Elle riait et criait en même temps, luttant pour reprendre son souffle. L'excitation s'était levée comme une tornade dans son ventre, et balayait tout sur son passage. Ses cheveux rentraient dans sa bouche et elle s'accrochait de toutes ses forces à Ron, les mains jointes autour de sa taille. Le ciel s'étendait tout autour d'eux, leur donnant l'impression qu'ils étaient seuls au monde.

Se tenir sur un balai n'était pas aussi insupportable qu'elle l'avait imaginé, même si le vent cinglait son visage et remplissait ses yeux de larmes glacées. Ça ne faisait que rendre la proximité qu'elle partageait avec Ron plus délicieuse, son corps étant la seule source de chaleur au milieu de tous ces courants froids.

Ce moment était incroyable. Elle ressentait tellement de choses en même temps et si fortement qu'elle avait l'impression que son cœur allait éclater. L'adrénaline, la vitesse, la peur, le vide et l'amour qu'elle éprouvait pour Ron se mélangeaient en elle si vivement qu'elle ne pouvait s'empêcher de crier de toutes ses forces, sa voix se perdant dans l'infini. Elle criait tout ce qui lui passait par la tête, des formules de maths et des insultes et des mots d'amour. Ce moment était incroyable, et il n'appartenait qu'à eux.

Les cheveux roux de Ron se détachaient nettement sur le ciel gris, et cette vision avait quelque chose de magique, qui lui donnait un coup au cœur chaque fois qu'elle détournait les yeux du sol, si loin au-dessous d'eux.

Il tournait de temps en temps la tête dans sa direction, se tordant le cou pour lui crier un "Ça va ?" qui se perdait dans le vide. Elle ne comprenait pas la question mais répondait d'une pression des mains sur son ventre en souriant de toutes ses dents.

Elle était si heureuse, à ce moment. Elle avait tout ce dont elle avait besoin. La liberté, la paix, et Ron. Voldemort était vaincu et elle pourrait reprendre ses études à la rentrée. Elle avait retrouvé ses parents et leur avait fait recouvrer leurs souvenirs. Harry ne portait plus un énorme fardeau sur les épaules, et il avait recommencé à sourire. Ils avaient survécu. Ils étaient vivants, et c'était la sensation la plus incroyable qui soit. Mais par-dessus tout, elle avait Ron. La guerre les avait réunis après les avoir séparés, et elle comptait bien rattraper le temps perdu en ne faisant rien d'autre que l'embrasser pendant au moins quelques années.

Bien sûr, tout n'était pas fini. Ils avaient un monde entier à soigner : Poudlard devait être reconstruit, les pertes devaient être acceptées, les âmes devaient être apaisées. Et elle comptait bien mettre tout son cœur à l'ouvrage, mais pas encore, pas tout de suite. A cet instant précis, il n'y avait rien d'autres qu'eux d'eux, deux petites âmes volant au milieu du ciel, une fille et le garçon qu'elle aimait.

Ce moment était incroyable, et il n'appartenait qu'à eux.