Les personnages de la série ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété exclusive de : Jeff Davis. Je ne tire aucun bénéfice de leur mise en situation dans cette fiction.


Chapitre 1

Pénélope Garcia, analyste à la section d'étude du comportement à Quantico, pour le FBI, n'en menait pas large en entrant dans l'ascenseur. Elle n'avait pas besoin de jeter un coup d'œil à sa montre pour savoir qu'elle avait plus d'une heure de retard ! Bon sang ! Si elle continuait comme ça elle allait se faire jeter ! Déjà, deux jours avant, Hotch avait fait une remarque sur son retard de vingt minutes : rien de bien méchant, juste quelques mots soulignant qu'une fois de plus elle n'était pas à son poste de travail à l'horaire fixé. Cela avait suffit à lui faire comprendre que son chef de section avait parfaitement conscience de son manque de ponctualité récurrente depuis plusieurs semaines. Si elle avait cru que cela passerait inaperçu étant donné que neuf fois sur dix elle allait directement à son bureau, elle s'était trompée. Et si elle avait pensé que ses états de service lui permettraient de bénéficier de l'indulgence de son chef à ce sujet, elle s'était trompée aussi, une simple phrase au détour d'une conversation lui ayant ôté les illusions qu'elle aurait pu cultiver à ce sujet.

Elle faisait des efforts pourtant, autant qu'elle le pouvait. La veille, elle avait réussi à arriver à l'heure, mais aujourd'hui tout avait semblé se liguer contre elle. Jusqu'à ce foutu ascenseur qui n'en finissait pas de monter au huitième étage, pensa-t-elle en s'appuyant à la paroi, fermant un instant les yeux : elle se sentait si lasse !

Le tintement familier l'avertit qu'elle était arrivée à son étage et elle ouvrit les yeux alors que les portes glissaient lentement loin l'une de l'autre, découvrant le grand espace de bureaux de la section d'étude du comportement. A peine eut-elle posé le pied sur le plancher qu'on l'interpellait :

- Hé princesse ! Je commençais à m'inquiéter.

Elle ferma furtivement les yeux et s'efforça au calme avant de se tourner vers le bel afro-américain qui venait de lui parler. En d'autres circonstances elle aurait été ravie de pouvoir passer quelques minutes avec Derek. Il était son ami depuis tellement longtemps maintenant ! Il était même bien plus que ça dans le secret de son cœur, mais elle serait morte plutôt que de l'avouer. Elle savait n'avoir aucune chance auprès de cet Adonis, elle, le vilain petit canard. Elle n'en avait déjà aucune avant, alors maintenant… autant rêver d'aller sur la lune à pied !

- Pénélope, tout va bien ?

La voix inquiète de Derek l'arracha à ses pensées et elle parvint à grimacer un sourire :

- Oui, bien sûr.

Bon sang ! Elle était bien assez en retard comme ça ! Ce n'était vraiment pas le moment de lui tenir le crachoir ! Tout ce dont elle rêvait, c'était d'échapper au regard perspicace de Hotch et de se réfugier dans son antre où elle pourrait enfin absorber le café dont elle rêvait depuis le matin ! Mais visiblement, Derek ne voulait pas la laisser s'en tirer aussi facilement.

- Tu es sûre ? Tu sembles fatiguée.

Il étudiait son visage tiré, sa mise qui, pour être aussi colorée qu'à l'habitude, semblait négligée : son chemisier était froissé, sa jupe mise de travers et une tache indéfinissable s'étalait sur l'épaule de sa veste. Il était déterminé à savoir ce qui tourmentait son amie : il y avait maintenant trop longtemps que cela durait. Mais il savait aussi qu'il ne pouvait pas l'attaquer de front, ce serait le meilleur moyen pour qu'elle se referme comme une huître. Elle pouvait être plus difficile à cerner que certains de leurs plus coriaces suspects malgré sa naïveté et sa gentillesse.

- Tu sais que tu peux tout me dire ma princesse, tenta-t-il avec ce sourire qui faisait se pâmer les plus frigides.

L'envie de l'envoyer promener grandissait en elle, mais elle savait que ce serait injuste. Derek n'était pour rien dans son exaspération croissante, dans sa nervosité et dans cette incapacité dans laquelle elle se trouvait de faire face à sa vie actuelle. Ce n'était pas le moment de se priver d'un ami en se montrant injuste envers lui. Certes elle ne vivrait pas avec le profileur la belle histoire d'amour à laquelle elle s'était parfois laissée aller à rêver, mais pour autant elle n'allait pas gâcher leur magnifique amitié.

- Non, ça va. Je ne dors pas très bien en ce moment.

- Oh ! Des ennuis ? A moins qu'un nouveau galant…

La voix resta en suspens sur un sourire mais les yeux, eux, ne souriaient pas du tout, et même, elle crut y lire une lueur de désapprobation qu'elle n'avait ni le temps ni l'envie d'analyser à ce moment présent.

- Ne dis pas de sottises, répliqua-t-elle sèchement. Qui donc voudrait d'une fille comme moi ?

L'amertume dans le ton le laissa pantois en même temps qu'elle l'inquiéta. Cela ne ressemblait pas à sa Pénélope. Il ne faisait aucun doute que, depuis plusieurs semaines, quelque chose tracassait la jeune femme. En fait, depuis qu'elle avait pris sa semaine de congés il ne savait ni où ni avec qui. Mais à son retour elle n'était plus la même. Il avait pensé à un amour de vacances qui s'était mal passé, s'en voulant pour la satisfaction qui l'avait envahi à la pensée que Pénélope n'avait toujours personne dans sa vie. Puis, devant les changements qui s'étaient opérés les semaines précédentes, il avait fini par se demander si, au contraire, la fatigue et le souci clairement affichés par son amie ne prouvaient pas plutôt qu'elle avait ramené son galant avec elle et la jalousie qui lui avait alors mordu les entrailles l'avait fait prendre conscience que l'amitié qu'il ressentait pour l'analyste était, au fil du temps, devenue bien plus que cela. Mais comment réussir à aborder le sujet avec quelqu'un qui semblait fuir toute idée d'engagement ?

- Il y a plein de mecs qui seraient honorés d'avoir quelqu'un comme toi dans leur vie, répondit-il en posant une main sur les épaules de la jeune femme, s'interdisant de continuer par : « à commencer par moi ».

Un sourire se dessina sur le visage fatigué de Pénélope, l'encourageant à poursuivre :

- Tu sais que tu peux me parler si quelque chose ne va pas. Tu as confiance en moi n'est-ce pas ?

- Bien sûr que j'ai confiance en toi Derek, mais…

A ce moment-là, une voix venue de la passerelle, cette voix autoritaire que l'analyste aurait préféré ne pas entendre, retentit, coupant leur aparté :

- Garcia, dans mon bureau, maintenant !

Tout sourire effacé de son visage devenu plus pâle, Pénélope se dégagea rapidement de l'étreinte de Derek pour se rendre à l'escalier. L'Afro-Américain l'arrêta par le bras :

- Tu veux que je t'accompagne ?

- Je ne suis pas un bébé Morgan ! Je suis encore capable d'aller voir mon boss sans qu'on me tienne la main ! rétorqua-t-elle sèchement tout en pensant que, peut-être, quelques minutes plus tard elle n'aurait justement plus de boss. Et dans ce cas que deviendrait-elle, et surtout, que deviendraient… Mais elle s'interdit de penser la suite, comme si elle avait peur que les profileurs qui la suivaient du regard puissent capter ses réflexions. Elle ne voulait pas leur imposer ses choix : c'était à elle de faire face à sa vie, à elle et à personne d'autre. Malgré son cœur battant, elle entra la tête haute dans le bureau de l'agent spécial Aaron Hotchner, son chef, qui arborait une mine à faire frémir de bien plus courageux qu'elle.

- Asseyez-vous.

- Merci monsieur, balbutia Pénélope en se laissant tomber dans le fauteuil avec reconnaissance.

Elle aurait été bien incapable de se tenir debout face à cet homme qu'elle appréciait mais qui l'intimidait toujours autant.

- Vous étiez en retard, une fois de plus, déclara Hotch d'une voix froide.

- Je sais… Je suis désolée… J'ai…

- Je n'ai que faire de vos excuses Garcia ! Vous avez un travail ici ! Un travail important ! Que se passerait-il si nous avions besoin d'une analyse en urgence et que vous ne soyez pas là pour nous la fournir hein ?

- Monsieur…

Il leva la main pour l'empêcher de continuer :

- Vous êtes consciente que votre absence peut faire la différence entre la vie et la mort ?

A ces mots, les larmes se mirent à rouler sur les joues de la jeune femme et Hotch se mordit la lèvre. Il ne voulait certes pas lui faire du mal mais il ne pouvait non plus tolérer ses absences à répétition : comme il venait de le dire, celles-ci pouvaient avoir des conséquences terribles.

- Ecoutez Garcia, jusqu'à présent vous ne m'avez donné que des satisfactions. Que se passe-t-il depuis quelques semaines ? Est-ce que votre travail ne vous convient plus ? Souhaitez-vous en changer ? La pression est trop forte ? Vous voulez quitter la section ?

- Non ! Non monsieur ! Surtout pas ! J'aime mon travail ! Je ne veux pas en changer !

- Alors qu'est-ce qu'il y a ? Si vous continuez à être ainsi en retard, je n'aurais pas d'autre choix que de vous renvoyer, vous le savez.

- Je le sais monsieur… Oui… Je le sais, pleura l'analyste en cherchant désespérément un mouchoir.

Elle se saisit de celui que son vis-à-vis lui tendait et s'essuya les yeux avant de se moucher. Hotch en profita pour étudier sa subordonnée, remarquant les cernes sous les yeux, la mise moins apprêtée que d'ordinaire, la tache sur l'épaule… Cette tâche…

Il se leva et s'approcha d'elle, se penchant pour étudier de plus près la souillure sur l'épaule.

- C'est… C'est du vomi de bébé ça Garcia.

Elle sursauta violemment, regarda son vêtement et rougit tout en l'essuyant avec le mouchoir, ne réussissant qu'à étaler la tache.

- Oui monsieur, finit-elle par balbutier.

Hotch regagna son bureau, la laissant reprendre le contrôle. Des dizaines de questions se bousculaient dans son esprit. Sans nul doute, l'analyste n'avait pas pu mettre au monde un bébé : ils s'en seraient aperçus quand même ! Ils étaient une équipe de profileurs. D'un autre côté, Pénélope avait toujours été un peu enrobée. Certaines grossesses ne se remarquaient pas et leur analyste avait pris une semaine de congés cinq semaines plus tôt se souvint-il soudain. D'ailleurs c'était depuis son retour que son comportement avait changé et que les retards s'accumulaient. Soudain Hotch commença à se dire qu'ils étaient peut-être de fieffés aveugles, tous autant qu'ils étaient.

- Garcia ! Auriez-vous quelque chose à me dire ? demanda-t-il. Est-ce que par hasard…

Il ne savait pas comment présenter les choses sans risquer de heurter la jeune femme. Mais il devait en avoir le cœur net.

- Vous ne nous auriez pas caché une grossesse n'est-ce pas ?

Le sursaut qu'eut Pénélope a cette question et l'expression effarée qu'elle afficha quelques secondes lui indiquèrent son erreur mieux que la protestation qui jaillit :

- Bien sûr que non monsieur ! Comment aurais-je pu ?

- Mais il y a quelque chose qui a changé dans votre vie cependant, je me trompe ?

Et devant son mutisme, il reprit :

- Vous savez que vous pouvez me parler Garcia. Je sais écouter au cas où vous en douteriez.

- Je sais monsieur mais… Ce n'est pas facile.

- Rien n'est jamais facile Pénélope, et le glissement de son patronyme à son prénom lu fit comprendre que son chef tentait de la rassurer, de se rapprocher d'elle pour l'amener à se livrer, mais il y a des moments où il faut savoir affronter ses actes.

- Est-ce qu'il s'est passé quelque chose durant vos vacances, quelque chose dont vous aimeriez me parler ?

Alors elle lâcha prise : il y avait trop longtemps qu'elle se battait seule. Elle savait que si elle continuait elle allait s'effondrer en commençant par perdre ce boulot qu'elle adorait. Oui, il était plus que temps qu'elle se décide enfin à demander de l'aide : la fierté c'est bien, mais il y a un moment où ça confine à la bêtise !

- D'accord, je vais tout vous dire, déclara-t-elle.

Toute ouïe, Aaron replongea alors cinq semaines plus tôt.