Disclaimer: Saint Seiya, ses personnages et son univers ne m'appartiennent pas.
Camus posa ses mains sur la rambarde, profitant de l'air encore tiède de la nuit. Le soleil se levait, sa lumière orangé projetée sur le côté des immeubles face au sien tranchait avec le bleu déjà azur du ciel. L'homme regarda en contre bas les premiers passants défiler dans les rues alors que le café un peu plus loin venait d'ouvrir. Il était encore tôt, bien plus tôt que ce qu'il avait l'habitude cependant il appréciait une fois de temps en temps se réveiller à l'aube. L'air frais s'engouffra sous son t-shirt gris et lui arracha un léger frisson. Si seulement cette brise pouvait continuer toute la journée, histoire que la chaleur soit à peu près tenable. Avec un léger soupire, il finit par quitter son balcon.
La boutique n'ouvrait qu'à 9h30, il lui restait donc devant lui deux longues heures. Le médium se dirigea vers sa cuisine sans prendre le temps d'allumer les lumières. Il ne fallait que très peu de temps pour se rendre à la boutique, 15 minutes tout au plus, il partait généralement vers 9h. Plus d'une heure pour se préparer était pour lui beaucoup beaucoup trop, ainsi ce jour là il aurait le temps de manger autre chose qu'une pomme en guise de petit déjeuner. Lui faire ingurgiter quelque chose de bon matin était souvent la croix et la bannière mais aussi le nouveau combat du créateur. Qu'est-ce que Camus pouvait dire ? Il faisait parti de ceux qui préférait savourer quelques minutes de plus de sommeil qu'un bon petit déjeuner. Au moins Milo lui le comprenait là-dessus ! Le verseau sourit, se rappelant ses années au Sanctuaire avec son meilleur ami. Le nombre de fois que Saga leur avait remonté les bretelles par rapport à ça… Et puis Milo qui avait essayait de mordre le gémeaux suite à ses remontrances. L'homme avait été un petit sauvageon dans son enfance ! Pas que Camus ai été mieux… Seulement lui il se contentait de donner des coups de pieds quand on tentait de l'attraper.
Sans même y réfléchir, le médium ouvrit une boite en métal et commença a verser le café moulu dans sa machine. Trois cuillères rases, pas une de plus pas une de moins, avant de refermer le pot et de le ranger à sa place habituelle. Il abaissa le clapet de sa machine avant de la lancer comme chaque matin. Sans perdre un instant, il se tourna vers l'un de ses placards au dessus du plan de travail et même sur la pointe des pieds tâtonna d'une main. Il n'aurait jamais dû demander un coup de main à Aldé' en emménageant. Ce qui était fait était fait… Le verseau parvenu finalement à attraper l'objet qu'il convoitait tant : un bocal de miel ambré. Satisfait, il posa le pot en verre sur son comptoir.
« Déjà levé ? »
Camus se tourna rapidement pour voir Hadès adossé au chambranle de la porte, les bras croisées et un sourire amusé. Ses yeux tombèrent sur le torse nu du dieu avant d'immédiatement détourner le regard vers la tasse qu'il était en train de sortir d'un autre placard.
« Je n'arrivais plus à dormir donc autant me lever.
- Hm…
- Et puis vous devriez être content : pour une fois que je déjeune... »
Hadès leva les yeux au ciel, son humain toujours fixé sur ce qu'il était en train de faire. C'est vrai, pour une fois que le verseau allait partir avec quelque chose dans le ventre il n'allait pas s'en plaindre ! Tant que le corps de Camus continuerait de mimer celui des humains, un minimum de nutrition lui serait nécessaire. Parfois, le créateur ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui serait arrivé si le médium avait été véritablement humain. Aurait-il fait plus attention à ses besoins ? Ou aurait-il finit à l'hôpital tous les quatre matins ? Peut être qu'au fond, c'était à cause de ça que Camus oubliait de prendre soin de sa santé : parce que son corps oubliait lui-même qu'il n'était pas humain. Ou alors il était seulement trop prit par ses pensées.
Hadès déplia les bras avant de s'avancer vers l'homme toujours debout devant son comptoir. Il était en train d'inspecter le fond de sa tasse, le lave-vaisselle commençant à faire des siennes depuis quelques jours. Avec attention, il passa un morceau de papier essuie-tout à l'intérieur. Concentré sur ce qu'il était en train de faire, Camus sursauta en sentant un bras autour de sa taille. Le créateur posa son menton au sommet de la tête de l'humain, fredonnant simplement alors que le medium reprit sans un mot son nettoyage de tasse. Hadès ferma les yeux, profitant de cet instant.
À l'extérieur, le monde était encore plongé dans un silence étrange parfois perturbé par une voiture qui passait ou un oiseau qui roucoulait. Lentement, la rue se remplirait de bruit mais pour l'instant elle était encore muette, baignée par la lumière pâle de la matinée. Camus était glacial entre ses bras, rien de véritablement nouveau cependant. Le créateur avait remarqué ses derniers temps que plus il faisait chaud, plus la peau du médium devenait froide. Il rouvrit les yeux, l'odeur du café flottant désormais dans la petite cuisine. Il vit son humain mettre une cuillère de miel au fond de sa tasse en porcelaine avant de refermer le bocal et le pousser un peu plus loin. C'était rare que Camus soit aussi matinal cependant ce jour là il paraissait parfaitement réveillé. Hadès ne l'avait même pas entendu se lever, il s'était juste éveillé seul dans la pénombre.
Le créateur enfouit son nez dans les cheveux turquoise du médium qui plutôt que de réagir continuait à préparer le petit déjeuner. Hadès était tactile, Camus avait amplement eut le temps de le remarquer ces derniers mois. Après tout, dès leurs premiers jours ensemble le dieu avait prit l'habitude de le prendre dans ses bras, de poses ses mains sur ses épaules. Il y eut bien un point où il fut terrifier à l'idée de toucher Camus, bloqué par cette impression farouche qu'il disparaitrait au moindre contacte. Cependant, ce matin là c'était totalement différent que dans le passé. Pas que Camus irait s'en plaindre. Non, au contraire ! Le dieu avait dû le sentir mais il s'était détendu entre ses bras, continuant sa routine sans même avoir besoin de lui demander de le lâcher. À la place, il laissa le touché du créateur le réconforter d'une manière qu'il avait si peu connu.
« Je vous fais chauffer de l'eau ? »
Il sentit l'être hocher de la tête sans pour autant retirer son visage de ses cheveux. Camus renifla amusé : finalement Hadès n'était peut être pas aussi matinal qu'il le prétendait. Sans attendre plus longtemps, l'homme tendit le bras et commença a remplir la bouilloire. Une fois au trois quart, il la reposa sur son socle blanc juste à côté de la machine à café et l'actionna. Puis, le médium se tourna enfin vers le créateur. Ce dernier, sentant Camus bouger, releva la tête et le lâcha pour poser ses mains sur le comptoir, ses bras de part et d'autre du médium.
Camus fit de même, s'appuyant sur la surface derrière lui tout en adressant un sourire en coin au créateur. Ses yeux bleus étaient encore ensommeillés, c'était tellement rare de le voir ainsi. Généralement le dieu était celui qui réveillait le verseau alors il pouvait bien profiter de voir l'entité dans cet état. Quand il le voyait comme ça, Camus avait beaucoup de mal de garder à l'esprit qu'il s'agissait de l'un des plus puissants des créateurs…
Peu à peu, la pièce s'était remplie du lumière pastelle propre à celle des matins d'été. Elle déposait sur la peau pourtant presque blanche du dieu un léger hâle doré qui lui donnait l'air d'être presque humain. Même emplis de fatigue, ses yeux restaient d'un bleu transcendant. Camus posa un main sur son torse avant de s'avancer pour se blottir entièrement contre lui. Le dieu ne perdit pas un instant pour l'embrasser de ses bras et enfouir de nouveau sa tête dans sa chevelure. Entre ses bras il sentit le médium se caler dans une position plus confortable, posant sa joue approximativement à l'endroit où se trouverait le coeur d'Hadès s'il avait été humain.
Le dieu était plus chaud que lui mais Camus se doutait que pratiquement tout sur Terre était d'une température supérieur à la sienne. Habituellement, il ne serait pas resté longtemps dans cette position tout d'abord à cause de la chaleur de l'été mais surtout parce qu'être ainsi serré lui donnait envie de vomir. Il n'avait jamais vraiment put l'expliquer, c'était comme ça. La plupart des contacts physiques avec d'autre êtres humains lui donnait envie de s'enfuir à l'autre bout de la Terre. Les rares à pouvoir le prendre dans ses bras étaient ceux en qui il avait une confiance absolu. Hadès en faisait partit. Le dieu était d'ailleurs peut être l'un des seuls à pouvoir toucher sa peau nue sans qu'il n'ai envie de pleurer. Alors dans les bras d'Hadès, il profita pleinement de cet instant qu'ils partageaient.
Hadès avait finit par relever le visage, préférant reposer son menton de nouveau sur la tête de l'homme. Il s'était mit à caresser les longs cheveux détachéd du médium et admirait comme à chaque fois le turquoise devenir rouge entre ses doigts. Il ne remarqua pas le voyant de la bouilloire clignotter derrière l'homme, bien trop intéressé par celui qui reposait contre lui. C'était… agréable. Lui qui avait connu la plus grande partie de son existence le vide du Néant, avoir Camus contre lui était un rêve. Et c'était si familier : comme s'il n'avait jamais été un créateur, comme s'il était un humain dans une cuisine un matin d'été. Rien, pas de guerre, pas de combat contre un ennemi invisible, pas de monde rempli de mort. Juste Camus et lui, l'un contre l'autre. Était-ce égoïste de vouloir plus ?
Éventuellement, Camus finit par se détourner de lui. Hadès se décala, reprenant le court de la matinée, ensemble cette fois. Pendant que Camus sortit l'une de ses nombreuses boites de thé, Hadès attrapa quelques fruits qu'il passa sous l'eau. L'homme mit dans une tasse d'un bleu passé un infuseur cylindrique rempli et versa l'eau encore fumante sur le métal. Le dieu, lui, commença à trancher deux pommes et une mangue en morceau avant de mettre le tout dans un saladier.
« Tu as encore beaucoup de retard sur tes potions ? »
Camus attrapa le pot de miel qu'il avait mit de côté et l'ouvrit sans attendre. Son cerveau enregistra vaguement à quel point le couvercle était collé au verre ainsi que le bruit du couteau en acier contre le plastique de la planche à découper.
« Je me suis bien avancé hier mais ça va me prendre une bonne partie de la journée... »
Le médium ouvrit un tiroir entre le dieu et lui d'une main pour en sortir une petite cuillère. Tout comme il l'avait fait pour lui, il mit un peu de miel ambré dans la tasse du dieu avant de refermer le pot et de le ranger cette fois dans le placard. Hadès, relevant les yeux au même moment et voyant l'homme sur la pointe des pieds, attrapa le pot dans ses mains avant le poser lui-même au fond du placard en bois.
« Pourquoi tes étagères sont-elles si hautes ?, soupira-t-il.
- C'est une longue histoire. »
Ça ne l'était absolument pas, il avait juste envie de savourer cette heure restante avec Hadès. Voyant que le dieu avait pratiquement finit de découper les fruits, Camus s'accroupit avant d'ouvrir le placard sous le lavabo. Il en sortit l'un de ses nombreux saladier en plastique qu'il posa à côté d'Hadès, non s'en pousser la porte du bout du pied. Le créateur le remercia vaguement en faisant glisser les aliments de sa planche au récipient. Une fois la planche à découper et le couteau dans le lavabo, Hadès attrapa sa salade de fruit pendant que Camus prit les deux tasses ainsi que deux bols. Ensemble et sans un mot, ils se rendirent jusqu'au salon, s'installant face à face sur la table.
Cette fois, les bruits de la ville leur parvenaient de manière diffuse : les rues s'emplissaient de pas et de voix alors qu'ils approchaient lentement les 8 heures. D'ailleurs il y avait plus de circulation qu'une trentaine de minutes auparavant lorsque Camus était venu profiter de l'air frais sur le balcon. Les immeubles, quant à eux, étaient en train de perdre cet orangé que le médium appréciait tant observer. Oui, la journée avait commencée. Sans un mot, il croqua dans un morceau de pomme alors qu'Hadès touillait vaguement son thé. Celui-ci était plongé dans ses pensées, ses yeux fixant un point quelconque du mur à côté de lui.
« Tu sais, Hadès posa son menton au creux de sa main, je crains vraiment ne jamais pouvoir m'habituer à la chaleur de l'été. »
Camus laissa ses yeux détailler le torse du dieu et il se demanda sincèrement si c'était une si mauvaise chose que ça. Il reprit un autre morceau de pomme, savourant le goût à la fois acide et sucré du fruit. Il laissa son regard tomber sur la coupelle devant lui puis joua du bout de sa cuillère avec un carré de mangue.
« Pour tout vous avouer, je vis ici depuis que je suis tout petit et je ne suis toujours pas habitué. »
Cette fois, Hadès tourna la tête vers lui. Il lâcha sa cuillère délicatement et vint poser sa main contre la porcelaine de sa tasse bleu. Ce fut une grave erreur : la chaleur qui en émanait lui brûlait pratiquement la peau…
« Pourtant tu es encore habillé toi. »
Camus toussa violemment en se sentant avaler de travers le morceau de fruit qu'il était en train de manger. Hadès, face à cette réaction, se contenta de siroter sa boisson avec un sourire satisfait pendant que l'homme continua de tousser alors que ses joues devenait rouge. Deuxième erreur : le thé était encore extrêmement chaud. Prêt à tout pour garder la face, surtout après avoir taquiné le verseau, il décida de faire semblant de ne pas s'être brûlé la langue.
Perséphone frissonna, resserrant sa lourde cape autour de ses épaules. Involontairement, elle jeta un regard derrière elle mais ne put voir que les flocons être emportés par le blizzard. Il n'y avait rien de plus que des cristaux agglomérés gobés par l'obscurité et le hurlant du vent dans ses oreilles. Courageusement, le créateur se redressa et se força à avancer avant qu'elle ne s'enfonce entièrement dans la neige.
Le froid ne pouvait tuer un dieu, rien ne le pouvait d'ailleurs cependant elle n'y était pas insensible pour autant. Son âme qui appartenait au printemps et à l'été haïssait les épaisses couches de gel et le froid mordant de l'hiver pourtant elle n'avait d'autre choix que de continuer à marcher. De plus, sa reine qui était à quelques mètres à peine devant elle semblait prête à disparaître derrière les rafales emplies de neige. Perséphone distinguait toujours la silhouette drapée de bronze et de doré mais plus elle avançait plus les teintes ternissaient.
Le créateur trébucha, la lanterne dans ses mains valdingua et menaça de tomber sur la neige encore fraîche. De minutes en minutes, leur route étaient de plus en plus compliquée. D'ailleurs, si ça n'avait été pour la determination d'Héra, ça ferait longtemps que Perséphone aurait cru qu'elles étaient perdues. La déesse pinça ses lèvres et se releva difficilement. Elle fit bien attention à la petit flamme dans l'armature de métal. La lueur était prête à s'éteindre, plongeant le créateur dans une obscurité total et avec peu de chance de se sortir de ce lieu maudit.
Jamais jusqu'à présent elle n'avait posé le pied ici, une part d'elle aurait préférée que ce ne soit jamais le cas d'ailleurs. Cependant, sa reine se posait des questions, des questions dont un seul être avait les réponses. Un être de malheur, maudit des dieux pour ses affronts. Un titan libéré de son châtiment qui continuait pourtant à hanter cette montagne comme si la captivité avait été tout ce qu'il avait connu. Ou alors il s'était habitué à cet univers dur et glacial où la moindre couleur mourrait avant d'avoir atteint le sommet. Perséphone haïssait cet endroit avec passion. Elle haïssait cette épaisse couche de neige qui recouvrait tout, ces tempêtes qui entravaient sa vue et ces quelques malheureux rochers tranchant qui transperçaient ce tapis blanc.
« Nous y sommes ! », entendit-elle hurler sa reine.
Le créateur redoubla d'effort. Elle releva légèrement sa cape et avança à grands pas, sa main tremblante toujours refermée fermement autour de la poignée en laiton de sa lanterne. Perséphone se concentrait sur la figure droite de sa reine, ignorant la flamme vacillante qui éclairait à peine la neige de sa lumière chaude. Elle avait beau lutter contre le blizzard, la déesse mit cependant de très longues secondes avant de parvenir jusqu'à sa reine. Alors qu'elle arriva presque à son niveau, une violente rafale arracha sa capuche de ses cheveux et elle n'eut d'autre choix que de se masquer les yeux de sa main. Perséphone sentit alors le froid mordant s'engouffrer sous sa cape, lui arrachant un frisson. Elle espérait sincèrement que sa reine trouverait toutes les réponses à ses questions.
Héra se tenait à l'abris derrière une façade de roche à peine plus grande qu'elle. Elle avait posé sa propre lanterne sur une petite pierre plate où les vents violent ne pouvaient l'atteindre. La plus jeune déesse une fois arrivé à son niveau posa une main incertaine sur la surface sombre, manquant de peu de toucher un bloc de glace. Tout comme son ainée, elle posa sa lanterne avant de remettre sans capuche sur ses longs cheveux. Héra, elle, avait poussé sa propre cape sur l'une de ses épaules et était penchée. Elle cherchait dans une besace la précieuse offrande qu'elle ferait au titan en échange de quelques informations.
« Êtes-vous sûr qu'il acceptera votre offre ?
- Probablement. Après tout, cela fait des millénaires que personne n'est venu lui rendre visite. Et puis, continua le créateur en sortant une pomme dorée, il a toujours adoré parler de ses précieux humains. »
Si Perséphone entendit une pointe d'amertume dans la voix, elle n'osa rien dire. Sa reine n'avait pas fait preuve de la moindre agressivité envers elle mais quelque chose en elle craignait toujours qu'il s'agisse d'une sorte de piège tordu. De toute manière, la plus jeune déesse était bloquée : s'il avait refusée, alors qui sait ce qui serait advenue d'elle. Alors elle voulut croire en la bonne foie de reine, aussi nouvellement trouvée était-elle. Pour l'instant, rien ne laisse entendre de la part d'Héra une quelconque tromperie contre elle.
« J'ignore si tu as déjà eut l'occasion de le rencontrer.
- Non ma reine. » répondit Perséphone doucement.
Héra soupira en remettant son petit sac sur son épaule. Elle s'assura que sa cape la couvrait bien, qu'elle ne serait pas emportée par le vent avant d'attraper sa lanterne. Sans grand étonnement, elle sentit que le métal avait refroidit. Après tout, le mont Caucase n'était connu pour sa chaleur. S'il avait été dans le monde des humains, peut être que la montagne serait à l'heure actuelle couverte d'herbe vert et de fleurs blanches et roses. Derrière elle, elle entendit la jeune déesse attraper sa source de lumière et la suivre silencieusement. Leur marche aurait été alors bien plus simple et beaucoup moins terrifiante pour Perséphone. Seulement quel dieu irait piéger un criminel au coeur du monde des humains ? Il était normal, en tout cas d'après la plus grande partie des créateurs, que le titan purge ça peine dans un domaine où aucun homme ne pouvait pénétrer. Après tout, il avait suffisamment aidé les humains comme ça et ni Zeus, ni aucun autre dieu ne désirait être prit dans une nouvelle farce.
Le Mont Caucase existait déjà et son entrée avait été caché dans une chaine de montagne risqué pour tout humain à cette époque. Ironiquement, cette chaine porta le même nom que ce domaine maudit. Puis le titan fut délivré et contre toutes attentes, il resta ici. Dans le froid et l'obscurité, comme pour se moquer d'eux les olympiens.
« Prométhée ! », hurla Héra.
Une bourrasque emporta sa voix dans cette étendu blanche. Perséphone regarda comme elle le put autour d'elles, cherchant avec attention le moindre signe de mouvement. C'était un tel désordre. Le vent ne cessait de changer de direction, emportant dans son sillage des agglomérat de neige. Enfin Perséphone comprit, au coeur de ce désordre, ce qui la dérangeait tant avec ce lui. C'était la première fois pour elle qu'elle se sentait aussi petite et insignifiante, comme un enfant perdu dans une tempête. Le créateur frissonna : c'était terrifiant.
« Prométhée ! J'ai des questions pour toi ! »
La reine articulait, hurlant avec conviction. Perséphone la regardait crier, se dresser face aux vents violents comme si rien sur cette terre ne pouvait l'ébranler. Et elle ? Que faisait-elle à part trembler ? Ses yeux vert tendre tombèrent sur la faible lueur de la flamme qui continuait de brûler. Qu'avait-elle accompli depuis des millénaires ? Tellement peu de chose… Et dès que la déesse essayait d'avancer, elle faisait trois pas en arrière. Peut être que sa reine avait eut raison il y a de ça des années : peut être n'était-elle qu'une enfant naïve. Ce fut aussi la première fois que Perséphone regarda Héra avec admiration.
La reine brandissait sa lanterne dans le vent et la neige. Les flammes dansaient, prisonnières de leur prison de verre pourtant elles brillaient comme une étoile dans la nuit. Et Héra… Ses yeux reflétait cette determination et cette rage de réussir. Perséphone ne l'avait probablement pas remarqué mais il y avait derrière ce brasier toutes les épreuves que la déesse avait enduré. Toutes ses erreurs, ses déceptions et ses regrets. Tous ces pas, tous ce qu'elles haïssait en elle ressurgissait dans ses yeux.
« Prométhée ! Répond à mon appel ! » rugit-elle une dernière fois.
Il y eut une secousse, quelque chose de grave qui fit trembler la terre sous leur pied. Un changement profond. Si Héra parvint sans mal à garder l'équilibre Perséphone, elle, glapit de surprise et se rattrapa d'une main dans la neige. Elle n'eut le temps de se relever qu'une voix d'outre-tombe s'éleva dans l'air.
« Ah Héra… Tu n'as pas changée... »
La voix était roque, éraillé tel du métal rouillé mais pourtant elle ne portait pas la moindre trace d'animosité. Non, loin de là. Elle était amusée ? Émue peut-être ? La déesse ne parvint pas à le déterminée comme elle ne parvint pas non plus à déceler la moindre crainte sur le visage de son ainée. Perséphone se releva, attendant que le titan apparaisse mais rien. Seul la voix presque fantomatique les atteignaient à travers les ténèbres du Mont Caucase.
« Je vois que tu n'es pas seule.
- Si nous sommes ici Prométhée c'est que nous avons des questions. Des questions sur un humain. »
Un rire parvint du vide, sans la moindre trace de sarcasme ou de moquerie. Il venait de partout et nul part à la fois, emporté par les violentes bourrasques qui ne cessaient de changer de direction. Perséphone ne put s'empêcher de regarder derrière elle, attentive au moindre son qu'elle arrivait à percevoir à travers le blizzard. Où était le Titan exactement ? N'avait-il pas comme elles une forme ? Se dissimulaient-il derrière les voiles blancs de neige ? Peut être était-il en réalité à des lieux des déesses ou peut être était-il assez proche pour qu'elles n'aient qu'à tendre le bras.
Héra leva la pomme, sa main au dessus de sa tête. Elle la tenait fermement, peu troublé par le vent violent et continuant de fixer un point droit devant elle. Jamais Perséphone n'avait fait face à Prométhée. Elle avait entendu les histoires, connaissait les conséquences de ses actes et c'était tout. Dans le monde des dieux, il y avait beaucoup de non dit, des éléments cachés volontairement et détails omits. C'était tabou de le dire mais les créateurs avaient peurs, ce qu'ils craignaient le plus était de se reconnaître dans les visages des humains.
« Je t'apporte cette pomme d'or, Prométhée, en échange de réponse !
- J'ignore ce que tu cherches Héra, cependant pour être venu jusqu'en ces lieux cela doit avoir une certaine importance. »
Le sérieux dans le ton du titan fit frissonné Perséphone. Les mots, la diction lui rappela vaguement celle d'Hadès lorsque le dieu avait encore toute sa tête. Ce sens de familiarité, cette impression qu'elle n'avait pas eut depuis des siècles laissait le créateur vide. Dans cet endroit dangereux où même un dieu n'irait pas s'égarer, ce domaine perdu et oublié du ciel, Perséphone sentit sa poitrine se creusait. Elle ignorait avoir voulut un jour entendre de nouveau la voix d'Hadès, pas après ce qui était arrivé. Cette prise de conscience, pourquoi ne l'avait-elle pas eut dans la boutique ? Était-ce le choc ? Après tout, elle même avait eut du mal à réaliser qu'Hadès était bel et bien sortit du Néant. Ou peut-être était-ce tout simplement parce qu'il portait les traits et la voix de Camus.
« Cependant, continua la voix presque fantomatique du titan, je ne peux te dire si cette pomme suffira tant que tu ne m'as pas posé ta question.
- S'il elle ne suffit pas, reprit la reine sa main toujours tendu, pourras-tu au moins m'apporter quelques éléments ?
- Certes. »
Le vent soufflait toujours aussi fort pourtant Perséphone eut l'impression que quelque chose avait changé. Elles étaient toujours là, perdu au milieu de l'obscurité sans pouvoir apercevoir la moindre chose tangible à travers les rideaux de neiges. C'était étouffant, bruyant mais ô combien solennelle. La plus jeune déesse baissa quelque peu sa lanterne, fixant avec insistance la silhouette d'Héra. Ses yeux se posèrent sur sa main, celle qui détenait toujours la pomme doré. Elle tremblait. Le créateur s'en rendit alors compte : sa reine tremblait. C'était léger, bien assez pour être difficilement percevable perdu dans les mouvements incessant des flocons, mais c'était là.
« Prométhée, parle-moi de cet humain que l'on nomme Ganymède ! Celui née de la nymphe Callirrhoé et du roi Tros ! »
Il y eut pour seule réponse le claquement de leur capes prisent dans le vent et le hurlement du blizzard. Cependant Héra ne faillit pas, elle continuait de se tenir droite bien que frémissante. Elle avait fait tout ce chemin, la reine était déterminé à avoir des réponses aussi menues soient-elles.
« Que veux-tu savoir de Ganymède ? » demanda finalement le titan après un long silence.
Cette fois, il eut de la résignation dans sa voix. Il ne s'attendait pas à cette requête ou peut être au contraire s'y était-il attendu qu'on lui demande bien plus tôt. Peu importait finalement, tant que Héra pourrait obtenir ce qu'elle désirait. Elle n'avait pas décidé de ce voyage sur un coup de tête, elle y avait réfléchit de longues heures. De toutes les lubies de Zeus, Ganymède fut la plus longue et la plus dangereuse. Après tout, le prince avait été le seul être que son épous érigea en dieu. Le seul humain à qui ont offrit jeunesse et éternité. Et le premier des créateurs à disparaître sans laisser la moindre trace.
« Dis-moi ce qu'il y a de plus important à savoir sur lui. »
Elle avait hésité, elle le savait. Si ça ne tenait qu'à elle, Héra aurait demandé bien plus encore mais elle avait parfaitement conscience que la pomme entre ses mains, celle qui commençait à lui geler les doigts, ne serait pas assez. Le mont Caucase ne faisait preuve d'aucune pitié, il en était de même pour Prométhée. Jamais il ne dévoilerait le moindre éléments si l'échange n'était pas équitable. Qui aurait put lui en vouloir ? Après tout les créateurs avaient fait tant de mal à ces êtres pour qui le titan avait dévoué sa vie. Les dieux les avaient jugés sans être capable de prendre consciences de leur propre faille, sans pouvoir supporter de regarder leur propres défauts au travers de ses êtres d'argiles.
« Hélas, cette pomme ne suffirait pas. »
Stupéfaite, Héra faillit. Sans le vouloir, elle abaissa légèrement le bras comme si le fruit doré pesait soudainement bien trop lourd. Elle en avait été certaine : cette pomme aussi précieuse soit-elle n'aurait pas suffit à connaître le moindre des secrets de Ganymède. Pourtant l'objet aurait dû être assez pour au moins entendre ce qui l'importait le plus. La reine humecta ses lèvres, une centaines de pensées traversant son esprit. Le froid du vent et de la neige mordirent ses lèvres à peine humide alors qu'elle tenta de dire quelque chose, n'importe quoi. Si cette pomme ne suffisait pas, alors qui sait exactement les mystères qui entouraient le prince troyen.
« Cependant... »
Le créateur releva la tête, incertaine de savoir à quel moment son regard s'était posé sur le sol recouvert de neige. Héra redressa le bras et attendit que le titan reprenne de cette même voix grave.
« Je puis au moins te dévoiler un élément important à propos de Ganymède, une vérité que vous créateurs ne semblaient toujours pas avoir comprit. »
Perséphone s'approcha sans un bruit de sa reine, elle-même captivée par la possibilité d'en apprendre plus. Si les dieux désiraient savoir certaines choses sur un être humain, ils pouvaient tenter de soudoyer un des juges des Enfers pour obtenir des informations. Ou alors ils pouvaient entreprendre un périlleux voyage jusqu'au titan Prométhée, celui qui défia les créateurs au profit de l'Humanité. Le détenteur des secrets de leurs âmes. Le prix était élevé, tout comme le risque de s'égarer dans son domaine pour l'éternité et c'était pour ça que lorsque l'on cherchait Prométhée c'était que l'on cherchait des vérités ignorées même par les juges infernaux.
« Ganymède au yeux des humains est un être quelconque. Aux yeux des divinités, il est un idéal auquel on ne peut résister. »
Héra tressaillit, ses sourcils soudain froncés. Elle n'était pas en colère, pas plus qu'elle était déçue. Non, à la place ce fut l'inquiétude qui s'installa en elle. Baissant la main tout doucement, la déesse finit par laisser la pomme doré tomber à ses pieds. Prométhée ne se dévoilerait pas à elles.
« Que veux-tu dire titan ? Réponds-moi ! »
La boule qui se formait dans sa gorge aurait dû suffire à la faire taire pourtant elle trouva la force en elle pour parler. La reine voulait être certaine d'avoir bien comprit ce qui avait été dit. Elle ignorait si Perséphone avait saisit le sens des mots du titan, ils étaient explicites après tout… Mais ô combien cruels et fatalistes.
« Je veux dire Héra, que Ganymède est le plus sublime cadeau que les divinités auraient put désirer. »
À travers les écharpes de neige, dans l'obscurité, Perséphone perçu quelque chose. C'était à peine discernable, une ombre immense diluée parmi les ténèbres. La plus jeune déesse eut un soubresaut : depuis combien de temps était-il là, à les observer de si prêt ? Cet être démesuré dissimulé par les éléments, imposant et pourtant pratiquement invisible. Il n'y avait aucun doute qu'il était le maitre de ces lieux, que de son souffle le vent se levait et de sa voix le blizzard hurlait bien plus fort encore que leurs pensées.
« Cependant... », continua le titan en s'approchant.
Plus il avançait, plus sa carrure paraissait prête à les engloutir. D'une oeillade dérobée, Perséphone vit Héra recula d'un pas, puis d'un deuxième. Ainsi la reine ne l'avait pas remarqué non plus ? Une main s'approcha, comme déchirant le blizzard. Du bout de ses doigts, il attrapa la pomme ridiculement petit et la ramena vers lui. Le plus étonnant et sûrement le plus inquiétant était que peu importe la distance qui les séparait, Perséphone aurait dût être capable de voir son visage. Rien, rien même pas quelques mèches de cheveux. Juste une silhouette et l'obscurité tout aussi opaque que celle qui les entourait. Une divinité archaïque.
« Nous savons tous deux, Héra, ce que peuvent renfermer le plus beau des cadeaux. »
« J'en peux plus... »
Saga regarda son ami poser la tête sur la table en plastique, quelques de ses longs cheveux collés à son grand verre encore à moitié rempli. Le gémeaux prit son propre verre, profitant du froid sur sa main, avant de le porter à ses lèvres. Il suivit du regard par réflexe un inconnu qui passait entre les tables de la terrasse, son portable collé à son oreille et ses claquette émettant ce son si désagréable à chacun de ses pas. Milo avait un coup de soleil. C'était déjà extrêmement rare pour le grec d'en attraper un mais en plus de ça, c'était sur le nez.
« Tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu. »
L'homme plus âgé entendit son ami lui répondre d'un simple grognement et lui, incapable de rester plus longtemps impassible, cacha son large sourire derrière sa boisson. Lorsqu'il était enfant, chaque été, c'était Saga qui était désigné pour s'occuper de Milo et plus particulièrement de vérifier que celui-ci ai vraiment mit de la crème solaire. En soi, ça n'avait rien de très compliqué mais par moment, le petit scorpion était plus proche du gobelin que de l'enfant humain. Et puis il détallait à une de ses vitesses ! Il se souvenait encore de la fois où il avait du le bloquer dans un coin pour finalement parvenir à lui étaler un peu de crème sur les épaules…
Milo, remarquant le sourire amusé de son ami, se redressa légèrement. Il tira sur le col de sa chemise, priant pour un peu d'air frais. Le tissu bien qu'en coton lui collait à la peau. C'était tellement désagréable ! Sans parler de son visage qui le brûlait… Et puis les animaux avaient été infernaux ce jour là, probablement affecté par la chaleur. Par chance, ce n'était pas à lui de fermer la boutique ce soir.
« Pourquoi tu souris comme ça ?, demanda-t-il en attrapant sa boisson.
- Tu te souviens quand tu étais enfant ?
- Hm ?
- Tu étais le pire gosse dont j'ai du m'occuper. »
Milo s'étrangla avec son soda avant de tousser tout en tapotant sur sa poitrine sous le regard satisfait de Saga. Ça c'était une vengeance pour la fois où il l'avait mordu jusqu'au sang.
« Et Angelo ? Tu vas pas me dire que c'était un enfant de coeur !
- Angelo ne ma jamais fait courir deux heures dans le Sanctuaire parce qu'il refusait de mettre son t-shirt.
- Aphrodite alors ? Moi j'ai jamais coupé les cheveux de qui que ce soit !
- Non, tu t'es juste contenté de planquer Camus pendant trois jours et de lui donner des biscuits à manger.
- Pour ma défense il venait juste d'arriver et il était terrifié ! » bouda l'homme.
Le scorpion croisa les bras avant de s'enfoncer dans sa chaise. Il était encore convaincu de ne pas avoir été le pire mais maintenant qu'il y pensait, il avait tout fait pour rendre la vie de Saga compliquée. Une fois, il avait pratiquement fait flambé la cuisine avec Aiolia. Une autre il avait volé tout les pantalons du gémeaux avec Angelo. Il y eut même un jour où il réussit à embarquer Mü dans ses histoires et ensemble, ils étaient parvenu à perdre Saga dans les rues de Rodorio. Ah la punition qu'ils avaient eut ce jour là ! Il s'en rappelait encore !
« Ok, je crois que je commence à comprendre ce que tu veux dire... »
Saga eut un sourire de vainqueur en remarquant l'air frustré du scorpion. La créativité dont il avait fait preuve enfant pour l'emmerder était véritablement impressionnante cependant… même s'il avait été dur à gérer, ça n'avait pas été un méchant gamin. Le gémeaux se pencha au dessus de la table et d'une main ébouriffa les cheveux indigo de son ami. À ce geste, Milo releva les yeux vers lui, curieux. Saga le regardait avec bienveillance, sa main toujours entre ses mèches bouclés.
« Ne fais pas cette tête là, au moins tu mettais un peu d'ambiance au Sanctuaire. »
Pour la première fois depuis le début de l'après-midi, Milo fut heureux d'avoir prit ce coup de soleil. Sans lui, ses joues serraient probablement devenues rouge vir. Ce dont il ne se doutait pas cependant, coup de soleil ou non, c'était que ses oreilles, elles, avaient décidées de prendre une charmante pivoine que rien et même pas l'épaisse chevelure de l'homme ne parvenait à dissimuler. Cette fois, Saga dû s'empêcher de rire : le scorpion était adorable lorsqu'il était dans tous ses états.
Saga n'était plus exactement sûr à quel moment il avait commencé à ressentir quelque chose pour Milo, particulièrement lorsqu'il se rappelait à quel point il avait été infernal avec lui. Il fallait croire que malgré ce que beaucoup pensaient, l'ainé des gémeaux était attiré par le type passionné bien que chaotique plutôt que sage et intelligent. Combien de fois Kanon l'avait-il taquiné à ce propos ? C'était d'ailleurs ironique venant de son jumeau qui lui même avait un faible pour les personnes froides et impassibles.
Malheureusement pour Milo Saga était par moment un vrai bourreau. Il avait très bien remarqué les sentiments que le scorpion avait à son égard et avait décidé de ne rien dire tant que l'homme ne s'était pas jeté à l'eau. Pourquoi ? Pour de multiples raisons. La principale étant qu'il se délectait à chaque fois de voir dans les yeux de Milo cette panique dès que Saga s'approchait de lui. Alors oui, c'était pas ce qu'il y avait de plus sympa de faire, faire mariner le scorpion mais encore une fois, il lui en avait vraiment fait voir de toutes les couleurs quand ils étaient plus jeunes.
« Au fond tu n'étais pas méchant, rajouta-t-il en ramenant sa main vers lui. Tu était vraiment une plaie mais je dois avouer que ta façon de défendre les autres était admirable pour un enfant. Tu étais même prêt à te faire punir le jour où Aiolia avait inondée l'une des salles de bains ! »
Milo posa ses deux mains sur son verre, cherchant comme il le pouvait un peu de fraîcheur. Ses yeux tombèrent sur les morceaux de glaçon qui flottait encore dans son soda orange
« C'était pas de sa faute… Il venait de perdre Aioros.
- Je sais Milo, je sais... »
Le scorpion se força à relever la tête, ne désirant pas repenser à ça aujourd'hui. À la place, il regarda le ciel encore bleu au dessus d'eux. La journée avait été longue et tout ce qu'il voulait c'était pouvoir se détendre un peu. Lorsqu'il avait vu Saga l'attendre devant la boutique, lui proposant d'aller boire un verre, il avait sauté sur l'occasion. C'était tout ce dont il avait besoin : un peu de répit. Demain, il devait faire l'ouverture, ce qui signifiait que ça allait être encore une fois à lui de promener les chiens… Milo reprit une gorgée de sa boisson, perdu dans ses pensées. Il sentit le goût sucrée ainsi que les bulles sur sa langue. Il n'allait pas se plaindre car il pourrait comme ce jour là profiter de sa soirée. Et puis il avait déjà prévu de passer la soirée avec Camus et les deux mini verseaux.
« Tu viens demain chez Camus ? »
Il vit du coin de l'oeil Saga hocher positivement de la tête, emportant dans son geste ses cheveux attachés en queue de cheval.
« Oui, il nous a invité avec Kanon. Normalement Angelo et Aphrodite devraient pouvoir venir.
- Ouai je sais… Y'a même une chance que Shaka soit là aussi. »
Saga passa se recula dans la chaise en plastique, les bras croisés et un sourire amusé.
« Tu vas pas lâcher le morceau, hein ?
- Jamais. »
Une autre chose qui impressionnait Saga : la haine sans borne qu'entretenait Milo pour Shaka. Le scorpion menait une vie qui lui plaisait, il l'avait déjà confié plusieurs fois au gémeaux, pourtant il ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine jalousie envers l'indien. Bien qu'il voulait donner l'impression qu'il en rajoutait, tout le monde autour de lui savait pertinemment qu'il était blessé. On se tournait toujours vers Shaka dès qu'il était question de voyance et ça le rendait fou. Pourtant, le scorpion était l'un des meilleurs divin qui puisse exister ! Mais comme rien ne lui venait en vision ou en rêve, beaucoup doutaient de la fiabilité de ses divinations. C'était injuste…
Saga regarda son ami avec attention. Milo venait de croiser ses bras derrière sa tête et avait les yeux fixés sur le ciel au dessus d'eux. Il n'avait pas l'air particulièrement en colère ou agacé, seulement plongé dans son petit monde. Le scorpion avait un véritable talent et il avait beau lui répéter, rien n'y faisait. Ce complexe qu'il avait envers Shaka n'avait pas lieu d'être mais essayer de lui faire comprendre relevait de l'impossible. C'était tellement frustrant… Le gémeaux avait rencontré beaucoup de monde tout au long de ses voyages. Son frère et lui en avaient vu passer des 'médiums' et des 'voyants' prétendant être les meilleurs dans leur domaine. Aucun d'entre eux n'étaient arrivés à la cheville du scorpion, ils en étaient très loin. Pour lui d'ailleurs, Shaka qu'extrêmement puissant, ne valait rien en voyance face à Milo. Après tout ses visions étaient certes précises mais surtout aléatoires. Le grec lui, s'il le désirait, pouvait en apprendre plus sur le futur n'importe qui avec quelques outils seulement.
Le gémeaux finit tranquillement sa boisson, profitant d'un léger courant d'air tiède.
« Tu as des nouvelles de Shura ? Maintenant que j'y pense ça fais deux jours que je l'ai pas vu.
- Pas vraiment… Il est le cadet de mes soucis. »
Milo renifla, amusé face au ton profondément agacé de son ami. Shura n'était pas un mauvais bougre, juste un peu énervant quand il avait une idée en tête. Saga n'avait pas particulièrement apprécié se faire hurler dessus ou d'être secoué dans tous les sens. Pourtant l'espagnol était généralement raisonnable… Quoi qu'il ai en tête, ça ne regardait pas le grec. Et puis il pouvait se les garder ses reflexions sur la façon de faire des jumeaux. Eux au moins obtenait des résultats.
« Tu es entrain de faire cette tête Saga…
- Quelle tête ?
- La même que moi quand je pense à Shaka. »
Au moins, Milo avait de l'auto-dérision. Il était vrai que Saga s'était mit à froncer les sourcils et faire la mou. Normalement, il n'était pas quelqu'un de si expressif que ça, sauf devant ses proches. Il n'était pas très dur de lire ses expressions non plus, il n'était pas Shaka ou Camus. Et puis avec toute la fatigue qu'il avait accumulé ses derniers jours…
« Tu sais, Kanon et moi on a vraiment aimé nous occuper de la boutique de Camus. Ça change des possessions !
- Tu m'étonnes, fit Milo en levant les sourcils. Et puis ça va, elle est bien placée sa boutique. Y'a un peu de monde à cette période mais rien d'impossible à gérer.
- Et toi ? Ça se passe bien à l'animalerie ?, Milo finit son verre à son tour en haussant les épaules.
- Je peux travailler avec des animaux donc ça me va. On a bien quelques clients un peu chiants mais c'est partout pareil. »
Saga lança un regard rapide au verre maintenant vide de son ami. Il n'avait pas particulièrement envie de rentrer maintenant et puis Kanon était encore fourré avec Angelo. Lui avait envie de rester un peu plus longtemps avec le scorpion, profiter de la soirée qui arrivait peu à peu.
« Ça te dis d'aller manger un morceau ? Je t'invite. »
Il n'eut pour seule réponse qu'un regard scintillant de joie.
Camus poussa sa porte de son épaule, passant une main dans ses cheveux pour une fois détachés. Misère… Pourquoi avait-il fallut que son élastique craque ? Il avait tellement tellement chaud. L'air de l'été était brûlant et ses cheveux collés à sa peau n'aidaient pas. Par chance, il était parvenu à trouver un peu de fraîcheur sur le chemin du retour en rasant les murs des bâtiments pour un peu d'ombre. C'était peu mais ça suffisait à l'homme pour ne pas s'évanouir sur la route jusqu'à chez lui.
« Hadès ! Je suis rentrée ! »
De son épaule il fit glisser son sac qui tomba dans un bruit étouffé, désormais abandonné près de la porte. Sans se tourner, il ferma le loquet de sa porte, savourant la fraicheur du métal entre ses doigts. De son autre main, l'humain se venta comme il le put. C'était étrange : Hadès ne lui avait pas répondu. Habituellement le créateur allait soit à sa rencontre dès qu'il rentrait du travail ou prenait au moins le temps de lui réponde. Cette fois rien, seulement les échos des bruits de la rue. Le verseau lâcha la poignée et s'avança jusqu'au salon, satisfait de sentir un courant d'air sur sa peau.
Ses yeux tombèrent sur Shura, bâillonné et attaché à une chaise juste à côté de sa télévision. Non loin, lui aussi sur l'une de ses chaises était assit Hadès, les bras croisées et une expression blasé, un gros paquet sur la table à côté de lui.
« Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Ça ? Un colis de ta mère.
- Je ne parlais absolument pas du carton et tu le sais… Pourquoi ma mère m'envoie un colis ? »
Shura se pencha en avant, furieux. Il était attaché et tout ce que Camus trouvait à dire c'était ça ? Il tenta de crier mais le morceau de tissus noir l'empêchait de produire le moindre son, comme si l'étoffe étouffait tout bruit sortant de sa bouche. Camus lui, soupira en portant l'une de ses mains à son front alors qu'Hadès haussa les épaules et détourna le regard. Il faisait chaud, il était fatigué et n'avait qu'une envie : une douche glacé.
La journée n'avait pas été si longue que ça pour le médium : il avait eut quelques clients curieux et avait passé la plupart de son temps à finaliser ses commandes de potions. Rien de bien compliqué, surtout pour lui pourtant il était tellement fatigué ce jour là… Il avait complètement oublié que Shura cherchait à le contacter. Bon, quand il y repensait il avait plutôt fait exprès d'ignorer tous les messages de l'espagnol. Maintenant il ne restait plus qu'à savoir comment et pourquoi Shura se retrouvait saucissonné sur l'une de ses chaises de salon.
« Tu peux m'expliquer ?, demanda-t-il agacé, désignant vaguement de la main l'homme attaché.
- Auto-défense. »
Camus haussa un sourcil, perplexe.
« Pardon ? »
Cette fois, ce fut au tour du créateur de soupirer. Hadès repoussa du bout de ses doigts une mèche de cheveux noire de devant ses yeux avant de regard son humain. Ah… Comment expliquer ? Comment lui dire qu'à la simple vu de l'homme à côté de lui, son instinct avait prit le pas sur sa raison et que l'instant d'après il était dans cette situation ? Camus n'avait pas l'air plus que ça en colère. Agacé, c'était une évidence mais en colère ? Non. Le médium avait juste croisé les bras et commencé à fixer le dieu avec ce regard qui le prévenait clairement d'être honnête. Hadès était convaincu que personne d'autre que le verseau aurait put faire preuve d'une telle défiance face à lui.
« C'est une longue histoire. »
Camus haussa un sourcil : ne lui avait-il pas lui-même dit la même chose dans la matinée ? Il s'en rappelait effectivement, seulement lui c'était à propos d'un placard et non d'un homme bâillonné dans son salon. Hadès avait toujours cette expression sur son visage, celle qui exprimait très clairement au verseau qu'il ne dirait rien de plus. Camus soupira donc encore une fois avant de s'approcher de l'espagnol.
« Bien… Tu as 5 minutes Shura pour m'expliquer ce qui s'est passé. Pas une de plus. »
Shura tenta encore une fois de crier mais rien. 5 minutes ? Il s'était fait attaqué lui ! Il pourrait au moins lui accorder un peu de clémence ! L'homme au cheveux vert se pencha encore en avant, comme pour exprimer son mécontentement. Camus se serait presque sentie coupable si l'homme n'avait pas détruit sa soirée le jour d'avant… et s'il ne connaissait pas aussi bien Shura. Qu'il soit ainsi attaché en faisait certes la victime mais le médium n'était pas sans ignorer qu'une fois le tissu noir retirer de sa bouche, il hurlerait à tout va et tenterait sans aucun doute de maudire Hadès. Camus se prépara alors mentalement tout en passant derrière son ami. Les deux mains sur les pans du bâillon, il envoya un dernier regard las à Hadès.
« Quoi qu'il va pouvoir se passer, garder en tête que c'est en très grande partie de votre faute.
- Je continue de soutenir avoir agit par pur auto-défense. »
Camus leva les yeux au ciel, faisant de son mieux pour ne pas sourire par amusement. Il aimait tant lorsque le dieu faisait preuve de sarcasme.
Aussitôt le tissu avait quitté les lèvres de Shura qu'un flot d'insultes se déversa. Camus n'était pas particulièrement doué en espagnol, il reconnu cependant quelques jurons et étonnamment, rien ne lui paraissait être dirigé envers Hadès. Ce n'était pas franchement comme si le dieu en avait quelque chose à faire. Non, ce dernier regardait l'espagnol, les bras croisés et un regard nullement impressionné.
« Shura. 5 mintues. »
Il vit son ami se redresser tout en serrant les mâchoires. C'était vrai, Camus l'avait effectivement prévenu qu'il aurait très peu de temps pour s'expliquer mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Par nature, il était quelqu'un de généralement calme mais dieu sait combien de temps il était resté sur cette chaise. Il inspira, tentant de se calmer le plus rapidement possible. Il sentit les mains glaciales du français près de ses poignets, s'affairant avec les liens qui le retenait.
« J'ai été attaqué.
- Auto-défense. » rappela Hadès pour la troisième fois d'une voix chantante.
Il sentit ses mains libres et les ramena immédiatement vers lui, passant ses doigts contre le plus douloureux de ses poignets. Rapidement Camus vint se placer de nouveau devant lui, les mains sur les hanches et un sourcil relevé.
« Certes, ça je l'avais bien comprit. Puis-je déjà savoir ce que tu fais ici ?
- J'avais besoin de te voir. Donc comme n'importe qu'elle personne sensée je suis venu te voir mais figure toi que tu as tenté de m'assassiner.
- Une personne sensée, Shura, abandonne lorsqu'on ne répond pas à la porte. » répondit du tac-au-tac le médium.
Shura préféra ne pas continuer là-dessus, pas franchement certain de vouloir faire la connaissance des escaliers de l'immeuble. Sans oser regarder l'homme dans les yeux, en partie à cause du ton dangereux qu'avait employé le verseau, l'espagnol ajouta :
« J'avais vraiment besoin de te voir.
- Pourquoi n'es-tu pas venu à la boutique ?, demanda Camus avec plus de sympathie.
- Tu as plus d'une heure de retard, rappela le dieu les bras toujours croisés. Pour sa défense il est arrivé à peu près à l'heure où tu rentres.
- Oui. Je voulais te parler en privé. »
La voix presque pathétique du son ami lui fit pratiquement de la peine. Pratiquement. Shura était quelqu'un de fière, ainsi que l'un des plus puissants mage noir sur cette planète. Le voir ainsi baisser les yeux étaient extrêmement rares, l'espagnol préférant mourir plutôt que d'être vu dans une telle position de faiblesse. Face à l'air misérable de l'homme, Camus se tourna vers Hadès tout en massant ses tempes.
« Pourquoi l'avoir attaché ? Ce n'est pas à vous qu'il aurait put faire le moindre mal.
- Non, cependant lorsque j'ai ouvert la porte il a commencé à hurler et j'ai paniqué. »
Le médium ne put s'empêcher de lâcher son visage et de lever les mains, paumes vers le haut, avec confusion. Paniqué ? Hadès ? C'était possible ? Ce fut au tour du dieu de soupirer cette fois, pinçant l'arrête de son nez. Il n'avait vraiment vraiment pas envie de lui expliquer à quel point la voix de l'homme était insupportable pour lui. En le voyant, il prit même peur que ce dernier ne se mette à chanter et avait fait la seule chose qui lui passa à l'esprit : le bâillonner. C'était pour le bien de tous.
« Ce n'est pas grave Camus…, finit par déclarer Shura. C'est de ma faute, je n'aurais pas dû me mettre à crier. »
Camus le regarda comme si une deuxième tête lui été poussé. C'était bien la première fois qu'il s'excusait de ses humeurs. Avait-il bien comprit ? Non, c'était impossible. Soit il s'était trompé, soit Shura avait d'autres attentions… Il comprit rapidement qu'il s'agissait de la deuxième option lorsque le sorcier releva la tête, ses yeux verts brûlants de détermination.
« Je n'aurais pas dû hurler sur le Diable ainsi. »
Silence.
« Pardon ? »
La voix du verseau était totalement vide. Le Diable ? Quel diable ? Il se tourna vers Hadès derrière lui, le dieu partageant son incrédulité. Il n'y avait pas de diable ici ! Se tournant de nouveau vers Shura, il vit les yeux de l'homme continuer à briller. Quoi que c'était mis en tête l'espagnol, il y croyait dur comme fer.
« Tu veux dire… Hadès ? », il pointa le créateur derrière lui de son pouce.
Shura détourna le regard, un sourire triomphant. Il était tellement fière de lui, incapable de constater l'étonnement des deux autres êtres dans la pièce.
« Je ne parles certainement pas de toi Camus ! »
À la voix ô combien suffisante de l'homme, le médium haussa un sourcil. Saga lui avait toujours répété de ne pas être trop dur avec les autres dans ses propos, de faire preuve de bienveillance. Il s'excusa auprès du gémeaux dans ses pensées, incapable à cet instant de regarder l'espagnol autrement que comme le dernier des idiots.
« Ok, ok. Très bien. D'accord… Tu peux m'expliquer exactement pour quel raison tu penses que cet personne ici, il désigna le dieu de ses deux mains, est le Diable ? »
Hadès n'avait même plus envie d'écouter à ce point. Il avait patiemment attendu son verseau toute la journée, s'occupant de chose à d'autre et à gauche, faisant bien attention au paquet qui avait été déposé plus tôt dans la matinée. Il n'avait eut qu'une seule envie : se détendre avec Camus. À la place il avait le droit à… ça. Il commençait à comprendre pourquoi l'être qui l'avait possédé avait tenté de décimer les hommes.
« C'est évident. Et puis Shion m'a dit que tu gardais une entité qui avait un lien avec le monde des morts ! »
Shura pouvait parfois faire preuve d'une simplicité déconcertante. Comment un homme si doué, quelqu'un de si intelligent pouvait tirer de telles conclusions ?… Était-ce pour cette raison qu'il avait finit à Catemaco, la ville des sorciers au Mexique ? Avait-il entendu une rumeur sur le diable vivant dans une grotte et s'était dit que le Mexique ça devait être pas si mal que ça ? Et après c'était pour Camus que les autres s'en faisait ?!
Avant même qu'il n'ai le temps d'exprimer de manière plus ou moins brutal ce qu'il pensait de cette histoire, Shura s'approcha d'Hadès avant de se mettre à genoux devant le dieu. Par réflexe, le créateur se recula dans sa chaise en envoyant des regards clairement paniqué à son humain. Il ne savait absolument pas ce qui se passait mais si l'homme s'approchait d'un centimètre de plus, il finirait en Enfers. Après tout, Camus n'était pas le seul à chérir son espace vital.
« Mon seigneur, j'ai attendu tout ma vie pour vous rencontrer.
- Shuuura... »
La voix de Camus était certes menaçante mais face à l'admiration que portait Shura pour le Diable, ça n'était rien. Celui-ci avait d'ailleurs baissé la tête en signe de profond respect. Hadès ne put cette fois s'empêcher de retrousser le nez et de froncer les sourcils, son dos désormais totalement collé au fond de sa chaise. Non. Non merci.
Lorsque que l'homme releva la tête vers lui, les yeux plus brillants que jamais.
« Pourquoi ne pas avoir répondu à mon appel ? Mes offrandes ne vous ont pas satisfaites ? »
Le plus étonnant chez l'espagnol, c'était cette façon qu'il avait de perdre sa dignité lorsqu'il était face à l'objet de ses désirs. Le fait que cette fois son obsession soit sur Hadès déplaisait très fortement à Camus. Non, ce n'était pas une question de jalousie mais plutôt de principe… Bon il devait bien avoir un peu de jalousie, quelque part entre la colère et la fatigue. Il espérait vraiment que dans quelques années, Shura repenserait à ce moment et se rappellerait à quel point il avait été ridicule.
« Non.
- Pourquoi alors ?, demanda l'homme avec un soudain désespoir dans sa voix.
- Parce que je ne suis pas le Diable. », répondit platement Hadès.
Le sourire de Shura tomba. Pas le Diable ? C'était impossible ! Il savait pertinemment que l'être n'était pas humain, c'était visible à des kilomètres pour lui. Est-ce qu'il lui mentait ? Peut être ne voulait-il pas qu'on découvre son identité. Son regard vert se posa sur Camus. Peut-être ne voulait-il rien dire devant le médium.
« Camus, sors.
- Tu rêves. »
Le verseau porta une main à son front, énervé. Ce que le sorcier pouvait être lourd quand il était comme ça... Le problème de Shura c'était que dans sa quête perpétuelle d'admiration il perdait le sens des réalités. Au fond, le médium l'appréciait. C'était une personne cultivé avec des raisonnements très interessant. Malheureusement, dès qu'il y avait quelqu'un qui l'intéressait dans les alentours, Shura devenait extrêmement compétitif, cassant et parfois même insultant.
« Je vais être très sincère avec toi... »
L'espagnol tourna la tête vers Hadès prêt à l'écouter des heures durant.
« Le Diable n'existe pas. »
Shura se redressa, choqué. Quoi ? Quoi ?! Non, là s'était vraiment un mensonge ! Hadès cependant releva la tête, contemplant le plafond au dessus d'eux.
« En faite, ce que les humains appellent Dieu n'existe pas non plus. À la place vous avec la pire raclure comme roi du ciel. »
Cette fois l'espagnol se releva, tremblant. Il ne voulait pas croire le moindre mot qui venait de sortir des lèvres de l'entité. Il ne pouvait pas les croire ! Les accepter, ça serait accepter des années perdues. Des mois complets de recherches, d'études et une très grosse sommes dépensée pour rien. Non, c'était totalement faux. Il refusait de croire que le Diable était une simple invention des Hommes.
« Alors les Enfers ? Le Paradis ?…, sa voix tremblait tout autant que lui.
- Ah. Ils existent. Excepté que ce qu'on pourrait appeler Paradis se trouve en Enfers.
- C'est vrai ?, entendit-il demander Camus avec étonnement.
- Oui, je pensais te l'avoir dit. »
Shura avait l'impression de vivre une expérience de déréalisation. Il était là, dans le salon de Camus mais en même temps son esprit s'était complètement détaché de la situation. S'il disait vrai, alors il avait poursuivit des chimères... Et pourquoi ? Par pur fierté ? Pour montrer aux autres de quoi il était capable ? Pour montrer à Saga qu'il serait bien plus que lui ? Parvenir à invoquer le Diable était la consécration des invocateurs comme des mages noirs.
L'homme entendit à peine la conversation qu'avait commencé Camus avec l'entité, ces deux là à peine troublé par sa présence. Pourtant il y avait tant de livres, tant de témoignages à ce sujet. Il avait rencontré tellement de personnes qui lui avaient juré avoir vu le Diable de leurs yeux. Ça aussi ce n'était que des mensonges ? Plus il restait là à penser, plus il eut le vertige. Éventuellement, il se balança sur ses jambes avant de pivoter sous le regard concerné de Camus.
« Shura ?… Ça va ?... »
Il ne répondit rien, passant à côté de son ami sans le regarder. Il avait besoin de sortir de là, de prendre du temps pour réfléchir. C'était sûr : l'entité lui mentait. L'un de ses plus gros défauts était de si facilement douter. Il pensait pourtant qu'après des années, il s'était enfin débarrassé de ce trait de sa personnalité ! L'être avait eut l'air tellement sincère, que ce soit dans ses yeux bleus ou dans sa voix grave. Non. Non. On lui mentait, il en était convaincu.
Camus entendit sa porte claquée. Il se tourna vers Hadès, toujours enfoncé dans sa chaise. Celui-ci haussa juste les épaules, incapable de vraiment comprendre ce qui venait de se passer.
« Eh bien… Je crois qu'il n'a pas très bien prit la nouvelle…
- Il cherchait des réponses, je lui en ai donné. »
Camus se pencha pour ramasser le tissu qui servit de bâillon. Sans un regard de plus, il le posa sur la chaise encore au milieu du salon.
« Il a passé une bonne partie de sa vie à tenter d'invoquer le Diable, je peux comprendre sa réaction.
- Ton ami a des passe-temps bien étrange. Pourquoi chercher à rentrer en contact avec une figure telle que le Diable ?, Camus haussa les épaules.
- Qui sait ? »
Le verseau passa une main sur sa nuque. Il était ami avec Shura, c'est vrai, mais il ne le connaissait pas aussi bien que Milo, les jumeaux ou encore d'Aphrodite. Il considérait même être plus proche qu'Angelo qu'il ne l'était de Shura ! Alors qui sait exactement ce qui lui passait par la tête ?
« Camus ? »
L'homme tourna la tête vers le créateur pour voir ce dernier, un air convaincu sur le visage.
« Laisse moi venir avec toi à la boutique demain. Je ne veux plus jamais revivre ça. »
Le médium pouffa de rire avant d'hausser les épaules. L'exaspération, c'était exactement ce que Shura pouvait créer chez les autres lorsqu'il s'emportait.
« Si vous y tenez tant que ça alors je n'ai aucune objection à faire. »
Mais qu'est-ce c'est que ça ? Un chapitre plus léger ? Et oui ! C'est possible ! Est-ce que ça va durer ? Je vais être sincère, je l'ignore.
J'ai eu beaucoup de mal à écrire ce chapitre, je ne vais pas le cacher. J'ai voulu inclure beaucoup trop d'informations d'un coup et ai eut l'impression qu'il n'y avait plus de moment pour vraiment se poser. C'est en grosse partie pour cette raison que ce chapitre est plus joyeux que le précédant. J'ai voulu beaucoup trop accélérer les choses ces derniers temps, histoire de faire avancer l'intrigue mais je ne vais pas vous le cacher : je n'en tirais aucun plaisir. J'ai conscience que certaines conversations peuvent paraître inutile dans cette histoire. Elles ne le sont en réalité pas : j'écris chaque chose pour une bonne raison. Et puis, j'aime écrire des conversations comme celle de Milo et de Saga dans ce chapitre donc...
Dans tous les cas, merci d'avoir lu ce chapitre, en espérant que ça vous ai plût ! Et au prochain chapitre : une grande soirée entre amis (qui tournera peut être bien, peut être mal) !
FuryFury : Merci pour ton commentaire ! Shura ou l'art et la manière de toujours se ramener au mauvais moment. Bon, après on peut dire qu'il a été plus ou moins punis, non ? Quant à ta théorie, je la trouve vraiment intéressante. Je te confirmerais seulement une chose : Zeus est un connard. (c'est pas moi qui le dit mais la mythologie)
Earwen de Sirfalas : Merci ! Ça se confirme pour du Saga/Milo mais pour ce qui est d'Aphrodite et Angelo, c'est un peu plus compliqué! Particulièrement quand Aphrodite est toujours en pleine crise existentielle. Et puis pour Hadès et Camus, je pense que ce chapitre répond à tes questions pour des moments mignons entre eux…
Hemere : Merci pour ton commentaire ! La scène avec Camus en train (d'essayer) de flirter avec Hadès est peut être une de celle que j'ai le plus aimé écrire. Particulièrement grâce à Shura qui est un personnage que j'aime en réalité énormément. Pour ce qui est de tes questions, quelques réponses devraient arriver assez rapidement !