du jeune homme à l'aide de son bec avant de tirer vigoureusement dessus.

- « Hey ! » s'exclama Adrien, se redressant vivement tandis que le noir volatile s'envolait pour se poser au-dessus du frigo. « Plagg ! », protesta-t-il. « Encore toi ? Tu n'auras pas de fromage, espèce de glouton ! Tu en as déjà eu ce midi. »

- « On dirait que ce n'était pas assez », intervint Marinette en éclatant de rire.

- « Ce n'est pas une perruche, c'est un estomac avec des plumes », grommela son compagnon en se frottant machinalement la tête. « Si je l'écoutais, il mangerait du fromage toute la journée. »

Marinette étouffa un nouveau rire devant la mine contrariée du jeune homme, avant de se pencher vers lui pour déposer un léger baiser sur ses lèvres.

- « Courage, tu devrais réussir à prendre le dessus sur cette terrible créature », le taquina-t-elle.

Adrien laissa échapper un soupir faussement défaitiste, avant de glisser un bras autour de la taille de sa compagne pour l'attirer contre son torse. Il l'embrassa à son tour, puis son visage s'illumina d'un sourire espiègle. Avant que la jeune femme n'ait pu esquisser le moindre geste, Adrien bascula en arrière, s'étalant de tout son long sur le canapé en entrainant sa compagne avec lui.

Alors que Marinette ouvrait la bouche pour protester contre un aussi cavalier traitement, Adrien l'interrompit en scellant ses lèvres à l'aide des siennes. Les deux jeunes gens restèrent immobiles une fraction de seconde, avant qu'Adrien ne décide d'intensifier leur baiser. Il embrassa sa compagne lentement, langoureusement, fermant les yeux pour profiter des moindres sensations que lui procurait cette amoureuse étreinte. La chaleur du corps de Marinette, pressé contre le sien. L'odeur de sa peau, mêlée à la fragrance sucrée de son parfum. Les enivrantes caresses de sa langue contre la sienne.

Les mains d'Adrien couraient le long du dos de la jeune femme, grimpant jusqu'à ses omoplates, avant de descendre de nouveau jusqu'au creux de ses reins. Il ne put retenir un doux gémissement quand Marinette enfonça ses doigts dans ses cheveux, ses ongles effleurant délicatement la peau de son crâne tandis qu'elle continuait de l'embrasser avec ardeur.

Quand ils rompirent finalement leurs envoûtants baisers, Marinette s'écarta à peine d'Adrien, posant son front contre le sien pour plonger son regard d'un bleu de pierres précieuses dans les yeux émeraude du jeune homme. Serrée contre lui comme elle l'était, elle pouvait sentir les moindres battements de son cœur, dont le rythme épousait à la perfection celui du sien.

Et elle se sentait heureuse. Parfaitement, merveilleusement heureuse.

- « Tu te rends compte qu'il y a un an, on se connaissait à peine ? », murmura soudain Adrien, semblant partager les extatiques pensées de la jeune femme. « Et maintenant on habite ensemble. »

- « Oui », répondit Marinette à voix basse, un tendre sourire se dessinant sur son visage dont les joues avaient adorablement rougi. « J'ai du mal à réaliser tout ce qu'il s'est passé en à peine plus d'une douzaine de mois. »

Elle s'interrompit quelques secondes, le temps d'embrasser le jeune homme avec autant de légèreté que si la chair de ses lèvres avait été effleurée par une douce plume.

- « Je t'aime, chaton », lui glissa-t-elle, s'empourprant de plus belle. « Ça a été la plus belle année de ma vie. »

Les yeux d'Adrien étincelèrent de bonheur, puis le jeune homme s'empara de la main gauche de Marinette pour la porter à ses lèvres.

- « Pour moi aussi, ma Lady », chuchota-il contre sa peau, avant de déposer un aérien baiser sur son annulaire. « Et je pense que ce n'est que la première d'une longue série. »

Le regard de Marinette brillait à présent autant qu'une nuée d'étoiles. La jeune femme s'inclina de nouveau pour embrasser son compagnon avec ferveur, approuvant de tout son cœur ce tendre souhait.


* FIN *


Et voilà, c'est la fin :) (woaaa, ça me fait drôle de dire au revoir à cette fic...) . 30 chapitres, c'est un beau total pour ce qui était à l'origine sensé être le plus court des one-shots que j'ai jamais écrit :D !

J'espère que ce dernier chapitre vous a plu, histoire de bien faire les choses il doit faire le triple de la taille standard des chapitres de cette fic (trois chapitres en un xD ) !

J'ai vraiment adoré écrire cette histoire, et j'espère que vous avez pris autant de plaisir à la lire :) . A présent qu'elle est finie, n'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé du chapitre et de la fic en général, ça me fait toujours super plaisir d'avoir vos retours !

Merci énormément pour vos favs, vos follows, vos reviews et tous vos encouragements, sans lesquels cette fic aurait très certainement été bien plus courte. Et merci de m'avoir lue jusqu'ici ^^ . MERCI !

PS : Juste au cas où : le dernier baisemain d'Adrien donne un petit indice sur ses projets concernant les années à venir. La main et le doigt qu'il embrasse ne sont pas innocemment choisis... ;)