De quoi avons-nous l'air à l'heure de l'inventaire ?
Les chansons d'amour
Lily Evans claqua la porte de son taudis en soupirant. Et en fronçant les sourcils. L'odeur d'humidité et de pourriture qui régnait dans la cage d'escaliers aurait pu faire tourner la tête à quiconque n'aurait pas été habitué. Mais Lily vivait ici depuis deux ans maintenant. L'odeur ne la dérangeait plus. Elle ne la remarquait même plus. Presque plus.
Descendant les escaliers d'un pas lourd, elle jonglait avec son téléphone portable, ses écouteurs, son sac à main, son écharpe, le tout en essayant d'attacher la crinière rousse indomptable qui lui servait de chevelure. Il n'est donc pas étonnant qu'elle ne vit pas l'homme montait les marches quatre à quatre. Elle le percuta de plein fouet et vacilla en s'excusant, les doigts emmêlés dans un nœud de cheveux. L'homme tendit les bras pour la retenir au cas où elle déciderait de tomber. Elle n'en fit cependant rien, retrouvant rapidement son équilibre.
"Merci" lui murmura-t-elle avant de le détailler de la tête aux pieds, dans un coup d'œil exprès.
Une chose était sûre, il allait égayer sa morne journée. Il était rare de croiser des hommes aussi beaux, surtout dans un lieu aussi miteux. Très grand, il la dépassait bien qu'il soit deux marches en dessous d'elle et brun, les cheveux en bataille et humides, comme s'il revenait d'une marche sous la pluie. Ou plus précisément d'un footing, comprit-elle en remarquant son survêtement Nike gris clair et ses baskets légères qui avaient connu des jours meilleurs.
L'homme ne la dévisageait même pas. Il semblait presque exaspéré d'avoir été importuné de la sorte. Sans adresser un mot à Lily, il remit ses écouteurs blancs qui avaient chu dans la collision dans ses oreilles et la contourna sans un regard.
Lily ne s'en formalisa pas. Elle n'était pas le genre de filles devant lesquelles on tombait en pâmoison au premier coup d'œil. Il fallait vraiment apprendre à la connaître pour que sa beauté se révèle. Elle ricana légèrement en arrivant dans le hall de son immeuble.
"Ce que tu peux dire comme âneries" dit-elle à son attention, sans soucier d'être entendue par un quelconque passant alors qu'elle poussait la porte de son immeuble. Personne ne prenait jamais la peine de l'écouter de toutes manières. A son tour, elle enfonça ses écouteurs au plus profond de ses oreilles et enclencha la musique et c'est sur les premiers accords de "Human" de Of Monsters And Men qu'elle se rendit au travail.
oOo
La journée passa lentement, longuement, péniblement. Scanner des produits appartenant à des personnes qui vous traitent comme leur larbin était épuisant. Faire semblant d'être polie alors que dans sa tête, on leur a dit mille fois d'aller se faire foutre était usant. Ne pas relever toutes les petites piques humiliantes que lançaient tant les clients que les managers était lassant. Lily sortait toujours du supermarché le cœur lourd, la tête vide et l'âme sèche.
Tous les jours étaient comme cela mais aujourd'hui faisait exception. Pendant sa pause, alors qu'elle fumait dans la cour du magasin en sirotant son Coca Zéro, elle repensait à l'homme de ce matin. Ce que ça serait chouette de le recroiser en rentrant ce soir. Elle pourrait engager la conversation ce coup-ci, lui montrer que, si elle n'était pas la plus jolie, elle pouvait se montrer drôle. Elle se prit à fantasmer les yeux ouverts qu'elle l'ait marqué autant qu'il l'avait marqué, qu'il pensait à elle en ce moment précis et qu'il souhaitait la revoir.
"Je sais même pas où il habite!" se morigéna-t-elle à voix haute, en parlant à elle-même. De toutes façons, les gars qui déchargeaient les camions à proximité d'elle avaient l'habitude de l'entendre parler toute seule. Elle était persuadée qu'ils l'appelaient la Cinglée. Grand bien leur fasse. Elle avait pris cette habitude loufoque après avoir emménagé dans son trou à rat pour compenser le bruit de la solitude, du désespoir et des canalisations.
Elle jeta son mégot rougit dans le fond de boisson gazeuse de sa canette et retourna affronter la cohue de la fin d'après-midi. Elle finissait dans deux heures. Plus que pas grand-chose à tenir avant de retrouver... avant de rentrer dans son nid dou... avant de finir, quoi. Elle adressa un signe de la main fantasque aux camionneurs, histoire d'étoffer son personnage de folle et retourna à sa caisse sans oublier de passer son badge devant la pointeuse.
oOo
"Mais enfin, Mademoiselle, mettez-y un peu du vôtre ! Il ne faut pas avoir fait Maths sup maths spé pour annuler un article que je ne veux plus !"
Lily ne prit même pas la peine de répondre. Elle sera les dents en téléphonant à nouveau à la chef de caisse pour qu'elle vienne badger sur sa caisse afin d'annuler. Au bout de quinze sonneries, Magalie se décida enfin à répondre. Lily lui expliqua la situation d'un ton las. Le temps que Magalie arrive, la vieille n'avait pas cessé de pérorer. Une phrase sur deux avait pour but d'humilier Lily qui se contentait de la fixer d'un regard vide en lui répondant dans sa tête. Si elle n'avait pas eu autant besoin de ce boulot, elle l'aurait envoyée sur les roses depuis belle lurette.
"Ce ne doit pas être bien compliqué d'appuyer sur une touche, pourtant !" poursuivit la vieille dame endimanchée avec son rouge à lèvres qui lui avait bavé sur les dents. Lily essaya une dernière fois de lui expliquer qu'elle n'avait pas l'attribution pour effectuer cette tâche mais la vieille l'ignora. Rendant les armes, la jeune fille examina la file interminable qui attendait de se faire encaisser. Mon dieu, travailler le vendredi soir était une horreur. Les gamins hurlaient, les parents s'impatientaient, les jeunes chahutaient, les vieux râlaient... L'homme en costume cravate sombre derrière la vieille mégère commença à s'agacer à son tour. Lily le voyait claquait la langue et roulait des yeux. Déjà, il avait été exaspéré par la vieille parce qu'elle n'avait pas voulu le laisser passer alors qu'il n'avait qu'une bouteille de whisky et un paquet de cacahuètes alors que la chouette avait un chariot plein. Et maintenant, il était bloqué à cause d'elle.
"Bon, ça va aller maintenant, oui !" s'exclama-t-il après une énième tirade sur l'incompétence des jeunes de la vieille.
"Monsieur, je ne vous permets pas.
- Et moi, je ne vous permets pas d'insulter cette jeune fille alors que ce n'est pas sa faute si vous avez changé d'avis et que vous ne voulez plus de cette foutue nappe!"
La situation commençait sérieusement à s'envenimer et Lily commençait à s'affoler. Mais que faisait Magalie bon sang ! Seulement, quand on parle du loup, on en voit la queue. Et avant que la vieille et costard-cravate puissent s'étriper proprement, la manager arriva pour annuler l'article de la cliente en s'excusant pour l'attente. Lily put terminer son opération et encaissait la vieille dame désagréable. Celle-ci ne lui dit même pas au revoir quand elle évacua la caisse en trottinant derrière son chariot.
"Ca doit pas être facile tous les jours" fit remarquer Costard-cravate en tendant à Lily sa carte bleue pour régler ses achats.
"Comme vous dites" fit-elle avec un semblant de sourire fatigué.
"Merci, bonne soirée et bon courage surtout" la salua-t-il en récupérant ses commissions, son ticket de caisse et sa carte. Elle le regarda s'éloigner en soupirant. Du courage ? Ce n'était même plus du courage qu'il fallait, c'était la patience de Mère Thérésa et l'abnégation de Saint Philippe.
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Lily se laissa tomber sur son sofa bleu miteux au velours élimé, présent lorsqu'elle était entrée dans l'appartement sans prendre la peine d'enlever son manteau trempé de pluie, ni même de se déchausser. Le retour en bus, un vendredi soir pluvieux, avait achevé de la vider de ses dernières forces. Elle resta avachie quelques minutes en essayant de retrouver ses esprits puis elle se résigna à se relever. Elle quitta son écharpe et son manteau, puis ses bottes qui mériteraient d'être changées. En chaussettes, les cheveux rendus fous par l'humidité, elle alla se faire chauffer une tasse de café du côté de la cuisine. Enfin, de la cuisine. Du coin cuisine plutôt. Sur trois mètres de comptoir s'étalaient une petite plaque électrique avec deux feux qui chauffaient en prenant touuuuut leur temps, un micro-onde et une cafetière et un évier sur lequel séchaient une assiette, une fourchette, un verre et une tasse de la taille d'un chaudron. Lily saisit ce mug et le remplit à ras bord de café. La cafetière était d'ailleurs une de ses seules possessions récentes avec son ordinateur portable et son téléphone. Déjà que sa vie n'était pas rose tous les jours, alors sans bon café... Lily frissonna à cette perspective.
Elle mit sa tasse dans le four micro-ondes et la regarda tourner. Elle n'avait pas revu le sportif en rentrant chez elle. Elle avait espéré pourtant, en se disant que cela lui remonterait le moral après la journée de merde qu'elle avait passé. Mais non. Même ça, l'Univers ne voulait pas le lui accordait. Juste le croiser.
Quand le micro-onde sonna pour indiquer que le café était chaud, elle se saisit de sa tasse avec un délice non dissimulé. Faisant fi de la pluie, elle ouvrit sa fenêtre et posa la tasse sur le rebord puis elle retourna fouilla les poches de son manteau pour en extraire son paquet de cigarettes et son briquet. Elle revint à la fenêtre et alluma une tige de nicotine en tirant dessus comme si elle contenait son salut. Elle exhala lentement la fumée grise en regardant la pluie tomber.
"Encore un vendredi soir exaltant, yeah ! " murmura-t-elle, les yeux perdus dans la nuit. En vis-à-vis direct, un homme bedonnant regardait la télévision tandis que sa femme faisait manger leur gamin turbulent. Enervé, le gosse donna un coup dans son assiette de petits pois et celle-ci s'écrasa parterre, ce qui déclencha les hurlements hystériques de sa mère. Le père, à trois mètres d'eux, ne se retourna même pas. Il augmenta simplement le son de la télé.
Lily soupira en jetant son mégot du haut du quatrième étage. Elle s'inquiéta un instant qu'il tombe sur la tête de quelqu'un mais cela ne fut que de courte durée. Elle referma la fenêtre et tira les rideaux vert crasseux dessus. Posant sa tasse à moitié vide sur la table basse, elle se dirigea vers la petite chambre un peu moins déglinguée que le reste de l'appartement. Elle actionna l'interrupteur qui fit s'allumer une ampoule nue qui pendait du plafond, les fils apparents. Le lit était plus ou moins récent et le matelas était neuf, encore dans son plastique, quand elle avait emménagé. La table de nuit était bancale mais elle conservait son utilité. L'armoire, quant à elle, affichait quelques années au compteur, était plutôt petite et les portes grinçaient quand on les ouvrait. Mais pareil, elle remplissait son office et les quelques fringues qu'avait Lily tenait plus que largement dedans. Elle se déshabilla et jeta toutes ses fringues de la journée dans un coin de la chambre, ce qu'elle pourrait remettre sans avoir à laver dans le bas de l'armoire qui restait toujours ouvertes et le reste sous la fenêtre, sur un tas déjà conséquent de linge sale.
"Putain, il va falloir que je retourne dans cette laverie insalubre bientôt" râla Lily avant de rentrer dans la salle de bain qui ne valait guère mieux que le reste de l'immeuble. Le carrelage blanc était fendu, le sol gris en lino était taché et irrécupérable. Lily avait du passer presque deux litres de javel pour récurer le bac à douche et les toilettes en arrivant mais maintenant, malgré son aspect, elle sentait le propre. La pièce en elle-même restait petite et dégueulasse mais avec ses serviettes vert pomme et bleu pétrole, son verre à dent rose et son tapis de sol jaune, Lily était parvenue à insuffler un peu de gaieté dedans. Elle entra dans la douche en détachant ses cheveux et batailla, comme à chaque fois, pour fermer la paroi vitrée pour éviter que l'eau ne se répande partout. Elle espérait que l'immeuble serait dans un bon jour, qu'il lui dispenserait de l'eau chaude. Tiède au moins. Pas froide comme hier, tout mais pas ça. Elle tourna le robinet rouge à fond, le jet d'eau sur les pieds et pria. Encore et encore et encore. Au bout de deux minutes, il fût évident que l'eau chaude ne viendrait pas. Elle ne retint pas son cri de frustration ni ses petits couinements quand l'eau froide entra en contact avec ses omoplates. Elle se savonna en vitesse, un savon qui sentait la framboise, et se rinça tout aussi vite. Elle s'enroula ensuite dans une serviette et se mit à genoux devant le bac de douche pour se laver les cheveux. C'était moins dur de cette façon. Et l'eau froide faisant brillait les cheveux, c'était un mythe bien connu.
Quand elle eut fini, elle se précipita dans sa chambre. Elle jeta les serviettes qui lui entouraient le corps et les cheveux et passa un legging noir, un gros pull en laine blanc (qu'elle avait acheté au temps où elle pouvait encore se permettre de mettre cinquante pelles dans un pull) et de grosses chaussettes en laine, tricotées par feu sa grand-mère des années en arrière. Elle se frictionna ensuite les cheveux pour les sécher au maximum puisque son sèche-cheveux avait décidé de tirer sa révérence la semaine dernière et elle étendit les serviettes dans la salle de bains dans l'espoir vain qu'elles sèchent. Il n'y avait aucune aération dans la pièce si ce n'est une petite... pouvait-on appeler cela une fenêtre, ce petit truc en verre de vingt centimètres sur vingt en verre dépoli qui, lorsqu'on l'ouvrait, ne pouvait plus être refermé ?
Ne se formalisant même plus des désagréments du taudis dans lequel elle vivait depuis deux ans, elle retourna s'avachir sur son sofa en saisissant son ordinateur hyper design, hyper tendance, aussi rapide qu'une formule 1. C'était le dernier cadeau que ses parents lui avaient offert avant de mourir dans un stupide accident de voiture, pour marquer son entrée en Master. Ils étaient tellement fiers d'elle. Ils ne le seraient plus jamais.
Pour éviter que ses pensées s'attardent davantage sur les raisons de sa vie misérable, Lily rentra dans les paramètres du wifi et chercha un réseau ouvert. Quand elle en trouva un, elle pria pour que la connexion soit bonne, qu'elle puisse un peu surfer sur internet, histoire de se changer les idées avant d'aller se coucher.
"Oh, merci Dieu" souffla-t-elle quand elle capta le réseau sans fil à pleine puissance.
Elle regarda des vidéos de chatons mignons sur YouTube, une la fît même rire aux larmes. Elle passa ensuite sur les sites d'actualité puis sur les sites de voyage, pour se faire un peu rêver. Elle évita Facebook. Elle n'avait pas beaucoup (pas du tout?) d'amis et les connaissances qui constituaient son réseau semblaient prendre un malin plaisir à lui rappeler à quel point sa vie était misérable en postant des photos de voyages ou de soirées, des statuts concernant leur boulot pénible et leur patron chiant. Eux, au moins, avaient trouvé du taf à la fin de leurs études. Ils n'étaient pas obligés de subir le supplice de la caisse un vendredi soir. Du coup, pour éviter de se torturer davantage l'esprit et afin d'éviter de s'endormir avec la pensée qu'elle avait raté sa vie, Lily évitait tout type de réseaux sociaux. Elle n'avait besoin de personne pour lui dire qu'elle était une perdante. Elle le savait.
À vingt-trois heures, elle éteignit l'ordinateur et se prépara au coucher. Elle se brossa les dents en se regardant droit dans les yeux dans le miroir pour s'exhorter à tenir le coup, se rappeler que tout cela n'était que temporaire et qu'elle finirait par avoir la belle vie qu'elle désirait, que ses parents désiraient pour elle, que c'était simplement un contretemps, que c'était juste plus difficile que prévu. Puis elle se glissa dans ses draps, sans enlever son pull ni ses chaussettes (elle n'avait pas les moyens de payer le chauffage) non s'en s'être saisie de son portable et de ses écouteurs avant. Tandis qu'elle cherchait une chanson pour s'endormir ("she will be loved de Maroon 5 ferait très bien l'affaire, cette chanson résumant tout ce à quoi elle aspirait), elle entendit le bruit de la circulation, quatre étages plus bas, les pas de sa voisine du dessus qui ne quittait jamais ses talons aiguille, la télé du voisin d'en dessous. Elle sombra dans le sommeil, en serrant le deuxième oreiller contre elle, comme s'il s'agissait d'un être cher qui partagerait son lit et sa vie. Triste espoir mais espoir toujours.
oOo
Le samedi était une journée terrible, le dimanche encore plus. Elle avait beau se plaindre de son boulot médiocre, au moins, le reste de la semaine, Lily était occupée et avait une raison de sortir de chez elle. Le week-end était une autre paire de manches. Que voulez-vous faire quand vous avez à peine les moyens de payer vos factures et de vous acheter des pâtes ?
En général, le samedi était consacré à l'envoi de CV et de lettres de motivations à toutes les boites et cabinets du pays. Elle n'avait pas fait cinq ans de droit pour être caissière, à la fin. Mais cela n'était jamais fructueux. Au mieux, elle recevait des réponses négatives à base de bla bla bla, merci de vous intéresser à nous, bla bla, malheureusement, bla bla vous faites pas l'affaire. Découragée mais continuant de lutter, Lily se forçait malgré tout à répondre à une dizaine d'offres chaque semaine. Peut-être qu'un jour, sur un malentendu, quelqu'un lui donnerait la chance de faire ses preuves.
Elle était loin d'être idiote. Elle était même plutôt intelligente. D'ailleurs, c'était pour cette raison que la plupart de ses "amis" de fac avaient recherché sa compagnie. Parce qu'elle était d'une aide précieuse quand il s'agissait de préparer les devoirs et de réviser. Mais si tôt l'année finie, elle n'avait plus de nouvelles d'eux. Elle allait répondre à une annonce assez intéressante, bien qu'elle nécessite un déménagement en province, quand on toqua violement à sa porte. Elle sursauta si fort qu'elle faillit laisser tomber son ordinateur de ses genoux.
Tout en maugréant contre elle et contre le malotru qui essayait de défoncer sa porte, elle se dirigea vers la porte. Qui pouvait bien frapper chez elle à onze heures du matin un samedi ? Elle jeta un œil à travers le judas et ne rencontra que du noir. Ben voyons. Des petits cons avaient dû s'infiltrer dans l'immeuble cette nuit et taguaient la cage d'escaliers. Monnaie courante.
Craignant tout de même d'ouvrir sans savoir qui était devant sa porte, elle appela "OUI ?"
"Bonjour, je suis votre voisin. Je voulais savoir si vous aviez de l'électricité chez vous."
Bon. Lily tâta son chignon à la mords-moi-le-nœud et étudia sa tenue en vitesse. Elle était toujours en pyjama/tenue de maison. Tant pis. Elle ouvrit la porte pour répondre audit voisin et tomba sur le joggeur de la veille. Tiens, dans ses rêves éveillés, elle n'avait pas envisagé l'hypothèse qu'il puisse être son voisin direct et qu'il puisse un matin venir toquer à sa porte. Les cheveux toujours en bataille, il portait un survêtement bordeaux aujourd'hui et un T-shirt noir. Il était en chaussettes. Il lui sourit quand il l'aperçut.
"Bonjour" redit-il, en face cette fois. "Vous avez de l'électricité ? J'ai plus rien depuis deux heures et ça me rend fou. En plus, mon portable vient de me lâcher" fît-il en agitant un Iphone flambant neuf sous les yeux de Lily qui n'avait pas encore décroché un mot. "Je voulais appeler le proprio de ce taudis ou même un électricien mais là...
- C'est compromis" compléta enfin Lily avec un sourire.
Il hocha la tête en souriant. Il prenait plutôt bien sa situation. Lily, à sa place, serait dans un état proche de l'hystérie à demander à qui voudrait bien répondre pourquoi elle, pourquoi toujours elle ?
"Vous voulez entrer pour charger votre téléphone ? Ou même vous servir du mien ?
- Ca serait génial."
Lily se décala pour le laisser entrer et referma immédiatement à clé derrière lui. Une fois, elle avait fait l'erreur de ne pas verrouiller sa porte. Qu'elle avait été sa surprise quand un vieux soulard avait pénétré chez elle, en se croyant chez lui. Il s'était trompé d'un étage. Par chance, il n'était pas méchant et à force de patience et d'indulgence, Lily avait réussi à le chasser de chez elle. Mais elle avait quand même flippé sa race.
L'homme entra dans le salon/salle à manger/cuisine/bureau en regardant un peu partout, ses yeux s'attardant sur le mobilier usé et usagé, sur le lino qui bien que propre et javellisé donnait toujours l'impression d'être sale, sur l'ordinateur flambant neuf qui coûtait plus que tout ce qu'il y avait dans l'appartement et sur la monstrueuse bibliothèque qui couvrait le mur en face de la fenêtre, à la gauche de la porte d'entrée. Il devait y avoir cinq cents livres, peut-être même plus. Cette librairie faisait la fierté de Lily et elle se rappelait les fois où, au lycée, elle avait sauté des repas et se servait de l'argent de poche que lui donnaient ses parents pour déjeuner pour acheter des livres.
Jugeant qu'ils avaient à peu près le même âge, Lily décida de le tutoyer. Ce n'était pas dans ses habitudes d'être aussi familière avec un inconnu mais il était tout à fait inhabituel qu'un étranger pénètre dans son appartement. C'était même une première. Un peu mal à l'aise, elle s'empara de sa tasse-chaudron et but une gorgée de café froid.
"Tu veux un café ? Il est frais de ce matin.
- Excellente idée, j'ai pas eu l'occasion d'en boire un, du coup, accepta-t-il en hochant la tête, les yeux toujours scotchés à la bibliothèque.
- Assieds-toi, l'invita Lily en lui tendant une tasse avec un pingouin dessus. Tu veux du sucre, du lait ?
- Nan, noir c'est nickel".
Il prit place sur le sofa élimé mais recouvert d'un plaid en polaire doux comme un chat de couleur grise. A la lumière du jour, et maintenant qu'un étranger se trouvait dedans, Lily réalisa que malgré l'état de décrépitude de l'appartement, elle avait su le rendre assez chaleureux, par deux trois artifices simples, comme le plaid pour masquer l'usure du canapé, un tapis jaune moutarde pour cacher un trou dans le linoléum en plein milieu du couloir, et ses livres aussi, de toutes les couleurs, de toutes les tailles, qui égayaient la pièce.
Lily alla dans sa chambre pour attraper son portable perdu dans ses couvertures. Elle s'était endormie avec en écoutant la musique et il avait dormi avec elle. Elle le retrouva après avoir secoué les draps. Précisément, elle le retrouva quand, après avoir secoué les draps, elle entendit un "bong" de l'autre côté du lit. Elle se pencha pour le ramasser et l'inspecta sous toutes les coutures. Il avait l'air d'être intact. Elle l'avait acheté l'année dernière, à contre cœur, en entamant ses économies, lasse des moqueries de ses camarades de classe par rapport à la vieille cabine téléphonique qu'elle trimballait partout. Mais la cabine avait l'avantage de tenir la charge près de quatre jours et de passer et recevoir les appels. Alors que ce Samsung, il fallait le recharger tous les soirs. Bon, certes, elle pouvait consulter ses mails et aller sur internet avec. Cool. La belle affaire. Non, le seul point positif qu'elle lui trouvait, c'était de pouvoir y mettre de la musique dessus et de ne plus avoir à s'encombrer de son vieux lecteur MP3 qui avait fait l'objet de railleries lui aussi. Le problème était que Lily ne voyait pas pourquoi elle devrait se débarrasser d'un appareil qui fonctionnait parfaitement un profit d'un plus récent et plus design. Fruit du hasard cependant, le baladeur en question avait rendu l'âme deux jours après l'acquisition du téléphone portable qui lui avait coûté plus cher qu'un mois de loyer. Mais au moins, ils ne se moquaient plus d'elle.
Elle retrouva son voisin planté devant la bibliothèque, Le bûcher des Vanités de Tom Wolfe entre les mains, en train de lire la quatrième de couverture. Elle s'approcha de lui et lui tendit son téléphone.
"Ah merci, cool. Désolé, je me suis permis de fouiner...
- Pas de problème. C'est fait pour ça. Tu l'as déjà lu ? demanda-t-elle en désignant le livre qu'il tenait toujours dans la main.
- Non, on peut pas dire que la lecture et moi, on soit très copains.
- Tu n'as qu'à utiliser l'ordinateur pour trouver les numéros qu'il te faut, fit Lily en désignant l'objet posé sur la table basse. Tu peux brancher ton téléphone aussi, près de la bibliothèque, y a une multiprises, il doit en rester une vide."
Elle se resservit une tasse de café. A présent, le liquide était à peine tiède dans la cafetière, comme elle l'aimait. Elle s'appuya contre le petit comptoir et regarda le voisin se saisir de l'ordi et commençait à fouiner internet pour trouver le numéro d'un électricien qui pourrait intervenir dans l'heure. Penché en avant, les yeux rivés sur l'écran posé sur la petite table basse, il lui dit :
"Au fait, je m'appelle James. Je sais pas si je te l'ai dit. C'est gentil de m'aider.
- De rien. Lily, se présenta-t-elle à son tour, toujours à distance respectable de lui.
- Enchanté", souffla-t-il en la regardant cette fois.
Dans l'imagination débordante et débridée de Lily, ce petit sourire en coin était le début d'une grande histoire d'amour banale comme pas deux puisqu'ils étaient voisin ; l'histoire du beau gosse intégral qui tombe amoureux de la pauvre fille mal dans sa peau d'à côté. Là, avant de partir (déjà il aurait trainé pour rentrer chez lui, une fois qu'il aurait obtenu son rendez-vous avec l'artisan), il l'inviterait à boire un verre le soir même. Il l'emmènerait dans un endroit fancy et ils discuteraient jusqu'au petit jour et il ramènerait chez elle, l'embrasserait sur le pas de la porte en lui souhaitant bonne nuit et rentrerait chez lui. Pour revenir deux minutes après, s'étant rendu compte qu'il ne pouvait déjà plus se passer d'elle, de son humour fantasque et de ses petites anecdotes de la vie quotidienne. Ils emménageraient ensemble loin de ce trou à rat et ils se marieraient très vite.
"Lily ?"
Elle sortit de son rêve éveillé avec un sursaut coupable. Prise en flagrant délit d'inattention.
"Pardon ?
- T'as pas le chauffage chez toi ? On se pèle !
- Ah euh, non. Prends le plaid sur le canapé."
Le chauffage. Il était pas bien, celui-là. Savait-il combien cela coutait en électricité de chauffer ce taudis ouvert aux quatre vents ? Un bon pull, des mitaines et un café brûlant remplissait le même effet et était plus économique. Aussi, quelle idée de se balader en T-shirt en plein mois d'octobre. Tandis qu'il se levait pour décoincer la couverture de dessous des fesses, Lily examina sa carrure. Jusque là, elle n'avait observé que son visage et en avait conclu qu'il était très beau. Cheveux bruns en bataille, barbe de trois jours, mâchoire bien dessinée, lèvres roses ni trop fines ni trop épaisses, nez un peu de travers qui donnait plus un charme qu'un air déformé et des sourcils épais mais bien dessinés. Juste les yeux, il lui manquait la couleur des yeux pour brosser un portrait complet. Bref. Elle avait déjà étudié son visage. Elle passa au corps alors qu'il s'enveloppait dans la polaire comme dans une cape. Elle eut le temps d'apercevoir, entre la ceinture du survêtement et le T-shirt qui se relevait quand il levait les bras, un bout de peau et pas la moindre trace de gras. Même à travers la couverture, elle devinait son dos musclé et ses larges épaules et elle avait vu ses bras fins mais qui trahissaient une force dissimulée. Somme toute, c'était vraiment un bel homme qui s'entretenait de manière visible. Ne l'avait-elle pas croisé alors qu'il rentrait d'un footing sous la pluie après tout ?
" Tu trouves ? » lui demanda-t-elle en se rapprochant de lui pour venir s'installer elle aussi sur le canapé, elle en avait marre de rester debout dans la cuisine. Enfin, la cuisine... vous avez compris.
« Bof, la plupart des annonces précisent que le samedi, c'est que pour les dépannages et que ça coûte bonbon."
Il avait l'air fâché. Ou exaspéré. Il se laissa aller contre le dossier du canapé, emportant sa tasse avec lui. Il soupira. Lily l'imita mais sans le soupire. c'était chouette au final, d'avoir quelqu'un chez elle avec qui discutait. Ça manquait. Elle qui ne parlait qu'à ses clients et ses quelques collègues de boulot, elle était seule, seule, seule. Si elle s'y était faite, c'était parfois pesant.
"Il est bon, ton café.
- Merci, c'est le seul luxe que je m'accorde", expliqua-t-elle en riant. Elle n'était pas gênée à l'idée de parler d'argent. Apres tout, cela se voyait comme le nez au milieu de la figure qu'elle ne roulait pas sur l'or. Mais peut-être était-ce déplacé d'en parler avec un inconnu ?
"Bon, je vais appeler mon pote. Il aura peut-être une idée. Je peux ? » s'enquit-il en agitant le téléphone de Lily sous son nez.
« Bien sûr."
Il appuya sur le bouton principal du téléphone portable et l'écran s'illumina.
"Euh, il faudrait que tu le déverrouille.
- Ah oui, pardon."
Elle traça le motif qui permettait de protéger le contenu du portable et appuya du bout du pouce sur le petit téléphone. Quand il fût prêt pour recevoir un numéro, elle le tendit à nouveau à James. Celui tapa sans réfléchir les numéros et colla l'appareil à son oreille. Une sonnerie, deux sonneries. James allait raccrocher quand la conversation s'initia. Lily ne pouvait pas entendre la personne au bout du fil mais elle entendait James. Avec l'air de celle qui n'écoute pas, elle ramena ses genoux contre elle et joua avec l'élastique de sa chaussette, sa tasse toujours dans sa main.
"Salut, c'est moi... Celui de ma voisine, je suis en galère depuis ce matin... Non, je suis rentré hier, je te l'ai dit en plus... Oui, oui, si tu veux, ce soir mais dans ce cas, faut que tu m'aides... Non, pas pour ça, Sirius, je peux me débrouiller tout seul pour ça... Non, tu laisses ma voisine tranquille (James jeta un coup d'œil à Lily qui fit semblant d'être captivée par le motif de ses chaussettes)… Bon, tu m'écoutes et t'arrêtes de délirer... Non, j'ai pas que ça à faire... Ah enfin. T'as pas un électricien dans tes contacts ? Un mec qui te doit un service et qui peut venir me dépanner en catastrophe sans que j'ai à lui céder mon rein droit ?... Ben, le plus vite possible. Je me caille, j'ai faim et je suis coupé du monde... Vois ce que tu peux faire... Rappelle-moi, attends... Lily ? Il peut me rappeler à ce numéro le temps que mon portable redémarre ? (Lily hocha la tête, n'y voyant pas d'inconvénient) Ouais, Sirius, rappelle-moi à ce numéro dès que tu en sais plus... Oui, oui, oui, fais ton tour de magie de pacotille et fais-le vite... Oui, je t'ai dit, puisque ça te fait tant délirer de venir t'encanailler dans les quartiers des bas fonds... Je sais... Bon, à plus... Fais pas chier Sirius !" Et James coupa la conversation.
"Ce qu'il est pénible, celui-là, quand il s'y met. Bon, merci Lily. C'est vraiment gentil.
- Tu veux que... euh... j'ai entendu que tu avais faim, tu veux manger ?
- Je ne voudrais pas abuser.
- Puisque je te propose."
En réalité, cela ennuyait un peu Lily, cette proposition. Elle calculait toujours son budget au millimètre, chaque repas étant prévu (lundi midi, une tranche de jambon et de la salade - salade qui devait faire quatre repas -, lundi soir, steak haché et une boite de petits pois carottes...) et elle faisait ses courses en fonction de ce qu'elle allait manger la semaine. Inviter quelqu'un à manger, a fortiori un homme qui mangeait probablement bien plus qu'elle, n'était pas une bonne idée. Pour autant, elle répugnait à le laisser partir. Déjà, parce qu'avoir un bel homme comme ça, dans son appartement, cela ne se reproduirait pas de si tôt mais surtout parce qu'avoir une présence et quelqu'un à qui parlait lui faisait du bien, la faisait se sentir un peu moins seule. Elle l'était toujours autant, mais elle pouvait se mentir quelques heures.
Lily se leva pour aller ouvrir ses placards et James la suivit.
"Steak haché pâtes, ça te va ?" suggéra-t-elle en se retournant pour le regarder. Elle fût surprise de le trouver si près d'elle, elle ne l'avait pas entendu se rapprocher de la sorte. Il regardait par-dessus son épaule l'intérieur de son placard.
"Parfait" sourit-il.
Noirs. Ses yeux étaient noirs, elle venait de le voir. Elle attrapa une vieille casserole tordue et la remplit d'eau pour la poser sur une des plaques qu'elle alluma à fond. En espérant qu'elle daigne chauffer rapidement celle-là aussi. Elle sortit ensuite la viande de l'espace freezer de son petit réfrigérateur. C'était cool, les yeux noirs. Mystérieux et envoutants, ça se croisait pas tous les quatre matins. Comparé à elle qui était rousse avec des yeux verts, la peau claire et des tâches de rousseurs, un cliché ambulant.
Par chance, les plaques semblaient décider à fonctionner aujourd'hui. L'eau bouilla rapidement et elle jeta les pâtes dedans. Dès que ce fût fait, elle mit le steak dans la poêle. Entre temps, James était allé s'appuyer contre la fenêtre et regardait au travers des carreaux. La pièce principale comptait deux fenêtres, ce qui était plutôt cool. Une côté entrée qui éclairait la bibliothèque et le canapé, une autre côté cuisine, qui illuminait la petite table à manger et la porte de la chambre. Dans la chambre également se trouvait une fenêtre. On ne pouvait pas reprocher à cet appartement d'être sombre. C'était bien la seule chose qu'on ne pouvait pas lui reprocher d'ailleurs.
"T'as une plus belle vue que moi », fit alors remarquer James, les yeux collés à l'immeuble lugubre d'en face.
« Merde, pour que tu dises ça, tu dois vraiment avoir une vue dégueulasse ! » se moqua-t-elle en touillant les pâtes du bout de sa cuillère en bois.
« Tu verras, c'est vraiment moche."
"Tu verras" qu'il venait de dire. Était-ce une façon de parler ou envisageait-il de l'inviter chez lui pour qu'elle en juge par elle-même ? Lily aimait beaucoup cette hypothèse. Cela lui donnait l'impression qu'ils se reverraient même quand il n'aurait plus besoin d'elle. Une première ça aussi. Mais elle n'osait pas trop s'emballer. Elle avait trop donné et avait été trop souvent déçue pour ne pas avoir retenu la leçon. Plutôt que de se faire de faux espoirs, elle préféra penser qu'il s'agissait d'une figure de style.
Lily ne savait pas quoi dire. Elle voulait engager la conversation, lui prouvait qu'elle pouvait être brillante et pétillante et pas seulement la voisine pauvre avec un look de patate mais son esprit tournait à vide. Au moment où elle se décidait à sortir une banalité exaspérante du genre "et tu fais quoi dans la vie", son téléphone sonna. Les premières notes de la chanson "Ghost Gunfinghters" de As Animals retentirent. Lily regarda en direction du canapé là où son portable était jeté, sa cuillère en bois puis James.
" Tu peux regarder qui c'est, s'il te plait ? Ça doit être ton pote, je pense".
Qui d'autre aurait pu l'appeler après tout ? James hocha la tête et se dirigea d'un pas rapide vers le sofa. Il examina une seconde l'écran puis décrocha.
"Ouais... T'es vraiment con, Sirius... Putain, deux heures ? Fait chier ! … Non, mais oui, c'est cool que t'aies trouvé, je te serai éternellement reconnaissant et... Ah, je savais bien que tu faisais semblant d'aimer les filles... Non, salue Ren pour moi... Ouais, appelle-moi quand tu es en bas."
James soupira et reposa délicatement le téléphone sur le canapé. l'odeur de la viande commença à envahir la pièce et Lily rajouta du sel et diverses herbes pour masquer l'odeur de graillon. James revint se poster vers la fenêtre.
"Tu ne manges pas ?
- J'ai déjeuné il y a pas longtemps.
- Le mec pour l'électricité ne pourra pas intervenir avant le début de l'après-midi. C'est vraiment chiant. J'avais plein de trucs à faire sur l'ordi. Il a plus de batterie, ce con.
- Si ça peut te dépanner, tu peux les faire ici. Soit te servir du mien, soit aller chercher le tien.
- Tu me crois si je te dis que je me sens bête de pas y avoir pensé ?
- Ouais, sans problème. Je me sentirai pareil dans ton cas."
James secoua la tête dépité et Lily eut un petit rire. Elle se reprit à imaginer qu'ils auraient pu former un couple. Tous les deux en tenue ultra décontractée, limite pyjama, lui enveloppé dans sa couverture, à discuter et plaisanter dans la cuisine, pendant qu'elle préparait le déjeuner. N'importe qui qui serait passé un peu vite sur cette scène aurait supposé qu'il s'agissait d'un jeune couple. Il avait l'air sympa et tout, là n'était pas le problème. Le problème résidait juste dans le fait qu'il n'avait pas l'air intéressé du tout. Le seul compliment qu'il lui avait fait était sur son café. D'habitude, elle en recevait au moins sur sa chevelure couleur cuivre.
Lily sortit la viande de la poêle pour la mettre dans une assiette puis égoutta les pâtes qui suivirent la même destination que le steak. En regardant la quantité qu'elle avait fait, elle calcula qu'elle aurait pu se faire trois repas avec. Mais bon. C'était pour la bonne cause. Elle posa l'assiette sur la table et ouvrit un tiroir pour attraper une fourchette et un couteau.
"Installe-toi."
James prit place sur l'une des deux chaises placées autour de la table. Lily l'avait installé sur celle sur laquelle elle se mettait toujours, la moins bancale des deux. Elle prit place délicatement sur celle d'en face, précautionneusement, comme si elle craignait que le siège s'effondre sous son poids. Ce qui risquait d'arriver à tout moment.
Il se jeta sur la nourriture comme s'il n'avait pas mangé depuis des jours. Lily eut un petit rire en visualisant à la place de l'homme un bébé dinosaure.
« Désolé, j'ai été courir ce matin et je crève de faim.
- Mange, mange. T'as bien raison."
Ils se turent. Une fois de plus, elle regretta de ne pas être capable d'engager la conversation. Elle se contenta de boire une gorgée de café. Elle essaya, du moins. Sa tasse était vide. Dépitée, elle l'a reposa bruyamment sur la table. Elle s'apprêtait à débiter une banalité quand il la prit de vitesse.
« Alors tu fais quoi dans la vie ?
- La question à mille balles", souffla-t-elle avec un sourire contrit.
Il éclata de rire avant d'enfourner une nouvelle fourchette.
"Ce qui veut dire ?
- Que j'ai une vie de merde en ce moment, expliqua-t-elle en riant pour atténuer la violence de ses propos. Style, j'ai un taf de merde parce qu'il faut bien payer les factures de ce minable taudis. En gros, j'ai fait cinq ans d'études pour finir caissière. Folichon, n'est-ce pas ?
- Euh..." Il souffla par le nez en guise de rire et mâcha précipitamment ce qu'il avait dans la bouche avant de déglutir bruyamment pour répondre "absolument, vie de rêve.
- C'est ce que je dis.
- Tu as fait des études dans quoi ?
- Le droit. Droit des affaires même, pour être précise. Je me suis cassée le cul pendant cinq ans pour obtenir des bonnes notes et tout réussir du premier coup et ça paie pas. J'en suis même réduite à, plutôt que de chercher un CDI, à chercher un stage pour... chais pas, pour mettre un pied dans une boîte et faire mes preuves en espérant qu'on me donne ma chance."
James hocha la tête et porta une nouvelle fourchette à sa bouche d'un air pensif. C'était fascinant de le regarder manger, de voir les muscles de sa mâchoire et de sa gorge entraient en action pour broyer la nourriture. Fascinant et assez sensuel. Bon sang, Lily ! Il mange des pâtes enfin ! Il ne se désappe pas devant toi, reviens sur terre, pauvre fille. Pour une fois qu'elle ne disait pas à haute voix ce qu'elle pensait... Elle aurait eu l'air ridicule si elle avait prononcé ces mots devant lui.
"S'tu veux, mon pote Sirius, celui qui est censé m'aider, il est avocat depuis quelques années maintenant. Je lui demanderai s'il peut pas t'aider. Ce que tu me dis, ça me parle, il est passé par à peu près la même chose.
- Ca serait très gentil de lui en parler oui. Au point où j'en suis, j'accepte de prendre toutes les aides qui se présentent à moi."
Elle soupira et détacha le chignon fou qui retenait ses cheveux guère plus sains. Ils retombèrent dans un ensemble tout à fait désordonné autour de son visage et une mèche se tortilla même pile juste devant son nez. Elle souffla dessus d'un air distrait pour la dégager de sa vue. Puis elle essaye de démêler les nœuds avec ses doigts.
Elle avait bien conscience qu'il ne lui promettait pas un job à la clé, ni quoi que ce soit de similaire. Mais le simple fait qu'il propose de l'aider lui réchauffer déjà un peu le cœur. Elle avait tellement pris l'habitude de se débrouiller seule que, quand quelqu'un lui proposait son aide, elle était toujours surprise. Agréablement surprise. Ceci dit, ce sujet la déprimait. Cinq ans d'études acharnées pour finir caissière. Elle changea de sujet.
"Tu as des frères et sœurs ?"
Qu'est-ce qui lui avait pris de poser cette question ? Déjà elle ne lui avait pas retourné la politesse en s'enquérant de son activité professionnelle et en plus, elle avait amené d'elle-même le sujet de la famille. Sujet qu'elle cherchait à éviter absolument à chaque fois. Elle se leva brusquement, tellement que la chaise sur laquelle elle était assise faillit se disloquer, et alla se resservir une tasse de café, pour se donner une contenance.
"Avec tout le café que tu ingurgites, tu dois avoir le sang plus noir que rouge.
- Peut-être bien. Mais je suis accro.
- Pour répondre à ta question, je suis fils unique. Et toi ?
- Désolée, j'ai oublié de te demander ce que tu faisais comme job, du coup."
Ils se regardèrent. James reposa sa fourchette dans son assiette désormais vide et se passa la main dans les cheveux. Lily sortit sa tasse du micro-onde. Elle comprit alors que si le sujet de la famille était tabou pour elle, celui du boulot l'était pour James.
"On change de sujet ? » proposa-t-elle.
« Bonne idée."
Lily s'approcha de la fenêtre et l'ouvrit. Elle récupéra ensuite le pot de confiture qui lui servait de cendrier et ses cigarettes qui trainaient, plus ou moins cachées, sur ce qui servait de comptoir de cuisine. Elle s'en alluma une et exhala la fumée vers l'extérieur. Il ne pleuvait plus mais le ciel était toujours plombé.
Une fois de plus, elle regretta de ne pas être en mesure d'engager une conversation légère et délicieux qui aurait ravi son interlocuteur. Non, elle n'était qu'une potiche, une potiche moche et mal sappée qui plus est, incapable de discuter avec un étranger. Ou même une personne connue, remarquez.
James se leva et mit son assiette dans l'évier. Il se saisit de l'éponge et y versa du liquide vaisselle bas de gamme à la pomme dessus. Quand il commença à faire la vaisselle, Lily s'avança vers lui, en tendant le bras qui tenait la cigarette derrière elle, le plus possible vers la fenêtre.
« Laisse, laisse, je le ferai plus tard.
- Ca ne me dérange pas. »
Bon. Que répondre à cela ? Elle tirait furieusement sur sa clope en le regarder nettoyer les couverts. Il lui plaisait. Il était beau et il était serviable. Ce n'était peut-être pas la personne la plus joyeuse du monde mais il avait sincèrement l'air gentil. Maintenant, la question était : comment lui faire comprendre qu'elle s'intéressait à lui, le tout sans en avoir l'air ?
Lily n'était pas très bonne pour la drague, il fallait le dire. Elle avait plutôt tendance à se ridiculiser quand elle s'essayait à ce genre de pratiques. Du coup, elle avait mis au point une technique moins risquée : elle envoyait (essayait d'envoyer) des signes signifiant qu'elle était intéressée. Et si le garçon y répondait favorablement, elle osait davantage aller vers lui. Autant dire que cette manœuvre n'avait jamais fait ses preuves. Cela venait aussi peut-être du fait que Lily n'avait jamais rencontré vraiment quelqu'un qui lui plaisait au point d'avoir envie de le séduire et de faire plus ample connaissance.
James alla récupérer la tasse dans laquelle il avait bu plus tôt et se servit lui aussi un café. Quand il fût chaud, il vient se poster devant la fenêtre ouverte, à côté de Lily pour regarder l'agitation qui régnait en bas de la rue.
Qu'il vienne à côté d'elle, était-ce un signe ? Pauvre fille, si tu commences comme ça, tu vas voir des signes partout ! Mais si elle lui demandait clairement et qui lui disait ne pas être intéressé, elle serait si humiliée ! Et c'était son voisin, elle risquait de le croiser souvent !
« Tu habites depuis longtemps ici ? Je ne t'ai jamais vu auparavant », demanda Lily, curieuse, en secouant sa cigarette au dessus du pot de confiture pour en détacher la cendre.
« Quelques années maintenant. Depuis que j'ai 22 ans. Cinq, du coup », réalisa-t-il en fronçant les sourcils, comme surpris de voir à quel point le temps pouvait vite passer.
« Comme ça se fait que je ne t'ai jamais vu avant alors ? J'habite là depuis deux ans.
- Je n'y suis pas souvent. A cause du boulot. »
Et hop, le sujet était clos. Mais quand même. En deux ans, elle ne l'avait jamais croisé une seule fois. Elle n'avait même jamais entendu de bruit dans l'appartement d'à côté. Et on ne pouvait pas dire qu'elle avait une vie sociale suffisamment développée pour l'avoir raté ! Bizarre. Ou pas d'ailleurs, elle se faisait encore probablement des films. Tout de même, ce truc du boulot, cela devenait intriguant.
Lily finit tira une dernière bouffée sur sa cigarette agonisante et l'écrasa méticuleusement dans le pot à confiture qui commençait à saturer. James étudiait tous ses mouvements.
« Tu vois, comme ça, j'aurais jamais cru que tu étais une fille qui fumait.
- Les apparences peuvent être trompeuses... » rétorqua-t-elle avec un sourire qu'elle voulait énigmatique, contente d'avoir enfin pu sous-entendre qu'elle n'était pas la fille taciturne et inintéressante qu'elle semblait être.
« A croire. Sirius arrive », annonça-t-il alors en regardant en bas.
Et effectivement, une minute plus tard, on put entendre un gros "bang bang bang" qui sembla faire trembler tout l'immeuble. Et encore, on n'avait pas cogné contre la porte de Lily mais celle de James. Le bâtiment était vraiment en papier carton, c'était dingue.
James se hâta vers la porte d'entrée, qu'il déverrouilla et ouvrit à la volée.
« Je suis là, gros malin, pas la peine de défoncer ma porte », gronda-t-il à l'attention de l'inconnu dans le couloir qui répliqua alors une chose que Lily ne put entendre. « Je récupère mon téléphone et j'arrive. »
James entra à nouveau dans l'appartement de Lily, toujours appuyée contre la fenêtre, qui assista, impuissante à nouveau à la scène d'un étranger qui pénètre chez elle et s'y sent comme chez lui.
Le fameux Sirius, du moins elle le supposait, poussa la porte et entra d'un pas agité. Des yeux, il fît le tour de la pièce et finit par rencontrer le regard interloqué de Lily. Que cet homme était sans gêne ! Et ce n'était pas parce que son costume gris devait couté plus cher que son loyer, que ses pompes bien cirées en cuir noir plus que son ordinateur et que sa belle gueule devait lui donner accès à n'importe quel endroit qu'il devait user de son pouvoir ici ! Elle s'apprêter à rouspéter quand Sirius marcha vivement vers elle et la serra contre lui, dans une étreinte théâtrale mais pourtant bien digne d'un ours.
« Jeune fille », clama-t-il ensuite avec emphase, « que pourrais-je faire pour vous remercier d'avoir recueilli et pris soin de mon petit Jamie ici présent ? Sans vous, il aurait été voué à la mort, à la déchéance, à la...
- Sirius, je t'en prie, mets-la en veilleuse ! » claqua impérieusement la voix de James qui rangeait son chargeur de téléphone dans la poche de son survêtement. « On y va, j'ai assez abusé de l'hospitalité de Lily.
- Non, c'était avec plaisir », corrigea l'intéressée, espérant ainsi que James viendrait à nouveau la trouver en cas d'ennuyer ; ou pas, d'ailleurs, simplement la trouver.
« Ah, tu vois ! » triompha Sirius avec une voix de gamin heureux, tenant toujours Lily par les épaules. « Que pouvons-nous faire pour vous remercier ? » demanda-t-il alors en baissant les yeux vers Lily ; il la dépassait d'une bonne tête.
Le cerveau de Lily se vida subitement. Comment s'appelait-elle déjà ? Elle n'avait jamais vu d'yeux aussi gris, si gris qu'ils en étaient presque bleu. Et ces yeux dans ce visage carré, imberbe, au nez droit et aux cheveux bruns, pouvaient aisément vous faire oublier comment respirer. Cependant, Lily retrouva bien vite ses esprits, si vite d'ailleurs que l'on ne remarqua même pas qu'elle les avait perdus.
« Rien », répondit-elle, puisque c'est-ce que les deux hommes attendaient d'elle. « Comme j'ai dit, c'était avec plaisir.
- Si, tu peux faire un truc pour elle, Sirius », contredit James, une main sur la poignée de la porte d'entrée, « je te dirai quand le foutu électricien sera là. »
Lily fût heureuse et soulagée qu'il se souvienne de sa parole, bien qu'il n'ait rien promis. Elle lui sourit en guise de remerciement.
« Bon, d'accord. Mais vous venez à la soirée que donne Jamie ce soir, n'est-ce pas ?
- Sirius... » grogna le Jamie en question, sans que l'on sache si c'était le fait que Sirius invite Lily ou le fait qu'il s'éternise alors qu'il était dans les start-in-blocks, prêt à en découdre avec le câblage électrique de chez lui qui l'agaçait.
« Euh... »
Face à l'attitude exaspérée de James, Lily ne savait que répondre. Evidemment, elle avait eu envie de participer à cette soirée dès que l'invitation avait franchi les lèvres de Sirius, parce qu'elle pourrait ainsi passer davantage de temps avec James pour lui faire comprendre que... enfin voilà mais d'un autre côté, elle ne savait pas si elle devait accepter. Sirius perçut son trouble et prit la parole à sa place.
« Tu t'es vraiment levé du mauvais pied ce matin !
- Sirius, je suis énervé, je pues parce que j'ai pas pu prendre de douche après mon footing, et j'en ai marre. Alors, évidemment, Lily peut venir si elle le souhaite mais nous, on s'arrache et maintenant ! »
Sur ces belles paroles, il quitta l'appartement, non sans avoir dit "au revoir et merci" à Lily. Sirius adressa un sourire chaleureux à son hôte et suivit son ami dans le couloir.
« A ce soir », lui dit-il en claquant la porte derrière lui.
Lily se précipita pour verrouiller la serrure et jetait un œil par le judas pour voir ce qu'il se passait sur le pallier. Elle avait juste oublié qu'elle ne pouvait plus voir au travers. Elle retint un soupire de frustration et colla son oreille contre le panneau de bois pour entendre la conversation qui se déroulait de l'autre côté.
« T'es vraiment un ours mal léché ! Cette fille est vraiment mignonne ! » soupira la voix de Sirius.
« Peut-être », lui renvoya celle de Sirius, mélangée au bruit des clés qui tournent dans la serrure, « mais pour l'instant, la seule chose qui me préoccupe c'est mon électricité. Sinon, tu peux dire adieu à ta soirée et bonjour à l'ambiance bougie.
- Rabat-joie. »
Et un bruit de porte qui claque.
Lily esquissa un petit pas de danse. Bon, il n'avait pas clamé haut et fort son amour pour elle, mais il n'avait non plus hurlé de rire quand Sirius avait dit qu'elle était jolie. D'ailleurs, le fait qu'un homme comme Sirius bien qu'assez fantasque visiblement, la trouve "mignonne" était une petite victoire en soi. Le "peut-être" de James voulait peut-être dire que oui, il la trouvait bien jolie mais que là, maintenant, tout de suite, il n'avait pas la tête à ça ? Qui sait. C'était toujours un espoir auquel se raccrocher !
En revenant vers la fenêtre toujours ouverte, elle s'alluma une autre cigarette. Le soleil faisait enfin une percée à travers la couche épaisse de nuages gris, ce qui apparaissait comme un bon présage aux yeux de Lily. En fumant paresseusement sa clope, elle réfléchissait déjà à comment elle allait s'habiller ce soir pour se mettre le plus possible en valeur et attirer l'attention de James.
Ooo
Plantée dans le rayon des spiritueux comme une fleur en train de faner par manque d'eau, Lily étudiait les différentes étiquettes des bouteilles de vin. Pour être tout à fait honnête, elle y connaissait franchement rien. Si bien que cela faisait presque un quart d'heure qu'elle était là et qu'elle avait toujours les mains vides. Elle partait du principe qu'un bon vin devait être cher. Mais en même temps, mettre dix gallions dans une seule bouteille lui faisait mal au cœur. Elle ne voulait surtout pas arriver les mains vides ce soir à la fête de James. De fait, dès son départ, elle s'était habillée rapidement pour se rendre au supermarché et prendre les devants. Cependant, elle n'était guère avancée.
En désespoir de cause, elle se résigna à prendre un pack de bière. Tout le monde aimait la bière, non ? Surtout les hommes. Et le prix restait plus abordable. En prenant le carton qui contenait les six canettes, elle avait l'impression d'être une adolescente délinquante qui s'en allait boire de la bière au bord du fleuve, pour dire merde à la société.
Et puisqu'elle en était aux folies, aujourd'hui étant complètement hors budget, elle prit même un paquet de chips de marque, pas le truc de sous marque dégueulasse qu'elle n'achetait d'ailleurs jamais. Les chips n'était pas une composante essentielle d'une alimentation saine.
Tandis qu'elle attendait patiemment son tour en caisse, elle songea que pour une fois, pour une fois, elle agissait comme une jeune femme normale et non pas comme une petite fille qui luttait de toutes ses forces pour garder la tête hors de l'eau. Et c'était rafraîchissant. Même exaltant.
Elle sourit à la caissière comme elle aimerait qu'on lui sourie à chaque fois qu'on passait devant elle, elle sourit aux passants dans la rue alors qu'elle rentrait chez elle, avec son pack de bières et ces chips a la main, elle sourit même à la vieille dame bizarre qui sentait toujours l'urine de chat quand elle l'a rencontra sur le pallier du premier étage. C'était bête d'être aussi heureuse pour une simple soirée mais c'était un événement tellement rare pour Lily que pour elle, il y avait de quoi en faire tout un plat. Je sais, c'était un triste constat.
En chemin, elle avait décidé de prendre tout son temps pour se préparer, de ne pas donner l'air d'être si désespérée qu'elle serait la première arrivée. Non, elle voulait être une des dernières. En plus, c'était un fait bien connu, plus vous habitiez près du lieu de rendez-vous, plus vous arriviez en retard.
Une fois chez elle, alors que l'après-midi ne faisait que commençait, elle fit le ménage, fuma une cigarette, rangea son placard, fuma une cigarette, lut un peu. Bon, la lecture ne fut pas très probante, elle était bien trop excitée pour parvenir à se concentrer. Mais comme elle ne parvenait pas à se connecter à un réseau wifi ouvert, il fallait bien qu'elle s'occupe.
Quand la nuit tomba, elle se décida à se mettre en action. Elle prit une douche tiède (ô miracle), se lava les cheveux, en prit soin à grand renfort de produits achetés une blinde. Sa chevelure était une des rares choses qui ne la complexait pas chez elle, elle l'entretenait donc du mieux qu'elle pouvait. Et elle avait décrété que dépenser quinze gallions tous les trois mois pour acheter un shampoing de marque, elle pouvait se le permettre !
Elle se sécha et enroula ses cheveux dans une serviette. Ainsi, ils sortiraient ondules et un peu fou mais avec de jolies boucles qui lui donneraient un petit effet sauvage qu'elle aimait bien. Vint l'étape « comment je vais m'habiller ».
Ce fut une épreuve. Le passage devant le miroir était toujours un challenge. Elle se trouvait toujours trop grosse, trop grande ou alors trop petite, trop plate ou alors trop plantureuse, toujours trop, jamais assez. Jamais satisfaite.
Elle essaya une robe avant d'éclater de rire.
« Tu veux qu'il s'intéresse à toi, pas qu'il te considère comme une prostituée de bas étage ! »
Il était vrai que l'objet de cette remarque acerbe était un peu courte. Si courte en réalité qu'à peine se penchait-elle et on voyait toute sa culotte. Elle l'enleva très vite. Elle vida ensuite méticuleusement le contenu de son placard, qu'elle avait d'ailleurs rangé peu plus tôt dans la journée, comme si l'armoire n'était pas destinée à être un jour ordonnée.
D'accord, elle avait dit qu'elle n'arriverait pas à l'heure mais bientôt, si elle ne se dépêchait pas, cela n'aurait plus d'intérêt qu'elle y aille, les invités seraient déjà repartis. Elle exagérait naturellement, il était à peine vingt heures. Finalement, elle se décida pour un jeans noir et serré qui avait tendance à bailler aux fessés après qu'elle se soit assise, un haut bleu canard en coton avec un décolleté qui suggérait plus qu'il ne montrait et ses bottes a talons marron.
Elle se regarda dans le miroir, en essayant d'adopter un coup d'œil objectif. Le bleu se mariait très bien avec le cuivre de ses cheveux et faisait ressortir le vert de ses yeux. Bon point. On pouvait trouver à redire sur le pantalon mais tous ses pantalons étaient quasiment usés jusqu'à la trame donc ça ferait l'affaire. On sentait qu'il avait vécu, qu'il en avait vu, de même que les bottes. C'était authentique. Voilà.
Vint ensuite une autre source de conflits : le maquillage. Elle n'était pas vraiment adepte des pinceaux et des blushs et de tous ces trucs. Elle ne savait même pas bien s'en servir. Elle essaya pourtant de donner un effet smoky eyes a son regard. Ce fut un échec cuisant. Elle ressemblait davantage à un panda sous amphétamines qu'à un mannequin des magasines (ce qui était, initialement, l'effet recherché). Elle tenta de supprimer le désastre avec de l'eau et des mouchoirs, puisqu'elle venait malencontreusement de renverser les dernières gouttes de lait démaquillant qui lui restait, et le résultat en fut encore plus catastrophique si possible. Sa peau, agressée par la cellulose, était rouge et irritée et en plus, tout le noir n'était pas parti. Lily grogna de frustration. D'accord elle n'était pas une vraie fille mignonne et tout ca mais quand même ! Là, ça allait un peut trop loin. Elle se lava le visage à l'eau et au savon plusieurs fois et à l'aide d'une crème hydratante, enleva les derniers vestiges de ses déboires makeup.
Pour laisser sa peau rougie se remettre de ses émotions cinq minutes, elle s'autorisa une pause clope. L'air frais qui entrait par la fenêtre apaisa la chaleur qui avait pris place sur ses joues. Elle se sentait un peu bidon, quand même. Même pas capable de se peinturlurer le visage pour être plus belle.
« Si c'est comme ça, on va la jouer basique. »
Elle fuma tranquillement sa cigarette en regardant l'agitation qui régnait en bas. Elle aimait les soirs d'automne, surtout quand il pleuvait (oui, la nuit venant, il s'était à nouveau mis à pleuvoir). Les lumières de la ville, l'ambiance pressée des passants, l'odeur de bitume mouillé, elle aimait bien. Elle trouvait que cela faisait paysage urbain poétique. Elle partait loin dans ses délires, aussi, parfois.
Une fois la clope écrasée avec les autres dans le pot à confiture, elle retourna à l'assaut de la salle de bains. Elle fut cependant interrompue dans sa course par un bruit émanant de son téléphone. Un texto. Personne ne voyait jamais de textos à Lily un samedi soir ! Curieuse, elle déverrouilla le portable et ouvrit le message qui émanait d'un numéro qui n'était pas enregistré dans son répertoire.
« Lily, amène toi ! On attend plus que toi ! ».
Le fait que son nom apparaisse dans le message était une preuve bien tangible que celui-ci lui était destiné. Mais le contexte restait flou. Du bout du pouce, elle cliqua sur le numéro pour retracer l'historique, savoir si elle avait déjà eu affaire avec lui. Elle espéra un instant qu'il s'agisse de James qui aurait trouvé son numéro par hasard et qui se languissait de la revoir. Mais son téléphone brisa ses rêves en lui indiquant qu'il y avait eu un appel sortant et un appel entrant vers ce numéro vers midi. Elle se creusa les méninges et la lumière se fut. Mais oui, Sirius ! C'était Sirius qui lui écrivait ainsi.
Flattée de le voir si impatient d'être en sa présence, elle répondit rapidement « J'arrive bientôt » et retourna dans la salle de bain. Ses pommettes n'étaient plus rouge coquelicot mais simplement rose mignon et c'était une bonne chose. Sa peau claire et ses tâches de rousseur limitaient drastiquement l'utilisation de fond de teint. Elle appliqua une bonne couche de mascara sur ses cils, repeigna ses sourcils fins et aussi roux que ses cheveux et se mît un peu de rouge à lèvres rouge.
Voilà, fin prête. Elle envisagea une fraction de seconde de se rendre à côté en chaussettes, la flemme d'enfiler ses bottes l'assaillant subitement mais elle se ravisa et s'assit sur le lit pour remonter sa chaussette. Elle n'était pas assez familière avec le voisin pour débarquer pieds nus.
Elle jeta un dernier coup d'œil dans le miroir. Non, décidément, le rouge à lèvres était de trop. Ca n'allait pas, elle n'avait pas l'habitude et en plus, elle craignait d'en avoir plein les dents. Elle l'enleva avec un mouchoir.
Enfin, elle prit ses clés, ses cigarettes et son téléphone ainsi que le pack de bière fièrement et fraîchement acheté plus tôt avec les chips, claqua sa porte et tapa à celle de côté. Autant la sienne sonnait creux quand on l'a heurtait et donnait l'impression qu'on pouvait y passer au travers d'une simple pression, autant celle-ci semblait pleine et robuste. Elle attendit dix secondes et, n'ayant pas de réponse, réitéra. Personne ne vint lui ouvrir. Était-ce une mauvaise blague qu'on lui faisait ? Encore ? Était-elle la risée de James et Sirius qui se gondolaient comme des baleines de l'autre côté en la traitant d'idiote et de pauvre fille et d'autres choses encore plus dégradantes ?
Abattue et voulant en avoir le cœur net, elle actionna la poignée. Dès que la porte fut entrouverte, Lily se retrouva enveloppée par la musique assez bruyante. L'appartement devait être insonorisé pour qu'aucun son ne filtre sur le pallier. Elle ouvrit davantage et Sirius la cueillit comme une fleur, alors qu'elle passait une tête timide pour voir où elle mettait les pieds. Et voir si elle avait le droit d'y mettre les pieds.
« Ah Lily, tu es la ! Je commençais à me dire que tu allais te dégonfler !
- Me dégonfler ? Pourquoi je me serai dégonflée ?
- Oh, tu sais, avec les femmes, il faut s'attendre à tout ! Hé ! Tu n'aurais pas dû apporter quoi que ce soit, rouspéta Sirius en l'entraînant vers l'intérieur de l'appartement.
- Ben, je voulais pas arriver les mains vides.
- Tout à ton honneur, mais tu es notre invitée ! »
« Notre invitée ». Son imagination s'étendit comme l'univers. Notre ? Sirius et James formaient-ils un couple ? Pour cela qu'il n'avait pas semblé intéressé et que Sirius était si fantastique et exubérant ? Ou alors était-ce simplement que Sirius se sentait chez lui partout et que, puisqu'il était à l'origine de la fête, il se sentait aussi hôte que James ? Lily espérait que c'était la deuxième hypothèse qui prévalait !
Sirius s'était changé. Il avait abandonné son costume gris au profit d'un jeans noir, d'un pull fin gris et de Vans couleur bordeaux. Habillé ainsi, il avait l'air plus jeune. En supposant qu'il avait le même âge que James, 27 ans avait calculé Lily, elle ne lui en donnait plus que vingt trois.
« Tu bois quelque chose ?
- Hum, une bière pour commencer », répondit la jeune fille distraitement, les yeux se baladant dans l'appartement.
C'était le jour et la nuit avec le sien. Ici, le sol était en parquet flottant de bois clair, les murs étaient peints en gris clair, des voiles blancs et des doubles rideaux rouges bouchaient les fenêtres. Le mobilier était noir, le canapé en cuir rouge et un grand et épais tapis gris trônait sous la table basse entre le canapé et la télévision la plus grande que Lily n'ait jamais vu. La musique sortait d'une chaîne stéréo si énorme qu'elle semblait prendre toute la place dans la pièce. Là où son appartement était vétuste et délabré, celui-ci donnait une impression de neuf, en désharmonie complète avec le reste de l'immeuble. Lily était soufflée, elle ne s'attendait tellement pas à tomber sur un endroit si propre qu'elle eut honte d'avoir reçu James chez elle et de s'être dit qu'elle avait fait de son taudis un endroit assez confortable. Il avait dû le trouver crasseux et déplorable, à côté de ça. Cependant, elle s'interrogeait. S'il avait les moyens de faire des travaux de restauration si importants, d'insonoriser les murs... pourquoi vivait-il ici ? Il faudrait qu'elle lui demande, si l'occasion se présentait.
Sirius décapsula une canette de bière qui traînait sur une grande table noire laquée qui trônait près d'une fenêtre aux rideaux fermés après avoir posé le pack qu'avait apporté Lily. Il lui tendit et en ouvrit une pour lui même. Puis il lui dit :
« Ces gens, on s'en fout un peu, viens je te présente les meilleurs. »
Il l'entraîna vers un petit groupe, composé de quatre personnes, trois assises sur le canapé en cuir rouge (Lily pouvait sentir l'odeur de la peau tannée d'ici) et une, James, vautré sur le tapis, la table basse entre eux.
« Jeune gens », clama Sirius en reprenant l'attitude théâtrale que Lily lui connaissait déjà à l'attention du petit groupe qui discutait entre eux, « voici Lily, la voisine de James, qui l'a recueilli le temps que j'arrive pour lui sauver les fesses, encore une fois.
- Ah Sirius, que ferait le monde sans toi ?! » demanda une jeune femme aux longs cheveux bruns et au sourire timide mais à l'air ferme.
« Prie pour ne jamais avoir à te poser la question sérieusement ! Lily, voici Renata », il désigna la femme qui venait de parler, « Alice », juste à côté de Renata était installée une blonde aux yeux bleus pétillants qui semblait haute comme trois pommes à genoux, surtout à côté de la brune, « et Remus », qui était un homme aux traits tirés, vautrés dans un coin du canapé, avec des cheveux blond cendré. « Et on ne te présente plus James. »
Lily adressa un salut de la main timide à tout ce monde et but une gorgée de bière pour se donner contenance. Elle détestait être introduite auprès de personnes déjà assises, elle ne savait jamais si elle devait se joindre à eux d'elle même ou attendre qu'on l'y invite, si elle devait aller faire un tour ou... Elle ne savait pas.
« James nous a raconté ses déboires de ce matin », commença Alice en essayant visiblement de mettre Lily à l'aise. Sirius s'assit par terre, sur le tapis, du côté de Renata. Lily prit le parti de l'imiter, fit le tour de la table et se posta près de James.
« Je peux m'assoir ? » demanda-t-elle tout de même, n'osant pas s'installer sans autorisation.
« Bien sûr », répondit James avec une voix vague et des yeux flous, son pull bleu marine mettant en valeur ses larges épaules.
Il semblait avoir bu plus que les autres et être déjà dans un état de semi-hébétude. En glissant ses jambes sous la table basse et en faisant attention à ne heurter personne, Lily essaya de se détendre. Il lui semblait qu'elle avait mis les pieds dans le plat, qu'elle s'était même carrément incrustée dans un groupe d'amis qui se connaissait de longue date et c'était un peu gênant.
« Il a l'air fatigué », osa Lily en désignant du menton James qui avait les yeux à demi fermés à l'attention de Renata et Alice.
Ces filles avaient l'air gentil et le fait qu'elles soient si proches de James et Sirius, - Sirius ne les avait il pas présenté comme les meilleurs ? - donnait à Lily l'envie de se faire accepter par elles.
« M'en parle pas », souffla Renata d'un air l'as, comme une mère aurait soufflé si on lui avait dit que son enfant turbulent était un peu agité, « ils ont commencé à boire en fin d'après midi. Je suis arrivée à dix huit, j'ai du leur faire des pâtes pour leur remplir le ventre. Quand il boit, Sirius redevient un collégien et... Il est où d'ailleurs ? » s'interrompit-t-elle en parcourant le petit appartement des yeux pour retrouver l'objet de ses inquiétudes.
L'homme en question était debout près de la table sur laquelle reposait toutes les bouteilles, les verres et les snacks. Il semblait expliquait une action de foot ou de hockey, peut être même de moto à en juger les grands mouvements qu'il faisait avec ses bras et ses jambes à un couple et percuta pas une, pas deux mais trois fois la table. Les bouteilles s'entrechoquèrent dans un tintement clair et de mauvais augure. Renata gémit et bondit hors du canapé.
« J'en peux plus de celui-là...
- Puisque tu es debout, ramène du Coca pour Remus et James, ca les réveillera peut être un peu, on est en train de les perdre », ordonna Alica sans faire mine de se lever pour aider Renata. Puis elle se tourna vers Lily : « alors, tu fais quoi dans ta vie Lily, lui demanda-t-elle, sincèrement intéressée !
- Oh tu sais... Pas grand chose. Je cherche mon premier taf, en attendant je vivote avec des petits boulots.
- C'est dur de finir ses études... » fit remarquer Alice d'un air docte en enlevant ses chaussures pour se blottir dans le canapé. À côté d'elle, Remus semblait dormir. Elle le bouscula, volontairement ou non, Lily n'aurait pas su le dire, mais l'homme ne broncha pas.
« Tu as connu ça, alors ? »
Évidemment qu'elle a connu ca, tout le monde a connu ca, cruche ! Lily s'en voulait de poser des questions aussi évidentes, aussi banales mais elle ne savait pas quoi dire d'autres et elle était toujours heureuse de rencontrer des gens qui avaient fait de longues études et qui s'en sortaient au final. Cela lui redonnait espoir. Elle but une grande gorgée de bière.
« Ouais, carrément. J'ai galère presque un an et demi avant de trouver.
- Oh merde ! » lâcha Lily avant de s'excuser pour son gros mot (excuses qu'Alice s'empressa de balayer d'un geste de la main, l'air de dire "pas de ça entre nous"). « Enfin, je veux dire, ça a été long à trouver, mais tu as trouvé au final.
- Oui voilà, j'ai eu un coup de chance. Je crois que Sirius nous a dit qu'il avait peut-être une idée pour t'aider, mais comme il a la concentration d'un chiot en ce moment, je suis pas sûre qu'il s'en souviendra demain, faudra lui rappeler.
- Sans faute, je suis prête à prendre toute laide qu'on me propose.
- C'est comme ça qu'il faut faire. Allez, à ta réussite », proposa de trinquer Alice en tendant sa bière vers Lily.
Les bouteilles se heurtèrent et les filles rirent avant de les vider. Lily posa bruyamment sa canette sur la table et focalisa son attention en souriant sur le spectacle donné par Renata qui essayait de canaliser la joie débordante de Sirius. Quand, à bout de patience, elle lui murmura à l'oreille, les yeux de Sirius s'ouvrirent en grand et ce n'est qu'à ce moment la qu'il accepta de la suivre docilement. Ils s'installèrent sur le canapé et Sirius s'affala sur Alice.
« Pousse toi, gros tas.
- C'est toi la grosse. »
Entre temps, Renata était revenue avec des verres, du Coca, du Schwepps tonic et une bouteille de vodka.
« C'est pas trop tôt pour la vodka ? » protesta mollement Alice qui essayait toujours de se dépêtrer de l'étreinte envahissante d'un Sirius soudainement endormi.
« Faut bien qu'on les rattrape... » contesta-t-elle en haussant les épaules. « Lily, tu en veux ? »
Lily n'avait jamais vraiment bu d'alcool fort et elle trouvait également que la soirée n'était pas assez avancée pour sortir l'artillerie lourde. Mais d'un autre côté, elle avait envie de rester en phase avec ce groupe et de se détendre davantage. Aussi accepta telle.
« Brave fille », murmura James a côté d'elle.
Il ouvrit grand les yeux et se passa la main sur le visage et dans les cheveux, comme s'il venait juste de se réveiller.
« Moi aussi, s'il te plait, Ren.
- Je m'en serai doutée ! »
S'en suivit un ballet de piques gentiment moqueuses, de conversations décousues et de blagues plus ou moins salaces. Les autres invités interrompaient parfois leurs phrases pour discuter avec l'un ou l'autre et, à chaque fois, Lily était surprise et devait se rappeler qu'ils n'étaient pas qu'eux six. Qu'il y avait au moins une vingtaine de personnes dans l'appartement de James. Cependant, les personnes autour de la table basse, qui avaient d'ailleurs réquisitionné plus de bières et de vodka qu'il était possible de le faire sans paraître impoli, devaient être les amis les plus proches de James et ce, depuis longtemps, à en juger les anecdotes qu'ils échangeaient, certaines datant du lycée.
Lily parvenait tant bien que mal à s'intégrer. Elle posait parfois des questions comme pour demander des éclaircissements sur une histoire qu'ils connaissaient tous par cœur, ou pour prendre partie quand un débat éclatait. Mais la plupart du temps, elle écoutait. Et pour une fois, peut-être à cause de la musique, de la joie et de l'affection qu'ils se communiquaient les uns les autres dès qu'ils se parlaient ou peut être même de la vodka qui commençait à lui chauffer les joues, Lily ne se posait pas mille questions. Elle savait juste qu'elle était bien, qu'elle riait beaucoup et souriait encore plus et c'était chouette. Il ne lui en fallait pas plus.
Lasse de se tenir droite, elle se laissa tomber sans grâce sur le coude. Par ce mouvement, elle se rapprocha de James qui était positionné de la même manière, un peu en retrait et qui regardait le débat opposant Alice et Remus (qui s'était réveillé, l'œil bizarrement alerte pour quelqu'un qui avait frôlé le coma éthylique) et Renata et Sirius sur l'intérêt d'avoir un chien quand on est en couple. Lily profita de ce moment.
« Il est sympa ton appart », lui dit-elle en enfonçant plus profondément son coude dans l'épais tapis gris. « Mais il fait un peu tache, au milieu des autres.
- N'est ce pas ? J'aime bien l'idée.
- Quelle idée ? » demanda Lily en se penchant davantage vers lui pour l'entendre. Il ne se donnait pas la peine de parler très fort malgré le volume de la musique.
« Bah tu sais. D'avoir un truc propre et neuf dans un truc d'aspect aussi miteux et crade...
- Ah oui, ca je comprends. »
Ne lui avait-elle pas dit plus tôt que les apparences pouvaient être trompeuses ? Elle sourit. Ils discutèrent tranquillement, plus calmement que les quatre autres, il fallait le noter. Dès qu'elle finissait son verre, il lui remplissait. Quand elle ressentit le besoin de fumer une cigarette, elle s'agita comme si elle voulait se lever.
« Où est ce que je peux fumer ? » demanda-t-elle, en tournant les yeux instinctivement vers la fenêtre. Allumer une cigarette à l'intérieur la répugnait quelque peu.
James parcourra la pièce d'un œil morne. Plusieurs petits groupes n'avaient pas eu les mêmes scrupules que Lily et fumaient allègrement, sans avoir même pris la peine d'ouvrir les fenêtres. Il soupira et haussa les épaules.
« Te tracasse pas, fume ici.
- Sûr ?
- Je suis sûr que si tu m'en donnes une.
- Avec plaisir », rit-elle en lui tendant son paquet ouvert pour qu'il puisse saisir une cigarette.
Elle lui tendit ensuite son briquet et le regarda enflammer la tige de nicotine. Gardant la flamme allumée, il approcha le feu de son visage pour qu'elle puisse faire de même. Ce geste était très intime et elle en fut ravie. James posa le briquet sur la table et elle s'empressa de le remettre dans la poche de son pantalon, ses briquets ayant une tendance suspecte à disparaître rapidement. A la suite de quoi, elle lui raconta comment une fois, par temps de grand vent, elle avait manqué de se brûler tous les cheveux, quand une rafale avait ramené une mèche directement sur la flamme. Elle paraissait si scandalisée en racontant cette histoire, comme si elle laa revivait en ce moment même, qu'il ne peut s'empêcher de rire comme s'il assistait à la scène en direct.
Lily était heureuse de la complicité qui s'installait entre eux. Elle n'aurait pas pu rêvé mieux.
« Oh merde », lâcha Sirius d'une voix si exaspérée et même légèrement paniquée qu'elle attira l'attention de tout le monde.
Lily le regarda se redresser puis tourna les yeux vers le point qu'il fixait avec cet air catastrophe qui ne lui disait rien qui vaille. C'était l'arrivée d'une magnifique femme qui l'avait interrompu. Lily n'en revenait pas. Des femmes comme ça, ça existait en dehors des magasines ? Grande, brune, parfaitement maquillée et coiffée, parfaitement proportionnée et habillée, pas de petit bidou qui apparaissait sous la robe rouge ultra cintrée, qui en montrait plus qu'elle n'en cachait, pas une éraflure sur ses escarpins noirs vernis vertigineux. Une femme parfaite qui se savait belle et qui se tenait droite en conséquence. Lily baissa les yeux sur sa posture et sa tenue et ne pût que se sentir complexée et diminuée. Surtout que James s'était levé précipitamment pour aller à sa rencontre.
Lily ravala une brusque envie de pleurer. Pour qui s'était elle prise pour pouvoir prétendre se rapprocher de James alors qu'elle était... Qu'elle était... Qu'elle n'était que Lily au final. Quand la femme fatale embrassa James direct sur la bouche, elle tira furieusement sur sa cigarette pour se donner une contenance et surtout, pour réprimer le sanglot qu'elle sentait enfler à côté de son cœur.
« Qui lui a dit de venir ? » aboya Sirius en désignant la fille d'un geste du menton dédaigneux.
« Pas nous, tu crois quoi ? » lâcha Remus, pique au vif d'être accusé de ce qu'il considérait comme une vilenie. On a autant envie de la voir que toi.
Voilà qui mettait du baume sur le petit cœur meurtri de Lily. Visiblement, la femme ne faisait pas l'unanimité auprès des amis mâles de James. Et à voir les regards assassins que leur lançaient Renata et Alice, il en était de même pour les filles. Qui était donc cette fille et pourquoi lui en voulait on a ce point ?
Quand James leva la voix, il capta toute l'attention de Lily. Elle en oublia presque sa cigarette, ce qui n'était pas son genre de les laisser se consumer sans en profiter, au prix où ça coûtait.
Sirius amorça un mouvement pour se lever mais Renata fut plus rapide.
« Laisse, je m'en occupe. »
Elle rejeta ses longs cheveux en arrière et se redressa de toute sa hauteur. Lily jusqu'alors pas remarqué à quel point elle était grande. Et son regard dur était vraiment impressionnant. Lily n'aurait pas aimé en être la destinataire.
« Qu'est ce que tu fais la, Helena ? Personne ne t'a invitée », claqua Renata une fois qu'elle fut assez proche pour être entendu de l'Indésirable.
Ceci dit, en entrant, la fameuse Helena avait jeté un tel froid, que le seul bruit provenait de la musique, désormais assourdissante sans la rumeur des conversations pour la couvrir.
« J'ai entendu dire que James était rentré, je voulais venir lui dire bonjour ! » se défendit la concernée en coulant un regard de braise à James qui resta si imperméable à tant de désir non voile. Lily en fut soufflée. Jamais elle n'oserait aborder un regard qui criait « sexe » si fort en public. Ou peut-être même en privé. James baissa la tête et se pinça l'arrêté du nez, l'air de ne plus savoir comment s'y prendre.
« Je t'ai dit et redit que tu n'avais pas à venir me dire bonjour ou ni même à croiser ma route. T'as mis ma putain de carrière en danger à cause de tes conneries, et c'est mort, je te pardonnerai jamais. Je veux même plus te voir. »
Et pour appuyer ses dires, il se retourna purement et simplement s'assoir à côté de Lily, sans un regard en arrière. Helena esquissa un pas dans sa direction mais Renata se planta devant elle pour l'en dissuader et malgré ses escarpins de douze centimètres, elle ne l'a dépassait pas.
« Allez, va-t'en, Helena, tu t'es assez ridiculisée pour ce soir.
- Mais... »
A bout de patience (Lily avait l'impression que, bien que très gentille, Renata n'était pas du genre très patient et qu'elle s'agaçait vite), Renata poussa Helena vers la sortie. Quand celle-ci commença à l'insulter, Sirius se leva à son tour. Il attrapa l'intruse par les épaules et l'entraîna vers la porte. Elle se débattit et injuria Sirius et tous les autres présents. D'un accord tacite, Renata s'était précipitée pour ouvrir la porte et quand Helena fût sur le palier suite à l'élan donné par Sirius, Renata lui claqua la porte au nez sans aucune autre forme de procès.
Ils revinrent vers le canapé bras dessus, bras dessous. Ils étaient furieux mais aussi satisfaits de l'avoir mise à la porte. Lily avait assisté à la scène impuissante et surtout sans rien comprendre. Elle jeta sa cigarette consumée dans une canette de bière vide et visa son verre d'un trait. James était assis en tailleur à côté d'elle, les épaules voûtées, la tête entre les mains. Alors que plus tôt, ils se chamaillaient pour déterminer si oui ou non, il y avait assez de place sur le canapé pour quatre personnes, d'un même mouvement, Alice se décala vers Remus pour laisser à Renata et Sirius le loisir de s'installer sur le sofa. James ne disait toujours rien.
« C'est bon, elle est partie. Elle ne reviendra pas maintenant », murmura Renata pour l'apaiser.
« Il faut toujours, toujours qu'elle complique tout », grogna James sans relever la tête après avoir poussé un gros, très très gros et très très long soupire. « Quand finira-t-elle par comprendre que je ne peux pas lui donner ce qu'elle veut et que ça n'arrivera jamais ? » demanda-t-il à ses amis, qui restèrent silencieux faute de réponse appropriée. « Sirius, tu veux bien mettre tous ces gens dehors, j'ai plus envie de les voir.
- Comme tu veux, mon gars. Hé Remus, bouge toi un peu et viens m'aider. »
Le Remus en question se leva. C'était la première fois en trois heures que Lily le voyait en position verticale. Comparé à James et Sirius, il semblait petit et fluet, mais les bras qui dépassaient de son t-shirt, bien que minces, semblaient costauds. Comme elle n'avait pas beaucoup entendu sa voix ni ce qu'il avait à dire, Lily réserva son jugement sur celui-ci. Ils vidèrent les lieux de toutes les personnes non désirées en un clin d'œil. Lily se sentit subitement de trop. Elle se leva à son tour en rassemblant ses affaires.
« Tu pars ? » lui demanda Sirius en la voyant debout.
« Ben... »
Elle n'avait pas envie de rentrer maintenant. Bien que la scène éclair ait plombé l'ambiance, elle s'était sentie bien jusqu'à maintenant et passait une bonne soirée. Elle se sentait enfin insouciante et ce n'était pas peu dire.
« Oh mais non, reste », protesta Alice en sautant pour se mettre à genoux sur le canapé. « On va jouer à un jeu maintenant qu'il n'y a plus personne. »
Lily tenta de capter le regard de James. Elle voulait rester mais elle ne voulait surtout pas s'imposer. Il lui sourit en haussant les épaules. Ce n'était pas exactement la réaction qu'elle avait souhaité, mais elle s'en contenterait. Il était clair, après ce qu'il venait de se passer, qu'il avait eu sa dose.
oOo
Quand tout le monde fût mis à la porte, Remus vint récupérer sa place sur le canapé et Sirius reprit la sienne sur le tapis.
Alice, toujours à genoux, remplissait tous les verres tout en parlant :
« Action ou vérité ? Ça vous va ? »
Un grognement lui répondit, sans qu'on puisse déterminer clairement s'il s'agissait d'un oui ou d'un non.
« Vendu. Lily, tu commences.
- Tu ne vas pas faire commencer Lily, Al', ça ne se fait pas.
- Bon, d'accord. Je commence », répondit-elle, sans se départir de son sourire. « James, action ou vérité ? »
Ledit James avait toujours la tête entre les mains, le regard baissait vers les poils du tapis. Lily l'entendit soupirer puis lever les yeux et considérer Alice entre ses cils, un petit sourire taquin ancré sur les lèvres.
« Action, évidemment.
- Evidemment ! Quand répondras-tu à une de mes vérités ?
- Quand tu arrêteras de me poser des questions que tu ne dois pas poser.
- Bon. Dans ce cas, puisque tu veux pas me donner ce que je veux, je vais prendre ce que tu me donnes. Enlève ton T-shirt. »
James se redressa complètement cette fois, un sourire franchement coquin inscrit sur son beau visage. Lily avait senti ses yeux s'écarquiller à cette demande. Alice était-elle intéressée par James, elle aussi, pour lui donner ce genre de gages ? Sirius éclata de rire.
« Ben alors, petite Alice ? On est en manque ?
- Toi, ta gueule. J'attends. »
Sans se départir de son rictus, James attrapa le bas de son pull et, croisant les bras, il l'enleva clairement. Les yeux de Lily, toujours agrandis par la surprise, dévalèrent son corps musclé à souhait (elle remarqua, à son grand soulagement, qu'Alice comme Renata ne se cachaient pas pour admirer les abdos parfaitement dessinés, signe s'il en fallait encore un, qu'il s'entretenait régulièrement). La rouquine bût une gorgée de son verre pour forcer son attention à se focaliser ailleurs.
« Satisfaite ?
- Ouais. A toi.
- D'accord. Sirius, action ou vérité ?
- En tant qu'avocat habitué à travestir la vérité à tout bout de champs, je suis contraint de choisir action.
- Ah oui, Lily, une règle », expliqua Renata en faisant les gros yeux à Sirius, « tu mens, tu bois cul sec, tu n'effectues pas le gage, tu bois cul sec. D'accord ? Sirius est un menteur compulsif et parfois, en deux trois tours, il est rond comme une queue de pelle. Il est interdit de vérité.
- Sauf quand j'ai suffisamment bu et que je suis plus capable de mentir », compléta l'intéressé en croisant les yeux de son meilleur ami, qui le fixait, un air machiavélique au fond des pupilles. « Vas-y, balance.
- Danse le tango avec le balai.
- Je ne sais pas danser.
- Alors bois cul sec. »
Face à cette sentence, Sirius poussa un gémissement, faisant à nouveau ressortir sa vie de comédien raté. Il se le leva alors lentement, pesamment et trouva le chemin de la cuisine. Il revînt quelques instants plus tard avec un balai serpillère qu'il tenait manche en bas, les franges de l'éponge pouvant représenté, après un grand effort d'imagination, une chevelure féminine. Lily, déjà bien imprégnée d'alcool, ne pût retenir son éclat de rire. Sirius lui dédia un regard faussement foudroyant et lui dit "t'es la prochaine", avant d'entamer une série d'entrechats laborieux avec son balai et de le faire virevolter dans tous les sens.
« Mon dieu, vous comprenez pourquoi on ne va jamais danser ? » hurla de rire Renata, écroulée sur le canapé.
Cette remarque fît comprendre à Lily que, contrairement aux apparences et à leur apparente distance, Renata et Sirius formaient un couple et un couple harmonieux et rigolo qui plus est. Enfin, pour ce qu'elle en avait vu, chacun compensant les travers de l'autre : Sirius fantasque et exubérant, Renata calme et timide.
Quand le calvaire du danseur fou prit fin, il revint s'assoir à genoux à sa place initiale. Il vida presque la moitié de son verre et tourna ses yeux gris orage vers Lily qui cessa subitement de rire.
« Ah nous deux, mon lapin. Action ou vérité ? »
En général, Lily était plutôt action, refusant de livrer la vérité à des inconnus. Mais vu les deux gages précédents, elle ne se sentait pas capable d'assumer la tournure que semblaient prendre les défis.
« Vérité ?
- Qu'as-tu pensé de nous, la toute première fois que tu nous as vu ? » lui demanda-t-il, sans détourner les yeux.
Lily en fût soulagée, la question était facile. En plus, c'était l'occasion parfaite pour tendre une petite perche à l'homme toujours torse nu à côté d'elle (et qu'elle s'efforçait de ne pas regarder, bien que ses efforts soient complètement vains). Elle bu un peu de sa vodka tonic, plus vodka que tonic désormais.
« Toi, j'ai cru que tu étais gay à cause de ta théâtralité », tous hurlèrent de rire, « Renata, je l'ai trouvée intimidante, James beau, Remus amorphe mais c'est un vague avis puisque je ne lui ai pas encore adressé la parole et Alice un peu peste. Bien que je sois revenue dessus.
- Tiens, prends-toi ça, garce ! » cria Sirius à l'attention d'Alice, toujours tordu de rire. « Et pour ta gouverne, chère Lily », le ton était faussement froid et cinglant, « Renata est ma femme depuis au moins dix ans.
- Huit en fait », corrigea la concernée en essayant de réprimer son fou rire car elle voyait bien qu'il était froissé.
« Détail, dans deux ans, ça fera dix ans.
- Avocat », rétorqua-t-elle en se penchant vers lui pour l'embrasser légèrement mais avec un amour non dissimulé.
Lily s'empressa de détourner le regard, ayant l'impression d'être une voyeuse. Tant d'affection en public, c'était presque indécent. Remus était toujours mort de rire, pas vexé pour deux sous de la remarque de Lily à son égard. Alice se tenait les côtes en pleurant. Lily regarda alors James qui fixait Renata et Sirius avec envie. Envie de quoi ? Enviait-il Sirius par rapport à Renata ou simplement leur relation ? Visiblement, il avait été en couple avec Helena et cela n'avait pas fonctionné parce qu'elle en demandait trop.
« James, pour toi », fit alors Lily pour capter son attention. « Action ou vérité ?
- Vérité.
- Tu fais quoi dans la vie ?
- Rappelle-moi de ne plus accepter tes vérités à toi non plus », soupira-t-il.
« Ah ! Bien joué, Lily », applaudit Alice, les yeux encore humides à cause de son fou rire.
Sirius avait reporté son attention sur la partie, Renata reprit sa place au fond du canapé.
« Il peut pas vraiment le dire », expliqua-t-il, un air sérieux presque inapproprié sur le visage, à la place de son ami. « Réponds vaguement », lui conseilla-t-il. « Ou bois.
- Si je finis mon verre d'un coup, je vais être malade. Je vais écouter mon avocat », fit James à l'attention de Lily qui n'avait pas perdu une miette de cet échange. « Je suis dans l'armée.
- Oh. »
Donc, Helena avait fait quelque chose qui avait failli compromettre sa fonction. Bon. Et comme elle l'avait déjà pressenti, elle avait mis les pieds dans le plat ; le sujet était bel et bien à éviter. Lily en prit note.
« Désolée, je savais pas qu'il ne fallait pas demander », s'excusa Lily à la seule attention de James.
« Pas grave », évacua-t-il en la bousculant légèrement avec son épaule, pour lui faire retrouver le sourire qu'elle avait perdu en faisant sa boulette. « Remus, action ou vérité ?
- Vérité », répondit l'homme en se redressant pour prendre son verre. Les cheveux en bataille, les yeux rougis par la fatigue et l'alcool, il avait vraiment l'air au bout du rouleau.
Lily ne savait pas ce qu'il faisait dans la vie, l'occasion de lui demander ne s'étant pas présentée. Alors que, d'entrée de jeu, Alice lui avait dit être journaliste et informé que Renata était assistante de direction dans un hôpital, quoi que ça veuille dire.
« Une femme dans ta vie ?
- Oh, ça, c'est une bonne question », commenta Sirius en s'étirant pour attraper une canette de bière sur la grande table, beaucoup trop loin derrière lui pour pouvoir l'atteindre. Il s'échoua lamentablement par terre, faisant rire tout le monde, encore. Sirius était un vrai pitre. Lily se demandait comment il pouvait être dans sa vie professionnel, s'il était bon avocat. Parce que, d'après ce qu'elle voyait de lui, dans la sphère privée, les doutes étaient permis.
Remus grogna. Visiblement, il s'agissait d'une question récurrente.
« Rien de sérieux, pas le temps.
- Tu fais quoi, pour pas avoir le temps ? » questionna Lily sans pouvoir se retenir.
« C'pas ton tour », la rembarra Remus avec un sourire doux, pour atténuer l'agressivité de ses propos.
« Allez, dis », s'enhardit Lily en ouvrant son paquet de cigarettes. Sans le regarder, elle le proposa à James qui en prit une en la remerciant.
« Je suis inspecteur de police, Madame la curieuse. Et puisque tu me cherches, à ton tour. Action ou vérité ?
- On a oublié Alice », essaya de se dégager Lily, craignant une représailles face à sa curiosité.
« Pas grave, action ou vérité ?
- Euh, action.
- Embrasse James. »
Lily haussa les sourcils, légèrement effarée. Pas qu'elle ne le voulait pas, non, elle en mourrait même d'envie depuis qu'elle l'avait rencontré. Mais dans ce cadre-là ? Il risquait de se rendre compte qu'il lui plaisait ? Oh, et puis était-ce vraiment un problème à la fin ?
Elle se pencha vers James et lui colla un baiser sur la joue.
« Nan, un vrai baiser », protesta Alice qui s'était penchée en avant pour ne pas perdre une miette du spectacle qui se déroulait devant elle, avide.
« Ca te dérange ? », demanda Lily à James, dont le torse, toujours nu, la perturbait quelque peu. Dans le bon sens, dans le sens où cela créait des petits papillons dans le bas de son ventre.
« Pourquoi cela me dérangerait qu'une jolie fille m'embrasse ? » rétorqua-t-il en essayant de se concentrer sur le visage de Lily, mais ses yeux semblaient peiner à faire la mise au point. Lily pouvait voir ses pupilles se dilater et se rétrécir sans stabiliser.
Lily approcha sa tête de lui et baissa les yeux vers ses lèvres roses qu'elle désirait goûter depuis qu'elles les avaient vues. Inspirant un grand coup pour se donner du courage (elle était intimidée de faire ça devant un public), elle colla sa bouche sur la sienne quelques secondes avant de reculer.
« Un vrai baiser, j'ai dit ! » ordonna Alice de plus en plus impatiente.
« Oh, meuf, trouve toi un mec », s'exclama Remus en enroulant un bras autour de ses épaules pour l'attirer vers lui.
Lily regarda les autres afin de voir si cette représentation les satisfaisait ou s'il fallait qu'elle s'y colle encore.
« Allez », l'encouragea Renata avec un mouvement de tête vers James. Mais Lily hésitait toujours.
« Bon », souffla James, et il transféra le poids de son corps sur un seul bras pour libérer une main qu'il posa ensuite sur la nuque de Lily et l'attira à lui. Surprise, elle se laissa faire. Il plaqua sa bouche contre la sienne et avant qu'elle n'ait eu le temps de savourer ce contact, elle put sentir la langue de l'homme venir caresser ses lèvres pour l'inciter à les ouvrir. Ne se faisant pas prier, elle s'exécuta immédiatement. Leur langue, timides, se cherchèrent avant de se trouver et de danser franchement. Lily était aux anges et la sensation de James contre elle était vraiment, vraiment bonne et relaxante et savoureuse. Réticente au départ, c'est à regret qu'elle le sentit se reculer. Dès qu'elle put, elle planta ses yeux dans les siens et lui adressa un sourire, auquel il répondit. Puis, à voix basse, si basse qu'elle ne savait pas s'il pouvait l'entendre, elle lui dit, enhardie par ce baiser fougueux qu'il venait de lui donner "on recommence quand tu veux". Elle reprit sa place et son regard se tourna vers Alice, toujours blottie contre Remus mais qui n'en avait pas perdu une miette.
« A toi, action ou vérité ?
- Hou, vérité sans hésiter. Qui sait ce que tu pourrais proposer pour te venger ? »
Seul le sourire démoniaque de Lily lui répondit.
« Très bien, vérité. Vérité, vérité... » répéta-t-elle en murmurant, cherchant l'inspiration. « J'ai trouvé. As-tu déjà eu une relation avec l'un de ces trois garçons ? » questionna-t-elle en désignant tour à tour Sirius, Remus et James qui avait repris sa position de départ, en appui sur les coudes. Cependant, Lily avait l'impression que sa main était plus proche de la sienne que précédemment. Était-ce vrai ou hallucinait-elle encore ?
« Oula, non, hors de question. Je les connais tous trop bien pour y avoir ne serait-ce que songer.
- Et que sous-entends-tu donc là, jeune fille ? » demanda Sirius, étrangement silencieux depuis quelques minutes.
« Que déjà, toi, c'est pas envisageable à cause de notre chère Ren ici présente et que même dans le cas contraire, ça serait pas possible parce qu'en quarante-huit heures, tu m'aurais fatiguée. Que James est jamais là et que Remus... t'as qu'à regarder sa gueule !
- He ! » protesta le dernier insulté ! « T'as vu la tienne !? »
Puisqu'elle était toujours dans ses bras, il entreprit de la chatouiller. Devant leur complicité sans ambiguïté, Lily se prit à être jalouse. Cela devait être bien d'avoir un ami masculin contre lequel on pouvait se blottir et qu'on pouvait câliner sans que ces gestes d'affection ne soient mal interprétés. Parce que, parfois, tout ce dont on a besoin, c'est juste un peu de tendresse, sans amour, sans sexe. Juste de la tendresse. Elle retint son soupire de justesse et s'avachie davantage en reculant ses bras. Le geste n'était pas tout à fait anodin, elle devait l'admettre, se faisant, sa main vint effleurer celle de James qui reposait là. Elle ne se poussa pas, ne s'excusa pas. Il ne fit pas de mouvement pour s'écarter non plus. Elle réprima son petit sourire de victoire.
« Ren, à toi.
- Vérité, j'ai la flemme de bouger.
- J'ai toujours voulu savoir : quelle a été ta plus grosse déception amoureuse ? »
Lily étudiait le visage de la jeune femme au moment où la question était posée et fût surprise par la douleur qui apparut subitement et disparut tout aussi vite dans ses yeux. Quoi que ce soit, cela avait du être moche pour qu'après huit ans de vie aux côtés de Sirius (qui devaient en paraître vingt ; Alice avait raison, Sirius était probablement usant au quotidien), cela la fasse encore souffrir comme ça. Renata prit son verre, quasiment plein et le vida en quelques gorgées. Sirius posa sa tête sur ses genoux tandis qu'elle le reposait et elle lui caressa les cheveux d'une main, l'autre plaquée sur sa bouche, comme si c'était le verre de trop.
« Bon, je suppose que toi aussi, tu prendras plus jamais mes vérités », constata Alice d'une voix ensommeillée.
« Lily, à toi. Action ou vérité ?
- Encore moi ?
- Tu es l'attraction de notre soirée, la nouveauté », commenta Sirius, toujours sur les genoux de Renata comme si cette explication était une justification suffisante.
« Vérité alors. »
Elle était trop bien installée et elle ne voulait pas prendre le risque de perdre le contact avec James si elle se levait.
« Comment tu résumerais ta vie ?
- Genre, en quelques mots ? Comme un inventaire ?
- Ouais. »
Lily saisit son verre et le porta à ses lèvres en réfléchissant. Allait-elle le vider et passer son tour ou allait-elle tout déballer à ses quasi-inconnus avec lesquels elle avait l'impression de bien s'entendre ? Elle but une seule gorgée pour se donner du courage et le reposa. Renata lui lança un petit sourire encourageant.
« Triste et médiocre. »
Un silence s'installa et tous les regards convergèrent vers elle. Et maintenant que la brèche était ouverte, elle s'y engouffra, ressentant l'envie de vider son sac comme jamais.
« J'ai fait de longues études et je suis intelligente mais ça paie pas et ça me dégoute. J'ai un taf de merde qui m'écœure mais qui ne me permet que de vivre dans un appartement minable. Mes parents sont morts et le mari de ma sœur me déteste si bien que je ne la vois plus. Mais bon », soupira-t-elle avec un sourire, « ça va s'arranger, je garde la rage. »
Alice éclata subitement de rire, détendant l'atmosphère soudainement devenue pesante après la déclaration de Lily. Bien sûr, ils étaient tous établis dans leur vie, avec une profession et des amis géniaux, ils ne pouvaient pas comprendre. Mais en se livrant ainsi, Lily espérait se faire accepter. Et Alice lui apporta la preuve qu'elle était en bonne voie :
« Meuf, il faut absolument que tu me donnes ton numéro de téléphone et que l'on se voie sans ces zigotos », fit-elle en désignant les garçons d'un vague geste de la main. « Tu es géniale !
- Ah, tu crois ? » soupira Lily, soulagée par sa réaction.
« Absolument, n'est-ce pas, Ren ?
- Oh, que oui. »
Renata continuait de caresser les cheveux de Sirius, qui semblait sur le point de se mettre à ronronner. Il avait fermé les yeux et son visage, parfaitement détendu, sans les faux airs de fanfaron qu'il se donnait en permanence était plus beau, plus enfantin. Il avait perdu presque dix ans, aux yeux de Lily.
La jeune femme brune étudiait Lily avec un sourire maternel et rassurant auquel répondit Lily par une petite grimace embarrassée.
James se redressa soudainement et interpella Sirius "Je peux te parler une seconde, s'il te plaît ?". L'avocat leva des yeux embués de fatigue vers sa compagne qui hocha la tête, pour le rassurer, la main pourtant toujours près de sa bouche. Sirius se leva, suivit de James. Ils disparurent dans la cuisine. L'instant d'après, Renata bondit du canapé et se rua vers ce que Lily supposait être la salle de bains. Notre jeune fille se leva pour aller l'aider mais Alice la prit de vitesse et disparut dans la chambre de James à son tour. Remus s'était endormi, sans que personne ne s'en rende compte alors qu'une minute auparavant, il était encore en train de torturer Alice par les chatouilles. Lily se mit debout, s'alluma une cigarette et alla baisser la musique.
La soirée touchait à sa fin et elle en avait un peu le spleen. Elle ne voulait pas quitter ces gens qui lui avaient apporté un peu de bonheur et d'insouciance. Pourtant, elle était rassérénée par les mots d'Alice et de Renata qui voulaient la revoir. Peut-être avait-elle fait bonne impression, pour une fois et n'avait pas renvoyé l'image d'une fille mal dans sa peau et empotée mais celle d'une jeune femme déterminée et forte.
Lily s'approcha de la grande table, sa cigarette toujours dans une main et entreprit d'empiler les verres en plastique vides les uns dans les autres pour s'occuper les mains et pour éviter de se concentrer sur les bruits de vomissement qui lui parvenaient en sourdine. Elle avait beaucoup bu et la tête lui tournait agréablement. Elle tangua légèrement sur ses pieds et dut faire une sorte d'entrechat maladroit pour retrouver son équilibre. Le hasard voulut qu'elle se retrouva devant la porte de la cuisine (James, contrairement à elle, avait une cuisine séparée).
James était appuyé contre le lavabo, les bras croisés mais une main dégagée pour se pincer l'arrête du nez. Sirius fouillait le frigo à la recherche d'un truc à boire qui soit sans alcool. Aucun des deux n'avait vu Lily.
L'avocat se redressa en dévissant le bouchon d'une bouteille d'eau gazeuse. Il semblait poursuivre une phrase dont le début avait échappé à Lily.
« … les filles l'ont adoptée, t'as pas vu ? Que tu le veuilles ou non, tu seras amené à la revoir.
- Mais ça, ça me dérange pas, je l'aime bien. Mais je ne pense pas que la mettre dans mon lit soit une bonne idée.
- C'était pas mon idée ça ?
- Si, Sirius, c'était ton idée. Essaie de te concentrer s'il te plait. J'ai pas envie de faire la conversation à un chiot là.
- Ben quoi alors ? »
Sirius était clairement perdu, ne semblant pas voir où son ami voulait en venir.
« Je pense qu'elle est trop fragile pour prendre ce que j'ai à donner, à savoir une histoire sans lendemain.
- Je l'ai pas trouvé fragile moi. Forte même. Elle fait face, elle se plaint pas et elle voit la réalité en face. Elle me rappelle moi, avant.
- J'étais sûr que tu allais dire ça.
- Ben voilà. Et tu m'aimes, moi.
- Oui, surtout quand tu as la bouche pâteuse et que je comprends un mot sur deux.
- Rabat-joie. »
Sirius fit une pirouette pour se tourner vers la porte donnant sur le salon mais son élan lui fit faire un tour à 360° sur lui-même. Il avait pourtant eu le temps d'apercevoir Lily qui n'avait pas bougé de l'encadrement de la porte, ayant compris qu'elle était le sujet de la conversation.
« Oups. »
James releva la tête à ce mot, s'interrogeant sur la raison qui avait poussé son ami à cette exclamation enfantine. Quand il croisa le regard de Lily, ses sourcils grimpèrent si haut sur son front qu'ils disparurent presque dans ses cheveux en bataille.
« Tu as tout entendu je suppose ? »
Lily hocha la tête incapable de répondre. Elle cherchait le courage et la logique d'aligner tous les mots qui se bousculaient sans tête pour exprimer ce qu'elle voulait dire.
« Pardon, je voulais pas...
- Je ne suis pas une chose fragile, James. J'ai des problèmes mais je t'ai pas demandé de les régler. Tu me plais, je peux pas le nier. Et le meilleur moment de la soirée restera probablement celui où on s'est embrassé. Mais j'attends rien de toi. »
Elle avait parlé vite, comme si elle craignait de se dégonfler et d'une voix étonnamment fluide pour son état. Elle était fière d'elle. Les sourcils de James redescendirent à leur place et il lui sourit. Sirius, qui avait assisté à l'échange, allait donner une grande claque à l'épaule de son ami en s'exclamant :
« Bon, je crois que je vais retrouver ma femme et qu'on va vous laisser seuls ! »
Lily eut un gloussement gêné. C'était tout ? C'était ça ? Elle avait gagné le droit de rester avec James ce soir ? Si tel était le cas, alors ça serait certainement la meilleure soirée de sa vie. Parce que pour une fois, pour une fois, elle obtiendrait le mec qu'elle voudrait, qu'elle aurait passé une bonne soirée et qu'en plus, elle se serait faite des copines.
Sirius tangua jusqu'à elle et la contourna tant bien que mal pour retourner dans le salon. Lily, embarrassée et intimidée, tout d'un coup, le suivit. Renata était revenue et abordait une queue de cheval désordonné et un magnifique teint livide. Elle se précipita dans les bras de Sirius qui l'écrasa contre lui dans un élan d'affection. Ils saluèrent tout le monde de loin et s'éclipseraient sans demander leur reste, probablement pressés de rentrer chez eux. Pendant ce temps, Alice essayait de réveiller Remus qui avait plongé dans les bras de Morphée tête la première.
« Le pauvre », le défendit-elle tandis que Lily riait sous cape, « ça fait presque quarante-huit qu'il n'a pas dormi, il était de garde hier soir. Il en peut plus.
- Laisse-le dormir ici », proposa James en s'appuyant contre le chambranle de la porte de la cuisine.
La proposition, aussi altruiste et serviable soit-elle, chagrina Lily qui espérait désormais réellement passer la fin de la soirée rien qu'avec lui. Sans le vouloir, Alice sauva ses rêves.
« Non, il doit m'emmener à l'aéroport à 10h, je pars pour New-York quinze jours. D'ailleurs, tu seras là à mon retour ? »
Elle lâcha le bras de Remus qu'elle secouait sans ménagement mais sans succès pour se tourner vers James qui n'avait pas bougé. Celui-ci haussa les épaules.
« Normalement, oui.
- Ouf. »
Lily ne savait pas si son "ouf" était pour la réponse de James ou pour le réveil de Remus. Il se redressa avec difficulté en se frottant les yeux avant de s'étirer. Puis, il regarda tout autour de lui pour essayer de déterminer où il était. En voyant le visage familier de la petite blonde, il sourit.
« On y va ?
- Oui !
- Prenez un taxi surtout », recommanda James alors qu'ils quittaient son appartement.
« Oui, papa », maugréa la voix endormie de Remus en fermant la porte derrière lui.
Et quand, finalement, Lily et James furent enfin seuls, la jeune fille ne sut plus où se mettre. James marcha lentement vers le canapé et s'y laissa tomber, littéralement. Le mouvement aurait pu être balourd mais, aux yeux de Lily, il était la grâce incarné. Elle déraillait complètement. Peut-être devait-elle rentrer chez elle finalement ?
« Je... euh... tu veux que je rentre ?
- Tu m'offres une dernière cigarette avant ? »
Elle acquiesça en souriant et se penchant sur la table basse pour repérer son paquet dans la masse de cadavre de bouteilles vides. Elle se pencha pour le récupérer en maintenant ses cheveux contre sa gorge pour éviter qu'ils ne trempent dans un verre à moitié plein abandonnés sur la table. Tout en s'asseyant sur le canapé à côté de James (pas réellement collé à lui mais pas loin non plus), elle attrapa une canette vide qui ferait office de cendrier. Elle lui tendit une cigarette et se contorsionna pour sortir le briquet qui était resté niché quasiment toute la soirée dans la poche avant de son jeans.
« J'ai vraiment passé une bonne soirée », lui dit-elle alors qu'il allumait sa clope. Lorsqu'il lui rendit son briquet, il répondit :
« Oui, c'était cool. »
Un ange passa. Ils fumèrent en silence. À un moment, James se pencha pour attraper leurs deux verres qui n'étaient pas encore finis. Il proposa le sien à Lily qui y trempa le bout des lèvres dedans mais ne put se résoudre à boire. Elle sentait qu'elle avait atteint sa limite et qu'une gorgée de plus serait fatale. Et ce n'était pas le moment d'être malade. Au bout d'un moment, James reprit la parole, sans la regarder.
« Ecoute Lily...
- J'ai compris, tu sais. Et j'attends rien de toi. Si je t'ai bien cerné, c'est ça qui te dérange. »
Il hocha la tête sans un mot.
« Juste, me laisse pas seule ce soir. J'en ai marre d'être seule et j'ai passé un trop bon moment pour qu'il soit gâché par ma solitude de mon vieux lit. »
James balança son mégot pas tout à fait fini dans son verre pas tout à fait fini non plus et regarda enfin Lily. Ils se jaugèrent des yeux et quand enfin Lily lâcha la fin de sa clope dans sa bouteille de bière, il lui sourit.
« Tu vas voir, mon lit est très confortable. »
Et il se leva en lui tendant la main, main qu'elle s'empressa de saisir.
oOo
Parfois, il faut arrêter de réfléchir et prendre la vie comme elle vient, accepter les petits bonheurs simples et simplement continuer à espérer pour l'avenir. Et ne jamais se décourager.