Bonjour à toutes et à tous !
Je suis de retour pour vous offrir cette histoire, un Sabriel qui a germé dans mon esprit il y a quelques temps. Ceci est un slash, ce qui sous-entend des relations amoureuses entre hommes, donc homophobes s'abstenir.
Cette fiction (qui devait au départ être un OS, mais je suis incapable de m'arrêter, shame on me) comprendra approximativement 4 chapitres (si je ne change pas d'avis d'ici-là).
C'est la première fois que j'écris du Sabriel, et j'avoue ne pas être très sûre de moi sur ce coup-là. Ce pour quoi j'attends avec impatience vos avis, compliments comme critiques ou suggestions. Les reviews, c'est bon pour la santé. ^^ J'espère par ailleurs que cette petite histoire sans prétentions saura, éventuellement, convertir certains et certaines d'entre vous au Sabriel, un pairing très riche et savoureux hélas peu exploité en français.
Je précise que cette fiction est dédiée à Plume-now, une charmante auteure de fanfictions, fan de Sabriel, qui m'a inspiré cette histoire dans sa review faisant suite à ma précédente fiction. Tu t'attendais à voir Gabriel débarquer dans le motel pour réconforter le pauvre petit Sam tout abandonné à sa détresse… eh bien c'est fait. Merci de m'avoir inspiré cette fic'. (A ce titre, cette histoire peut être éventuellement considérée comme une suite de « J'aimerais pouvoir te dire », mais les deux fictions n'ont rien à voir l'une avec l'autre, je le précise.)
Enfin, ajoutons que ni Supernatural ni les acteurs ne m'appartiennent, malheureusement. Si j'avais un Jared et un Richard à la maison, je ne serais pas là pour vous parler, les amis.
Sur ce, bonne lecture !
Chapitre 1
Le défi
Le jour où tout commença était… un mardi. Ce qui était une sacrée ironie quand on y pensait, se dirait plus tard Sam Winchester. A croire que Gabriel avait décidé un matin en se levant que le mardi était La-Journée-Durant-Laquelle-On-Pouvait-Embêter-Sam-Winchester-En-Toute-Impunité. Ce qui s'était passé durant le Mardi Maudit n'avait certes que peu – voire pas du tout – de rapport avec ce qui se passa ce soir-là et les évènements qui s'ensuivirent, mais Sam ne pouvait s'empêcher de songer, avec une certaine incrédulité, à la façon dont les choses pouvaient radicalement changer sans même qu'on s'en aperçoive – passer de « je tue ton frère une centaine de fois/je vais me venger connard » à… ça.
Tout commença donc un mardi soir comme les autres – un motel paumé au fin fond de l'Iowa, un groupe de fantômes vraisemblablement tous assassinés par la même femme et qui s'étaient associés dans le but de se venger d'elle (sauf qu'ils ignoraient quelle était sa véritable identité et qu'ils tuaient donc toutes les jolies filles qui passaient par là), une journée interminable à interroger les proches des victimes sous couvert d'être soi-disant agents du FBI, et… Dean et Castiel qui roucoulaient dans la chambre de l'aîné Winchester.
Sam poussa un gros soupir en observant Castiel adresser un sourire lumineux à son frère et regarder ce dernier comme s'il était le Messie en personne. Et Dean d'adresser un sourire – plus timide, plus discret, mais tout aussi rayonnant – à l'ange.
Le chasseur secoua la tête et replongea illico dans sa recherche Internet en quête d'une Veuve Noire ayant sévi quelque part dans la région. Mais non. Rien à faire. A défaut de voir Dean et Castiel se faire des mamours, à présent, il les entendait. Merveilleux.
Sam ouvrit un article qui semblait prometteur et soupira de nouveau. Ce n'était pas qu'il était jaloux. Ce n'était même pas non plus que la perspective de voir ces deux-là ensemble l'agaçait ou l'horripilait. Bien au contraire. Dean et Castiel s'étaient enfin décidés à se déclarer leur flamme quelques semaines plus tôt, et Sam en avait été absolument ravi – il fallait dire qu'il avait légèrement donné un coup de pouce au processus, après tout. Ils étaient heureux tous les deux, et Sam ne pouvait que s'en réjouir.
Non, le problème tenait plutôt au fait qu'il se sentait assez seul, ces derniers temps. Il avait la désagréable sensation – avérée – de tenir la chandelle quand ils étaient tous les trois, tandis que Dean et Castiel s'échangeaient des regards brûlants on ne pouvait plus gênants pour le spectateur présent. Déjà que lorsqu'ils n'étaient pas ensemble, ce n'était pas franchement mieux… Sam commençait à se demander sérieusement où était réellement sa place dans leur trio, tandis que Dean ne parvenait à lui parler que de Castiel et que Castiel passait tout son temps avec Dean.
Sam releva la tête, se faisant la réflexion que la chambre était bien silencieuse tout à coup. Il analysa la scène avec attention et – oh. Son frère et l'ange se regardaient fixement, les yeux dans les yeux. Une seconde. Deux secondes. Trois. Cinq. Dix.
OK.
- Je vais aller dormir un peu, mmh ? lança Sam en fermant l'ordinateur et en se levant dans le même mouvement.
- Huh-huh, acquiesça Dean sans bouger d'un millimètre (c'était si touchant d'être l'objet de tant d'attention, nota Sam, à peine sarcastique).
- D'accord, lâcha Castiel en détaillant le visage de son petit-ami du regard.
Ni l'un ni l'autre ne relevèrent qu'il était à peine dix-neuf heures.
Quand il referma la porte derrière lui, Sam les entendit très clairement se jeter l'un sur l'autre avec force bruits de baisers et de vêtements froissés. Ça, c'était l'autre raison qui provoquait l'amertume de Sam. C'était un peu compliqué de ne pas être attristé quand on avait l'impression très nette d'être un gêneur. Il se sentait dans la peau d'un emmerdeur de première qui empêchait les deux seules personnes faisant partie de sa vie de tourner en rond, rien qu'en étant là. Très valorisant.
Etouffant un troisième soupir, peiné cette fois-ci, Sam se dirigea vers sa propre chambre. C'était l'un des gros – et uniques – bénéfices personnels qu'il tirait de la mise en couple de Castiel et de son frère. Chambre à part, aucune discussion permise sur le sujet. Extase absolue.
Ordinateur sous le bras, le chasseur glissa la clé dans la serrure en tentant de se dire que non, passer une soirée supplémentaire entièrement seul n'était pas si grave que ça. Qu'il n'en était pas le moins du monde accablé. Que ça ne le déprimait pas du tout.
Peu convaincu, mais se refusant à adopter la technique Dean Winchester (partir en virée dans un bar, écluser un nombre exponentiel de verres et éventuellement trouver de la compagnie pour un soir, attitude qui tentait peu le cadet), Sam tourna la clé, lentement, sans enthousiasme. Bonjour, ô chambre 12 du Motel 6, antre sinistre et dépenaillé où je vais passer une nuit douce et reposante. Quel bonheur de dormir dans une chambre aussi sinistre, dépenaillée et…
Sam écarquilla les yeux, s'arrêta net, la bouche ouverte en un « o » peu esthétique, bras ballants – mais pas trop, il ne voulait pas avoir à racheter un ordinateur –, complètement stupéfait.
Depuis quand les Motel 6 offraient à leurs clients une chambre digne du Marriott ?
Non, ce n'était pas la bonne question.
Comment se faisait-il qu'il n'ait pas remarqué ça le matin même en se levant ?
Non, non, toujours pas la bonne question. Il fallait dire qu'il était réellement ahuri et que son pragmatisme en avait profité pour partir faire une promenade.
Pourquoi sa chambre avait-elle changé d'aspect ?
Sam ferma les paupières, les rouvrit et scruta le décor. Aucun changement. Sa chambre faisait bel et bien, désormais, vingt à trente bons mètres carrés de plus qu'il n'était physiquement possible compte tenu de la répartition de l'espace dans la véritable chambre, le lit avait une taille king-size (merveille entre toutes), la moquette était moelleuse et non plus défraîchie, une télévision écran plat trônait contre le mur, et il y avait même un bar-kitchenette-mini salle à manger ou quelque chose du genre, au centre duquel se tenait…
- Hello Samsquatch ! Dis-moi, ça faisait longtemps qu'on s'était pas vus, tous les deux ! Alors, content de ma surprise ?
Gabriel.
Evidemment.
Dire que durant quelques secondes il avait cru être victime d'un démon ou d'hallucinations – oh, Lucifer, bonjour. Tu es une flèche, ce soir, Sam.
Sam ferma la porte derrière lui, encore un peu ébranlé. Sa chambre de motel était désormais l'équivalent d'une suite limite présidentielle. OK. Très bien.
- Qu'est-ce que tu fiches ici ? attaqua-t-il immédiatement, peu enclin à se montrer poli et courtois quand un Archange quant à lui très mal élevé pénétrait dans sa chambre pour faire Dieu savait quelle connerie – quoiqu'à la réflexion, même Dieu ne devait pas le savoir.
Gabriel prit une moue mi-vexée, mi-peinée.
- Oh, Sammy, tu me déçois, vraiment…
- C'est Sam.
- Moi qui voulais te faire plaisir, qu'on se fasse une petite soirée télé et tout et tout… continua l'Archange en ignorant royalement l'intervention. Voilà l'accueil que tu me réserves. Quelle tristesse. Peut-être ferais-je mieux de repartir et…
Sam se passa une main dans les cheveux, désorienté, et posa son ordinateur sur le bureau – oh, il avait un bureau maintenant. En bois massif. Depuis combien de temps rêvait-il de travailler sur un bureau pareil plutôt que sur les tables miteuses et couvertes de graffitis des diners où son frère et lui se rendaient ?
Il pouvait toujours supporter Gabriel quelques petites heures, après tout. Rien que pour le bureau. Et le lit king-size – enfin un matelas adapté à sa taille.
Le chasseur jeta un coup d'œil en biais à Gabriel. Toujours le même. Il n'avait vraiment pas changé depuis la dernière fois – assez catastrophique, par ailleurs. L'Archange, que plus personne n'avait vu ni de près ni de loin depuis l'épisode de l'hôtel des Champs-Elysées et qu'on pensait mort, s'était amusé à couvrir l'Impala de dessins à la craie – des cœurs, des « peace and love », des petits angelots, des arc-en-ciel, une licorne rose fuschia et enfin l'inscription « Je suis de retour ! ». Dean avait manqué s'étrangler de fureur, et s'était précipité avec un couteau très aiguisé sur la personne de Gabriel lorsque ce dernier était apparu au beau milieu du parking en s'exclamant avec emphase : « Coucou les amis ! C'est moi ! Je suis de retour ! Que je vous explique, en deux mots : j'ai réussi à embrouiller Lucifer (je suis vraiment trop fort), et puis je suis tombé sur une armée de démons, que j'ai réduits en bouillie pour vous permettre d'accomplir mon plan fantastique, félicitations pour le coup de la Cage d'ailleurs, et j'ai été un peu à court de jus, j'ai dû me cacher le temps de recharger les batteries, mais maintenant c'est bon, je reviens vous pourrir la vie, j'ai plein d'idées en tête, alors sinon dites-moi : il s'est passé quoi pendant mon absence ? ». Sam n'avait pas trop su s'il devait rire ou pleurer – pleurer par égard pour Dean qui allait le décapiter à coup de machette s'il osait rire, bien sûr, certainement pas pour l'état de la voiture (ce n'était que de la craie, après tout, même pas de la peinture).
Au final, il était plutôt content de revoir l'Archange/Trickster. Pas qu'il ait une affection particulière pour lui, mais il avait été peiné de le savoir mort. Après tout, Gabriel s'était plus ou moins sacrifié pour eux, et il avait choisi de les aider, après de longues hésitations. C'était grâce à lui que l'Apocalypse avait foiré. Bon, et qu'il avait passé un moment dans la Cage, aussi – ce qui l'avait conduit à égarer son âme au passage puis à devenir fou – mais Gabriel n'avait jamais précisé ça dans son plan originel. Certes, il avait tué Dean un nombre incalculable de fois, et Sam lui en voulait encore un peu pour ça – sa rage étant atténuée par le fait que Gabriel avait accepté de le ramener dans le passé. Toutefois, l'Archange était plutôt distrayant, et il s'agissait d'un allié de taille. Sam n'avait pas le cœur de le détester. Il détestait déjà bien assez de gens comme ça.
L'Archange avait enfin cessé son long monologue d'auto-apitoiement, et Sam profita du silence pour demander, en pénétrant dans le mini bar tout neuf :
- Et sinon, que me vaut ta venue ici, accompagné d'une chambre plus digne d'un hôtel cinq étoiles que d'un motel minable dans l'Iowa ?
Le chasseur s'affala sur un tabouret, face à Gabriel, lequel haussa les épaules, impassible, et claqua des doigts pour faire apparaître un moelleux au chocolat sur le bar. Quitte à devoir expliquer l'histoire de la vie à Sam Winchester, autant le faire avec beaucoup de sucre.
- Je m'ennuyais. (Sam haussa un sourcil.) Je me suis dit que j'allais venir te rendre une petite visite. Non, parce que j'aurais pu aller voir les deux autres oiseaux là-bas (Gabriel esquissa un geste vague en direction de la chambre de Dean et de Castiel), mais, bah… pas envie de subir les foudres d'un Dean-o en manque de sexe.
Sam grimaça.
- Ne m'en parle pas.
- Je ne t'en parle pas, rétorqua Gabriel en lui faisant son sourire spécial-Trickster (celui qui signifie « je suis en train de te faire chier, je le sais et ça m'amuse beaucoup »).
Sam, qui connaissait bien le sourire et sa signification, leva les yeux au ciel et Gabriel sourit de plus belle.
Il ne faisait que dire la vérité. Il s'ennuyait profondément dans l'appartement qu'il habitait – pardon, qu'il squattait. C'était l'inconvénient d'être un Archange immortel vivant parmi les humains : on s'ennuyait vite, souvent et intensément. Gabriel avait alors retourné dans sa tête une foultitude d'idées à appliquer pour se distraire. Jouer un tour à la Trickster ? Bah, aujourd'hui il était en vacances, pas le cœur pour le travail. Peaufiner un énième univers alternatif ? De toute façon, il n'avait personne sur qui l'appliquer pour le moment. Regarder la télévision ? Que des programmes horribles qui lui faisaient grincer des dents rien que d'y penser en jetant un œil à la programmation. Lire un livre ? Déjà tous lus. Aller en boîte ? Pour écouter du Justin Bieber ? Pouah.
Et là, il avait eu une illumination. Les Winchester. Evidemment.
Et plus précisément, Sam Winchester.
Parce que Dean était moins drôle à embêter, d'une – parce que c'était Dean, déjà, et parce que Castiel allait s'en mêler, ce qui aurait été amusant si Dean n'était pas encore plus chiant quand son angelot était dans les parages – et de deux, parce que Sam… c'était Sam, quoi. L'Archange ne regrettait pas d'être venu voir le chasseur. A chaque fois, c'était synonyme d'amusement pour toute la journée – ou la soirée, dans ce cas précis.
- Et donc ? soupira Sam – mais Gabriel voyait bien qu'il n'était pas si agacé qu'il voulait le faire croire.
Il aurait mis sa main au feu que, premièrement, il adorait la chambre (hey, Gabriel n'était pas un amateur, s'il vous plaît !), et que, deuxièmement, avoir un peu de compagnie ne le répugnait pas vraiment. Pour être honnête, Gabriel devait reconnaître qu'il ne crachait pas non plus sur la présence de quelqu'un – fusse Sam Winchester. Parce que, de toute façon, embêter le gamin était une de ses activités préférées.
- Et donc, eh bien… Voici le résultat ! (Gabriel écarta les bras pour lui montrer ledit résultat. Il se pencha et ajouta en haussant un sourcil significatif :) J'ai un peu amélioré le décor, parce que je me suis dit, autant être à l'aise, vois-tu. Et la chambre originelle… (Il grimaça.)
- Je ne te le fais pas dire, agréa Sam.
- Non, tu ne me le fais pas dire, en effet.
Gabriel se régala de la mine exaspérée du chasseur.
- Et je me suis permis d'insonoriser la chambre de nos frérots respectifs. Histoire que la population de cette ville puisse avoir la paix au moins une nuit.
L'Archange se sentit un peu – et ridiculement – fier de voir Sam étouffer un léger rire. Quoiqu'il avait de quoi se vanter, à la réflexion. Sam Winchester était quelqu'un de très difficile à faire rire. Quelle tristesse.
- On va peut-être pouvoir s'entendre, alors, lâcha enfin le chasseur, amusé.
Puis son sourire se gomma aussi vite qu'il était apparu (oh, ça n'aura pas duré longtemps, songea Gabriel, sincèrement compatissant envers ce jeune humain qui se déridait si peu – que c'était affligeant – et un peu déçu), et Sam tenta de reprendre une mine sérieuse.
- Et… comment m'as-tu retrouvé ?
- Secret d'Archange, très cher.
Gabriel n'allait tout de même pas lui avouer qu'il lui avait volé son portable quand il avait le dos tourné, mémorisé le signal GPS de l'appareil puis s'en était servi pour pister son propriétaire – après avoir jeté un petit sortilège anti-démon, tout de même, parce qu'ainsi, pas besoin de dire à Samsquatch qu'il devrait protéger un peu mieux son portable. Autant que le gamin croie qu'il était le seul à savoir faire mumuse avec les nouvelles technologies; ça rendait les choses encore plus divertissantes et ouvrait tout un tas de possibilités exaltantes.
Sam eut l'air dubitatif, mais ne dit toutefois rien – probable qu'il se doutait que Gabriel ne répondrait pas à ses questions, aussi implorant soit-il. Ce dernier se servit une généreuse part de moelleux au chocolat sous les yeux réprobateurs du chasseur et – était-ce de la condescendance qu'il lisait dans son regard ? Père. Les jeunes générations n'avaient plus aucun respect pour les anciens.
- Je dois dire, continua lentement l'Archange en choisissant délibérément d'ignorer cet affront (parce qu'à vrai dire, c'était assez plaisant, de la part du petit Sammy), que je suis… vexé.
- Ah ? Et qu'ai-je donc fait à Sa Majesté Gabriel pour qu'il se sente ainsi offensé ? s'enquit Sam, un peu étonné et totalement sur ses gardes.
Gabriel leva les yeux au ciel, faisant mine d'être énervé par la pique, puis il s'exclama :
- Tu as réussi à mettre Dean-o et Cassy ensemble !
Les sourcils de Sam se haussèrent démesurément haut. Tellement haut que c'en était presque impressionnant, bien que Gabriel avait du mal à en estimer la hauteur précise, avec cet amas de cheveux qui tombaient devant.
- Et en quoi c'est grave, explique-moi ? Tu as des penchants homophobes ?
- Quoi ? s'insurgea l'Archange. Tu me prends pour qui ?
Ah, si tu savais, Sam, tu ne dirais pas ça. Certainement pas… Gabriel en gloussa mentalement.
- Alors quoi ? insista Sam. Tu trouves que Dean ne va pas prendre soin de ton frère ?
C'était une bonne question, pas stupide du tout, et Gabriel devait admettre qu'il n'y avait même pas réfléchi une seconde. Visiblement, Sam avait plus de bon sens que lui pour ce qui était des relations sociales.
Gabriel agita son couteau maculé de chocolat – il fallait qu'il se resserve – en direction de l'impudent.
- Ah, ça, Sammy…
- Sam.
- … c'est une autre histoire. Castiel fait ce qu'il veut. Et puis peut-être que ton charmant frérot sera un peu plus délicat avec lui que s'ils n'étaient pas ensemble.
Sam inclina la tête, visiblement d'accord, et s'empara à son tour d'une part de gâteau tout juste découpée par son vis-à-vis. Il était temps.
- Il est bon, hein ? s'enquit Gabriel, ravi de voir son interlocuteur succomber enfin à la tentation.
Huit minutes et trente-six secondes, un record.
- MMhoui, approuva Sam, la bouche pleine, et visiblement très gêné de devoir parler dans cette position, ce qui amusa considérablement Gabriel.
- Je sais. Je suis un pâtissier fantastique.
Sam déglutit.
- Tu ne cuisines même pas, s'indigna-t-il. Tu claques des doigts et ça apparaît tout cuit devant toi.
- Mais c'est tout un art, rétorqua Gabriel, fermement convaincu.
La seule et unique fois, il y avait fort longtemps, où Raphael avait ainsi claqué des doigts pour faire goûter à ses frères des spécialités terriennes, par pure curiosité, Michael avait failli mourir empoisonné, Lucifer avait eu de terribles crampes d'estomac durant une semaine entière – c'était peut-être pour ça qu'il haïssait autant l'humanité ? – et lui-même avait illico tout recraché à la figure de son aîné direct, parce qu'il avait moins de tact – et d'hypocrisie – que ses frères.
Sam repoussa une mèche de cheveux en arrière et fit la moue en le fusillant du regard.
- Et mis à part ton inégalable prétention, quel est donc le problème avec Dean et Castiel, et le fait que je les ai réunis – au prix de longs efforts et de discussions très gênantes avec ton frère ?
Gabriel ne put s'empêcher de pouffer en entendant ses derniers mots. Sam avait-il dû expliquer la vie et l'amour à Castiel ? Où était la vidéo ?
Il ne savait pas ce qui l'amusait le plus : l'idée de Sam bafouillant et rougissant, ou de Castiel ne comprenant rien à rien. L'assortiment des deux, peut-être. Un grand cru, à n'en pas douter.
Avisant la tête de Sam (en mode « rigole encore et je te plante une épée d'Archange dans le ventre, tu m'en diras des nouvelles »), Gabriel soupira et expliqua :
- Je voulais les mettre ensemble !
Sam haussa un sourcil de nouveau, et lui accorda une de ses plus magnifiques bitch-faces.
- Désolé. L'occasion s'est présentée quand tu n'étais pas là. J'aurais peut-être dû appeler la Gabriel Line Express ?
Gabriel fronça les sourcils, vexé.
- Oui !
- Ah ?
L'Archange pouvait clairement sentir le doute et, pire encore, la moquerie dans la voix de Sam.
- J'avais des idées géniales pour les réunir ! s'exclama Gabriel, emporté par le flot desdites idées géniales. J'ai eu le temps d'y réfléchir, ces dernières années !
- Je m'en doute, marmonna Sam, et Gabriel se demanda, perplexe, s'il était déçu, voire fâché, que l'Archange n'ait pas donné signe de vie durant tout ce temps-là.
Il en eut presque envie de s'excuser, mais un obscur instinct lui soufflait que Sam n'en aurait rien à faire – et puis, il était Gabriel. Il ne s'excusait pas. Là.
Aussi continua-t-il sur sa lancée.
- J'avais une magnifique idée d'univers alternatif, vois-tu Samsquatch, où…
- Oulà. Stop. Ne m'en dis pas plus. Je ne veux pas savoir !
Gabriel fronça les sourcils et scruta Sam, perplexe. Ce dernier secoua la tête et, appuyant ses coudes sur le bar, fourragea dans sa crinière brune en un geste que l'Archange était tenté de qualifier de désespéré.
- Sérieusement. Je ne veux pas savoir ce que tu leur avais prévu. Je ne doute pas que ce soit original. Ni que ça aurait pu marcher. (Flatté, Gabriel se rengorgea.) Mais… Je crois que j'en ferais des cauchemars. Comme si ce que j'ai vu ne suffisait pas.
Gabriel, intéressé, s'assit sur un tabouret face au chasseur, et se pencha vers lui.
- Ce que tu as vu ? Qu'est-ce que tu as vu ?
Sam releva la tête et lui adressa un regard misérable.
- Dean. Castiel. Au lit. Nus. Enfin, Castiel avait sa cravate.
Gabriel hocha la tête, dégoûté.
- Beurk. Ton frère fantasme sur la cravate de Cassy. Je ne veux pas imaginer ce qu'ils ont pu faire avec.
Sam renifla avec un mépris que l'Archange espéra destiné au couple dans la chambre d'en face plutôt qu'à lui.
- Et ils se faisaient… des choses.
- Quel genre de choses ? s'enquit Gabriel en se penchant encore – un peu plus et il se retrouvait littéralement nez à nez avec le chasseur.
- Tu veux vraiment savoir ?
L'Archange prit le temps de la réflexion.
- Ma curiosité malsaine me dit oui. Mon instinct de préservation, non.
- Suis ton instinct. Conseil d'ami.
- Ami ? releva Gabriel, étonné. Alors comme ça, on est amis ?
- Euh…
Sam détourna le regard, préférant visiblement ne pas répondre. Gabriel, lui, se perdit dans des pensées nébuleuses et profondément enfouies.
Amis. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu d'amis ?
Si l'on exceptait ses (nombreuses) conquêtes, évidemment, puisque ce n'était pas de l'amitié, ses frères (ça en était encore moins), et les autres dieux païens (plus des collègues de travail, pour tout dire), Gabriel se retrouvait avec un nombre très restreint. Quasi nul.
Tout en détaillant Sam du regard, l'Archange réalisa que le concept lui plaisait assez. Etre ami avec Sam Winchester. Pourquoi pas ? D'un autre côté, Gabriel ignorait ce qu'était réellement l'amitié, et ce en quoi ça pouvait bien consister; m ais oui, indéniablement, l'idée était tentante. Quoiqu'impossible. Sam Winchester ne voudrait pas d'un Trickster/Archange en fuite et qui avait assassiné son frère trop de fois pour pouvoir les compter, en tant qu'ami. Ça en aurait été blessant si Gabriel ne s'était pas forgé depuis très, très longtemps une carapace contre ce genre de sentiments parasites.
De toute façon, à quoi ça pouvait bien servir, un ami ? Ridicule. Pff. Reprends-toi, Gabriel.
- Ah là là, tu me surprendras toujours, Gigantor.
Sam reporta son regard sur Gabriel, perplexe, et fronça le nez.
- Moi ? Je te surprends ?
Gabriel mordit vigoureusement dans sa part de moelleux en agitant le doigt d'un air qui se voulait docte.
- Ça oui, Sammish. Jamais la réaction à laquelle je pense. Toujours à dire ou faire des choses auxquelles personne ne s'attend. C'est bien pour ça que j'adore t'embêter. Je ne sais jamais comment tu vas réagir ou ce que tu vas faire et penser… C'est fascinant.
Sam fit la moue, et Gabriel constata qu'il semblait partagé entre le fait de ne pas apprécier l'idée ou au contraire de la goûter pleinement – ce n'était pas tous les jours qu'on surprenait l'archange Gabriel, après tout.
- Je ne sais pas si je dois me sentir vexé ou si je dois me réjouir de mon potentiel à te prendre au dépourvu, lâcha le chasseur, faisant écho aux réflexions de son vis-à-vis.
- Réjouis-toi, répliqua-t-il. C'est un compliment.
- Ah oui ? (Sam avait l'air sincèrement surpris, ce qui agaça Gabriel sans qu'il sache pourquoi.)
- Là, c'est moi qui te surprends, remarqua l'archange.
Sam grimaça, piqué au vif.
- Mais pas du tout ! Je ne suis pas surpris !
Gabriel reposa sa part de gâteau, sentant arriver quelque chose qui, à l'œil nu, pouvait être potentiellement très amusant. Il avait un don pour repérer ce genre de situations – et pour en exploiter au maximum les capacités, ce dont il était plutôt fier.
- Pourquoi nies-tu que je parviens à te surprendre ?
- Parce que ce n'est pas le cas, déjà. Ce qui, j'espère, te dissuadera de me faire subir quelques-unes de tes… plaisanteries à l'avenir.
Sam se sentait gêné. Il avait trop chaud, il était agité, et tout ça à cause d'une seule et unique raison : Gabriel mijotait quelque chose. Il le savait. C'était placardé en police 72 sur le visage du Trickster/Archange. Pourquoi était-il venu, celui-là, déjà ? Il n'aurait pas pu rester chez lui tranquillement au lieu de venir l'embêter ?
Gabriel, quant à lui, songeait qu'il ne regrettait vraiment pas d'être venu dans ce minable Motel 6 – lui qui ne logeait que dans les Hilton. Une idée germait dans son esprit, lentement, et ne demandait qu'à s'épanouir. Il était quasiment sûr que Sam tomberait dans le panneau la tête la première.
- Si, Sammy, j'arrive toujours à t'étonner.
- Tu racontes n'importe quoi. Et c'est Sam.
- Je t'appelle Sammy si j'ai envie. Et non, je dis la vérité. Menteur.
- Qui est le plus menteur de nous deux, hein, Gabriel ?
- Je ne suis pas menteur. Je suis acteur. Et Trickster.
- C'est pareil.
- Cesse de raconter n'importe quoi. D'ailleurs, à ce sujet, j'ai la preuve que j'arrive à t'étonner chaque fois que j'ai envie.
Gabriel fut satisfait de voir le visage de Sam vaciller comme une bougie sur laquelle on souffle. Bien. Sam Winchester tombait dans le piège. Père que c'était plaisant.
Sam, lui, s'était tant investi dans la joute verbale – avec un certain plaisir, même s'il ne l'admettrait jamais devant Gabriel – qu'il en avait complètement oublié que Gabriel était très probablement en train de se jouer de lui – encore. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de continuer le jeu.
- Ah oui ? Quelle preuve, dis-moi ?
- TV Land.
Sam regarda Gabriel avec condescendance – non dissimulée, cette fois.
- Vraiment ? Mais bien sûr, se moqua-t-il. Une fois qu'on a compris où tu voulais en venir, il n'y avait plus rien à voir, désolé de te décevoir.
Et Gabriel, effectivement, était déçu, et même vexé, ce qui n'échappa au chasseur.
- Oh, pitié. J'ai réussi à te prendre au dépourvu à chaque fois. A chacune de nos rencontres, en fait.
- On va dire ça…
Gabriel se creusa la tête à la recherche d'une idée.
- J'ai toujours réussi à te surprendre, Sammy !
- A ce stade-là, Gabriel, ce n'est plus de la vantardise, c'est de la mythomanie pure et simple.
Gabriel, ravi, laissa se dessiner sur ses lèvres un sourire espiègle. Sam le releva sans aucun étonnement. Il était prêt à savoir ce que Gabriel lui réservait.
- Très bien. Dans ce cas, je vais t'apporter la preuve que je suis parfaitement capable de te laisser sans voix dès que j'en ai envie.
Sam ne put s'empêcher d'éclater de rire. C'était donc ça ? Oh, ça promettait d'être amusant, vraiment. Toujours plus que de voir Dean et Castiel se bécoter à longueur de journée, du moins.
- Ah, tu crois ? lança-t-il avec une perfidie calculée. Moi, je te parie que non.
- J'y arriverai, ne t'inquiète pas, Gigantor, s'exclama Gabriel en plissant les yeux, concentré.
Un spectateur extérieur, en entrant dans la chambre, et après s'être éberlué du fait hautement improbable de trouver une telle suite de luxe dans un motel branlant de l'Iowa - et s'en être remis –, aurait pu croire assister à un combat de coqs, ce que l'archange et le chasseur se plaisaient à mimer l'un autant que l'autre.
- Je veux bien faire ce que tu veux si jamais tu y parviens, ricana Sam.
- Oh, un gage ? Merveilleux. Je marche à fond, là.
- Seulement si c'est réciproque, évidemment. Tu as un gage si tu perds.
- Comment saurais-je si je perds ? s'enquit Gabriel. Nous n'avons pas défini de limite temporelle, que je sache.
- Mettons une semaine, alors, proposa Sam, bon prince.
Gabriel secoua la tête, se régalant de la scène.
- Deux, Sammy.
- Quoi, tu as peur de perdre ?
- Non. J'ai juste envie de m'amuser encore plus longtemps.
- Tu sous-entends donc que tu vas essuyer des échecs ? s'étonna le cadet Winchester avec un amusement à peine voilé. Une semaine, non négociable.
- Je suis prévoyant, c'est tout. Je te l'ai dit, tu es surprenant. Deux.
- Dix jours, suggéra Sam. Pour te faire plaisir.
- Deal.
Gabriel et Sam se regardèrent dans le blanc des yeux durant de longues secondes, se défiant en silence. « Essaye donc ! » disaient les prunelles vertes et circonspectes du chasseur. « Tu vas voir ce que tu vas voir », répliquaient les prunelles dorées et pétillantes de l'Archange.
- Il faut fixer des règles, intervint Sam après réflexion.
Gabriel plissa le front et pinça les lèvres.
- Des règles ? Pour quoi faire ?
- Pour que tu ne triches pas, imbécile ! rétorqua Sam.
- Je ne triche pas, bouda le Trickster.
- Disons alors que tu as un avantage non négligeable sur moi. Si tu changes Dean en fille, il y a des chances pour que je sois très surpris, c'est vrai.
Gabriel éclata de rire. L'idée ne manquait pas de charmes – mais pas ceux de Dean-girl, bien sûr, beurk. Mais ce devrait être assez drôle à faire. Il allait se la garder sous le coude, celle-là.
- Il faut que ce soit toi qui me surprennes, Gabriel, insista Sam.
- Okay, okay, c'est bon Samsquatch, j'ai compris.
- Pas d'univers alternatifs.
- Je n'en avais pas l'intention.
- Ni de boucles temporelles.
- Non plus.
- Et ne t'attaque pas à mon intégrité physique.
Gabriel haussa un sourcil pour toute réponse. Sam sourit. Il se prenait réellement au jeu, à sa grande stupéfaction.
- Oh, et ça reste entre nous, ajouta-t-il, avant de rectifier rapidement devant le haussement de sourcils inquisiteur et suggestif de Gabriel : c'est juste que si Dean et Castiel s'en mêlent, ça va vite devenir intenable.
- D'accord, ça me va, répondit Gabriel en hochant la tête, solennel.
Sur ce, il tendit la main en direction de Sam.
- Marché conclu ?
Sam la serra avec conviction.
- Marché conclu.
Le jeu pouvait commencer.
